Jean-Claude Willame: Éphémérides G.L. – Semaine du 1er au 9 décembre 2011

RESUME : La campagne électorale en RDC s’est malheureusement terminée avec des victimes. À Kinshasa, selon Human Rights Watch, la Garde présidentielle a tiré à balles réelles sur des manifestants et fait 18 morts entre les 26 et 28 novembre, veille des élections (RDC_20), le gouvernement ayant quand même décidé de saisir la justice sur ces incidents (RDC_32). Quant au jour de l’élection proprement dite, il a été émaillé de problèmes logistiques, d’irrégularités et d’incidents dont on trouvera dans cette livraison la cartographie (RDC_7). Dans certaines régions de la Province Orientale et de Equateur, les électeurs n’avaient toujours pas voté trois jours après la date fixée pour différentes raisons dont l’absence de matériel électoral (RDC_24) (RDC_25), tandis qu’à Lubumbashi, le bureau de la CENI locale faisait état de la disparition des résultats des 51 bureaux de vote (sur un peu plus de 1400 cependant), suite probable de troubles dans certaines communes le jour de l’élection (RDC_50). Une certaine confusion s’accrut avec l’arrivée dans la même ville, le lendemain du scrutin, de deux avions sud-africains chargés de 50 tonnes de matériel électoral (RDC_19). Watch Full Movie Online Streaming Online and Downloadlive streaming film Smurfs: The Lost Village 2017 online

Lire plus: Semaines 12.2011.doc http://sites.google.com/site/chronologiesafriquecentrale/home/annee-2011

RDC, faut-il se taire quand sa conscience est révoltée ?

Toute personne moyennement informée sur la RDC, et le récent exercice électoral pour choisir un nouveau président, réagira avec les mots que cette conscience dira : « révoltant », « un crime contre l’humanité », « la continuation de l’assassinat de Lumumba ». « Reste de conscience » parce que l’histoire de la RDC, qui est aussi l’histoire de l’Afrique, et pour les derniers siècles, une histoire de torture permanente, lancée par l’esclavage, suivie de la colonisation, appuyée par l’apartheid et, récemment couronnée par la mondialisation de l’acceptation d’un objectif devenu de plus en plus clair : liquider l’humanité et tout segment de celle-ci qui cherche à se libérer de toute pratique qui révolte la conscience.

Durant les derniers siècles, l’humanité a été dirigée par un système fondé sur des principes qui visent la discrimination de l’humanité entre ceux qui comptent et ceux qui ne comptent pas. C’est à partir de cette discrimination que l’Europe s’est imposée comme « civilisatrice » de terres « découvertes » dans diverses parties de la planète. Cette discrimination entre les « découvreurs » et celles qui ne comptent pas est restée vrillée dans la mentalité.

En RDC, depuis l’esclavage suivi de la colonisation, en passant par l’Indépendance, c’est cette mentalité-là qui s’est toujours imposée, avec des hauts et des bas. Ainsi, par exemple, la manière dont l’abolition de l’esclavage a été conduite, elle visait à privilégier les gagnants de ce crime contre l’humanité, à leur garantir que les richesses accumulées durant ce crime ne soient pas restituées. En ce qui concerne Haïti, ils sont allés plus loin et ont exigé une compensation pour les pertes subies suite à la fin de l’esclavage. Une des raisons qui a conduit les grandes puissances (Etats-Unis, France, Canada) d’en finir avec le Président Aristide en 2004 tient, entre autres raisons, au fait que ce dernier exigeait la restitution de cette compensation (estimée à 20 milliards d’Euros) qui fut payée par l’État Haïtien entre 1825 et 1946. Il n’y a jamais eu dans les transitions de l’histoire africaine un processus respectant MÂÂT le principe millénaire de l’Égypte Ancienne fondé sur la volonté de fidélité à la justice et la vérité.

Dans son Discours sur le colonialisme, Aimé Césaire (Présence Africaine1955) avait déjà diagnostiqué le mal dont souffrait l’Europe :

Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente.
Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte.
Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde. (p. 7)

Après quelques autres mots, dans le même texte, Césaire, en italique dans le texte écrivait : L’Europe est indéfendable.(p.8)

Pour ce qui est en train de se passer en RDC, Césaire écrivait comme s’il était présent aujourd’hui entre nous. Il lui avait été demander de parler sur la colonisation et la civilisation. « La malédiction la plus commune en cette matière est d’être la dupe de bonne foi d’une hypocrisie collective, habile à mal poser les problèmes pour mieux légitimer les odieuses solutions qu’on leur apporte. » (p.8)

Aimé Césaire, comme beaucoup de Congolaises et Congolais qui protestent aujourd’hui contre la légitimation d’un processus électoral criminel, verbalisait ce que sa conscience révoltée lui dictait.

En cours de route de notre histoire, l’Europe et ses alliés de tous azimuts, politiques, financiers, religieux, Africains et non Africains, a forcé la soumission à la mentalité discriminatrice entre « ceux qui doivent compter » et « celles qui ne doivent pas compter ». Une mentalité dont les dévastations sont difficiles, voire impossibles de calculer car elle s’est attaquée à ce qui est de plus cher à toute personne vivante : la conscience.

Lorsqu’on lit, avec attention, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH) (votée en 1948 par l’Assemblée Générale des Nations Unies) il est difficile de ne pas conclure que les rédacteurs avaient fait de la conscience un des mots clés du texte. Et pour cause : le monde sortait de la 2ème Guerre Mondiale et il fallait, en conscience, trouver une parade appropriée à toute possibilité d’une guerre ou d’un événement comparable à l’Holocauste. Hélas, les processus génocidaires, comme le notait déjà Césaire, ont continué, avec la bénédiction des colonisateurs et, plus tard, de ceux qui ont fait de la décolonisation une mascarade.

La conscience et la mascarade électorale en RDC

Toute personne consciente de son humanité ayant suivi la fraude électorale qui s’est préparée pendant des mois en RDC et qui, dans les derniers jours, cherche à imposer la loi de « ceux qui doivent compter » devrait selon la DUDH se révolter. C’est du moins ce à quoi appelle un des « Considérant » du préambule :

Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l’homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l’humanité et que l’avènement d’un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l’homme.

Sur base de ce texte, comment une personne consciente de ce qui est en train de se passer en RDC pourrait « rester calme » et accepter, une fois de plus, une dose supplémentaire visant à liquider ce qui nous reste encore de conscience de notre humanité ? Serait-ce pour cette raison que l’on note un « blackout » généralisé des media ?

Chacun des articles de cette DUDH est un rappel à la fidélité aux pulsions de la conscience. Voici ce que dit l’article premier :Watch Full Movie Online Streaming Online and Download

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.
Silence on tue : mot d’ordre dont l’origine ne peut être identifié

Une personne a essayé de s’informer sur ce qui se passe en RDC aujourd’hui le 11 décembre. Google News n’avait rien de rien sur la RDC. Il y a eu des voix courageuses qui se sont élevées pour rompre ce silence. Obligé de procéder par déduction, on ne peut que conclure que la volonté de liquidation de l’humanité et de liquidation de son histoire, une fois de plus cherche à s’affermir. On constate ici la même logique qui opérait dans l’Afrique du Sud du temps de l’Apartheid où le sentiment prédominant des blancs était que eux seuls pouvaient défendre la civilisation et que si les noirs arrivaient au pouvoir il y aurait un bain de sang. La logique opérant ici est que seul le Président en place depuis 2006, quelque soit le niveau de la fraude électorale, est la meilleure personne pour les Congolaises et les Congolais.

Serait-il qu’en RDC seul un petit groupe, avec l’appui de « ceux qui comptent », soit le seul capable de répondre « comme il faut » aux Congolaises et aux Congolais qui n’en veulent plus ?

Sur ce point-ci aussi, il vaut la peine de lire, encore une fois un des articles de la DUDH (art. 21) :

1. Toute personne a le droit de prendre part à la direction des affaires publiques de son pays, soit directement, soit par l’intermédiaire de représentants librement choisis. ?
2. Toute personne a droit à accéder, dans des conditions d’égalité, aux fonctions publiques de son pays.?
3. La volonté du peuple est le fondement de l’autorité des pouvoirs publics ; cette volonté doit s’exprimer par des élections honnêtes qui doivent avoir lieu périodiquement, au suffrage universel égal et au vote secret ou suivant une procédure équivalente assurant la liberté du vote.
Nous voici au 12 décembre 2011.
Des voix s’élèvent pour dénoncer la fraude électorale, mais, en même temps appellent au calme tout en condamnant la violence. Et de conseiller, ces mêmes voix, aux opposants et à leur candidat, de recourir à la Cour Suprême ; tout en sachant que les décisions de cette Cour Suprême iront dans le même sens que la mascarade électorale. Dans l’état de délabrement des institutions en RDC, un des objectifs délibérés du pouvoir en place, il est permis de se demander si cette Cour Suprême aura le souci de s’inspirer de l’article 31 de la DUDH qui dit :
Aucune disposition de la présente Déclaration ne peut être interprétée comme impliquant pour un Etat, un groupement ou un individu un droit quelconque de se livrer à une activité ou d’accomplir un acte visant à la destruction des droits et libertés qui y sont énoncés.

D’autres voix, fortes, courageuses, sereines font penser à Patrice Lumumba, lui aussi victime de la logique prédatrice qui a toujours guidé les rapports entre l’Afrique et l’Occident. Mis à part sa lettre à son épouse Pauline, nous ne saurons jamais ce que Lumumba pensait durant les dernières semaines, jours, heures de sa vie. Mais sur base de cette lettre, de son discours du 30 juin 1960 et d’autres documents écrits, il est possible d’imaginer une pensée qui cheminait sur les traces d’autres ancêtres qui avaient rejeté toute infidélité à leur conscience.

Pour l’Europe et ses alliés, Africains et non Africains, l’Afrique de « celles qui ne doivent pas compter » doit être soumise, s’il le faut, par la force. Dans cette Europe et quelques alliés, il y a des exceptions, mais la discrimination entre « celles qui ne comptent pas » et « ceux qui comptent » a fait des dégâts qui sont difficilement mesurables car à la fois les uns et les autres n’y tiennent pas, pour des raisons différentes. De ces rapports entre l’Afrique et l’Occident, l’histoire a donné naissance à un système monstrueux, aujourd’hui globalisé, triomphant, même si le triomphalisme ambiant commence à se fissurer, face aux incertitudes dues à la crise dite financière. En fait, une crise de civilisation.

Cette crise ne pourra être résolue que quand les voix des laissé-pour-compte (les 99%) seront entendues comme elles sont, de là où elles sont, directement, sans intermédiaires, sans représentants, mais avec plus d’attention et de respect que les voix de ceux qui continuent d’être les fossoyeurs (1%) de l’humanité, de son histoire, de sa conscience.

Depuis le 30 juin 1960, le peuple Congolais a pris conscience de la nécessité urgente de s’émanciper des mentalités et des habitudes acquises au cours des rapports avec les producteurs d’un système sans conscience et dont le contrôle, visiblement, est en train d’échappé aux parrains. Le peuple Congolais, (comme d’ailleurs tous les peuples dont l’intégrité physique et psychique a été violé, et continue d’être violé), malgré des apparences trompeuses, n’a jamais oublié les messages de Lumumba. Ces derniers jours démontrent que sa prise en charge est aussi une prise de conscience de ses responsabilités vis-à-vis de soi-même, mais aussi vis-à-vis de l’Afrique et de l’humanité tout entière.

En ces jours qui entourent la commémoration des 50 ans depuis la mort de Frantz Fanon (6 décembre 1961), il est plus que pertinent de penser à lui, surtout pour le peuple Congolais car il avait déclaré durant l’automne de 1961: « J’ai deux morts sur ma conscience que je ne parviendrai jamais à me pardonner : Abane Ramdane et Patrice Lumumba ».*** Mais, en outre, dans sa conclusion des Damnés de la terre, il écrivit des phrases inoubliables, mais que l’Europe n’aime pas entendre parce qu’il encourageait l’Afrique à faire peau neuve sans chercher à imiter une Europe discréditée :

« [Mais] si nous voulons que l’humanité avance d’un cran, si nous voulons la porter à un niveau différent de celui où l’Europe l’a manifestée, alors il faut inventer, il faut découvrir ». (Paris : La Découverte, 2002, p. 305)
Ainsi tout observateur attentif de ce qui se passe en RDC pourrait dire :

À la terreur mise en route pour faire peur
La conscience s’est mise à l’heure
Et fera peur
Aux tueurs,
Dira non
Aux corrupteurs
Non aux pleurs
Oui infini à la conscience

Seule émancipatrice
« Quand le monde sera une tour de silence
Où nous serons la proie et le vautour »
(Aimé Césaire, « Batouque » in Les armes miraculeuses, Gallimard, 1970, p. 64)

***Belaïd Abane, « Frantz Fanon and Abane Ramdane : Brief Encounter in the Algerian Revolution » in Nigel C. Gibson (Ed), Living Fanon : Global Perspectives. Palgrave Macmillan, 2011, p.42.

Le Journaliste-Cinéaste belge Arnaud Zajtman parle de la grossière fraude électorale en RDC [De Beni-Lubero Online, 07/12/11]

Il est moins une à Kinshasa. Les mots manquent pour qualifier la gravité de la situation qui prévaut actuellement au Congo. La commission électorale congolaise s’apprête à annoncer la victoire du président sortant Joseph Kabila sur la base de résultats frauduleux rejetés par la majorité des Congolais, jetant ainsi les bases du conflit le plus meurtrier qui puisse advenir, celui qui oppose un appareil d’Etat à sa population. L’Occident, qui depuis dix ans dépense plus d’un million de dollars par jour pour la restauration de la paix et de l’Etat de droit au Congo, via la mission de maintien de la paix des Nations unies, s’apprête à valider ces résultats, signant ainsi l’échec de sa propre politique.

Beni-Lubero Online: http://www.benilubero.com/index.php?option=com_content&view=article&id=2957:le-journaliste-cineaste-belge-arnaud-zajtman-parle-de-la-grossiere-fraude-electorale-en-rdc&catid=16:vie-nationale&Itemid=99

Les tendances déjà publiées par la commission électorale qui donnent la victoire à Kabila ne résistent pas à l’analyse. Par exemple, au Katanga, censé être le fief traditionnel de Kabila, la CENI donne près de 90 % des voix à Kabila alors que le jour du scrutin, les chiffres qui parvenaient des bureaux de vote disséminés dans les grandes villes de cette province donnaient seulement une légère avance de Kabila sur son rival Etienne Tshisekedi. Au Kivu, les chiffres donnent une écrasante majorité à Kabila alors que le jour du scrutin, c’est l’opposant Kamerhe qui y était largement en tête. Dans les provinces de l’ouest et du centre qui ont voté massivement pour Tshisekedi, les chiffres sont incomplets ou peu crédibles. La fraude est grossière et tous les observateurs de la vie politique congolaise le constatent.

En réalité, les journalistes qui ont travaillé sérieusement sur ces élections et ont fait la tournée des bureaux de vote ont noté des tendances lourdes qui augurent de la victoire de Tshisekedi. La population congolaise non plus n’est pas dupe. Lors des élections de 2006, la capitale Kinshasa n’avait pas plebiscité Kabila. Cependant les Kinois avaient accepté les résultats, comprenant que Kabila avait remporté la majorité des suffrages ailleurs dans le pays. Ils exprimaient ainsi avec sagesse l’espoir que ces élections marquaient le début d’un développement économique au Congo. Aujourd’hui, les choses sont totalement différentes. Les électeurs congolais savent que Kabila n’a pas remporté l’élection.

De plus, les révolutions arabes et, plus au sud du Sahara, le conflit en Côte-d’Ivoire avec l’invalidation par la communauté internationale des résultats frauduleux prononcés par la Cour suprême ivoirienne ont renforcé la conviction des Congolais dans leur lutte pour un Etat de droit. Par ailleurs, Kabila, qui avait promis lors de son élection “la fin de la récréation”, a en réalité bradé les ressources minières du Congo, mettant les entreprises d’Etat, notamment la MIBA, qui possède les immenses mines de diamant au Kasai, et la Gécamines, qui possède les gisements du Katanga, à genoux, créant, selon le rapport très précis du député britannique Eric Joyce, chef de la commission parlementaire britannique consacrée à l’Afrique centrale, un trou dans la caisse de plus de cinq milliards de dollars en à peine cinq ans, soit autant que le pillage organisé par Mobutu en 32 ans de règne sans partage !watch full movie The Great Wall online

Enfin, les électeurs congolais voient en Tshisekedi un leader charismatique, dont l’intransigeance certes inquiète parfois hommes politiques et diplomates occidentaux habitués à plus de déférence de la part de leurs interlocuteurs congolais, mais qui porte à son crédit le fait d’avoir mené une longue lutte pacifique et sans compromis pour l’émergence d’un Etat de droit au Congo, ce dont aucun autre homme politique congolais ne peut se prévaloir. Face à cette situation explosive, la question de la position de l’Occident, et plus particulièrement de la Belgique, se pose avec acuité. Il est essentiel pour nos relations futures avec le Congo que la Belgique, elle aussi, réalise que l’époque a changé, et évite l’écueil dans lequel est tombée la France en Tunisie en ne voyant pas la révolution venir et en faisant perdurer un soutien à un régime autoritaire digne d’un autre âge. Rappelez-vous comment l’ambassade française en Tunisie avait ensuite été critiquée par Paris ! On assiste à une situation semblable au Congo, où les ambassadeurs occidentaux soutiennent Kabila face à un Tshisekedi qu’ils jugent imprévisible. Un jugement qui rappelle celui que l’Occident proférait envers le Premier ministre congolais Patrice Lumumba au moment de l’indépendance du Congo. C’est pourtant en notre nom que les ambassadeurs agissent. Ce sont nos taxes qui leur permettent de mener sous les tropiques un mode de vie dispendieux. Nous avons droit à des explications sur leurs actions.

Pourquoi apportent-ils un soutien tacite, sinon actif, au coup de force que prépare Kabila, comme on l’apprend de différentes sources à Kinshasa ? Au nom de quelles valeurs ? De quels intérêts ? Est-ce de nature à sécuriser les intérêts de la Belgique et la présence des ressortissants belges au Congo ? Je ne le crois pas. Au contraire ! Les temps ont changé et il est essentiel que la Belgique le comprenne sans tarder. Il faut aussi que la Belgique mobilise ses alliés traditionnels au Conseil de sécurité des Nations unies : la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, et imprime une politique commune sur le Congo, comme elle l’a fait avec succès lors du tortueux processus politique qui a mené aux élections de 2006 au Congo.

Il faut faire comprendre de toute urgence à Kabila que son coup de force et les massacres qui s’ensuivront immanquablement ne seront pas avalisés et qu’il est de son intérêt de sortir par la grande porte tant qu’il en est encore temps. Il a l’occasion d’entrer dans l’histoire comme le premier Président ayant permis l’alternance politique au Congo. Cela sera à son crédit et lui permettra peut-être de revenir aux affaires ultérieurement par la voie des urnes, comme on l’a déjà vu ailleurs en Afrique. Lorsque le Congo a traversé des moments difficiles, la Belgique a souvent été en pointe. Il est important qu’il en soit ainsi en ce moment crucial et que notre ministre des Affaires étrangères agisse. Il en va de l’avenir du Congo et de l’avenir de nos relations avec le pays africain le plus peuplé appelé, s’il est bien géré, à devenir un pôle de développement pour l’Afrique et d’expansion économique pour l’Europe.

Arnaud ZAJTMAN

Réalisateur de documentaires sur le Congo et ancien correspondant permanent au Congo pour la BBC et la RTBF (de 2000 à 2010)

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Nous Faisons Face a une Situation Nouvelle ?

1. Sur le plan mondial, la « mondialisation », c’est-à-dire l’articulation de l’économie du marché et la démocratie parlementaire, encore appelée « communauté internationale » ou « Civilisation » ou « Occident » reste dominante ; mais de moins en moins crédible (Alain Badiou, Séminaire de janvier 2011.) Elle se donnait pour être indépassable, « la fin de l’histoire » et un ordre naturel. Ce ne sont pas les poursuites des guerres punitives (Iraq, Afghanistan) qui la décrédibilisent. Mais, sa crise systémique qui perdure depuis 2 á 3 ans et ses conséquences sur l’organisation du pouvoir politique ainsi que la poursuite effrénée du pillage des ressources dans les pays dominés. Le secteur financier, de plus en plus contrôlé par une minorité dont le seul objectif est d’avoir de plus en plus d’argent par tous les moyens possibles, prédomine. Il soumet le pouvoir politique à cet objectif (« sauvez les banques ») qui force ce pouvoir à prendre des mesures dramatiques contre les secteurs importants pour la population (chemins de fer, postes, écoles, hôpitaux, etc.) L’imposition, par cette « mondialisation » des mesures dramatiques (néolibéralisme— la subordination de la société par le marché–, privatisations) et la démocratie par le sommet et le respect des droits humains font ressembler les appels à la nécessité de cette démocratie greffée (sur des états délabrés) et ce respect des droits humains au recours colonial à la mission civilisatrice pour couvrir le pillage des ressources et la répression coloniale. Les guerres civiles, dans les Etats délabrés d’Afrique, sont reliées á cette dynamique. La colonie était bien une variante de la dictature. L’Occident nous fait croire que c’était un apprentissage à la démocratie.

