Category Archives: L’Afrique

COMMENT SOMMES-NOUS ARRIVÉS ICI ? Avant de poser la question suivante : Comment sortir d’ici ?

Il faudra du temps, mais avec patience et persistance rien ne résiste à la conscience, archive immuable de l’humanité pour son unité.

Une question que presque tout le monde se pose de vive voix, en silence, en groupe, individuellement. Si on veut sortir avec des chances de s’en sortir vraiment et non pour mieux rester sur place, il faudrait disséquer tous les mots de la phrase.

Comment,
Nous,
Sommes arrivés,
Ici ?

On pourrait commencer par comment, mais peut-être, pour éviter les risques de confusion, faudrait-il commencer par essayer de savoir si « nous » c’est ce que tout le monde entend par « nous » ou s’agit-il là d’un abus de langage qui ne trompe pas les émetteurs, mais trop souvent trompe les receveurs/capteurs.

Qui sommes-nous ? Pouvons-nous encore parler pour nous-mêmes, soi-même en tant que soi-même à partir de là où nous parlons, de là où nous vivons, de là où nous travaillons, de là où nous défendons un nous qui n’est pas celui des politiciens, des premiers ministres, des opérateurs financiers, des professionnels de la religion. En long comme en large, il y a le nous qui est nous qui est aussi le soi. Mais il y a aussi le nous imposeur d’un nous imposteur, avec lequel le soi ne se sent pas à l’aise. Ce nous-là s’est imposé par la force, par la violence, par la séduction. Ce nous-là nous a floué tant de fois qu’il est difficile de savoir exactement quand cela a commencé.

Il arrive, en cas de danger, que ce nous imposteur apparaisse comme sauveur, mais cela sera l’instant du danger. Une fois celui-ci passé, le nous imposteur, caméléon, retournera à ses habitudes.

« Nous » fait-il partie de la fameuse communauté internationale qui paraît être le pilote automatique des politiciens cherchant à être inclusifs même quand ils savent très bien qu’ils s’adressent à un petit groupe qui se reconnaît dans cette CI, une espèce d’anti chambre d’une autre communauté aux initiales apparentées, la CPI. Arme juridique de pays qui se font passés pour pacifiques alors que leurs pratiques en a fait les pays les plus belliqueux, les plus armés, les plus va-t-en guerre d’une planète de plus en plus plongée dans la détresse.

Il est possible de tracer la descendance de ce nous-là. Un « nous » qui a ses racines dans un crime qui passait pour une nécessité, une question de vie ou de mort pour une fraction du « nous » écrasant tout sur son passage, y compris les gens qui les avaient chaleureusement accueillis sur leurs terres. Conquérants d’un vaste territoire, cette fraction du « nous » avait besoin de gens pour cultiver ces terres, pour les « mettre en valeur » (une expression qui deviendra courante dans l’Afrique post Traite négrière).

Cette fraction du nous s’est toujours donnée des règles de conduite, des lois, des codes. L’objectif principal de cette fraction était de rappeler aux esclaves qu’ils ne faisaient pas partie de l’humanité. Le Code Noir lancé par Louis XIV (1685) les considéraient comme des biens meubles, moins donc que le bétail, mais, comme le bétail, frappé au fer rouge pour rappelé aux acheteurs que ce bien meuble avait été la propriété de la monarchie régnante française dont l’emblème était la fleur de lys.

Bien qu’on y trouve un article interdisant la torture, ce Code (formellement en vigueur jusqu’en 1848), contrairement à ce que pensent encore certaines personnes, n’avait pas été mis en place pour défendre les droits des esclaves. Il fallait éliminer dans la tête des esclavagistes toute possibilité de penser en solidarité en voyant ces personnes enchaînées, car les regards de ces personnes disaient : « comment pouvez-vous faire ce genre de choses à nous qui sommes comme vous, des êtres humains ? » À travers le Code, les esclavagistes tenaient à s’assurer qu’il n’y aurait pas d’hésitation ou de vacillation dans les rangs des civilisateurs.

Cette fraction discriminatrice du nous s’est construite une histoire qui a très peu de choses à voir avec le nous que cette histoire a broyé sans états d’âmes puisqu’il ne s’agissait pas d’êtres humains.

Comment ce broyage, cette réduction en poussière s’est-elle faite ? Ce nous qui a été broyé devait disparaître, ainsi que son histoire, pour qu’il ne reste que l’histoire de la fraction du nous. C’est comme si, il y a quelques siècles, une partie du « nous imposteur» avait décidé de construire une machine invisible, mais efficace dans la fission de l’humanité. C’est comme si cette partie de « nous » s’était mise à l’œuvre pour faire éclater l’humanité afin de savoir sa constitution.

Est-ce possible de penser que les esclavagistes furent les proto inventeurs du cyclotron de Genève. L’esclavage a fonctionné comme le cyclotron. Les particules lancées dans ce cyclotron imaginaire étaient tous les habitants d’un Continent. Le Cyclotron avant le cyclotron n’avait pas de limite. Tout le continent Africain y est passé non pas pour découvrir d’autres humains, mais pour extraire de la fission de ces atomes de l’humanité tout ce qu’il était possible d’extraire et, en même temps faire disparaître non seulement les traces du crime, mais aussi l’existence de ces humains traités comme des sous humains.