2. Nous sommes aussi dans une période d’événementialité historique active attestée par des émeutes par-ci, par-là (Grèce, Islande, Angleterre, Chine populaire, pays arabes, émeutes de la faim en Afrique, au Mozambique, par exemple). Depuis la révolution iranienne, en 1979 et celle anti-apartheid en 1989, la première émeute victorieuse qui a fait tomber un gouvernement c’est la Tunisienne. Nous sommes dans cette période intervallaire entre l’achèvement de la séquence politique pendant laquelle la logique révolutionnaire est clarifiée et où elle se présente une alternative et une nouvelle disposition alternative qui n’est pas encore construite(A.Badiou). La période intervallaire est marquée donc par le surgissement des émeutes. Les demandes formulées, par la tunisienne par exemple, portent sur le changement de gouvernement (les gens ne veulent pas voir les têtes qui ont travaillé avec l’ancien dictateur qui a fui) et l’organisation par le gouvernement de la transition des élections démocratiques. Une pression populaire est mise sur le gouvernement de se changer. Il ne semble pas y avoir une prescription venant du mouvement sur comment et par qui le gouvernement de transition devrait être formé, sauf qu’on ne veut pas y voir d’anciennes figures du gouvernement renversé. Quelle composition de gouvernement donnerait l’impression qu’on a un « Etat digne », ce n’est pas clair. On peut anticiper une radicalisation du mouvement visant à trouver des prescriptions sur comment arriver à un équilibre nouveau des forces pouvant déboucher à l’organisation des élections capables d’amener au pouvoir des gens pouvant servir ouvertement et fidèlement le peuple tunisien et non pas une nouvelle oligarchie servant plus fidèlement les intérêts des étrangers et les siens propres. On viserait ici à une démocratie propulsée de la base, pareille à celle que l’Occident refuse toujours en Haïti, par exemple. Les expériences de la Tunisie et surtout de l’Egypte, montrent clairement ce que la volonté populaire peut accomplir (Peter Hallward, « The Will of the People, »Radical Philosophy, 155, May/June, 2009.) Qu’est-ce qui doit venir avant ? Le renversement de l’ancien équilibre des forces favorisant la subordination de la société par le marché ou les élections démocratiques crédibles ?

3. En Afrique donc, les choses bougent de nouveau. Pendant un bout de temps, même les élections n’ont pas amené des améliorations significatives ; les oligarchies au pouvoir font tout pour contrôler les élections (prolongation arbitraire des mandats, fraudes organisées, arrestations arbitraires des opposants, manipulation du comptage des votes, etc.) ; les peuples sont laissés dans la misère même dans les pays potentiellement riches. Les mécontentements profonds existent. Les oligarchies internes et leurs alliées externes empêchent les peuples africains de se prendre en charge. Cela facilite l’enrichissement de celles-là. Ici, la question de la démocratie commençait à devenir sans importance. En RDC, une petite oligarchie appauvrit la majorité de la population et empêche l’argent d’être redistribué de haut en bas comme le faisait Mobutu. Est-ce une démocratie ? Par qui, où et comment les décisions sur les problèmes sociaux globaux se prennent-elles ? Sont-elles prises dans l’espace public avec l’engagement politique en faveur de la majorité de la population ? C’est une démocratie d’adaptation aux conditions de la misère dans lesquelles se trouve la majorité de la population. Qu’est-ce qu’une liberté de choix qui ne change pas le contexte dans lequel on est misérable ? C’est une liberté formelle de choix d’accommodation aux forces qui créent les contextes de la misère de la population. C’est cela qui semble se jouer en Côte d’Ivoire aussi. Même si l’on avait un gouvernement mondial, les institutions de l’autonomie locale relative ne seraient-elles pas respectées ?

4. Les éléments pour une idée nouvelle d’émancipation étaient peut-être éparpillés dans les masses révoltées, leur concentration pour donner naissance à une nouvelle forme d’organisation collective de pouvoir ne semblait pas émerger. On n’a pas vu émerger un organe ou agence d’organisation collective servant de leadership du peuple résistant ; peut-être apparaitra-t-il dans la résistance populaire contre la possibilité, de la part de l’armée, d’une tendance militariste désirant retarder la remise du pouvoir aux civils ou voulant la subordination des civils aux militaires. La confiance en l’Etat semble être maintenue parce que les armées ont agi comme armées nationales républicaines et non pas comme mercenaires des oligarchies ou des dictateurs. Cela a donné une impression de l’impartialité de l’Etat. Les jeunesses qui semblent avoir été l’échine dorsale de la révolution ne constituent pas une classe capable de diriger l’Etat ou la société. Le leadership possible de la classe ouvrière n’était pas visible. L’unité politique du peuple, surtout égyptien, contre la minorité défendant le dictateur était avérée ; les considérations idéologiques étaient mises au second plan. La pression du peuple révolté sur l’Etat a, pour ainsi dire, obligé celui-ci de modifier ses modalités de fonctionnement. Même ceux qui, jusque-là soutenaient les dictateurs, disent, en parole au moins, de soutenir le peuple. Les partis politiques (alliés ou opposés à la dictature) ne semblaient pas jouer un rôle visible.

5. La visée des élections démocratiques qui soutient l’espoir populaire doit être mieux cernée pour qu’elle ne soit pas une simple inclusion occidentale ; elle exige une clarification politique pour la soustraire des mirages démocratiques que la « communauté internationale » entretient.

6. Les mécontentements fondamentaux à la base de ces levées de masses populaires sont en partage dans la plupart des pays africains : une clique au pouvoir, arrivée au pouvoir par des élections souvent frauduleuses, s’approprie l’essentiel de l’économie pour des fins essentiellement privées et soumet ce qui reste de l’Etat délabré principalement à la gestion de ces fins. Ceci fait basculer la majorité de la population dans la misère ; cette majorité est tenue à l’œil par la répression et des mensonges. Cette clique est soutenue par la « communauté internationale » qui la conseille de réduire l’Etat et laisser aux ONGs, contrôlées par l’extérieur de s’occuper de cette population. C’est une forme de recolonisation néolibérale, par la « mondialisation », des pays dominés : il faut être dans l’Empire comme seul salut possible. La division dans ces pays est encouragée par un pluralisme atomisé généralisé. Ceux qui sont plus riches que le budget de l’Etat (ce qui est présenté comme tel) et ceux qui ont les signatures au sommet des « institutions » privatisent ce qui reste de l’Etat dont l’impartialité disparait. En RDC, le sol et le sous-sol ont été ainsi expropriés du peuple. Ou bien vous êtes avec ces gens, ou bien vous sombrez dans la misère— à moins que vous sortiez du pays. Le dire politique, vide de pensée, est devenu une célébration de ces gens, et surtout du « leader. » On sait que les gens d’argent achètent les gens du pouvoir. A quelques exceptions près, les « représentants du peuple » vont là où se distribuent les enveloppes plutôt qu’à leurs électeurs.

7. Là où il y a une certaine « opposition », et si celle-ci n’est pas soudoyée, quand les élections se tiennent, elles se terminent pas une difficulté de « double comptage des votes. » Qui a gagné et qui a perdu, semble se décider ailleurs que par un comptage transparent. En l’absence de l’impartialité de l’Etat, le droit constitutionnel, l’arithmétique, l’observation, etc. sont soumis aux considérations partisanes : qui voulons-nous qui doive gagner pour que nos intérêts ne soient pas hypothéqués ?

8. En République Démocratique du Congo, nous sommes dans une nouvelle situation électorale. La tenue des élections, ici, souffre d’une instabilité aigue : les règles du jeu changent selon les attentes de ceux qui sont au pouvoir et leurs alliés. En 2006, les forces de sécurité étaient empêchées d’exercer leurs droits civiques : elles n’étaient plus composées des citoyens, c’était des mercenaires ; les Congolais résidant à l’étranger étaient privés de droit de vote. Alors que la Constitution et la loi électorale proposaient de commencer par les élections locales, urbaines, etc., les grands de ce monde, les alliés du pouvoir, avaient décidé qu’il y avait urgence d’avoir un « président élu », servant, non pas le peuple, mais de leur « interlocuteur. » Arrivés au pouvoir, les dirigeants avaient décrété que le peuple étant ignorant, ne pouvait pas se choisir ses dirigeants locaux, prétextant le manque d’argent, les dirigeants locaux étaient nommés par le sommet qui sache mieux que le peuple. Et depuis, on en parle plus. Et une deuxième séquence électorale va commencer et une fois encore par les présidentielles. Une autre urgence a été découverte : celle de gagner au premier tour et donc de n’avoir qu’un seul tour des élections présidentielles. On gagne deux choses avec un seul coup : être élu au premier tour avant que les opposants ne puissent s’entendre et puis éviter l’embarras des débats publics entre candidats au 2ème tour. La fois passée, le prétexte était « les raisons de sécurité » qui ne permettaient pas que les deux candidats au 2eme tour débattent sur leurs projets de société respectifs. Cela ne les avait pas empêchés d’avoir une confrontation militaire.

9. En RDC, nous souffrons de 4 carences fondamentales : l’absence de conscience historique, l’insuffisance, si pas la carence, de culture politique révolutionnaire, l’absence de la maturité spirituelle et l’insuffisance de culture scientifique. On nous apprend surtout l’histoire qui nous arrive, ce que les autres font de nous et à nous —et nous ne la connaissons pas bien non plus —et presque pas l’histoire faite par nos ancêtres et nous-mêmes. Même à commencer seulement à partir de la révolution haïtienne (1804) (on ignore qu’une grande partie de militants de cette révolution étaient des esclaves venant du Royaume Kongo) qui avait ouvert la séquence politique du mouvement de libération nationale tout en rendant l’esclavagisme insoutenable —elle inspira les Bolivar, les Nganga Zumbu (Brésil), les « maroons » (Jamaique), etc. Un nombre de ces militants étaient membres du mouvement de Lemba—une politique de reconstruction et guérison de la société Kongo dévastée par l’esclavage, dans une situation de l’Etat fragmenté, délabré et presqu’inexistant. Contrairement à Kâ Mana (« Penser une Révolution de Profondeur »), l’imagination est influencée par des événements émancipateurs ou révolutionnaires et pas simplement par la réflexion interne à l’imagination. Il faut identifier ces événements et partir des vérités qui émanent d’eux et pas des constats d’échec des « leaders ou militants.»

10. Dans les circonstances de fragmentation ou balkanisation du royaume Kongo, agressé par le colonialisme esclavagiste, à prédominance portugaise, une jeune femme (22 ans à peine) de la noblesse, Kimpa Vita, se détache de sa classe, qui, en connivence avec les portugais, se divise le royaume en petits sous-royaumes se donnant des roitelets ici et là et accepte une religion chrétienne colonialiste ; Kimpa Vita intervient sur un nombre de plans. Elle critique la déviation religieuse montrant que les sacrements ne signifient rien s’ils n’expriment pas la sincérité du cœur que Dieu considère (son Salva Antonniana). Elle est à ce titre peut-être la première protestante. Elle mobilise la population du royaume pour restaurer l’unité du royaume et la reconstruction de Mbanza Kongo, la capitale. Tous ses militants sont des Antoniens. Elle veut abolir l’esclavage. Les roitelets, leurs courts et les esclavagistes et d’autres « missionnaires » sont ébranlés. Ceux-ci font appel à une terreur exemplaire pour museler et démobiliser les révoltés. Sous l’ordre entre autres du roitelet Pedro IV, Kimpa Vita est brulée vive, elle et son enfant. (Mobutu pendra les « conjurés de la Pentecôte : Anany, Mahamba, Bamba et Kimba » pour asseoir par terreur son autorité.) Mais les Antoniens, malgré cette terreur, ne s’arrêtent pas ; ils vont surtout dans la province de Sundi où ils déclenchent le mouvement de Lemba, un grand mouvement politico-thérapeutique pour reconstruire et guérir la société dévastée à partir de la reconstruction de la famille (traiter et guérir les affections et refaire l’équilibre de la famille pour recréer le désir d’avoir des enfants). C’est pourquoi, on appellera Lemba, « mukisi wafunisina nsi » une pratique ou un remède pour repeupler le pays. Sur le plan proprement religieux, Kimpa Vita mettra en place une structure d’organisation d’un temple Ngunziste (Mfumu Mpu, 2008). Structure qui arrivera jusqu’à nos jours. Les militants faits esclaves amenèrent le Lemba au nouveau monde : au Brésil, en Haïti, en Jamaïque, à Cuba, aux Etats-Unis d’Amérique (en Floride, où on a jusqu’ici une Lemba Church), etc. Notre question, pour ne pas aller trop en détails, c’est de savoir pourquoi le suivi d’une telle grande expérience n’a pas eu lieu ? N’avons-nous pas besoin de désaliéner notre post-colonie ? Et comment nous pouvons nous en inspirer ? Lumumba ne fait-il pas écho de cela ? De France, un appel a été lancé et pratiqué, pour créer un groupe Kimpa Vita regroupant les femmes ngunzistes. Autour de Kimbangu Simon, il y avait de fortes femmes ngunzistes : Thérèse Mboga (enceinte, morte suite aux tortures), Mikali et Mwilu. Et la structure des groupes de « Kintwadi » s’inspirait de celle de Kimpa Vita. C’était un mouvement révolutionnaire, caractérisé non seulement par la conception révolutionnaire de l’articulation entre politique et Etat, mais l’existence d’une activité politique de masse, de ses mots d’ordre, de ses organisations nouvelles et de ses lieux propres.

11. Le mouvement radical des prophètes (1921-1951), dirigé par Kimbangu Simon, reprendra quelques éléments de la vérité des Antoniens et des Lembaistes : l’abolition de l’esclavage, l’abolition du colonialisme, du fétichisme et la création de la civilisation (contre l’idée coloniale que la civilisation ne peut être qu’européenne) des noirs par les noirs et la réhabilitation de ceux-ci (« la race la plus humiliée du monde ») et l’idée que les gens qui construiront le Congo viendront de l’extérieur ( les descendants des esclaves libérés ou les Congolais qui iront étudié en Europe ?). Les congolais de maturité spirituelle le seront comme résultat de l’affranchissement africain, c’est-à-dire de la réhabilitation de la race noire, la plus humiliée du monde. Ce mouvement émerge dans des circonstances de grande répression, surtout autour de la construction du chemin de fer. Il y a eu beaucoup de morts et les villages commençaient à se vider. Contre la mission civilisatrice coloniale, on réclame la civilisation du noir par le noir et contre la répression on proclame que le blanc partira. Malgré la déportation de près de 38.000 adeptes et dirigeants, l’influence des idées sera active jusque les années 1950s et au-delà. Elle sera le fil dynamique de l’orientation de l’ABAKO. Mais pourquoi, les églises colonialistes et colonisantes reprennent-elles en force ? N’est-ce pas là une indication de la reproduction de l’Etat colonial implanté ? A l’est du pays, l’esclavage n’est aboli qu’au 20ème siècle et surtout par les colonialistes. Et il n’y a pas eu de mouvement de Lemba. Ce fait n’a-t-il pas d’effets sur la société swahilophone ? Les échos de la révolution à Zanzibar(1964) et le passage du Che et ses collègues ne semblent pas avoir révolutionnarisé l’homme là-bas.

12. Un événement donne naissance à trois tendances : la fidélité à la vérité du mouvement, la réaction contre cette vérité et l’indifférence obscurantiste (rien n’est arrivé). Souvent, dans notre pays, les célébrations de « nos héros nationaux » escortent avec elles une culpabilité parce que ce n’est pas toujours du point de la fidélité à la vérité des événements dans lesquels nos héros étaient les militants, mais celui de la réaction ou de l’obscurantisme, qu’elles se font. Mobutu proclama P.E. Lumumba Héros National au moment où il cherchait à traquer pour le tuer Pierre Mulele qu’on peut dire avoir passablement représenté la fidélité à la vérité exprimée par Lumumba. Nos héros nationaux sont héros de quoi ? S’ils sont célébrés et commémorés par les traitres des pensées, paroles et actes de ces mêmes héros ? Pour garder son statut de réactionnaire au pouvoir, obligé de s’accommoder à la situation créée par la vérité de l’événement, le pouvoir réactionnaire adopte certains masques de cette vérité, tout en s’opposant a celle-ci. N’est-ce pas c’est cela qui bloque la pensée du suivi des actes de ces héros ? Si les militants présumés ne reconnaissent pas cette différence ? C’est cela qui fait que « nous pouvons être d’accord sur les faits, et aboutir à des jugements [politiques] parfaitement contraires. » Ce sont là quelques idées concernant la conscience historique. Aucune commission d’aucun Senat congolais n’a enquêté sur l’assassinat de P.E. Lumumba et ses collègues —cela ne montre-t-il pas que pour le pouvoir, contrairement aux apparences, l’événement que représente P. E. Lumumba, ne serait pas fondateur ?

13. Culture politique révolutionnaire : Où et quand les Congolais s’étaient-ils réunis, sans intermédiaires étrangers, pour s’entendre et élaborer une Charte congolaise de la liberté ou une Charte congolaise de l’émancipation ? La vérité de la levée de masse qu’était le 4 janvier 1959 était plus bénéfique a la réaction coloniale qui avait capitalisé sur son masque : prendre les Congolais de vitesse pour une décolonisation précipitée. L’ABAKO, un des lieux de la politique révolutionnaire de « l’indépendance immédiate » a arracher des colonialistes, était tombée en crise et disparaîtra comme lien crucial avec les masses indépendantistes. Et c’était P.E. Lumumba qui fit le bilan de la nature de l’indépendance proclamée, plus ou moins des masses indépendantistes organisées. Kasa-Vubu serait devenu un autre « Roi Christophe d’une ‘Saison au Congo’.» La Conférence Nationale Souveraine, une autre levée de masse, était écourtée quand les questions importantes devaient être discutées. La Réconciliation nationale avec vérité n’avait pas eu lieu. Le monument érigé à cette occasion représente un mensonge pour alléger la culpabilité. La peur de la mort (« Mobutu va provoquer un massacre. ») ou la peur de perdre la jouissance (« Qui n’a pas bénéficié de la largesse du Guide ? ») étaient plus importantes que la refondation de la Nation et surtout le « départ politique » de Mobutu et son Mobutisme. Il y a eu recul à tous les niveaux, on ne voulait pas aller jusqu’au bout. On privilégiait des manipulations, des menaces, la corruption, communautarisme libertaire (géopolitique), etc. plutôt que des consultations, des débats transparents, avec critique et autocritique, des vrais palabres, etc. La critique de masse de Mobutu et le Mobutisme avait débouche en la reprise du Mobutisme, bien affaibli. Aucune autocritique politique sincère faite devant les masses congolaises qui avaient été réprimées par le régime Mobutu n’a eu lieu. Le renversement de Mobutu par une rébellion armée qui ne mettait pas l’activité politique de masse au pouvoir, ne pouvait pas concrètement en finir avec le Mobutisme. Les pratiques de démobilisation politique du peuple passent aujourd’hui encore pour « la culture politique », d’où le fait de faire des « préoccupations de la sécurité » le noyau de la politique des dirigeants. Qu’est-ce qui empêchait l’organisation de larges consultations avec toutes les couches qui composent les 23 millions d’électeurs (monde scientifiques, monde spirituel, monde de fonctionnaires, monde rural, etc., envoyer « les représentants du peuple » aller se réunir avec leurs électeurs, etc.) avant de décider de procéder à l’amendement de la Constitution ? Pas de dialogue politique civilisé. Et depuis l’indépendance nominale, chaque régime a eu sa Constitution, si pas ses Constitutions. Pendant tout ce temps, le peuple ne s’est pas imprégné de l’importance d’une Constitution. On n’a jamais entendu parler du président Obama comme « garant » de la Constitution américaine. Et notre « garant » ne s’est pas montré être au-dessus de violations de la Constitution. Evidemment, si l’on suit aveuglement le « garant », on ne saura pas quand les violations de la Constitution se font. Les marches populaires sont permises par la Constitution, mais les conditions élastiques font qu’elles sont toujours réprimées, à moins qu’elles soient pour la célébration du parti au pouvoir. Nous avons plus de 400 partis politiques dont on ne sent l’existence que lorsqu’il y a des élections. On parle des « écoles de partis » dont on ne voit pas les effets, dans le peuple, en tant que culture politique ou simplement la littérature d’analyses politiques éclairant le peuple. Alors qu’ailleurs, on sait que la politique précède le droit, ici le juridisme précède la politique. Et pourtant, l’impunité règne en maîtresse. Sans pensée politique, sans un minimum d’impartialité étatique, que veut dire « reconstruction d’un Etat délabré d’implantation coloniale ? » Comme on suppose une « démocratie pure », au-dessus des luttes des classes et du contexte de domination sans la participation active et volontaire du peuple, on suppose un universalisme d’Etat pur. La simple chronologie des régimes, ou plutôt la succession des présidents, passe pour une histoire des luttes autour de la construction/reconstruction des formations étatiques congolaises. Les « décisions politiques » sont rarement informées par des analyses scientifiques sur la société. (Je crois sincèrement qu’à part les écrits des académiciens étrangers surtout, il y a une rareté de vraies études scientifiques dans l’esprit du matérialisme historique, de la société et la politique congolaises.) Nos « politiques » ne témoignent, bien souvent, que pour eux-mêmes et leurs alliés de la « communauté internationale » et jamais pour les paysans appauvris qui viennent s’entasser dans les bidonvilles, les déplacés de guerre rassemblés dans des camps, les femmes violées, les enseignants clochardisés, les jeunes diplômés sans emploi, les générations futures, les opprimes populations dites autochtones de Pygmées, etc., et surtout pas d’envisager l’articulation politique de ceux-ci d’où peut émerger une situation nouvelle, comme en Afrique du Nord.

14. La globalisation, c’est aussi la survie par le savoir et la sagesse humaniste —la science et les arts technico-artistiques en plus de la politique d’émancipation—. Avec le culte d’ignorance qui caractérise notre pays, pourrions-nous survivre au siècle prochain ? Nos dirigeants ne comprennent pas pourquoi certains pays donnent la priorité à l’éducation —jusque parfois 40% du budget. Dans la petite « éducation » qu’on organise ici (1% du budget) quelle part est accordée à la science, la technologie et les valeurs fondamentales ? Alors que la Chine populaire vise à former 600.000 ingénieurs par an (l’Inde forme 100.000 par an), on voulait fermer la Faculté Polytechnique de l’Université de Kinshasa (UNIKIN)en 2009. Et combien d’ingénieurs formons-nous par an ? Et combien des mathématiciens, ici où nous confondons le calcul avec les mathématiques ? Les écoles techniques laissées par les Belges n’existent presque plus. Les artisans qui s’efforcent par eux-mêmes, sans sponsors, et que les savants et ingénieurs ne consultent que si leurs voitures tombent en panne, sont relativement isolés. L’articulation entre artisans/ingénieurs/savants, responsable du décollage scientifique moderne, ne semble ici pas pour demain. Entretemps, le budget d’importation des pièces de rechange est énorme. Les vieilles pièces métalliques, utilisables dans une logique de combinaison des outils différents pour avoir des outils plus performants, sont exportées. On ignore absolument comment les pays qui ont décollé y sont arrivés. Et dans ce pays de croyances fantomales, magiques et sorcières, la science ne serait-elle pas une bonne hygiène intellectuelle ? On continue d’aborder la science sous la problématique de ‘l’outil du développement’ et non pas une vision critique du monde.

15. L’analphabétisme s’accroit : 26% à 30% des enfants qui doivent aller à l’école n’y sont pas. Les parents exhibent de moins en moins une compétence pour assister leurs enfants avec le travail scolaire. Il y a des familles qui soient dépourvues des matériels éducatifs, —à part peut-être la TV là où le courant arrive encore. Les forces et techniques d’industrie informatique et communicationnelle sont utilisées surtout pour l’abrutissement culturel et de marketing. (Que des filles congolaises s’abîment par le désir de blanchir ou de brunir !) Aucun effort d’identification des enfants surdoués n’est fait ; dans les conditions de délabrement intellectuel et matériel des écoles et de clochardisation des enseignants, ce sont ces enfants qui perdent l’envie d’étudier, les premiers. A l’école, l’accent est mis sur la mémorisation des faits—qui deviennent dépassés avant même la collation ! Les valeurs fondamentales (que veut dire ‘être honnête ?’ être juste ? ‘être responsable de la survie de tous ?’etc.) n’y sont pas enseignées. Quelle est la mesure d’un Congolais « éduqué ?» Même les monarques du passé, en Europe, prenaient en charge des savants, nos savants doivent ou bien devenir clochardisés ou émigrer à l’étranger. Dans quelles conditions survit le professeur Malu ? Nos régimes, qui sont sous la bourse des Institutions de Bretton Woods, ne voient pas plus loin que 5 ans, comme d’ailleurs pas plus loin qu’hier, dans le passé. Ne sont-ils pas des génocidaires des générations futures ?

16. Dans son dernier sermon à Mbanza Nsanda, le 10 septembre 1921, Kimbangu Simon affirme que sans maturité spirituelle, il n’y a pas de développement matériel. Par rapport à ses enseignements, on peut dire qu’on a régressé considérablement : le fétichisme, la sorcellerie, le maraboutisme, la magie, « les maisons ou sectes secrètes », les églises pour la poursuite du pouvoir pour le pouvoir et l’enrichissement personnel sans cause, etc., sont à l’ordre du jour. L’idolâtrie régnerait en maitresse ; même « la communauté internationale » est considérée comme une vraie déesse. Quelle est aujourd’hui la mission spirituelle du Congo ? Comprend-on la vraie signification de Kimpwanza (Ki-Mpu-Kia-Mampungu-Ga Nza) la capacité d’assumer sa liberté spirituelle et temporelle ? La repentance, la réconciliation avec vérité, l’affranchissement des africains, l’unité des chrétiens, la reprise de la parole de Kingunza, etc. sont devenus des slogans de propagande. Où est l’amour ? Où est la vraie poursuite du pardon ? Où sont les faiseurs de paix ? Quelles sont nos croyances fondamentales qui déterminent nos comportements ? Sur Dieu ? Sur la Vie ? Y-a-t-il, comme ailleurs par exemple, des mythes fondateurs qui déterminent notre idéal national ? Destin manifeste ou déclin manifeste ? On n’a pas entendu une forte prière contre l’idolâtrie au pouvoir depuis 1960 ; on n’a pas entendu un grand appel national pour la repentance concernant tous nos manquements depuis nos ancêtres jusqu’ici. On n’a pas entendu une grande prière demandant l’émergence des dirigeants spirituels du calibre de Kimbangu Simon, pour que le peuple reforme ses valeurs fondamentales qui déterminent ses comportements. Ne faut-il pas nous préparer pour recevoir la grande clameur qui s’est mise en route ? La colonie, comme machine d’aliénation culturelle, a presque détruit notre spiritualité : toutes les valeurs africaines étaient déclarées sauvages, primitives et dangereuses. Il fallait s’en débarrasser le plus vite possible. Mais, l’eurocentrisme ne nous a pas rendu murs ; on est toujours en apprentissage éternel : impossible de créer ou d’innover. D’où,
on est portés vers la consommation et l’utilisation de ce qui est déjà créé par les autres. L’esclavagisme spirituel ne favorise pas une pensée libérée.

17. La personne humaine est sacrée, dit notre Constitution (article 16). Il suffit d’être convoqué au bureau de la sécurité pour soit revenir diminué par des tortures, ne plus revenir du tout ou être trouvé mort ailleurs. La sécurisation de tout congolais est hors de question ; on sécurise le leader contre tous. Des enveloppes d’empoisonnement ont emporté un nombre de citoyens innocents. Notre pays est devenu « la capitale des viols des femmes » et ce sont les étrangers qui en sont beaucoup plus préoccupés que nous. Et nos femmes savent les coups qu’elles endurent de « l’amour ». Nos ancêtres avaient participé dans la vente et l’achat des esclaves ; qu’avons-nous fait pour cela ? Nos ancêtres ont trahi les prophètes et ceux-ci sont morts en prison ; qu’avons-nous fait pour cela ? Nous avons continue de trahir, sous des célébrations avec faste, les militants de la nation révolutionnaire : Lumumba et collègues étaient, en 1961, sciés et morcelés pour les disparaître dans l’acide ; Mulele et collègues, en 1968, étaient coupés et mis en sacs pour les jeter dans le fleuve ! Les mœurs changent-elles d’elles mêmes sans effort conscient ? Notre uranium a été utilisé pour détruire Hiroshima et Nagasaki ; qu’avons-nous fait pour cela ? Sans une vraie estime de soi, pouvons-nous aimer les autres ? Que faisons-nous du fait que les prophéties de Kimbangu (son dernier sermon, en 1921 ; ses conversations avec les prêtres qui l’ont rendu visite en prison, en 1922 ; ses conversations avec le feu Jean Kiansumba, en 1944), ne font que se vérifier ? Quels sont les signes annonciateurs de la Deuxième Indépendance qu’il annonça ? Nous sommes des êtres spirituels en plus d’être des machines biologiques ; nous devons obéir aux lois spirituelles comme à celles biologiques et physiques.

18. Dans ce sermon, Kimbangu prédit tout ce qui nous arrive en Afrique. Je cite : « Mais les décennies qui suivront la libération de l’Afrique seront terribles et atroces. Car tous les premiers gouvernants (« minyadi ») de l’Afrique libre travailleront au bénéfice des Blancs. Un grand désordre spirituel et matériel s’installera. Les gouvernants de l’Afrique entraineront, sur le conseil des blancs, leurs populations respectives dans des guerres meurtrières et s’entretueront. La misère s’installera. Beaucoup de jeunes quitteront l’Afrique dans l’espoir d’aller chercher le bien-être dans les pays des Blancs. Ils parleront toutes les langues des Blancs. Parmi eux, beaucoup seront séduits par la vie matérielle des Blancs…. Il faudra une longue période pour que l’homme noir acquière sa maturité spirituelle. Celle-ci lui permettra d’acquérir son indépendance matérielle. » (Mbongi a Nsi : « Le Dernier Sermon de Mfumu Kimbangu Simon » 2010. Pp.3-4.) Le langage de 1921, quand l’idéologie coloniale est dominée par le racisme, conçoit encore l’opposition entre Blancs et Noirs. En ces temps-là, évidemment, tout ce qui est noir est sauvage, primitif, mauvais, irrationnel et tout ce qui est blanc est bon, supérieur, civilisé et rationnel. Avec les temps, le colonisé dit évolué apprend à haïr tout ce qui pourrait être son héritage culturel, historique et civilisationnel ; il a honte d’être noir, d’être africain qui « n’a pas d’histoire », etc. Mais Kimbangu s’agite pour la libération de l’Afrique et perçoit aussi, avant Frantz Fanon, ce que les gouvernants issus des évolués vont faire de l’Afrique libre. Les désafricanisés (Kimbangu comprend les deux sens : mental et pour certains, physique) auxquels on a inculqué que seule la civilisation européenne compte ; et qui a perdu sa maturité spirituelle lui permettant de discerner les inculcations, ne peut dépendre que des conseils d’anciens colonialistes compris comme seuls rationnels. La réponse et même la solution se trouve dans l’appel de Fanon de « Quittons cette Europe… » (Les Damnés de la terre, dernier chapitre,) et dans l’autre appel d’Amilcar Cabral de « Retour aux sources.. » dénigrées par l’impérialisme (colonial, néocolonial et mondialisé) (A. Cabral, Return to the sources.) Pour le refus de l’histoire à l’Afrique, Cheikh Anta Diop a fait plus qu’un grand appel : il faut connaître toute l’histoire humaine mondiale, y compris de l’Ancienne Egypte, pour réfuter sans appel le mensonge selon lequel c’est le colonialisme qui fait entrer l’Afrique dans l’histoire.
Où était l’Europe quand nos ancêtres esclaves déportés au Nouveau Monde faisaient l’histoire à Santa Domingues et ailleurs ?

19. L’élite africaine qui fournit les gouvernants de l’Afrique, pour la plupart sont toujours culturellement, philosophiquement des évolués hostiles aux valeurs africaines comprises comme « anti-valeurs », sauvagerie, primitivité. Cette élite continue de singer les valeurs et les mauvaises pratiques des colonialistes et néocolonialistes. Elle considère les paysans, les moins affectés intellectuellement/spirituellement/culturellement par la civilisation coloniale comme l’ignorance en personne. On peut leur faire voter le projet de Constitution, au referendum, sans l’avoir vu ni sans leur permettre d’en avoir étudié le contenu, et bien sur, « au nom du peuple ». Nous préparons une critique de l’élite congolaise ; nous ne pouvons pas aller en détails ici. C’est dans ce contexte flairé ci-dessus qu’il faut envisager de pied ferme la possibilité d’une levée prochaine de masse. Aurait-on dépassé les prescriptions de F. Fanon sur le milieu rural, en faveur des pauvres des villes ? Qui incarnerait la nation révolutionnaire à venir ?

A SUIVRE
20. Pourquoi donc Simon Kimbangu et Patrice Emery Lumumba étaient condamnés à mort ? Pas pour des raisons avancées à grands cris=surtout par les dirigeants de l’Eglise catholique qui exigeaient leur pendaison=notamment : la haine du blanc, pour le premier, et le communisme pour le deuxième=. Mais, parce qu’ils avaient déployé une indépendance d’esprit, refusée aux noirs depuis 500 ans de leur domination et humiliation. L’estime de soi et la volonté de s’auto=émanciper proviennent de cette indépendance d’esprit. Le commandant De Rossi s’attendait, en Kimbangu, à voir un ‘esclave’ qui se mettrait à genoux pour implorer le pardon. Il vit qu’il était devant quelqu’un s’en tenant fermement à sa vérité, sans fléchir. Les grands du monde de ce temps=là bipolarisé, par la voix du roi des Belges, Baudouin, voulaient tromper les congolais dominés qu’ils leur octroyaient l’indépendance comme une faveur pour laquelle ceux=ci devaient manifester de la gratitude. Lumumba, non prévu par le protocole d’Etat ; prit la parole, tonna et proclama la vérité historique : ‘nous avons lutté pour avoir notre indépendance et nous allons faire de celle=ci suivant la volonté du peuple.’
Une des caractéristiques de l’élite politique d’aujourd’hui c’est l’absence d’indépendance d’esprit dans ses membres. Cette élite est essentiellement composée des serviteurs des forces extérieures=les maitres. C’est depuis 1960 que cette élite s’organise dans des structures faites pour servir les forces extérieures : le groupe de Binza fut une illustration. C’est cela qui fait qu’elle soit incapable d’etre fidèle à la pensée et l’action de S. Kimbangu et P.E. Lumumba et les transforme en leurs contraires. Les exceptions sont rares.
Le fait qu’il y ait plus de 400 partis politiques montre que cette élite n’a pas de sens d’unité politique et donc aussi de l’autonomie de l’Etat. Chaque membre cherche un maitre à servir et non pas à sortir de la servitude. Ceci traverse d’ailleurs tous les secteurs : économique ou structurel aussi bien que super=structurel. Le chef d’église s’adresse à l’église étrangère pour sa légitimité et sa survie. Les politiques conçoivent l’Etat comme une somme des postes à occuper moyennant l’appui des forces extérieures ou leurs proches. Souvent, ce sont les forces extérieures qui intiment à l’élite congolaise de s’unir. C’est pourquoi la vraie campagne électorale des candidats présidentiels se fait surtout à l’Occident. A l’intérieur, on corrompt les masses des électeurs par des ‘cadeaux’ et des fausses promesses. Puisque les partis sont essentiellement des fora ethniques, l’élite divise la population congolaise plutôt que de l’unir.
Les membres de cette élite qui soient informés de la situation contemporaine du monde sont rares, et non plus de l’histoire tant ancestrale que celle du pays. C’est pourquoi, les membres donnent l’impression d’etre incapables de penser ou de pensée nouvelle. L’appel de Montaigne leur concerne aussi : ‘qu’on cesse de nous criailler comme qui verserait dans un entonnoir, et notre devoir ce n’est que de redire ce qu’on nous a dit. Je voudrais qu’on corrigea cette partie=là !’ Ne se font=ils pas membres des maisons qui pensent pour eux ? Ils répètent ad nauseabond l’idéologie occidentale : il n’ y a pas des rapports sociaux déterminant l’action des hommes, l’individu est le créateur de son histoire —la société est une somme des individus–, le marché doit soumettre la société (le néolibéralisme—la source de la richesse congolaise est devenue le marché et l’argent d’emprunt, commissions pour la signature des contrats, l’argent de blanchiment plutôt que le travail congolais), la démocratie multipartiste, l’humanitarisme(défense des droits humains souvent sélectionnés) et la charité et non la solidarité avec les peuples, la loi ne concerne pas l’incarné du mal !

21. Revenons sur la question du ‘retour aux sources traditionnelles.’ Nous sommes toujours dans l’après achèvement de la séquence politique des luttes pour la libération nationale ouverte par la révolution citoyenne haitienne (1802-1804). La Nation africaine qui devait, par ses luttes, transformant les fragments d’empires et d’états esclavagistes dévastés ensuite par des états coloniaux implantés par conquetes, s’est échouée avec l’émergence d’état post-colonial graduellement devenu irresponsable, entrainant sur « les conseils des Blancs »’(S. Kimbangu)des peuples africains dans des guerres meurtrières et une instabilité d’où on ne sort toujours pas. La Nation africaine par des peuples en luttes victorieuses pour la libération nationale ne s’est pas formée ; l’indépendance largement octroyée ne pouvait pas donner naissance à cette nation. C’est l’insuffisance de la résolution de la question nationale africaine qui provoque l’appel aux retours aux sources traditionnelles. C’est le contenu universel et pan-africaniste qui permet de décider si le retour est révolutionnaire, localiste ou réactionnaire. Le premier concerne la reprise des enseignements culturels issus des luttes de libération nationale depuis la Révolution haitienne et peut-etre, au-delà- jusqu’à ceux issus des résistances populaires en Ancienne Egypte. Le deuxième concerne la reprise des fabrications culturelles des anthropologues, essentiellement colonialistes ; et le dernier concerne celle des idéologies dominantes (métaphysiques) des empires et états précoloniaux. Le premier exige la compréhension des luttes populaires dans toutes leurs histoires pour capter les idées émancipatrices qui y avaient émergées. Le deuxième reprend, analysés critiqués ou non, les écrits des anthropologues surtout. Le dernier utilise les données issues, comme dit le leader de BDK, des révélations (qui le rendent « grand maitre de la sagesse Kongo », par exemple) et l’Histoire ancienne. Tous ces retours visent à une notion différente de la nation : celle issue des luttes réelles de libération nationale, celle créée de toutes pièces par l’état post-colonial (« Authenticité ») et celle d’un royaume antécolonial qu’il faut restaurer. Ce sont les luttes qui peuvent exposer les recoupements possibles. Les aspirations à la modernisation confrontent ces trois retours- à moins qu’elles ne soient qu’un suivisme ou copisme intégraux des cultures étrangères incorrectement portées au niveau de l’universel. L’affirmation de S. Kimbangu suivant laquelle « les Blancs savent seulement un quart de la science et la « race noire la plus humiliée du monde devenue émancipée saura les trois quarts restants » est une aspiration à l’universel complet.

En RDC, tous ces retours ont eu lieu. Dans les mouvements révolutionnaires prophétiques, qui articulaient entre elles les luttes d’émancipation de la race humaine, dite noire la plus humiliée du monde, celles des descendants des esclaves tant domestiques que mondiaux, celles des colonisés africains et enfin celles des colonisés congolais, les tendances de retour aux sources traditionnelles (pensées des résistants comme Mafuta Furia, Kimpa Vita, Nzinga) sont de première nature. Le désir d’émancipation universelle (« Le Noir sera Blanc et le Blanc sera Noir », S Kimbangu) se fait toujours sentir. Le dernier sermon de S. Kimbangu, à Mbanza Nsanda le 10 septembre 1921, est une véritable déclaration de libération nationale et d’émancipation humaine. Les églises qui se réclament de S. Kimbangu, malheureusement, ne sont pas pour la plupart fidèles à cette déclaration parce qu’elles agissent comme si la libération est déjà acquise. L’exigence de l’indépendance arrachée et non celle colonialement préparée et octroyée, à l’ABAKO indépendantiste, était en ligne avec cette déclaration. Les interventions de Patrice Emery Lumumba, en 1960, sont également fidèles à la déclaration. Il y a eu certainement des grandes idées de résistance dans les mouvements de la ‘Deuxième Indépendance’ qui reprennent les cultures traditionnelles résistantes.
« L’Authenticité Mobutiste », à notre avis se réclamait d’un retour localiste ; cela ne pouvait conduire qu’à la création des institutions ‘répressives’ comme la « Prima Curia ». Les bonnes volontés qui se réclamaient de « l’Authenticité » pour continuer la lutte pour la libération nationale étaient marginalisées. L’organisation du pouvoir commençait à imiter ce que les anthropologues avaient écrit dans leurs études des traditions du pouvoir soi-disant africain. Ici aussi les « religions traditionnelles » qui s’inspiraient du courant, faisaient promouvoir une spiritualité répressive. Le culte des ancetres était beaucoup plus attentif aux détenteurs du pouvoir qu’aux pauvres, aux persécutés, aux orphelins, etc. La chefferie et tout son arsenal des fétiches et son cortège des sorciers et nganga avaient pris une grande ascendance. Les marabouts devenaient des vrais décideurs. Il est possible que les forces extérieures qui les dominaient étaient assimilées aux plus grands sorciers.
Au début, le BDK donnait l’impression d’un mouvement de lutte culturelle de libération nationale —ne fut-ce que pour se débarrasser de l’emprise de la culture Mobutiste et Ngala dominant la société Kongo. En refusant de s’appuyer sur le peuple Kongo résistant, le seul créateur de l’histoire Kongo, en se faisant la seule source des traditions auxquelles il faut retourner et reçues par lui, en tant que grand maitre de la sagesse Kongo, par révélations, le BDK revendiquait un retour aux traditions métaphysiques (l’essence du Mukongo) de l’idéologie dominante du Royaume Kongo ; il taisait les traditions de résistance Kongo de palabre, de Lembaisme et les traditions sorties des mouvements de résistance ngunziste ( y compris Buendeiste), munkukuiste, croix-komaiste,etc. L’aspect d’utilisation révolutionnaire du Christianisme dans les luttes de libération lui avait échappé. C’est pourquoi, comme au moyen-age, pour le BDK, la religion détermine la politique qui détermine la science. L’autonomie, plus tard, du BDM, parti politique deviendra impossible. Quand le leader de BDK eut le désir de faire la politique, d’abord comme candidat gouverneur du Bas-Congo, sa vision politique devenait celle de l’occupation ou l’entrée dans l’état postcolonial. Au lieu d’un mouvement de la révolution culturelle s’appuyant sur les masses populaires pour une vraie transformation politique et sociale, il devint celui d’entrer dans l’état postcolonial dont la culture était combattue. Les premières tentatives d’occupation du pouvoir à partir des secteurs, par la force, seront réprimées de façon excessive par l’état. Récemment, le leader de BDK se présente comme expert en arbitrage politique « en sa qualité de grand maitre de la sagesse Kongo. » Le peuple Kongo qui le soutenait a commencé à se poser des questions. A supposer qu’il soit élu président de la République, du dedans de l’état post-colonial compradore quelles transformations pourra-t-il etre capable d’apporter dans l’absence d’un grand mouvement des masses populaires ?

22. Nous sommes encore dans l’époque où « les états veulent l’indépendance, les nations veulent la libération et les peuples veulent la révolution.» Nos dirigeants (compradores) ne veulent pas l’indépendance et meme pas l’autonomie fonctionnelle de nos états. Ils sont devenus des complices et des alliés surs de la domination et l’exploitation de nos peuples. La question nationale ne peut pas se résoudre par un état anti libération nationale. Les actes fondamentaux de ces dirigeants (le refus de mettre le travail au centre de l’activité économique et sociale et la privatisation du sol—l’expulsion des paysans pauvres de l’accès à la terre) préparent les conditions objectives de la révolution. Que doivent faire les 80% de sans emploi pour vivre et la majorité paysanne que les enclosures forcent de s’installer misérablement dans les bidonvilles ? L’agriculture, l’éducation populaire, la santé de base, etc., qui intéressent la majorité de la population, sont négligées. Les institutions pouvant incarner le processus de prise de conscience de l’idéal national : l’armée nationale, l’éducation publique, la justice, les structures idéologiques pseudo-étatiques sont en crise profonde si pas détruites. Un licencié d’université devient de plus en plus incapable d’écrire une lettre grammaticalement correcte de demande d’emploi ! C’est dans le désert qu’on preche « le changement des mentalités et la tolérance zéro de la corruption. » Le nettoyage culturo-idéologique ne pourra venir que par un grand mouvement des masses révolutionnaires (« mvita velela » disent les Bangunza.) Il faut comprendre, dans ce contexte, les mirages et le bavardage sur la démocratie multipartiste et l’humanitaire. On ne peut pas parler de la démocratisation quand ce qu’on vise c’est de garder la majorité de la population en dehors des moyens de vie et dans des conditions qui l’empeche de participer activement. Le parlement a passé plus des lois qui sont nocives à la majorité de la population qu’en sa faveur. Ceci explique aussi pourquoi les élections locales prévues tardent à venir. La démocratisation ne viendra pas dans une famille constamment affamée. Ni dans les écoles publiques où les enseignants sont clochardisés parce que mal payés. Un parti politique où « les cadres » se disputent les faveurs auprès du propriétaire/ »fondateur » ne peut se démocratiser. Les manipulations, les achats de conscience, l’utilisation de la topologie ethnique ou régionale et les intrigues n’avancent pas la démocratisation. Les alliés extérieurs, on doit s’y attendre, prennent leurs propres intrigues, manipulations et achats de conscience comme aidant la démocratisation des autres !
En Afrique, seuls quelques pays ont obtenu leur indépendance culturelle, surtout linguistique. La crise de l’usage de la soi-disant « langue officielle », le fait que les « lettrés », une minorité a des difficultés de la maitriser et que le reste de la société ignore la langue des institutions officielles, montre que l’indépendance culturelle reste à faire. Dans un sens, ce fait retarde l’arrivée dans ces pays du « Printemps arabe ». Les intellectuels progressistes qui doivent vite apporter aux masses populaires, dans les langues de celles-ci, les expériences du « Printemps arabe » semblent faire défaut. La jeunesse avec diplôme et sans emploi ne semble pas développer une conscience politique à la hauteur de celle de la jeunesse arabe sans emploi. La centralité des palabres à l’internet font ici culturellement et économiquement défaut. Ceci explique aussi pourquoi la diaspora congolaise n’arrive pas à faire émerger une vraie palabre dans le peuple congolais. Le retour aux sources est souvent accompagné d’un retour à l’utilisation des langues populaires.

Who said Gaddafi had to go?

So Gaddafi is dead and Nato has fought a war in North Africa for the first time since the FLN defeated France in 1962. The Arab world’s one and only State of the Masses, the Socialist People’s Libyan Arab Jamahiriyya, has ended badly. In contrast to the bloodless coup of 1 September 1969 that overthrew King Idris and brought Gaddafi and his colleagues to power, the combined rebellion/civil war/ Nato bombing campaign to protect civilians has occasioned several thousand (5000? 10,000? 25,000?) deaths, many thousands of injured and hundreds of thousands of displaced persons, as well as massive damage to infrastructure. What if anything has Libya got in exchange for all the death and destruction that have been visited on it over the past seven and a half months?

Link: http://www.lrb.co.uk/v33/n22/hugh-roberts/who-said-gaddafi-had-to-go

The overthrow of Gaddafi & Co was far from being a straightforward revolution against tyranny, but the West’s latest military intervention can’t be debunked as being simply about oil. Presented by the National Transitional Council (NTC) and cheered on by the Western media as an integral part of the Arab Spring, and thus supposedly of a kind with the upheavals in Tunisia and Egypt, the Libyan drama is rather an addition to the list of Western or Western-backed wars against hostile, ‘defiant’, insufficiently ‘compliant’, or ‘rogue’ regimes: Afghanistan I (v. the Communist regime, 1979-92), Iraq I (1990-91), the Federal Republic of Yugoslavia (over Kosovo, 1999), Afghanistan II (v. the Taliban regime, 2001) and Iraq II (2003), to which we might, with qualifications, add the military interventions in Panama (1989-90), Sierra Leone (2000) and the Ivory Coast (2011). An older series of events we might bear in mind includes the Bay of Pigs (1961), the intervention by Western mercenaries in the Congo (1964), the British-assisted palace coup in Oman in 1970 and – last but not least – three abortive plots, farmed out to David Stirling and sundry other mercenaries under the initially benevolent eye of Western intelligence services, to overthrow the Gaddafi regime between 1971 and 1973 in an episode known as the Hilton Assignment.

At the same time, the story of Libya in 2011 gives rise to several different debates. The first of these, over the pros and cons of the military intervention, has tended to eclipse the others. But numerous states in Africa and Asia and no doubt Latin America as well (Cuba and Venezuela spring to mind) may wish to consider why the Jamahiriyya, despite mending its fences with Washington and London in 2003-4 and dealing reasonably with Paris and Rome, should have proved so vulnerable to their sudden hostility. And the Libyan war should also prompt us to examine what the actions of the Western powers in relation to Africa and Asia, and the Arab world in particular, are doing to democratic principles and the idea of the rule of law.

The Afghans who rebelled against the Communist regimes of Noor Mohammed Taraki, Hafizullah Amin and the Soviet-backed Babrak Karmal, and in 1992 overthrew Mohammed Najibullah before laying waste to Kabul in protracted factional warfare, called themselves mujahedin, ‘fighters for the faith’. They were conducting a jihad against godless Marxists and saw no need to be coy about it in view of the enthusiastic media coverage as well as logistical support the West was giving them. But the Libyans who took up arms against Gaddafi’s Jamahiriyya have sedulously avoided this label, at least when near Western microphones. Religion had little to do with the upheavals in Tunisia and Egypt: Islamists were almost entirely absent from the stage in Tunisia until the fall of Ben Ali; in Egypt the Muslim Brothers weren’t instigators of the protest movement (in which Coptic Christians also took part) and made sure their support remained discreet. And so the irrelevance of Islamism to the popular revolt against despotic regimes was part of the way the Arab Spring came to be read in the West. Libyan rebels and Gaddafi loyalists alike tacitly recognised this fact.

The Western media generally endorsed the rebels’ description of themselves as forward-looking liberal democrats, and dismissed Gaddafi’s exaggerated claim that al-Qaida was behind the revolt. But it has become impossible to ignore the fact that the rebellion has mobilised Islamists and acquired an Islamicist tinge. On his first visit to Tripoli, Mustafa Abdul Jalil, the chairman of the NTC, then still based in Benghazi, declared that all legislation of the future Libyan state would be grounded in the Sharia, pre-empting any elected body on this cardinal point. And Abdul Hakim Belhadj (alias Abu Abdallah al-Sadiq), whom the NTC appointed to the newly created post of military commander of Tripoli, is a former leader of the Libyan Islamic Fighting Group, a movement which conducted a campaign of terrorism against the Libyan state in the 1990s and went on to provide recruits to al-Qaida. The democratic revolutionaries in Tunisia are now concerned that the re-emergence of the Islamist movement has diverted political debate from constitutional questions to toxic identity issues and may derail the country’s nascent democracy; in this light, the Islamist aspect of the Libyan rebellion should put us on our guard. It is among several reasons to ask whether what we have been witnessing is a revolution or a counter-revolution.

The rebels’ name has changed several times in the Western media’s lexicon: first they were peaceful demonstrators, democracy protesters, civilians; then (a belated admission) rebels; and, finally, revolutionaries. Revolutionaries – in Arabic, thuwwar (singular: tha’ir) – has been their preferred label at least since the fall of Tripoli. Tha’ir can simply mean ‘agitated’ or ‘excited’. The young men who spent much of the period between April and July careering up and down the coastal highway in Toyota pick-ups (and the whole of September running backwards and forwards around Bani Walid), while firing as much of their ammunition into the air as at the enemy, have certainly been excited. But how many veterans of revolutions elsewhere, as distinct from Western journalists, would recognise them as their counterparts?

The events in both Tunisia and Egypt have been revolutionary in intent, but the change that has occurred in Egypt falls well short of a genuine revolution: the army’s return to power means that the country’s politics has yet to transcend the logic of the Free Officers’ state established in 1952. But the way hundreds of thousands stood up against Mubarak last winter was a historic event Egyptians will never forget. The same is true of Tunisia, except that there a revolution has not only toppled Ben Ali but also ended the monopoly of the old ruling party. The Tunisians have entered the unknown. Whether they have the resources to cope with the Islamist movement may be their greatest test. The recent elections suggest they are coping pretty well.

Libya was part of the wider ‘Arab awakening’ in two respects. The unrest began on 15 February, three days after the fall of Mubarak: so there was a contagion effect. And clearly many of the Libyans who took to the streets over the next few days were animated by some of the same sentiments as their counterparts elsewhere. But the Libyan uprising diverged from the Tunisian and Egyptian templates in two ways: the rapidity with which it took on a violent aspect – the destruction of state buildings and xenophobic attacks on Egyptians, Serbs, Koreans and, above all, black Africans; and the extent to which, brandishing the old Libyan flag of the 1951-69 era, the protesters identified their cause with the monarchy Gaddafi & Co overthrew. This divergence owed a lot to external influences. But it also owed much to the character of Gaddafi’s state and regime.

Widely ridiculed as the bizarre creation of its eccentric if not lunatic ‘Guide’, the Socialist People’s Libyan Arab Jamahiriyya in fact shared many features with other Arab states. With the massive increase in oil revenues in the early 1970s, Libya became a ‘hydrocarbon society’ that resembled the states of the Gulf more than its North African neighbours. Libya’s oil revenues were distributed very widely, the new regime laying on a welfare state from which virtually all Libyans benefited, while also relying on oil wealth, as the Gulf States do, to buy in whatever it lacked in terms of technology and consumer goods, not to mention hundreds of thousands of foreign workers. For Gaddafi and his colleagues the state’s distributive role quickly became the central element in their strategy for governing the country.

The 1969 coup belonged to the series of upheavals that challenged the arrangements made by Britain and France to dominate the Arab world after the First World War and the destruction of the Ottoman Empire. These took on a new vigour in the wake of the defeats of the Second World War and the supersession of British by American hegemony in the Middle East. These arrangements entailed the sponsoring, safeguarding and manipulation of newly confected monarchies in Saudi Arabia, Jordan, Iraq, Egypt, Libya and the Gulf statelets, and in most cases the challenges were precipitated by catastrophic developments in the Arab-Israeli conflict. Just as the Free Officers who deposed King Farouq and seized power in Egypt in 1952 were outraged at the incompetent way Egypt’s armed forces were led in 1948, and the revolution in Iraq in 1958 owed much to increased hostility to the pro-British monarchy after Suez, so the Arab defeat in 1967, and crucially, frustration at Libya’s absence from the Arab struggle, prompted Gaddafi and his colleagues to attempt their coup against the Libyan monarchy. However, beyond closing the US base at Wheelus Field and nationalising the oil, they didn’t really know what to do next.

Unlike his Hashemite counterparts, who came from Mecca and were foreigners in Jordan and Iraq, King Idris was at least a Libyan. He also had legitimacy as the head of the Sanussiyya religious order, which in the course of the 19th and early 20th centuries had established itself the length and breadth of eastern Libya, and had distinguished itself in the resistance to the Italian conquest from 1911 onwards. But like the Hashemites Idris came to the throne as a protégé of the British, who fished him out of Cairo, where he had spent more than 20 years in exile, to make him king and thereby recast Libya as a monarchy in 1951 when the UN finally decided what to do with the former Italian colony.

The Sanussiyya, originally an Islamic revivalist order, was set up in north-eastern Libya, the province the Italians called Cyrenaica, by an immigrant divine from western Algeria, Sayyid Mohammed ben Ali al-Sanussi al-Idrisi, who founded his order in Mecca in 1837 but moved it to Libya in 1843. It took root throughout the eastern province in the interstices of Bedouin tribal society and spread south along the trade routes that crossed the Sahara into Sudan, Chad and Niger. It had less of a presence in western Libya: in Tripolitania in the north-west, which had its own religious and political traditions based on the Ottoman connection, and Fezzan in the south-west. The two western provinces have always been considered part of the Maghreb (the Arab west), linked primarily to Tunisia and Algeria, while eastern Libya has always been part of the Mashreq (the Arab east) and oriented to Egypt and the rest of the Arab Levant.

The new monarchy’s internal social basis was thus markedly uneven and Idris was badly placed to promote a genuine process of national integration, opting instead for a federal constitution that left Libyan society much as he found it while, out of deference to his Western sponsors as well as alarm at the rise of radical Arab nationalism and Nasserism in particular, he insulated the country from the rest of the Arab world. Gaddafi’s coup was a revolt against this state of affairs, and the otherwise baffling flamboyance of his foreign policy was evidence of his determination that Libya should no longer be a backwater.

The new regime’s inner circle was drawn from a small number of tribes, above all the Gadadfa in central Libya, the Magarha from the Fezzan in the south-west and the Warfalla from south-eastern Tripolitania. This background did not dispose Gaddafi and his associates to identify with the political and cultural traditions of the Tripoli elites or those of Benghazi and the other towns of coastal Cyrenaica. As the elites saw it, the 1969 coup had been carried out by ‘Bedouin’ – that is, country bumpkins. For Gaddafi & Co, the traditions of the urban elites offered no recipe for governing Libya: they would only perpetuate its disunity.

The Mediterranean and the Middle East are not short of examples of lands made painfully into states based, not on the cosmopolitan societies of the seaboards, but on the bleak and hard regions of the interior. It was the austere society and sombre towns of the Castilian plateau, not sophisticated Barcelona or sunny Valencia or Granada, that brought forth the kingdom which, once joined to Aragon, united the rest of Spain at the expense of the rich culture of Andalucia in particular. In the same way Ibn Saud, ruler of the unforgiving Nejd plateau in the centre of the Arabian peninsula, had united the Arabs under the sword while forcing the townsmen of the Hijaz, near the Red Sea coast, who were nourished on the traditions of all four madhahib (legal schools) of Sunni Islam and well acquainted with the various Shia traditions, to bend the knee to Wahhabi dogmatism. Ibn Saud had the militant religious tradition of the muwahiddun, the disciples of the Nejdi religious reformer Muhammad Ibn Abd al-Wahhab, behind him in his drive to unify Arabia by conquest. Even the revolutionaries of the FLN had religion going for them, not only because they were confronting a Christian colonial power but also as heirs to the al-Islah reform movement. But Gaddafi and his associates had no militant religious banner and organised Islam in Libya was minded to resist them.

Pre-empted in the religious sphere by both the Sanussiyya in the east and the pan-Islamic tradition of the Tripolitanian ’ulama, which dated from the Ottoman era, they were desperate to find a doctrinal source for the kind of ideological enthusiasm they needed to stir in order to reorder Libyan society. At the outset, they thought they had one in pan-Arabism, which, especially in its Nasserite version, had inspired enthusiasm across North Africa from 1952 onwards, putting the champions of Islam on the back foot. But Gaddafi & Co were latecomers to the Arab nationalist revolutionary ball and little more than a year after their seizure of power Nasser was dead. For some time Gaddafi persisted with the idea of a strategic relationship with Egypt, which would have helped to solve several of the new Libya’s problems, providing it with an ally and shoring up the regime’s efforts to deal with refractory currents in Cyrenaica. But Egypt under Sadat veered away from pan-Arabism and plans for an Egyptian-Libyan union, announced in August 1972, led nowhere. In late 1973 an anti-Egyptian campaign was launched in the Libyan press, and Libya’s embassy in Cairo was closed.

Gaddafi now tried to contract an alliance with his western neighbour, declaring a new ‘Arab-Islamic Republic’ with Tunisia’s Habib Bourguiba in January 1974. This too proved stillborn. Many wondered what on earth the worldly, Francophile, secular and moderate Bourguiba could have been thinking and Houari Boumediène, Algeria’s president, weighed in to remind Tunis that there could be no shift in the geopolitical balance of the Maghreb without Algeria’s agreement. Following this logic, Gaddafi secured an alliance with Algeria, and in 1975 Boumediène and Gaddafi signed a treaty of mutual friendship. It appeared that Libya had at last entered an alliance it could rely on. Two years later, after Sadat’s visit to Tel Aviv, Libya joined Algeria, Syria, South Yemen and the PLO in the Steadfastness Front, which was opposed to any rapprochement with Israel. But Boumediène died unexpectedly in late 1978. His successor, Chadli Bendjedid, emulating Sadat, abandoned Algeria’s revolutionary commitments and the protective alliance with Tripoli; Libya was alone again. Gaddafi’s desperation is evident in the short-lived treaty he signed with Morocco’s King Hassan in 1984. It was his last attempt to fit in with fellow North African and Arab states. Instead, he looked to sub-Saharan Africa, where the Jamahiriyya could play the benevolent patron.

All the states of North Africa have had African policies of a kind. And all but Tunisia have strategic hinterlands consisting of the countries to their south: for Egypt, the Sudan; for Algeria, the Sahel states (Niger, Mali and Mauritania); for Morocco, Mauritania, also a permanent bone of contention with Algeria. In pursuing their African policies, the North African states often compete with one another, but they have also been in competition with Western powers keen to preserve or, in the case of the US, to contract patron-client relations with these states. What distinguished Gaddafi’s Libya from its North African neighbours was the extent of its investment in this southern strategy, which became central to the regime’s conception of Libya’s mission in the world.

The Jamahiriyya’s African policy had a darker side. Gaddafi’s support for Idi Amin is the outstanding example, though even that seems less grotesque when weighed against the support of various Western governments for Mobutu Sese Seko. There was also Libya’s involvement in Chad’s civil war (and attempted annexation of the Aouzou Strip) and its sustained involvement in the Tuareg question in Niger and Mali. At the same time, it gave strong financial and practical support to the African Union, opposed the installation of the US military’s ‘Africom’ on the soil of any African country and funded a wide range of development projects in sub-Saharan countries. Gaddafi planned to exploit the immense water reserves under Libya’s Sahara, and to provide water to the Sahel countries, which could have transformed their economic prospects, but this possibility has now almost certainly been killed off by Nato’s intervention, since Western (and perhaps particularly French) water companies are lining up alongside Western oil firms for their slice of the Libyan action.

Gaddafi’s African policy gave Libya a firm geopolitical position and consolidated its strategic hinterland while also benefiting Africa. That many African countries appreciated Libya’s contribution to the continent’s affairs was made clear by the AU’s opposition to Nato’s intervention and its sustained efforts to broker a ceasefire and negotiations between the two sides of the civil war. These efforts were dismissed with scorn by Western governments and press, with African opposition to the military intervention cynically derided as Libya’s clients doing their duty to their patron, a self-serving judgment that was unfair to South Africa in particular. That the Arab League, whose support for a no-fly zone was invoked by London, Paris and Washington to claim Arab legitimation of Nato’s intervention, had a membership almost entirely confined to Western powers’ client states was never mentioned.

The situation was full of irony for Libya. Gaddafi’s son Saif al-Islam’s contemptuous comment on the Arab League’s resolution, ‘El-Arab? Toz fi el-Arab!’ (‘The Arabs? To hell with the Arabs!’), expressed the family’s bitter recognition that the pan-Arabism behind the 1969 revolution had long ago become obsolete as the majority of Arab states subsided into shamefaced submission to the Western powers. The problem for Gaddafi & Co was that the African perspective they had diligently pursued as a solution de rechange for defunct pan-Arabism consistent with their original anti-imperialist worldview meant little to the many Libyans who wanted Libya to approximate to Dubai, or, worse, stirred virulent resentment against the regime and black Africans alike. And so, in taking Libya into Africa while tending to remove it from Arab regional affairs, the Jamahiriyya’s foreign policy, like that of Idris’s monarchy, cut the Libyans off from other Arabs, especially the well-heeled Gulf Arabs whose lifestyle many middle-class Libyans aspired to. In this way, the regime’s foreign policy made it vulnerable to a revolt inspired by events elsewhere in the Arab world. But there was another reason for its vulnerability.

The authors of the 1969 coup initially took Nasser’s Egypt for their model, imitating its institutions and terminology – Free Officers, Revolutionary Command Council – and equipping themselves with a single ‘party’, the Arab Socialist Union (ASU), like Nasser’s prototype essentially a state apparatus providing a façade for the new regime. But within two years, Sadat’s de-Nasserisation purges were underway and he was mending fences with the Muslim Brothers, while the beginning of infitah – his policy of opening up the economy – announced the retreat from ‘Arab socialism’ and the rift with Moscow presaged the turn to America. Thus the Egyptian model evolved rapidly into an anti-model, while the experiment with the ASU proved an instructive failure. The idea of a single party seemed to make sense in Libya as it had originally made sense in Egypt and also Algeria. Leaders of military regimes needed to set up a civilian façade so that they could offer a degree of controlled representation and bring the politically ambitious into the new dispensation. But in Egypt and Algeria the architects of the new single party were dealing with comparatively politicised populations. Gaddafi & Co confronted a politically inert society, with little in the way of a state tradition, pulverised by a brutal colonial conquest and reduced to onlookers as the country became a battleground in World War Two, then liberated from colonial rule by external forces and finally tranquillised by the Sanussi monarchy. In trying to launch the ASU, the new regime found little to work with in terms of political talent or energy in the wider population; instead it was the old elites of Tripoli and Benghazi who invested in the party, which not only failed to mobilise popular enthusiasm but became a focus of resistance to the revolution Gaddafi had in mind.

Gaddafi accordingly began to develop an idea he voiced within weeks of seizing power in 1969: that representative democracy was unsuited to Libya. Other leaders in North Africa and the Middle East felt the same about their own countries. But in pretending to allow for representation they were acknowledging their vice in tacitly paying homage to virtue. In his Green Book, however, Gaddafi scandalised people by his refusal to be a hypocrite: he elevated his rejection of representation into an explicit constitutive principle which he called the State of the Masses. But the real problem was that his new course led Libya to a historic impasse.

He dispensed with the ASU and the idea of a single ruling party, promoting instead People’s Congresses and Revolutionary Committees as the key political institutions of the Jamahiriyya, which was proclaimed in 1977. The former were to assume responsibility for public administration and secure popular participation, the latter to keep the flame of the Revolution alive. The members of the People’s Congresses were elected, and these elections were taken seriously, at least at the local level and for a while. But voters were not, in theory, electing representatives, merely deciding who among the candidates on offer they wished to assume the mainly administrative responsibilities of the bodies in question. The system encouraged political and ideological unanimity, allowing no voice for dissident opinion except on trivial matters. It drew many ordinary Libyans into a sort of participation in public affairs, although this was waning by the mid-1990s, but it did not educate them in other aspects of politics, and did not work well on its own terms either.

Gaddafi’s State of the Masses drew on ideas developed elsewhere. The championing of direct over representative democracy was a prominent feature of the utopian outlook of young Western leftists in the 1960s. And the strategic decision to mobilise the ‘revolutionary’ energies of the young to outflank conservative party apparatuses was central to Mao’s Cultural Revolution and a feature of Boumediène’s ‘Révolution socialiste’. Where Gaddafi went further was in abolishing the ASU and outlawing parties altogether, but in this he could claim a doctrinal warrant: the notion that there should be no political parties in a Muslim country has long been advocated by some currents of Sunni Islamism, on the grounds that ‘party’ connotes fitna, or a division of the community of the faithful, the supreme danger. Kuwait, Oman, Saudi Arabia and the United Arab Emirates allow no political parties to this day. (Gaddafi’s rule always had a more pronounced Islamic aspect than that of the regimes in Cairo and Algiers; his intolerance of Islamists owed a lot to the fact that he was intent on remaining the source of radicalism and unwilling to allow rivals.) Finally, the idea of direct popular participation in public administration could claim a local origin in the tradition of the Bedouin tribes known as hukumat ‘arabiyya (meaning here ‘people’s government’ not ‘Arab government’), in which every adult male can have his say.

The Jamahiriyya lasted 34 years (42 if backdated to 1969), a respectable innings. It did not work for foreign businessmen, diplomats and journalists, who found it more exasperating to deal with than the run of Arab and African states, and their views shaped the country’s image abroad. But the regime was not designed to work for foreigners and seems to have worked fairly well for many Libyans much of the time. It achieved more than a tripling of the total population (6.5 million today, up from 1.8 million in 1968), high standards of healthcare, high rates of schooling for girls as well as boys, a literacy rate of 88 per cent, a degree of social and occupational promotion for women that women in many other Arab countries might well envy and an annual per capita income of $12,000, the highest in Africa. But the point about these indices, routinely cited, naturally enough, by critics of the West’s intervention in reply to the propaganda that has relentlessly blackened the Gaddafi regime, is that they are in one crucial sense beside the point.

The socio-economic achievements of the regime can be attributed essentially to the distributive state: that is, the success of the hydrocarbons sector and of the mechanisms put in place early on to distribute petrodollars. But the central institutions of the Jamahiriyya, the tandem of People’s Congresses and Revolutionary Committees, did not make for effective government at all, in part because they involved a tension between two distinct notions and sources of legitimacy. The Congresses embodied the idea of the people as the source of legitimacy and the agent of legitimation. But the Committees embodied the very different idea of the Revolution as possessing a legitimacy that trumped all others. At the apex of the Revolution was Gaddafi himself, which is why it made sense for him to position himself outside the structure of Congresses and hence of the formal institutions of government, neither prime minister nor president but simply Murshid, Guide, Brother Leader. The position enabled him to mediate in free-wheeling fashion between the various components of the system and broader public opinion, criticising the government (and thereby articulating public restiveness) or deploring the ineffectiveness and correcting the mistakes of People’s Congresses and doing so always from the standpoint of the Revolution. The tradition of an Arab ruler making a virtue of siding with public opinion against his own ministers goes back to Haroun al-Rashid. But the way revolutionary legitimacy could override popular legitimacy in Gaddafi’s system also resembles Khomeini’s insistence that the interests of Iran’s revolution could override the precepts of the Sharia – i.e. that political considerations could trump Islamic dogma – and that he was the arbiter of when this was necessary. It is striking that Gaddafi considered that the interest of the Revolution required the hydrocarbons sector to be spared the ministrations of People’s Congresses and Revolutionary Committees alike.

Words such as ‘authoritarianism’, ‘tyranny’ (a favourite bugbear of the British) and ‘dictatorship’ have never really captured the particular character of this set-up but have instead relentlessly caricatured it. Gaddafi, unlike any other head of state, stood at the apex not of the pyramid of governing institutions but of the informal sector of the polity, which enjoyed a degree of hegemony over the formal sector that has no modern counterpart. It meant that the Jamahiriyya’s formal institutions were extremely weak, and that included the army, which Gaddafi mistrusted and marginalised.

One is tempted to say of Gaddafi, ‘L’état, c’était lui.’ But it was the more and more mystical idea of the Revolution, not heredity and divine right, that legitimated his power. And the intangible content of this Revolution, what Ruth First called its elusiveness, was closely connected to the fact that the Revolution was never over.

A distinction between revolutionary and constitutional government was made in 1793 by Robespierre, when he wrote: ‘The aim of constitutional government is to preserve the Republic; that of revolutionary government is to lay its foundation.’ The effective historical function of the revolutionary government in Libya was to ensure that, while the country was modernised in important respects, it did not and could not become a republic. The Libyan Revolution turned out to be permanent because its objects were imprecise, its architects had no form of law-bound, constitutional government in view as a final destination and no conception of a political role for themselves or anyone else after the Revolution. The State of the Masses, al-jamahiriyya, was presented as far superior to a mere republic – jumhuriyya – but in fact fell far short of one. And, in contrast to states that call themselves republics but fail to live up to the name, its pretensions signalled that there was never an intention to establish a real republic in which government would truly be the affair of the people. The State of the Masses was in reality little more than a game to occupy and contain ordinary Libyans while the grown-up business of politics was conducted behind the scenes, the affair of a mysterious and unaccountable elite.

The mobilisation of society in the French Revolution threw up several independent-minded leaders – Danton, Marat, Hébert et al as well as Robespierre – which made it psychologically possible for fellow Jacobins to rebel against Robespierre and set in train the tortuous process of superseding revolutionary by constitutional government. Something similar, up to a point, can be said of Algeria (where the independence struggle threw up a superabundance of strong-minded revolutionaries), although 49 years on, the winding road to the democratic republic still stretches far ahead, as it did in France. But the political inertia of Libyan society meant that its Revolution had one and only one leader. Gaddafi’s closest colleagues no doubt had personal influence but only one of them, Abdessalam Jalloud, had it in him to disagree openly with Gaddafi on major issues (and he finally quit on his own terms in 1995). And so Gaddafi’s rule can be seen as an extreme instance of what Rosa Luxemburg called ‘substitutionism’: the informal government that was the real government of Libya was a one-man show. Incarnating the nebulous Revolution, the imprecise interest of the nation and the inarticulate will of the people at the same time, Gaddafi clearly believed he needed to make the show interesting. His flamboyance had a political purpose. But how long can colourfulness command consent, let alone loyalty? A Pied Piper leading Libyans – mostly well fed, housed and schooled, but maintained in perpetual political infancy – to no destination in particular. The wonder of it is that the show had such a long run.

Gaddafi seems to have realised years ago what he had done – the quasi-utopian dead end he had got Libya and himself into – and tried to escape its implications. As early as 1987 he was experimenting with liberalisation: allowing private trading, reining in the Revolutionary Committees and reducing their powers, allowing Libyans to travel to neighbouring countries, returning confiscated passports, releasing hundreds of political prisoners, inviting exiles to return with assurances that they would not be persecuted, and even meeting opposition leaders to explore the possibility of reconciliation while acknowledging that serious abuses had occurred and that Libya lacked the rule of law. These reforms implied a shift towards constitutional government, the most notable elements being Gaddafi’s proposals for the codification of citizens’ rights and punishable crimes, which were meant to put an end to arbitrary arrests. This line of development was cut short by the imposition of international sanctions in 1992 in the wake of the Lockerbie bombing: a national emergency that reinforced the regime’s conservative wing and ruled out risky reform for more than a decade. It was only in 2003-4, after Tripoli had paid a massive sum in compensation to the bereaved families in 2002 (having already surrendered Abdelbaset Ali al-Megrahi and Al Amin Khalifa Fhima for trial in 1999), that sanctions were lifted, at which point a new reforming current headed by Gaddafi’s son Saif al-Islam emerged within the regime.

It was the fashion some years ago in circles close to the Blair government – in the media, principally, and among academics – to talk up Saif al-Islam’s commitment to reform and it is the fashion now to heap opprobrium on him as his awful father’s son. Neither judgment is accurate, both are self-serving. Saif al-Islam had begun to play a significant and constructive role in Libyan affairs of state, persuading the Libyan Islamic Fighting Group to end its terrorist campaign in return for the release of LIFG prisoners in 2008, promoting a range of practical reforms and broaching the idea that the regime should formally recognise the country’s Berbers. While it was always unrealistic to suppose that he could have remade Libya into a liberal democracy had he succeeded his father, he certainly recognised the problems of the Jamahiriyya and the need for substantial reform. The prospect of a reformist path under Saif was ruled out by this spring’s events. Is there a parallel with the way international sanctions in the wake of Lockerbie put paid to the earlier reform initiative?

Since February, it has been relentlessly asserted that the Libyan government was responsible both for the bombing of a Berlin disco on 5 April 1986 and the Lockerbie bombing on 21 December 1988. News of Gaddafi’s violent end was greeted with satisfaction by the families of the American victims of Lockerbie, understandably full of bitterness towards the man they have been assured by the US government and the press ordered the bombing of Pan Am 103. But many informed observers have long wondered about these two stories, especially Lockerbie. Jim Swire, the spokesman of UK Families Flight 103, whose daughter was killed in the bombing, has repeatedly expressed dissatisfaction with the official version. Hans Köchler, an Austrian jurist appointed by the UN as an independent observer at the trial, expressed concern about the way it was conducted (notably about the role of two US Justice Department officials who sat next to the Scottish prosecuting counsel throughout and appeared to be giving them instructions). Köchler described al-Megrahi’s conviction as ‘a spectacular miscarriage of justice’. Swire, who also sat through the trial, subsequently launched the Justice for Megrahi campaign. In a resumé of Gaddafi’s career shown on BBC World Service Television on the night of 20 October, John Simpson stopped well short of endorsing either charge, noting of the Berlin bombing that ‘it may or may not have been Colonel Gaddafi’s work,’ an honest formula that acknowledged the room for doubt. Of Lockerbie he remarked cautiously that Libya subsequently ‘got the full blame’, a statement that is quite true.

It is often claimed by British and American government personnel and the Western press that Libya admitted responsibility for Lockerbie in 2003-4. This is untrue. As part of the deal with Washington and London, which included Libya paying $2.7 billion to the 270 victims’ families, the Libyan government in a letter to the president of the UN Security Council stated that Libya ‘has facilitated the bringing to justice of the two suspects charged with the bombing of Pan Am 103, and accepts responsibility for the actions of its officials’. That this formula was agreed in negotiations between the Libyan and British (if not also American) governments was made clear when it was echoed word for word by Jack Straw in the House of Commons. The formula allowed the government to give the public the impression that Libya was indeed guilty, while also allowing Tripoli to say that it had admitted nothing of the kind. The statement does not even mention al-Megrahi by name, much less acknowledge his guilt or that of the Libyan government, and any self-respecting government would sign up to the general principle that it is responsible for the actions of its officials. Tripoli’s position was spelled out by the prime minister, Shukri Ghanem, on 24 February 2004 on the Today programme: he made it clear that the payment of compensation did not imply an admission of guilt and explained that the Libyan government had ‘bought peace’.

The standards of proof underpinning Western judgments of Gaddafi’s Libya have not been high. The doubt over the Lockerbie trial verdict has encouraged rival theories about who really ordered the bombing, which have predictably been dubbed ‘conspiracy theories’. But the prosecution case in the Lockerbie trial was itself a conspiracy theory. And the meagre evidence adduced would have warranted acquittal on grounds of reasonable doubt, or, at most, the ‘not proven’ verdict that Scottish law allows for, rather than the unequivocally ‘guilty’ verdict brought in, oddly, on one defendant but not the other. I do not claim to know the truth of the Lockerbie affair, but the British are slow to forgive the authors of atrocities committed against them and their friends. So I find it hard to believe that a British government would have fallen over itself as it did in 2003-5 to welcome Libya back into the fold had it really held Gaddafi responsible. And in view of the number of Scottish victims of the bombing, it is equally hard to believe that SNP politicians would have countenanced al-Megrahi’s release if they believed the guilty verdict had been sound. The hypothesis that Libya and Gaddafi and al-Megrahi were framed is to be taken very seriously indeed. And if it were the case, it would follow that the greatly diminished prospect of reform from 1989 onwards as the regime battened down the hatches to weather international sanctions, the material suffering of the Libyan people during this period, and the aggravation of internal conflict (notably the Islamist terrorist campaign waged by the LIFG between 1995 and 1998) can all in some measure be laid at the West’s door.

Wherever the blame lies, the Jamahiriyya survived up to 2011 fundamentally unchanged in its key political features: the absence of political parties, the absence of independent associations, newspapers and publishing houses and the corresponding weakness of civil society, the dysfunctional character of the formal institutions of government, the weakness of the armed forces and the indispensability of Gaddafi himself as the originator of the Revolution that constituted the state. After 42 years of Gaddafi’s rule, the people of Libya were, politically speaking, not much further forward than they were on 31 August 1969. And so the Jamahiriyya was vulnerable to internal challenge the moment Arab mass movements making an issue of human dignity and citizens’ rights got going. The tragic irony is that the features of the Jamahiriyya that made it vulnerable to the Arab Spring also, in their combination, completely ruled out any emulation of the Tunisian and Egyptian scenarios. The factors that enabled a fundamentally positive evolution to occur in both these countries once the mass protest movement started were absent from Libya. In both Tunisia and Egypt, the population’s greater experience of political action gave the protests a degree of sophistication, coherence and organisational flair. The fact that neither president had been a founding figure allowed for a distinction to be made between a protest against the president and his cronies and a rebellion against the state: the patriotism of the protesters was never put in question. And in both cases the role of the armed forces was crucial: being loyal to the state and the nation rather than to a particular leader, they were disposed to act as arbiters and facilitate a resolution without the existence of the state being put in jeopardy.

None of this applied to Libya. Gaddafi was the founder of the Jamahiriyya and the guarantor of its continued existence. The armed forces were incapable of playing an independent political role. The absence of any tradition of non-violent opposition and independent organisation ensured that the revolt at the popular level was a raw affair, incapable of formulating any demands that the regime might be able to negotiate. On the contrary, the revolt was a challenge to Gaddafi and to the Jamahiriyya as a whole (and thus to what existed in the way of a state).

The situation that developed over the weekend following the initial unrest on 15 February suggested three possible scenarios: a rapid collapse of the regime as the popular uprising spread; the crushing of the revolt as the regime got its act together; or – in the absence of an early resolution – the onset of civil war. Had the revolt been crushed straightaway, the implications for the Arab Spring would have been serious, but not necessarily more damaging than events in Bahrain, Yemen or Syria; Arab public opinion, long used to the idea that Libya was a place apart, was insulated against the exemplary effect of events there. Had the revolt rapidly brought about the collapse of the regime, Libya might have tumbled into anarchy. An oil-rich Somalistan on the Mediterranean would have had destabilising repercussions for all its neighbours and prejudiced the prospects for democratic development in Tunisia in particular. A long civil war, while costly in terms of human life, might have given the rebellion time to cohere as a rival centre of state formation and thus prepared it for the task of establishing a functional Libyan state in the event of victory. And, even if defeated, such a rebellion would have undermined the premises of the Jamahiriyya and ensured its demise. None of these scenarios took place. A military intervention by the Western powers under the cloak of Nato and the authority of the United Nations happened instead.

How should we evaluate this fourth scenario in terms of the democratic principles that have been invoked to justify the military intervention? There is no doubt that many Libyans consider Nato their saviour and that some of them genuinely aspire to a democratic future for their country. Even so I felt great alarm when intervention started to be suggested and remain opposed to it even now despite its apparent triumph, because I considered that the balance of democratic argument favoured an entirely different course of action.

The claim that the ‘international community’ had no choice but to intervene militarily and that the alternative was to do nothing is false. An active, practical, non-violent alternative was proposed, and deliberately rejected. The argument for a no-fly zone and then for a military intervention employing ‘all necessary measures’ was that only this could stop the regime’s repression and protect civilians. Yet many argued that the way to protect civilians was not to intensify the conflict by intervening on one side or the other, but to end it by securing a ceasefire followed by political negotiations. A number of proposals were put forward. The International Crisis Group, for instance, where I worked at the time, published a statement on 10 March arguing for a two-point initiative: (i) the formation of a contact group or committee drawn from Libya’s North African neighbours and other African states with a mandate to broker an immediate ceasefire; (ii) negotiations between the protagonists to be initiated by the contact group and aimed at replacing the current regime with a more accountable, representative and law-abiding government. This proposal was echoed by the African Union and was consistent with the views of many major non-African states – Russia, China, Brazil and India, not to mention Germany and Turkey. It was restated by the ICG in more detail (adding provision for the deployment under a UN mandate of an international peacekeeping force to secure the ceasefire) in an open letter to the UN Security Council on 16 March, the eve of the debate which concluded with the adoption of UNSC Resolution 1973. In short, before the Security Council voted to approve the military intervention, a worked-out proposal had been put forward which addressed the need to protect civilians by seeking a rapid end to the fighting, and set out the main elements of an orderly transition to a more legitimate form of government, one that would avoid the danger of an abrupt collapse into anarchy, with all it might mean for Tunisia’s revolution, the security of Libya’s other neighbours and the wider region. The imposition of a no-fly zone would be an act of war: as the US defense secretary, Robert Gates, told Congress on 2 March, it required the disabling of Libya’s air defences as an indispensable preliminary. In authorising this and ‘all necessary measures’, the Security Council was choosing war when no other policy had even been tried. Why?

Many critics of Nato’s intervention have complained that it departed from the terms of Resolution 1973 and was for that reason illegal; that the resolution authorised neither regime change nor the introduction of troops on the ground. This is a misreading. Article 4 ruled out the introduction of an occupying force. But Article 42 of the 1907 Hague Regulations states that ‘territory is considered occupied when it is actually placed under the authority of the hostile army,’ a definition conserved by the 1949 Geneva Conventions. What Resolution 1973 ruled out was the introduction of a force intended to take full political and legal responsibility for the place, but that was never the intention; ground forces were indeed eventually introduced, but they have at no point accepted political or legal responsibility for anything and so fall short of the conventional definition of an occupying force. It may be that this misreading of the resolution was connived at by the governments that drafted it in order to secure the best (or least bad) tally of votes in favour on 17 March; this would of course be only one instance of the sophistry to which the metteurs en scène of intervention have resorted. And regime change was tacitly covered by the phrase ‘all necessary measures’. That this was the right way to read the resolution had already been made clear by the stentorian rhetoric of Cameron and Hague, Sarkozy and Juppé, and Obama and Clinton in advance of the Security Council vote. Since the issue was defined from the outset as protecting civilians from Gaddafi’s murderous onslaught ‘on his own people’, it followed that effective protection required the elimination of the threat, which was Gaddafi himself for as long as he was in power (subsequently revised to ‘for as long as he is in Libya’ before finally becoming ‘for as long as he is alive’). From the attitudes struck by the Western powers in the run-up to the Security Council debate, it was evident that the cleverly drafted resolution tacitly authorised a war to effect regime change. Those who subsequently said that they did not know that regime change had been authorised either did not understand the logic of events or were pretending to misunderstand in order to excuse their failure to oppose it. By inserting ‘all necessary measures’ into the resolution, London, Paris and Washington licensed themselves, with Nato as their proxy, to do whatever they wanted whenever they wanted in the full knowledge that they would never be held to account, since as permanent veto-holding members of the Security Council they are above all laws.

In two respects the conduct of the Western powers and Nato did indeed appear explicitly to violate the terms of Security Council resolutions. The first instance was the repeated supply of arms to the rebellion by France, Qatar, Egypt (according to the Wall Street Journal) and no doubt various other members of the ‘coalition of the willing’ in what seemed a clear breach of the arms embargo imposed by the Security Council in Articles 9, 10 and 11 of Resolution 1970 passed on 26 February and reiterated in Articles 13, 14 and 15 of Resolution 1973. It was later explained that Resolution 1973 superseded 1970 in this respect and that the magic phrase ‘all necessary measures’ licensed the violation of the arms embargo; thus Article 4 of Resolution 1973 trumped Articles 13 to 15 of the same resolution. In this way it was arranged that any state might supply arms to the rebels while none might do so to the Libyan government, which by that time had been decreed illegitimate by London, Paris and Washington. Scarcely anyone has drawn attention to the second violation.

The efforts of the ICG and others seeking an alternative to war did not go entirely unnoticed. Apparently their proposals made some impression on the less gung-ho members of the Security Council, and so a left-handed homage was paid them by the drafters of Resolution 1973. In the final version – unlike any earlier ones – the idea of a peaceful solution was incorporated in the first two articles, which read:

[The Security Council …]

(1) Demands the immediate establishment of a ceasefire and a complete end to violence and all attacks against, and abuses of, civilians; (2) Stresses the need to intensify efforts to find a solution to the crisis which responds to the legitimate demands of the Libyan people and notes the decisions of the secretary-general to send his special envoy to Libya and of the Peace and Security Council of the African Union to send its ad hoc High Level Committee to Libya with the aim of facilitating dialogue to lead to the political reforms necessary to find a peaceful and sustainable solution.

In this way Resolution 1973 seemed to be actively envisaging a peaceful alternative as its first preference, while authorising military intervention as a fallback if a ceasefire was refused. In reality, nothing could have been further from the truth.

Resolution 1973 was passed in New York late in the evening of 17 March. The next day, Gaddafi, whose forces were camped on the southern edge of Benghazi, announced a ceasefire in conformity with Article 1 and proposed a political dialogue in line with Article 2. What the Security Council demanded and suggested, he provided in a matter of hours. His ceasefire was immediately rejected on behalf of the NTC by a senior rebel commander, Khalifa Haftar, and dismissed by Western governments. ‘We will judge him by his actions not his words,’ David Cameron declared, implying that Gaddafi was expected to deliver a complete ceasefire by himself: that is, not only order his troops to cease fire but ensure this ceasefire was maintained indefinitely despite the fact that the NTC was refusing to reciprocate. Cameron’s comment also took no account of the fact that Article 1 of Resolution 1973 did not of course place the burden of a ceasefire exclusively on Gaddafi. No sooner had Cameron covered for the NTC’s unmistakable violation of Resolution 1973 than Obama weighed in, insisting that for Gaddafi’s ceasefire to count for anything he would (in addition to sustaining it indefinitely, single-handed, irrespective of the NTC) have to withdraw his forces not only from Benghazi but also from Misrata and from the most important towns his troops had retaken from the rebellion, Ajdabiya in the east and Zawiya in the west – in other words, he had to accept strategic defeat in advance. These conditions, which were impossible for Gaddafi to accept, were absent from Article 1.

Cameron and Obama had made clear that the last thing they wanted was a ceasefire, that the NTC could violate Article 1 of the resolution with impunity and that in doing so it would be acting with the agreement of its Security Council sponsors. Gaddafi’s first ceasefire offer came to nothing, as did his second offer of 20 March. A week later, Turkey, which had been working within the Nato framework to help organise the provision of humanitarian aid to Benghazi, announced that it had been talking to both sides and offered to broker a ceasefire. The offer was given what Ernest Bevin would have called ‘a complete ignoral’ and nothing came of it either, as nothing came of a later initiative, seeking a ceasefire and negotiations (to which Gaddafi explicitly agreed), undertaken by the African Union in April. It too was rejected out of hand by the NTC, which demanded Gaddafi’s resignation as a condition of any ceasefire. This demand went beyond even Obama’s earlier list of conditions, none of which had figured in Resolution 1973. More to the point, it was a demand that made a ceasefire impossible, since securing a ceasefire requires commanders with decisive authority over their armies, and removing Gaddafi would have meant that no one any longer had overall authority over the regime’s forces.

By incorporating the alternative non-violent policy proposals in its text, the Western war party had been pulling a confidence trick, stringing along a few undecided states to get them to vote for the resolution on 17 March: a war to the finish, violent regime change and the end of Gaddafi had been the policy from the outset. All subsequent offers of a ceasefire by Gaddafi – on 30 April, 26 May and 9 June – were treated with the same contempt.

Those who believe in ‘international law’ and are happy with wars they consider ‘legal’ may wish to make something of this. But the crucial point here has to do with the logic of events and the policy choices associated with them. In incorporating the ICG’s – or, more generally, the peace party’s – suggestions into the revised text of Resolution 1973, London, Paris and Washington deftly headed off a real debate in the Security Council, one that would have considered alternatives, at the price of making their own resolution incoherent.

London, Paris and Washington could not allow a ceasefire because it would have involved negotiations, first about peace lines, peacekeepers and so forth, and then about fundamental political differences. And all this would have subverted the possibility of the kind of regime change that interested the Western powers. The sight of representatives of the rebellion sitting down to talks with representatives of Gaddafi’s regime, Libyans talking to Libyans, would have called the demonisation of Gaddafi into question. The moment he became once more someone people talked to and negotiated with, he would in effect have been rehabilitated. And that would have ruled out violent – revolutionary? – regime change and so denied the Western powers their chance of a major intervention in North Africa’s Spring, and the whole interventionist scheme would have flopped. The logic of the demonisation of Gaddafi in late February, crowned by the referral of his alleged crimes against humanity to the International Criminal Court by Resolution 1970 and then by France’s decision on 10 March to recognise the NTC as the sole legitimate representative of the Libyan people, meant that Gaddafi was banished for ever from the realm of international political discourse, never to be negotiated with, not even about the surrender of Tripoli when in August he offered to talk terms to spare the city further destruction, an offer once more dismissed with contempt. And this logic was preserved from start to finish, as the death toll of civilians in Tripoli and above all Sirte proves. The mission was always regime change, a truth obscured by the hullabaloo over the supposedly imminent massacre at Benghazi.

The official version is that it was the prospect of a ‘second Srebrenica’ or even ‘another Rwanda’ in Benghazi were Gaddafi allowed to retake the city that forced the ‘international community’ (minus Russia, China, India, Brazil, Germany, Turkey et al) to act. What grounds were there for supposing that, once Gaddafi’s forces had retaken Benghazi, they would be ordered to embark on a general massacre?

Gaddafi dealt with many revolts over the years. He invariably quashed them by force and usually executed the ringleaders. The NTC and other rebel leaders had good reason to fear that once Benghazi had fallen to government troops they would be rounded up and made to pay the price. So it was natural that they should try to convince the ‘international community’ that it was not only their lives that were at stake, but those of thousands of ordinary civilians. But in retaking the towns that the uprising had briefly wrested from the government’s control, Gaddafi’s forces had committed no massacres at all; the fighting had been bitter and bloody, but there had been nothing remotely resembling the slaughter at Srebrenica, let alone in Rwanda. The only known massacre carried out during Gaddafi’s rule was the killing of some 1200 Islamist prisoners at Abu Salim prison in 1996. This was a very dark affair, and whether or not Gaddafi ordered it, it is fair to hold him responsible for it. It was therefore reasonable to be concerned about what the regime might do and how its forces would behave in Benghazi once they had retaken it, and to deter Gaddafi from ordering or allowing any excesses. But that is not what was decided. What was decided was to declare Gaddafi guilty in advance of a massacre of defenceless civilians and instigate the process of destroying his regime and him (and his family) by way of punishment of a crime he was yet to commit, and actually unlikely to commit, and to persist with this process despite his repeated offers to suspend military action.

There was no question of anything that could properly be described as ethnic cleansing or genocide in the Libyan context. All Libyans are Muslims, the majority of Arab-Berber descent, and while the small Berber-speaking minority had a grievance concerning recognition of its language and identity (its members are Ibadi, not Sunni, Muslims), this was not what the conflict was about. The conflict was not ethnic or racial but political, between defenders and opponents of the Gaddafi regime; whichever side won could be expected to deal roughly with its adversaries, but the premises for a large-scale massacre of civilians on grounds of their ethnic or racial identity were absent. All the talk about another Srebrenica or Rwanda was extreme hyperbole clearly intended to panic various governments into supporting the war party’s project of a military intervention in order to save the rebellion from imminent defeat.

Why did the panic factor work so well with international, or at any rate Western, public opinion and especially governments? It is reliably reported that Obama’s fear of being accused of allowing another Srebrenica tipped the scales in Washington when not only Robert Gates but also, initially, Hillary Clinton had resisted US involvement. I believe the answer is that Gaddafi had already been so thoroughly demonised that the wildest accusations about his likely (or, as many claimed, certain) future conduct would be believed whatever his actual behaviour. This demonisation took place on 21 February, the day all the important cards were dealt.

On 21 February the world was shocked by the news that the Gaddafi regime was using its airforce to slaughter peaceful demonstrators in Tripoli and other cities. The main purveyor of this story was al-Jazeera, but the story was quickly taken up by the Sky network, CNN, the BBC, ITN et al. Before the day was over the idea of imposing a no-fly zone on Libya was widely accepted, as was the idea of a Security Council resolution imposing sanctions and an arms embargo, freezing Libya’s assets and referring Gaddafi and his associates to the ICC on charges of crimes against humanity. Resolution 1970 was duly passed five days later and the no-fly zone proposal monopolised international discussion of the Libyan crisis from then on.

Many other things happened on 21 February. Zawiya was reported to be in chaos. The minister of justice, Mustafa Abdul Jalil, resigned. Fifty Serbian workers were attacked by looters. Canada condemned ‘the violent crackdowns on innocent demonstrators’. Two airforce pilots flew their fighters to Malta claiming they did so to avoid carrying out an order to bomb and strafe demonstrators. By late afternoon regime troops and snipers were reliably reported to be firing on crowds in Tripoli. Eighteen Korean workers were wounded when their place of work was attacked by a hundred armed men. The European Union condemned the repression, followed by Ban Ki-moon, Nicolas Sarkozy and Silvio Berlusconi. Ten Egyptians were reported to have been killed by armed men in Tobruk. William Hague, who had condemned the repression the previous day (as had Hillary Clinton), announced at a press conference that he had information that Gaddafi had fled Libya and was en route to Venezuela. The Libyan ambassador to Poland stated that defections from the armed forces as well as the government could not be stopped and Gaddafi’s days were numbered. Numerous media outlets carried the story that Libya’s largest tribe, the Warfalla, had joined the rebellion. Libya’s ambassadors to Washington, India, Bangladesh and Indonesia all resigned, and its deputy ambassador to the UN, Ibrahim Dabbashi, rounded off the day by calling a news conference at Libya’s mission in New York and claimed that Gaddafi had ‘already started the genocide against the Libyan people’ and was flying in African mercenaries. It was Dabbashi more than anyone else who, having primed his audience in this way, launched the idea that the UN should impose a no-fly zone and the ICC should investigate Gaddafi’s ‘crimes against humanity and crimes of war’.

At this point the total death toll since 15 February was 233, according to Human Rights Watch. The Fédération Internationale des Droits de l’Homme suggested between 300 and 400 (but it also announced the same day that Sirte had fallen to the rebels). We can compare these figures with the total death toll in Tunisia (300) and Egypt (at least 846). We can also compare both HRW’s and FIDH’s figures with the death toll, plausibly estimated at between 500 and 600, of the seven days of rioting in Algeria in October 1988, when the French government rigorously refrained from making any comment on events. But the figures were beside the point on 21 February; it was impressions that counted. The impression made by the story that Gaddafi’s airforce was slaughtering peaceful protesters was huge, and it was natural to take the resignations of Abdul Jalil and the ambassadors, the flight of the two pilots, and especially Dabbashi’s dramatic declaration about genocide as corroborating al-Jazeera’s story.

Goodies and baddies (to use Tony Blair’s categories) had been clearly identified, the Western media’s outraged attention totally engaged, the Security Council urgently seized of the matter, the ICC primed to stand by, and a fundamental shift towards intervention had been made – all in a matter of hours. And quite right too, many may say. Except that the al-Jazeera story was untrue, just as the story of the Warfalla’s siding with the rebellion was untrue and Hague’s story that Gaddafi was fleeing to Caracas was untrue. And, of course, Dabbashi’s ‘genocide’ claim was histrionic rubbish which none of the organisations with an interest in the use of the term was moved to challenge.

These considerations raise awkward questions. If the reason cited by these ambassadors and other regime personnel for defecting on 21 February was false, what really prompted them to defect and make the declarations they did? What was al-Jazeera up to? And what was Hague up to? A serious history of this affair when more evidence comes to light will seek answers to these questions. But I don’t find it hard to understand that Gaddafi and his son should suddenly have resorted to such fierce rhetoric. They clearly believed that, far from confronting merely ‘innocent demonstrators’ as the Canadians had it, they were being destabilised by forces acting to a plan with international ramifications. It is possible that they were mistaken and that everything was spontaneous and accidental and a chaotic muddle; I do not pretend to know for sure. But there had been plans to destabilise their regime before, and they had grounds for thinking that they were being destabilised again. The slanted coverage in the British media in particular, notably the insistence that the regime was faced only by peaceful demonstrators when, in addition to ordinary Libyans trying to make their voices heard non-violently, it was facing politically motivated as well as random violence (e.g. the lynching of 50 alleged mercenaries in al-Baida on 19 February), was consistent with the destabilisation theory. And on the evidence I have since been able to collect, I am inclined to think that destabilisation is exactly what was happening.

In the days that followed I made efforts to check the al-Jazeera story for myself. One source I consulted was the well-regarded blog Informed Comment, maintained and updated every day by Juan Cole, a Middle East specialist at the University of Michigan. This carried a post on 21 February entitled ‘Qaddafi’s bombardments recall Mussolini’s’, which made the point that ‘in 1933-40, Italo Balbo championed aerial warfare as the best means to deal with uppity colonial populations.’ The post began: ‘The strafing and bombardment in Tripoli of civilian demonstrators by Muammar Gaddafi’s fighter jets on Monday …’, with the underlined words linking to an article by Sarah El Deeb and Maggie Michael for Associated Press published at 9 p.m. on 21 February. This article provided no corroboration of Cole’s claim that Gaddafi’s fighter jets (or any other aircraft) had strafed or bombed anyone in Tripoli or anywhere else. The same is true of every source indicated in the other items on Libya relaying the aerial onslaught story which Cole posted that same day.

I was in Egypt for most of the time, but since many journalists visiting Libya were transiting through Cairo, I made a point of asking those I could get hold of what they had picked up in the field. None of them had found any corroboration of the story. I especially remember on 18 March asking the British North Africa expert Jon Marks, just back from an extended tour of Cyrenaica (taking in Ajdabiya, Benghazi, Brega, Derna and Ras Lanuf), what he had heard about the story. He told me that no one he had spoken to had mentioned it. Four days later, on 22 March, USA Today carried a striking article by Alan Kuperman, the author of The Limits of Humanitarian Intervention and coeditor of Gambling on Humanitarian Intervention. The article, ‘Five Things the US Should Consider in Libya’, provided a powerful critique of the Nato intervention as violating the conditions that needed to be observed for a humanitarian intervention to be justified or successful. But what interested me most was his statement that ‘despite ubiquitous cellphone cameras, there are no images of genocidal violence, a claim that smacks of rebel propaganda.’ So, four weeks on, I was not alone in finding no evidence for the aerial slaughter story. I subsequently discovered that the issue had come up more than a fortnight earlier, on 2 March, in hearings in the US Congress when Gates and Admiral Mike Mullen, chairman of the Joint Chiefs of Staff, were testifying. They told Congress that they had no confirmation of reports of aircraft controlled by Gaddafi firing on citizens.

The story was untrue, just as the story that went round the world in August 1990 that Iraqi troops were slaughtering Kuwaiti babies by turning off their incubators was untrue and the claims in the sexed-up dossier on Saddam’s WMD were untrue. But as Mohammed Khider, one of the founders of the FLN, once remarked, ‘when everyone takes up a falsehood, it becomes a reality.’ The rush to regime change by war was on and could not be stopped.

The intervention tarnished every one of the principles the war party invoked to justify it. It occasioned the deaths of thousands of civilians, debased the idea of democracy, debased the idea of law and passed off a counterfeit revolution as the real thing. Two assertions that were endlessly reiterated – they were fundamental to the Western powers’ case for war – were that Gaddafi was engaged in ‘killing his own people’ and that he had ‘lost all legitimacy’, the latter presented as the corollary of the former. Both assertions involved mystifications.

‘Killing his own people’ is a hand-me-down line from the previous regime change war against Saddam Hussein. In both cases it suggested two things: that the despot was a monster and that he represented nothing in the society he ruled. It is tendentious and dishonest to say simply that Gaddafi was ‘killing his own people’; he was killing those of his people who were rebelling. He was doing in this respect what every government in history has done when faced with a rebellion. We are all free to prefer the rebels to the government in any given case. But the relative merits of the two sides aren’t the issue in such situations: the issue is the right of a state to defend itself against violent subversion. That right, once taken for granted as the corollary of sovereignty, is now compromised. Theoretically, it is qualified by certain rules. But, as we have seen, the invocation of rules (e.g. no genocide) can go together with a cynical exaggeration and distortion of the facts by other states. There are in fact no reliable rules. A state may repress a revolt if the permanent veto-holding powers on the Security Council allow it to (e.g. Bahrain, but also Sri Lanka) and not otherwise. And if a state thinks it can take this informal authorisation to defend itself as read because it is on good terms with London, Paris and Washington and is honouring all its agreements with them, as Libya was, it had better beware. Terms can change without warning from one day to the next. The matter is now arbitrary, and arbitrariness is the opposite of law.

The idea that Gaddafi represented nothing in Libyan society, that he was taking on his entire people and his people were all against him was another distortion of the facts. As we now know from the length of the war, the huge pro-Gaddafi demonstration in Tripoli on 1 July, the fierce resistance Gaddafi’s forces put up, the month it took the rebels to get anywhere at all at Bani Walid and the further month at Sirte, Gaddafi’s regime enjoyed a substantial measure of support, as the NTC did. Libyan society was divided and political division was in itself a hopeful development since it signified the end of the old political unanimity enjoined and maintained by the Jamahiriyya. In this light, the Western governments’ portrayal of ‘the Libyan people’ as uniformly ranged against Gaddafi had a sinister implication, precisely because it insinuated a new Western-sponsored unanimity back into Libyan life. This profoundly undemocratic idea followed naturally from the equally undemocratic idea that, in the absence of electoral consultation or even an opinion poll to ascertain the Libyans’ actual views, the British, French and American governments had the right and authority to determine who was part of the Libyan people and who wasn’t. No one supporting the Gaddafi regime counted. Because they were not part of ‘the Libyan people’ they could not be among the civilians to be protected, even if they were civilians as a matter of mere fact. And they were not protected; they were killed by Nato air strikes as well as by uncontrolled rebel units. The number of such civilian victims on the wrong side of the war must be many times the total death toll as of 21 February. But they don’t count, any more than the thousands of young men in Gaddafi’s army who innocently imagined that they too were part of ‘the Libyan people’ and were only doing their duty to the state counted when they were incinerated by Nato’s planes or extra-judicially executed en masse after capture, as in Sirte.

The same contempt for democratic principle characterised the repeated declarations in the West that Gaddafi had ‘lost all legitimacy’. Every state needs international recognition and to that extent depends on external sources of legitimation. But the democratic idea gives priority to national over international legitimacy. With their claim of lost legitimacy the Western powers were not only pre-empting an eventual election in Libya which would ascertain the true balance of public opinion, they were mimicking the Gaddafi regime: in the Jamahiriyya the people were liable to be trumped by the Revolution as a source of superior legitimacy.

‘If you break it, you own it,’ Colin Powell famously remarked, in order to alert the Beltway to the risks of a renewed war against Iraq. The lesson of the mess in Iraq has been learned, at least to the extent that the Western powers and Nato have repeatedly insisted that the Libyan people – the NTC and the revolutionary militias – own their revolution. So, not owning Libya after the fall of Gaddafi, Nato and London and Paris and Washington cannot be accused of breaking it or be held responsible for the debris. The result is a shadow play. The NTC occupies centre stage in Libya, but since February every key decision has been made in the Western capitals in consultation with the other, especially Arab, members of the ‘contact group’ meeting in London or Paris or Doha. It is unlikely that the structure of power and the system of decision-making which have guided the ‘revolution’ since March are going to change radically. And so unless something happens to upset the calculations that have brought Nato and the NTC this far, what will probably emerge is a system of dual power in some ways analogous to that of the Jamahiriyya itself, and similarly inimical to democratic accountability. That is, a system of formal decision-making about secondary matters acting as a façade for a separate and independent, because offshore, system of decision-making about everything that really counts (oil, gas, water, finance, trade, security, geopolitics) behind the scenes. Libya’s formal government will be a junior partner of the new Libya’s Western sponsors. This will be more of a return to the old ways of the monarchy than to those of the Jamahiriyya.

Link: http://www.lrb.co.uk/v33/n22/hugh-roberts/who-said-gaddafi-had-to-go

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After a failed assassination attempt, a soldier finds himself stranded in the desert. Exposed to the elements, he must survive the dangers of the desert and battle the psychological and physical toll of the treacherous conditions.download movie I Don’t Feel at Home in This World Anymore 2017

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Fanon et l’histoire africaine : Est-ce possible d’humaniser une histoire déshumanisante ?

Pendant que je relisais Fanon en me demandant ce qui fait sortir sa trajectoire et ses écrits du lot des travailleurs de, et sur, l ‘émancipation, j’ai rencontré le livre de Marcus Rediker (MR) The Slaveship: A Human History.1 Le titre m’avait tout de suite perturbé. Est-il possible de narrer un processus de déshumanisation, tel que l’esclavage Atlantique, au cours duquel celle-ci s’est faite, entre autres endroits, dans les navires négriers, et l’appeler une histoire humaine ? MR, sans l’expliciter en clair, et, peut-être dans son subconscient, est persuadé que dans l’histoire de l’esclavage, il y a moyen d’en extraire les éléments qui sont les racines « civilisatrices » de ce qui adviendra, plus tard, avec le colonialisme, l’apartheid, la globalisation. Cette habitude d’embellir une histoire comme celle de l’esclavage (de la colonisation ou de la globalisation aujourd’hui) peut s’expliquer de plusieurs manières, comme, par exemple, par l’abolitionisme, qui, outre d’autres faits, vise à démontrer que le capitalisme est « essentiellement » bon, démocratique, humanitaire, et toujours prêt à corriger ses excès.2 L’humanitarisme véhiculé depuis l’abolition de l’esclavage, et renforcé depuis la fin de la 2ème Guerre Mondiale, fonctionne aujourd’hui comme fonctionnait jadis l’idéologie de la mission civilisatrice pendant la colonisation. Ainsi la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme votée en 1948 à l’Assemblée Générale des Nations Unies a fini par être instrumentalisée afin de servir les intérêts des pays colonisateurs, des Etats-Unis d’Amérique, pour asseoir leur supériorité politique, économique, morale.3 En se présentant comme les défenseurs de l’humanité, ils se sont créés un masque qui voile les crimes contre l’humanité. La militance de Fanon pourrait être résumée comme visant constamment à faire tomber ces masques.

Il n’est pas possible, dans le présent espace, de passer en revue les réflexions survenues à la lecture du Navire Négrier –une histoire humaine. Ces réflexions, ces questions sont faites en écho à la militance de Fanon. Saura-t-on jamais à quel point l’usage du Navire Négrier (et toutes les pratiques, tous les préjugés qui l’ont entouré) a-t-il préparé le terrain de la mentalité nazie de la 2ème Guerre Mondiale ? N’est-il pas possible de voir des liens entre l’impact psychique des navires négriers sur tous les voyageurs durant plusieurs siècles et celui qui se répercutera dans la Shoah ? Le seul fait que la Shoah ait eu lieu au 20ème siècle pourrait-il être expliqué par le fait qu’un autre processus d’acceptation d’un crime contre l’humanité avait été mis en route plus tôt, sans objections et avec impunité. Nous l’avons déjà dit ailleurs, les génocides sont spécifiques et génériques.4 La question n’est pas de comparer les génocides non certifiés et ceux qui ne le sont toujours pas. La question est de comprendre comment la mentalisation du nègre « bien meuble » (comme présenté dans le Code Noir, par exemple)5 est devenue partie intégrante d’habitudes subconscientes de toujours penser « bien meuble » quand l’Afrique est mentionnée, jusqu’en ce 21ème siècle. Les défenseurs irréductibles du maintien de ces habitudes sont les bénéficiaires du système né sous l’esclavage, et maintenu jusqu’aujourd’hui, sous d’autres noms. Le résultat le plus durable de cette mentalisation est d’effacer le fait qu’il y a eu un crime contre l’humanité. Un crime dont la mesure, jusqu’aujourd’hui, n’a toujours pas été saisi. N’en déplaise aux historiens qui tiennent absolument à la compartimenter, l’histoire de l’humanité ne se découpe pas en tranches. L’objectif non avoué de cette division est de prétendre que l’histoire Européenne n’a pas été éclaboussée par les crimes contre l’humanité.

Cette histoire Européenne, comme vient de le sous-entendre, très récemment, Pierre Nora, doit restée pure.6 Cette logique découle en droite ligne de l’idéologie civilisatrice employée aux fins de colonisation, enrobée de bonnes intentions. Le sous-entendu de la colonisation civilisatrice était que tous les colonisés finiraient par vouloir faire partie du monde idéalisé du colonisateur. À quel point cette idéologie a réussi peut se vérifier non seulement en Afrique, mais aussi au Brésil où, pour beaucoup de noirs, il est préférable de se voir le plus proche possible du blanc et des caractéristiques qui définissent le blanc. Si on transfert ce désir de blanchiment de la peau au blanchiment de l’histoire, un constat semble s’imposer : il est préférable, par exemple, quand on parle d’Haïti (ou de l’Afrique), de se déclarer/ranger du côté de Napoléon (qui restaura l’esclavage) plutôt que du côté de Toussaint-L’Ouverture. Au niveau de l’universalité des révolutions, la fin de l’esclavage à Haïti (1791-1804) pèse peu dans les mémoires Africaines par rapport à la France de 1789.7
D’une manière générale, la pratique des historiens face à ce crime (l’esclavage) reste la même. Elle peut se résumer et s’imaginer de la manière suivante, au niveau du subconscient : « Nous avons tous bénéficié du capitalisme. Les abolitionnistes ont démontré que le système pouvait s’auto corriger. Notre travail (d’historien) est de démontrer que ce système n’était pas criminel »8 . Par contre, les pratiques (politiques, médicales, sociales, culturelles) de Fanon visaient à transformer les rapports hérités de l’esclavage/colonisation et vers la création d’un contexte libérateur de l’humain.

Pour Fanon, il fallait libérer l’homme. Même s’il parlait en psychiatre, sa pensée et ses pratiques avaient été façonnées par une conscience dont les racines seront toujours difficiles d’appréhender, sinon en admettant que les pulsions émancipatrices décrites à partir de la vie d’une personne peuvent être comprises comme touchant tous les être humains de différentes manières et à des degrés divers d’intensité.

Tout en acceptant que Fanon, sa pensée, sa vision, les motivations de sa militance resteront insaisissables, justement parce que toujours en mouvement, proposons un petit exercice de fiction car, comme Fanon, nous sommes confrontés, 50 ans après sa mort, à une situation identique : la nécessité de libérer l’humain. Cette nécessité se ressent de manière différente parmi les responsables de l’enfermement et les emprisonnés. Du point de la libération des humains, on peut avancer que des indépendances africaines (et de la fin de l’apartheid) sont sortis des feux de paille. Beaucoup d’entre nous admirent Fanon, mais la toute grande majorité préfère décrire, analyser, décortiquer ce qu’il a fait plutôt que de poursuivre sur les pistes qu’il avait ouvertes. D’admirateurs beaucoup sont devenus des gestionnaires de la pensée de Fanon. Alors que Fanon était tout, sauf un gestionnaire.

De la Martinique à l’Afrique, son parcours fait penser au Cahier d’un retour au pays natal de Césaire, une auto-analyse individuelle et collective, par la poésie. La singularité de la trajectoire adulte de Fanon (juste après la 2ème Guerre Mondiale-1961) est d’avoir toujours déranger les consciences qui, en principe, auraient du se féliciter et/ou se sentir encourager.9 Comme pour Césaire, Fanon s’était senti à l’étroit en Martinique. Cette même pulsion (énergie/flux de la conscience ?) le fit quitter Paris pour Lyon, pour se tenir à l’écart des autres Antillais concentrés à Paris. Pour sa thèse de psychiatrie, il avait pensé à PNMB, mais il dût se soumettre aux ordres de la Faculté (un parcours qui rappelle celui de Cheikh Anta Diop quand la Faculté rejeta son travail qui deviendra, plus tard, Unité Culturelle de l’Afrique Noire)10 . Nommé à la clinique de Blida-Joinville en Algérie, il s’y est senti à l’étroit et a pensé que les patients méritaient un traitement qui les libérerait du traitement imposé par les bien pensants de la faculté. Une fois qu’il avait rejoint le FLN, là aussi, sa conscience le poussait constamment non vers les « prétoriens », mais vers les plus démunis, avec un compagnon de route, Abane Ramdane, qui sera assassiné pour son insistance de la suprématie de la politique sur les militaires. (voir la note 6, ci-dessous)

La conscience de Fanon fonctionnait au-delà de son corps physique en ce sens qu’elle était alimentée des autres consciences (à la recherche de l’émancipation) qui l’entouraient, quel que soit l’endroit où il se trouvait. Quelques mois avant sa mort, Fanon dira à un ami qu’il avait deux morts sur la conscience, Abane Ramdane et Patrice Lumumba.11

Lumumba et la conscience politique congolaise

À quelques semaines (28 novembre 2011) d’une élection présidentielle en République Démocratique du Congo, les militances de Fanon, de Lumumba alimentent-elles encore les consciences à la recherche d’émancipation ? À quel degré, avec quelle intensité ? Conscient des ses propres limites, Fanon prédisait la continuation de la prise en charge du défi par une autre génération.

Sans aucun doute l’émancipation adviendra car l’humanité contrairement à l’humanitarisme aura toujours soif de liberté. L’humanitarisme, un sous-produit de l’abolitionisme vise à reproduire une fausse militance alimentée par un moralisme caritatif. Cet humanitarisme-là (de gestion de l’ordre établi) est celui qui se présente, sous formes d’ONG, pour combattre la pauvreté, sous-produit direct de l’expansion incontrôlée et incontrôlable du capitalisme, autrefois appelé colonialisme civilisateur. L’abolition de l’esclavage et les pratiques qui en ont découlé nous apparaissent aujourd’hui comme des processus de blanchiment de l’histoire africaine, de blanchiment d’un crime contre l’humanité.

Oui, l’héritage de Fanon est vivant, parfois il semble même vibrant. Mais, en même temps, il ne serait pas exagéré de reconnaître que cet héritage est loin en-deça de ce que les plus concernés, Les damnés de la terre, étaient en droit d’exiger. Au niveau de la production et reproduction de l’histoire Africaine, Fanon surgit au moment où (1957-1960), comme discipline universitaire reconnue, l’histoire Africaine prend son essor. Si Fanon avait été historien, il aurait pu prédire que l’écriture universitaire (« africaniste ») de cette histoire suivrait les traces des maîtres à penser européens convaincus que la seule histoire africaine possible ne pourrait être contée que derrière un masque. Le masque permettrait, d’une part, d’affirmer l’existence académique de la discipline tout en s’assurant, d’autre part, que la direction et la problématisation de cette même histoire ne sortent pas des sentiers battus, ou, pour être plus clair, que l’histoire Africaine ne soit pensée, écrite au-delà des horizons, des limites imposés par la colonisation. L’Afrique et son histoire ne pouvaient exister que par l’Europe et, donc, pas au-delà des cinq siècles durant lesquels l’esclavage a dominé avant d’ouvrir le chemin à la colonisation. Au niveau de l’histoire, quelle que soit cette histoire, la suprématie (dans tous les domaines) des colonisateurs a cherché à dicter comment aborder cette histoire. download movie Madraza

Face à cette imposition, il y eut, du temps de Peau noire, masques blancs (PNMB) et des damnés de la terre, l’exceptionnel et retentissant refus de Cheikh Anta Diop de se soumettre à la masquarade proposée. Il serait oiseux de savoir, en ces temps où l’impression dominante est que la masquarade a triomphé, lequel des deux héritages, de Fanon ou de Diop, est le plus vibrant. Car les deux furent des pionniers de l’émancipation des consciences de l’humanité et non seulement des consciences des Africaines et des Africains. En ces temps formatés par l’héritage des Lumières, mais où l’humanité est en train de sombrer dans l’obscurantisme, il importe de rappeler que l’universalisme libérateur de l’humain de Cheikh Anta Diop et de Fanon allait loin au-delà des limites de l’universalisme colonisateur des philosophes du Siècle des Lumières.

Il s’agit d’attirer l’attention sur les limites d’un abordage de l’histoire « à partir du bas ». tel que proposé par MR, comparé à une histoire qui serait contée, en s’inspirant de Fanon, « de l’intérieur ». Par exemple, un historien (du génocide des Amérindiens) comme David E. Stannard (The American Holocaust. Oxford University Press. 1992) a démontré comment il est possible d’éclairer l’histoire de l’humanité en refusant d’humaniser une histoire qui devrait être appelée génocidaire. Cette négation des historiens (et d’autres spécialistes des sciences humaines) de questionner la nature génocidaire de l’histoire de l’esclavage (tant Atlantique qu’oriental) en Afrique ne peut que renforcer le refus de désapprendre (ou de se défaire des mentalités) la mentalisation produite par le Code Noir et d’autres codes non nommés mais qui opéraient/opèrent à partir des mêmes prémisses, et/ou des mêmes préjugés, visant à toujours déshumaniser les gens venant d’Afrique.

Fanon n’était pas un gestionnaire de l’ordre établi, mais au niveau de l’histoire Africaine, les pratiques de l’enseignement et la recherche sont dominées par un souci de gérer une narration qui maintienne une formatation imposée par la soumission consciente et/ou inconsciente à une obligation d’humaniser le capitalisme et son histoire. La recherche persistante d’humanisation d’un système construit sur la déshumanisation d’une partie de l’humanité ne vient pas seulement des historiens ou des experts dans les autres disciplines des sciences sociales, humaines, elle vient aussi d’un accommodement conscient, inconscient, subconscient à des préjugés dictant des comportements de soumission au lieu de la révolte des consciences prônée, mais oubliée par le préambule et le premier article de la Déclaration Universelle des Droits Humains.

Les rejets, en conscience et sans compromis, de tels accommodements, comme Discours sur le colonialisme (Aimé Césaire), sont rares et ne peuvent, dans le contexte actuel, concurrencer l’impact, au niveau du subconscient, le discours triomphant du capitalisme, martelé, sans arrêt, sur plusieurs siècles. Le contraire serait surprenant. En ces temps-ci (octobre 2011), ne faudrait-il pas voir dans l’impunité des rois, princes et autres dictateurs de la finance, une des séquelles les plus visibles de l’accommodement à l’humanisation d’un système connu pour sa déshumanisation des Amérindiens, des Africains et de toutes celles qui aujourd´hui sont traitées comme des membres dispensables de l’humanité: les chômeurs, les violées, les Intouchables, les Pygmées, les enfants de la rue, les enfants soldats, les sans terre, les pauvres. La colonisation combattue par Fanon en Algérie était née d’un système déshumanisant, non seulement à travers son impact direct, mais aussi dans ses séquelles secondaires encourageant l’acceptation de crimes contre l’humanité quand ces crimes étaient/sont perpétrés par les puissances qui ont le plus bénéficié de l’esclavage et de la colonisation de l’Afrique et d’autres territoires de la Planète.

Pour humaniser l’esclavage, MR recourt à une description aussi minutieuse que possible des résistances et des insurrections sur les navires négriers. Comme tous les historiens de conquête, une des préoccupations de l’auteur est de trouver dans l’esclavage « des aspects positifs » : l’apprentissage d’une nouvelle langue (anglais), d’une nouvelle solidarité, d’un nouveau langage de résistance ; comme si, avant l’expérience du Navire Négrier, les Africains n’avaient pas démontré des qualités d’êtres humains ayant soif de liberté. Des lecteurs pourraient se demander, à la lecture du texte de MR, si les Africaines et leurs compagnons n’ont gagné conscience de leur humanité que par la rencontre avec l’Europe. Loin de moi l’idée que MR puisse se trouver sur la même longueur d’onde que Bush père ou fils quand ils se présentent comme les grands valorisateurs/inventeurs de la liberté. Et pourtant, sans forcer, cette lecture biaisée de ce que les Africains ont appris sur les Navires Négriers est possible : la notion de liberté n’aurait pas existé avant ce contact annihilateur avec l’Europe. On retrouve ici le thème favori des apologistes de la colonisation qui préfèrent n’y voir que du positif, et alléguer que les violences étaient des exceptions.12

MR ne fait aucune mention des navires négriers français. Est-ce parce que son projet d’humanisation d’une histoire inhumanisable n’était possible qu’en se focalisant sur les archives des activistes de l’abolition, en Angleterre ? Comme Primo Levi et d’autres survivants des camps ont démontré, là où il y a des humains on trouvera matière à des histoires humaines, mais de là à faire de l’histoire des camps, de sa gestion quotidienne, une histoire humaine, il y a une marge qui ne se traverse pas à moins de faire partie des négationnistes.

MR s’étonne que les historiens de l’esclavage aient préféré aborder leur thème à partir des archives statistiques. Mais, sans s’en rendre compte, MR reproduit le même biais en refusant de sortir du schéma qui réduisait l’être humain à un objet meuble. L’auteur lui-même essaie de répondre, sans y parvenir vraiment, à la question centrale de savoir quel est le biais qui empêche ou a empêché les historiens de visiter le processus qui a préparé les mentalités Européennes à discriminer contre les Amérindiens et les Africains. Curieusement, MR ne cherche pas à pousser très (trop ?) loin son questionnement du manque d’intérêt des historiens vis-à-vis des navires négriers, et, surtout, de ce qui s’y passait à l’intérieur. Ce pas a déjà été fait au niveau de la fiction comme, par exemple, mais pas seulement, par l’écrivain Ghanéen Ayi Kwei Armah l’a fait dans son Two Thousand Seasons. D’autres l’ont fait. Est-il tellement difficile aux historiens de chercher à analyser l’impact d’une torture physiquement et psychiquement incommensurable sur des passagers qui se savaient et ne cessaient de se réclamer d’être humains ?
Tôt ou tard, des personnes (préparées comme Fanon) entreront de plain pied dans ces navires négriers et dans les consciences pour nous conter comment le bras-le-corps s’était passé, comment les conséquences se sont répercutées par-delà les siècles à travers les générations, dans les consciences et les subconsciences. Cette analyse-là exigera, comme celle de Fanon avec le colonialisme, ses impacts et ses séquelles, une confrontation sans compromissions, ancrée dans la conviction que l’humain doit être libre.

En conséquence, il faudra, une fois pour toutes, se défaire de cette notion qu’avant le contact avec l’Europe, l’Africain n’avait aucune notion de ce qu’était la liberté, les modes multiples de résistance contre l’oppression et l’exploitation de toutes sortes.

L’espoir est qu’à travers cette démarche, les historiens soient amenés à reconnaître, en conscience, que la conquête des Amériques, l’esclavage Atlantique constituent des crimes contre l’humanité, imprescriptibles au niveau des lois et de la conscience. Les personnes de conscience devront faire face à la guerre qui continue au niveau de la mentalisation des consciences pour que celles-ci se soumettent et acceptent d’être autres que ce que leurs consciences leur dictent. Le devoir de mémoire des personnes de conscience devra répondre affirmativement à Pierre Nora, et à d’autres qui en doutent, que la colonisation est coupable d’un crime dont la hauteur nous échappe encore. Cette profondeur du crime nous échappera tant qu’íl y aura refus de reconnaître que quand les Africains étaient terrorisés, ils murmuraient, pour eux-mêmes, et très probablement pour les visiteurs, « comment pouvez-vous faire ceci [ce crime contre l’humanité] à des être humains ? »

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1. Dans l’édition que j’ai lue (Penguin Books, 2008) les accolades pleuvent, venant des plumes bien connues : Robin Blackburn, Alice Walker, etc. Un des élogieurs allant jusqu’à comparer Marcus Rediker à Herman Melville.
2. L’abolition de l’esclavage fut un grand pas dans la libération de l’humain, mais l’objectif politique était aussi de couper court à l’émancipation des esclaves par les esclaves. L’abolitionisme ressemble à l’humanitarisme dans la mesure où ce dernier cherche à imposer une défense de l’humanité telle que comprise par des pays qui avaient commis et, pour certains, continuent de commettre des crimes contre l’humanité.
3. Sauf que cette déclaration est laissée pour inexistante puisqu’en apparence, elle ne stimule plus les consciences à se révolter comme dans son préambule et son article premier.
4. Jacques Depelchin, Silences in African History : Between the Syndromes of Abolition and Discovery. Dar es Salaam : Mkuki na Nyota. 2005.
5. Sur cette question de la mentalisation de l’esclavage du côté de ceux qui en ont le plus beneficié, le meilleur ouvrage rencontré pour nous reste celui de Louis Sala-Molins, Le Code Noir, ou le calvaire de Canaan. PUF. Paris. Réimpression de la quatrième édition « Quadrige ». 2007.
6. C’est ainsi que je comprends le plus récent article de Pierre Nora : « La question coloniale : une histoire politisée » paru dans Le Monde du 15 octobre 2011. Accès le 16 octobre 2011 : http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/10/15/la-question-coloniale-une-histoire-politisee_1588400_3232.html
7. Pour se rendre compte du déséquilibre, il suffit de lire l’article de Serge Halimi, « Éloge des révolutions. » Le Monde Diplomatique (édition française et brésilienne) Mai 2009. Pas un mot n’est dit sur ce qui s’était passé de 1791 à 1804 à Haiti. Comme si l’abolition de l’esclavage, comme révolution, ne comptait qu’aux yeux des esclavagistes.
8. Comme Fanon lui-même l’a rappelé dans son essai « Médecine and Colonialism » tout n’était pas négatif, mais le contexte imposé exigeait soumission sans condition, d’une part, et autorité inquestionable d’autre part. Voir Frantz Fanon, A Dying Colonialism, New York : Grove Press. 1967. p. 121-145.
9. Alice Cherki, dans Frantz Fanon : portrait, fournit une description convaincante de cette singularité et de la manière dont Fanon confrontait les obstacles des gestionnaires de la pensée politique, médicale.
10. Répondant aux exigences de l’académie, Fanon rédigera Troubles mentaux et Syndromes psychiatriques dans l’hérédo-dégénérescence spinocérébelleuse : un cas de malade de Friedrich avec délire de possession, thèse de médecine, Lyon, 1951.
De son côté, Cheikh Anta Diop proposera une thèse de doctorat sous la direction de Gaston Bachelard qui sera enregistrée à la Sorbonne en 1951, mais devra être abandonnée faute de pouvoir réunir un jury. Ce travail sortira en décembre 1954 sous le titre Nations nègres et Culture – De l’antiquité nègre égyptienne aux problèmes culturels de l’Afrique noire d’aujourd’hui. Le 9 janvier 1960, Cheikh Anta Diop défendra finalement sa thèse (principale) Étude comparée de systèmes politiques et sociaux de l’Europe et de l’Afrique, de l’Antiquité à la formation des États modernes. Le titre de la thèse complémentaire Domaines du patriarcat et du matriarcat dans l’Antiquité classique fit dire à Marcel Griaule, qui fut le promoteur de la première thèse complémentaire , (Qu’étaient les Égyptiens prédynastiques ?) : « Le sujet que vous vous imposez n’est rien moins que planétaire et de nombreux spécialistes vous tomberont sur le dos comme la première fois. » Voir Cheikh M’Backé Diop, Cheikh Anta Diop, L’homme et l’œuvre. Paris : Présence Africaine. 2ème édition, 2003, pp. 32-6.
11. Belaïd Abane « Frantz Fanon and Abane Ramdane : Brief Encounter in the Algerian Revolution » p. 42 dans l’excellent ouvrage collectif édité par Nigel C. Gibson, Living Fanon : Global Perspectives. Palgrave Macmillan. New York. ISBN 978-0-230-11497-5 (pbk). 2011.
12. Il vaut la peine, à ce sujet, de lire autour de la levée de boucliers de l’establishment des historiens belges à la sortie du livre d’Adam Hochschild sur Les fantômes de Léopold II. Pour eux, comme pour les manuels d’histoire de l’école secondaire au Congo (alors colonie belge), « Léopold II avait sacrifié sa fortune pour donner une colonie à la Belgique ». À cela, on peut ajouter le titre, combien évocateur, du livre de Jean Stengers, Combien le Congo a-t-il coûté à la Belgique ? Académie Royale des Sciences Coloniales. Bruxelles, 1957, II, 1.

En voie d’extinction – 6 août 2011

6 août 1945, dans la matinée la première bombe atomique est larguée sur Hiroshima. Il y a eu des survivants. Encore aujourd’hui, les survivants parlent. Mais est-ce possible de parler de Hiroshima de la manière dont ceux qui sont morts se sont sentis mourir à petit feu suite à un flash qu’ils ne pouvaient pas s’expliquer ? Certains, nous savons par les survivants, se sont demandés comment des humains pouvaient infliger de telles souffrances à d’autres humains. Un écho des humains kidnappés pour être ensuite vendus et traités comme des marchandises.

De retour à Hiroshima. Parmi les membres d’une équipe de sauvetage de l’armée japonaise arrivée à pied d’œuvre quelques heures après l’explosion, des témoins ont pu rapporter ce qu’ils ont vu et ressenti* :

Est-ce possible de se rappeler ces témoignages, tels qu’ils ont été ressentis ?

À voir l’histoire du monde depuis Hiroshima on est obligé, en conscience, de dire non, car, longtemps avant Hiroshima/Nagasaki s’était mis en route un processus de liquidation de l’espèce humaine. Cette liquidation s’est poursuivie, avec les atermoiements usuels, avec l’invention et le maintien d’un vocabulaire visant à promouvoir l’oubli d’une part et, l’acceptation, d’autre part, de ce qu’en conscience, était/est inacceptable. En reconstruisant l’histoire de l’humanité, il importe de voir cette histoire et cette humanité comme un tout. Les Amérindiens et les Africains « découverts », « civilisés » se considéraient membres à part entière de l’humanité. Vu sous cet angle, les points d’exclamation en forme de champignons atomiques au-dessus d’Hiroshima/Nagasaki terminent une phrase/phase/histoire dictée par une volonté d’un groupe de façonner le monde à son image.

À Hiroshima/Nagasaki, il y a eu des morts sans sépultures, vaporisés par la violence et la chaleur de l’explosion. Pour certaines victimes seules restaient l’ombre imprimée en contre-jour sur le mur à côté duquel elles se trouvaient au moment de l’explosion. Il y a eu ceux dont la peau tombait en lambeaux, demandant à boire, et tués sur le coup dès la première gorgée. Saura-t-on jamais ce qui fut ressenti, entre le soulagement de se voir donner à boire et la mort foudroyante, libératrice d’une souffrance indescriptible, indicible ?

À Hiroshima/Nagasaki, tout comme sur les rivages orientaux de l’Atlantique, quelques siècles auparavant, la même phrase a été dite par des représentants de l’espèce humaine : « comment des être humains peuvent-ils faire ceci à d’autres êtres humains ». Seul, « ceci » a changé : réduit à l’esclavage pré-atomique d’un côté et réduit à l’esclavage atomique de l’autre. Une autre forme de négationisme s’est établie cherchant à nous faire croire que l’esclavage atomique n’existe pas.

On parle beaucoup de la mémoire et, par extension, de l’obligation de ne pas oublier. Après la « découverte » d’Auschwitz, on a entendu : « Plus jamais ça ». Un slogan qui prit corps, en partie, suite au Tribunal de Nüremberg. Un tribunal qui fut officialisé le 8 août 1945. À la tête de ce tribunal, les Etats-Unis d’Amérique, qui, le 9 août 1945 larguèrent une autre bombe atomique sur Nagasaki. Il est difficile de ne pas se demander s’il s’agissait d’une façon d’effacer la mémoire avant même qu’elle ne prenne corps pour voir d’un même regard, d’une même conscience, les esclaves et les victimes de la modernisation de l’esclavage, aujourd’hui appelé capitalisme. Un système qui a engendré des sous-systèmes aux noms divers, fonctionnant comme les tentacules d’une pieuvre éternelle : colonisation, apartheid, clochardisation, chômage, compétitivité, ajustement structurel, globalisation. La croissance de la pieuvre n’est possible qu’avec l’extinction de l’humanité. La globalisation, nom innocent de cette pieuvre, verse des larmes de crocodile en entendant parler de l’extinction des pygmées. Ces larmes aussi humanitaires qu’elles puissent être ne changeront jamais la nature prédatrice d’un système fondé sur la liquidation des membres les plus vulnérables de l’humanité. Ne faudrait-il pas se poser des questions dérangeantes pour savoir si la globalisation n’est pas finalement le triomphe du rêve de gens comme Hitler ?

Les gens qui spéculent à partir des places boursières ont introduit un langage qui, en apparence, humanise la prédation en parlant des marchés comme s’il s’agissait d’être humains, comme le montre la une des manchettes des journaux : « les marchés se sont calmés », « les marchés s’inquiètent », « les marchés s’effondrent ». Ainsi, comme il a déjà été dit, le capital, essence même de l’inconscience, commence à être habillée de mots faisant penser à la conscience, tout en étant porteuse de maux nous incitant à faire un culte à l’inconscience.Beauty and the Beast streaming

Les spéculateurs boursiers se sentent-ils comme membres à part entière de la même humanité que celle dont se réclament les pygmées, les Dalits, les Tsiganes, les chômeurs, les handicapés, les enfants de la rue, les habitants des bidonvilles, des favélas, les violées, les chercheurs d’emploi/de vie, les sursitaires de la désertification, les affamés dans un monde produisant des surplus agricoles, les malades mourant sans soins de santés parce que endettés jusqu’au cou.

Le monde respectable des spéculateurs n’a rien à voir, aux yeux de leurs employeurs, avec le monde des pygmées. Mais les pygmées ne sont-ils pas les meilleurs connaisseurs de ces forêts que les bien-pensant, élites bénéficiaires de la destruction de l’humanité, prétendent sauver ? Oui, mais à une condition : les forêts valent, dans leur monde, beaucoup plus que les pygmées. Ils ne le disent pas, mais n’en pensent pas moins : « sauvons les forêts et que les pygmées crèvent ».

Longtemps avant que les intégristes de la technologie über alles ne commencent à s’incliner devant le verdict de leurs instruments, les gens le plus en harmonie avec la nature, du pôle nord au pôle sud, dans les steppes, les forêts, les déserts avaient sonné l’alarme de l’extinction. Pour certains, l’extinction fut un génocide, difficilement admis par les croisés de la supériorité de la civilisation occidentale. Une supériorité fondée, construite, défendue sur base de principes qui disaient/disent, entre autres, que la force prime tout, quelle que soit l’origine de cette force. Les pygmées de partout, vivant des forêts, dans les forêts, avec les forêts sont en voie d’extinction, selon les media. De ces mêmes media, le spectateur aura un bref résumé de la dernière tranche de l’extinction où les voisins des pygmées à la recherche de terres cultivables seront présentés comme les coupables. Rien, ou si peu, n’est dit sur les responsabilités de ceux qui ont façonné comment il faut penser la question de l’extinction de la vie et de toutes les valeurs de solidarité exigées par la conscience d’appartenir à une seule humanité.

Dans un monde construit autour du respect du plus fort, qui défendra les pygmées comme s’il s’agissait de sœurs et frères ? Les lamentations venant des organisations humanitaires, malheureusement en rappellent d’autres en d’autres temps.

La liquidation de l’humanité, de son histoire, de ses membres les plus vulnérables, des plus pauvres s’est poursuivie comme on peut le constater en prêtant l’oreille aux histoires qui viennent de Fukushima, des forêts équatoriales d’Afrique, des habitants de Palestine, Haïti, Somali, Lybie, des bidonvilles des mégalopoles du Sud, des enfants de la rue, des enfants soldats, des émigrés. La solidarité avec les gens âgés est systématiquement découragée grâce à une mentalité productiviste fixée sur « les fondamentaux » (le bottom line en anglais) de la soumission à la violence contre le genre humain. Ce processus de soumission à l’inconscience n’est pas ressenti comme tel car la destruction de la conscience de l’humanité semble, par endroits, avoir dépassé le point de non retour.

Serait-il que l’injonction « Plus jamais ça » est restée inopérante par incapacité/refus de nommer tous les responsables des Crimes contre l’Humanité, aussi puissants soient-ils ?

Entre temps, les médias nous montrent une Afrique qui se meurt par les maux considérés comme usuels, acceptables, dès qu’il s’agit de l’Afrique : la faim, la pauvreté, les conflits, les viols, des maladies facilement curables en d’autres lieux. Ces maux ont une histoire que les médias contrôleurs des informations ne peuvent, en aucun cas, conter. Une telle histoire est prohibée car elle court le risque de montrer que l’histoire, l’humanité doivent aussi disparaître, et pas seulement, les quelques gens et groupes de gens qui sont montrés du doigt comme des ennemis.

Régulièrement, on entend parler de l’extinction d’espèces naturelles, de langues, de groupes humains dans un contexte dominé par la recherche persistante de croissance d’un système responsable de la liquidation de la vie sur la planète. Nous sommes informés de cette liquidation/extinction de l’espèce humaine dans un langage qui nous présente ce fait comme un des petits effets négatifs de l’amélioration des conditions de vie pour tout le monde.

Des langues s’éteignent, mais il y a aussi des voix qui ont toujours été audibles qui aujourd’hui s’éteignent d’épuisement.

Des voix éteintes
Semi-éteintes
En train de s’éteindre crient
Nous sommes là
Nous vivons,
Nous voyons
Nous sentons

Les adressés préfèrent le confort
De ne pas voir
Ne pas sentir
Ne pas vivre

Ils n’ont jamais entendu
Nos voix
Nous les biens meubles
Par la grâce du Code Noir,
Des philosophes, des banquiers, des prêtres, des avocats, des assureurs,
La liste est longue, le message court et facile à mémoriser :
Ne pas voir, sentir, parler, communiquer
Ils ne sont pas humains, sont nés pour nous servir

Sous le Siècle des Lumières
Un obscur siècle
S’il en fut, pour l’Afrique
Nuit sans fin, début sans fin
Lente extermination des codifiés, des codificateurs
Se déclarent surpris par la tournure des choses
S’exclament :
Oh, mais nous ne savions pas—Non, oui, bon, euh, enfin
–Bégaiements typiques de l’inconfort face à la conscience–
C’est vrai vous vous êtes plaints, peut-être.
C’est à peine si on pouvait vous entendre
Ou vous comprendre
Personne ne parlait votre langue, parmi nous…

Écoutons les ancêtres d’Ota Benga et de nous tous :
Vous nous aviez décrété « biens meubles »
DONC
Par définition incapables
De parler une langue
Seulement capables
De faire du bruit
Quand l’Afrique
Fut reconnue berceau
De l’humanité, instiguant
Les descendants des codificateurs
Du Code à s’acharner à faire de
L’Afrique la tombe de l’humanité
VRAIMENT
Vous nous prenez pour
Des imbéciles.
Un des descendants de ceux que vous aviez
Décrétés non humains avait été sélectionné, boursier,
Pour être formaté
Dans la science de la soumission
Mais
Cheikh Anta Diop était
De celles/ceux qui, depuis
Des millénaires continuaient de faire naître
La conscience de l’humanité
Depuis les temps les plus reculés
De la civilisation dans la vallée du Nil
KMT
Le pays des noirs
Aujourd’hui dit Égypte
Les négationnistes de l’humanité
S’organisèrent pour mettre Cheikh
Anta Diop en échec

Hélas,
Comme tout projet négationniste bien ficelé
Nombreux sont celles/ceux qui,
Nés et abreuvés aux sources
De la Civilisation, se sont laissés
Ficelés

Par ceux/celles qui sont passés
Maîtres dans la recherche de la création
Du paradis sur terre

Nombreuses sont les voix qui continuent de dire,
Comme les gens de la Sphère au temps
Du triomphe des gens de la Pyramide,
Que ce paradis de minorité
Devient de plus en plus infernal
Pour la croissante majorité
fidèle à l’humanité
solidarité résistante
à la compétitivité
humanitariste charitable excipient
d’un poison sans nom

distillé par des faussaires
cherchant
A liquider l’humanité

(À suivre -23 août 2011)

* Voir le film documentaire (15 :56) de Kathy Sloane. Witness to Hiroshima. www.witnesstohiroshima.com. On y voit comment un citoyen Japonais se fait l’écho en 12 images de ce qu’il a vu et senti à Hiroshima quelques heures après l’explosion de la bombe atomique.
Cette référence s’inspire directement du roman de Ayi Kwei Armah, KMT- In the House of Life –An Epistemic Novel, Perankh Publishers, Popenguine (Senegal) 2006.

La lutte à mort entre l’inconscience du capital et la conscience de l’humanité

Comment les humains sont-ils arrivés à cette situation où un système organisateur d’un mode de vie, d’un mode de penser, est en voie de liquider la seule force capable de faire front et, pourquoi pas, de renverser ce processus d’usurpation ? Comment l’inconscience du capital forgée pendant des siècles est-elle parvenue à contrôler et, finalement, soumettre la conscience de l’humanité à ses ordres ? Comment est-on arrivé à une forme de dictature plus forte que toute puissance militaire, nucléaire? Comment, finalement, un mode de penser, d’organiser les rapports économiques est parvenu à se présenter comme créateur de richesses, alors que dès le début de son existence, il a toujours été fondamentalement destructeur, prédateur ? Cet essai ne pourra pas répondre à toutes ces questions. L’objectif est d’attirer l’attention sur un processus de destruction qui, tout en détruisant, se présente systématiquement en son contraire. Et cela, en apparence du moins, avec l’acceptation parfois consciente, parfois inconsciente de l’humanité. Très longue et complexe histoire, les quelques paragraphes qui suivent ne peuvent qu’en effleurer la surface. Cependant, le pressentiment d’urgence oblige, au moins, d’en prendre la dimension, car il y va de la survie de l’espèce humaine.

L’histoire peut-elle encore poser les questions qui permettraient de comprendre où et comment l’errance de l’humanité a pris forme en mettant sur pied un système discriminatoire consciemment mis en place, mais dont les effets furent la naissance, la croissance de l’inconscience. Le capital ne peut pas être conscient ou inconscient, mais les capitalistes, à savoir, ceux qui ont organisé et maintenu son fonctionnement afin de toujours bénéficier de celui-ci, ne pouvaient que perdre la conscience de leur humanité au fur et à mesure qu’une partie de celle-ci était réduite à l’esclavage.

L’histoire elle-même, comment elle est enseignée écarte, presqu’automatiquement toute interférence qui pourrait poser des alternatives à la vision imposée par la naissance, la croissance d’une puissance de destruction dont la mesure est encore très loin d’avoir été prise. Les guerres coloniales, impériales du 20ème siècle ont renforcé la mentalité dictatoriale de l’Occident vis-à-vis des peuples conquis, colonisés. Dans la majorité des cas, l’histoire de ces peuples, malgré les résistances, malgré la conscience qu’ils avaient de leur humanité, des violences, des violations subies a été contée en recourant aux schémas mentaux imposés par l’Occident.

L’enseignement de cette histoire de la montée de l’inconscience du capital et de la nécessité de s’y soumettre est trop souvent reproduite par ceux-là mêmes qui sont les premiers à se présenter comme les grands résistants. Plusieurs mois avant sa destitution, Laurent Gbagbo se plaignait auprès de Colette Braeckman en décrivant les prescriptions de l’Occident : « Ils veulent que nous fassions un 1789 tout en étant surveillé par Amnesty International ». Il semble donc que, pour Laurent Gbagbo, seules comptent les dates phares de l’histoire de l’Occident. Ce qui s’est passé à Haïti entre 1791 et 1804, la victoire des Africains contre l’esclavage, l’universalité de cette victoire est moindre, dans la mémoire de Gbagbo, que 1789.

En cette période pré-électorale en RDC, on assiste à des pèlerinages vers les capitales occidentales des candidats à la présidence, pour se faire adouber, comme si nous étions encore au Moyen-âge, par les représentants des grandes puissances. Ces pèlerinages explicitent l’acceptation du statut de tutelle de la RDC. 51 ans après l’Indépendance, après que Patrice Emery Lumumba ait donné l’exemple de rompre l’asservissement, contrairement à sa vision testamentaire d’un Congo dont l’histoire ne se conterait plus à partir des capitales occidentales, on observe auprès des candidats à la présidence un comportement aligné sur la dictature de l’inconscience du capital.

Cette soumission n’est pas unique à la RDC. Elle se manifeste de diverses manières non seulement en Afrique, mais partout où le capital s’est installé et cherche systématiquement à renforcer les logiques qui découlent de cette histoire dictatoriale. Une de ces logiques dictatoriales est celle du marché. Les promoteurs de ces logiques ne se considèrent pas comme des inconscients. Tout au contraire, ces personnes ont consciemment adopté tous les comportements exigés par l’acceptation des logiques induites par le marché et tout ce qui, directement, indirectement, en découle : compétitivité, capitalisme, lois de la jungle.download full movie Berlin Syndrome 2017

Acceptation consciente d’un système dont l’entendement est délibérément faussé par ceux qui, historiquement, en ont bénéficié le plus. Quelle que soit la direction du regard sur l’histoire de l’imposition dictatoriale du capital sur l’humanité, ce regard rencontrera des marques indéniables, ineffaçables de crimes contre l’humanité, à condition que ce regard ne soit pas faussé par les effets destructeurs de l’inconscience du capital. Il est possible ou probable que certains des bénéficiaires de ce parcours, aient pu ressentir une gêne en se rendant compte qu’ils bénéficiaient de crimes à répétition. En observant ce qui s’est passé au cours des siècles, on est obligé de conclure que la gêne a été de très courte durée car la conscience qui a triomphée martelait que le crime payait trop bien pour être dénoncé comme tel. Dans les transitions allant de l’esclavage à l’abolition, de la colonisation aux indépendances, il n’y a jamais eu d’équivalent d’un Tribunal de Nüremberg ou même, plus près de nous, d’une Commission de Vérité et Réconciliation comme il y a eu en Afrique du Sud. Il n’y a jamais eu de processus de reconnaissance de l’errance des puissances esclavagistes, coloniales, impériales des crimes commis pour assouvir leur convoitise. S’il n’y avait pas une tendance à avoir peur de dire les choses comme elles sont, serait-il exagéré de conclure qu’à force d’impunité, ces puissances se sont convaincues que la liquidation de l’humanité est une excellente affaire.

Au nom de la défense des biens mal acquis (ou de l’American Way of Life pour ne pas signer le protocole de Kyoto) concentrés au fil des années dans des institutions financières de plus en plus puissantes, ces puissances se sont imposées comme juges et parties pour décider qui doit être amené et traduit à la Cour Pénale Internationale. La plus grande puissance militaire de tous les temps a refusé de signer la convention mettant en place cette CPI. Ainsi continue d’être renforcé un Code Innommable descendant mentalement du Code Nègre faisant de l’Afrique et de son territoire un terrain d’approvisionnement de ressources fondamentales pour l’enrichissement des banquiers, des compagnies d’Assurances, bref de toutes les forces qui ne peuvent vivre que de la prédation directe et indirecte d’autres êtres humains.

Peut-on dire, sans hésitation, que ces puissances politico financières mondiales issues de cette prédation multiséculaire sont habitées par la conscience de l’humanité telle que comprise dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ? Ne devrait-on pas dire que l’impunité des crimes commis au cours des siècles a conduit ces puissances à ne plus savoir distinguer entre la conscience de l’humanité et l’inconscience du capital ?

Ne devrait-on pas dénoncer la puissance des Tout-Puissants qui ne parlent qu’au nom de la défense d’un système dominé par l’inconscience des crimes contre l’humanité commis pour défendre ce qui, en conscience, est indéfendable ?

Mais comment dénoncer dans un monde où les plus vaillant(e)s porteuses/porteurs de la conscience ont été liquidés ou sont en voie d’être liquidés ? Sous l’esclavage qui a mis à sac l’Afrique, des consciences n’ont cessé de faire appel à la conscience de leurs bourreaux, vainement. De même sous la colonisation. Faut-il s’étonner qu’en ce 21ème siècle, le champ de bataille entre la conscience de l’humanité et l’inconscience du capital soit totalement dominé par l’inconscience?

Dans un monde où tout s’évalue par les lois du marché (un monstre anonyme, sans foi ni loi si ce n’est la recherche de la puissance), quelle est la valeur de la conscience face à l’inconscience du capital ? Dans un contexte où ce dernier se présente, en toute conscience, par la voix de ses plus grands bénéficiaires, comme le bienfaiteur d’une humanité que ce capital éradique au fur et à mesure qu’il se forge des arguties expliquant pourquoi ces crimes contre l’humanité ne méritent pas d’être ainsi nommés.

Durant ces derniers temps, on entend dire que l’humanité a commencé à prendre conscience des signes de plus en plus manifestes de l’inconscience du capital. Il s’agit là d’une façon indirecte de nier l’humanité de celles et de ceux qui s’étaient révoltés contre le génocide, l’esclavage et d’autres formes d’asservissement. Les Amérindiens et tous les peuples ayant souffert la conquête ont exprimé de diverses manières, généralement non rencontrées dans les archives, leur humanité par des révoltes et d’autres moyens. Mais, les bénéficiaires spécifiques et génériques des Crimes contre l’Humanité continuent de penser que le « crime paie ». L’impression dominante semble même dire qu’au plus le crime est immense, plus juteuse sera la récompense. Il n’existe aucun domaine de l’existence de l’humanité, aucun espace de la planète, où l’impact de l’inconscience du capital ne soit pas visible. La force de pénétration de l’inconscience du capital est seulement comparable à la radioactivité nucléaire : elle est inodore, incolore, invisible. Son impact ne semble être perçu qu’au moment où ses effets destructeurs sont devenus irréversibles. Jusqu’à quand ?

DRC: Ragi Ngenderezi Abulengu, “We are like birds: today we are here, but tomorrow we will move again”

MUGUNGA, 15 June 2011 (IRIN) – In Mugunga, about 12km from Goma in eastern Democratic Republic of Congo (DRC), communities of Bambuti have been eking out a living at the edge of the city. The Bambuti are believed to be among Central Africa’s oldest inhabitants, surviving from hunting and gathering. Among those living in Mugunga, some fled the war in eastern DRC in 2005 and others were evicted from their ancestral homes in Virunga National Park, home to DRC’s mountain gorillas.

http://www.irinnews.org/report.aspx?ReportID=92990

Neglected by humanitarian organizations, the Bambuti are among the most marginalized communities in the country, without access to even the most basic of resources like shelter and potable water. They frequently face discrimination from other communities. One of their greatest challenges is access to land; despite being DRC’s original inhabitants, they have no title deeds. download film T2 Trainspotting 2017

“Where we were before, in Ngungu, there was a war between the DRC National Army (FARDC) and the National Congress for the Defence of the People (CNDP) several years ago. A lot of people died. When they saw children, the militias simply mutilated them. Now, we’ve been away for more than five years, but we have been unable to go back. We don’t even have our own land there. And here in Mugunga, the proprietor can tell us that we have to move after 2-3 days, so we will be on the move again.

“Recently the city’s water department cut off the water supply so we don’t have any access to water. And even eating every day is difficult. We live by depending on other people who were living here before. We work for them and they give us a small amount to eat. Like slaves.

“As Bambuti, we have no right to own land, so how can we even go back to where we came from? We need the government to bring about stability in land ownership. We are like birds: today we are here, but tomorrow we will move again. Even when someone dies, we have trouble finding a place to bury him.

“When some of our people were moved from Virunga National Park, we were supposed to get 40 percent of the profits from the park, but we got nothing. We can’t even change our lifestyle to fishing because of a lack of materials.

“When we try to go to the park, we are beaten by the security guards. They tell us we are dirty; some use their weapons against us. The last time one of us went there, his shirt was torn by the guards. How can we find our own medicines if the park is closed to us? In the health centres, we are refused treatment because we don’t have money. They tell us: `You are a pygmy – get out’.

“The whole of Congo has forgotten the Bambuti, but please tell me something, who does the Congo belong to? Who are the true people of Congo? If we raise our heads, the people of this country push us down again. If we had access to education, we could study – we really have a great deal of potential, but we have no access.”

zm/am/cb
Theme (s): Conflict, Human Rights, Refugees/IDPs,

[This report does not necessarily reflect the views of the United Nations]

For Peace, Dignity and Healing