Nous faisons partie de la matière. On peut tracer les origines du nous à partir du Bib Bang. Le nous comme l’univers que certains disent est plus qu’un, parallèles, multiples. Il ya convergence pour admettre que depuis le Big Bang il y a eu expansion. Le « Nous » est toujours en expansion, toujours en train de naître, toujours en train de se libérer de l’état antérieur.

Il y a un « Nous », il y a une humanité, mais il y a eu, en cours de route depuis le Big Bang des uns du « Nous » qui ont voulu se séparer des autres. Comment cela s’est-il passé ? Ce genre de question n’a vraiment jamais intéressé les spécialistes de la fission de la matière. Durant son expansion, le « Nous » réduit à la matière a gagné une autre dimension. Ou plutôt le « Nous » a commencé à acquérir une conscience. Les spécialistes intéressés ont découvert qu’il y avait plus que la conscience. Une espèce de boîte noire où sont enregistrés tous les faits, tous les silences, toutes les pensées, les accidents, bref tout ce par quoi l’individu qui fait parti du « Nous » est passé. Un espace entre le id, le ego, le super ego, entre le cortex et le néo cortex. Un endroit où, semble-t-il, personne n’aime visiter car on y trouverait des nous reconnus comme criminels, côtoyant des nous respectables. Ces derniers sont supposés ne rien avoir de criminel.

Comment ?

Les temps où nous sommes arrivés, c’est un temps, mais c’est aussi un espace, une croisée des chemins où tous les différents « nous » se retrouvent face à face, certains visibles, d’autres invisibles, des petits, des géants, des minables, des paumés. S’y retrouvent dans cette croisée des chemins des nous à particule, d’autres sans particule, des misérables, des scélérats, des exécrables, des vauriens, des va-nu-pieds, des millionnaires, des super millionnaires. S’y retrouvent des « nous » qui n’auraient jamais pensé se retrouver en telle compagnie.

Et chacun de nous de se demander sans arrêt : comment ?

En chemin vers la croisée des chemins chacun des « nous » était devenu une particule de l’humanité détachée de l’humanité, et ne se posait pas (ou presque pas) de questions. Voyant de loin l’attroupement, chacun des « nous » a commencé à se poser des questions. Une ne cessait de revenir : comment ?

Avec les questions, apparaissaient aussi des nouvelles forces, une nouvelle énergie comme si la rencontre d’autres « nous » longtemps inconnus, renvoyait une image d’un « nous » plus grand, plus fort, plus accueillant, plus solidaire. Ce courant, une onde, une pulsion solidaire filait invisible entre des millionnaires en argent et des millionnaires en souffrance. Un autre monde est en train d’être découvert sans conquérants, sans conquis.

Un autre monde est possible
sans prédation
Toujours plus distant
de la compétition
Un monde plus solidaire cherchant,
Errant, visant
Justice et vérité
aussi loin que possible
de la compétitivité
des marchés
chien de garde planétaire
tel un dieu glorifié
sans foi ni loi sinon celle du profit
du mensonge, de l’impunité
accumulateur de puissance
effaceur de cette particule
incommensurable quelque soit le cyclotron
invisible, indestructible, joyau et archive de l’humanité :
conscience la protectrice de tous les nous,
barrière incorruptible

Au fond cela a commencé simplement : qui mentait le plus gagnait le plus. Gagnait quoi ? Peu importe la réponse car la clé était toujours la même : mentir, se mentir, faire mentir. Dire, faire, déclarer, penser « nous » comme s’il s’agissait de tous, d’une seule humanité, mais agir seulement pour soi. Et appeler cela la liberté, l’égalité, la fraternité. Mentir, petit à petit, est devenu un comportement des plus forts, écrasant les faibles. Dans des coins de la planète, des traités furent signés entre les conquérants et les conquis, mais quand les conquérants ont eu besoin de plus d’espace, ils se sont comportés comme si ces traités n’existaient pas. Une leçon que les violeurs n’ont jamais oublié, vu les dividendes qui n’arrêtent pas d’accumuler le confort des plus forts.

Ils avaient alors déclaré : nous voulons vivre en paix avec vous. Le nous des conquérants écrase, broyé le nous des conquis, propage parmi les conquis la tentation de devenir prédateur. La compétition pour être le plus fort a lancé une guerre sans fin entre tous les membres de l’humanité. Les plus pacifiques ne savaient pas, ne pouvaient pas savoir d’où venait la guerre, car les pulsions prédatrices, essentielles pour survivre semblaient pour beaucoup de nous quelque chose d’un autre temps dépassé à jamais. La prédation ne semble appartenir à aucun temps. Sans corps, sans temps, toujours présent. Et donc non attribuable automatiquement à des nous « mauvais », car, on peut le voir, des nous qui se disent au-dessus de tout le monde, des donneurs de leçon en tout : la paix, la vérité, la démocratie sont les plus grands violeurs de ces trois principes de survie de l’humanité.

Aujourd’hui les mêmes conquérants d’alors n’ont pas changé de mentalité : le mensonge a toujours payé. Il n’est pas impossible que c’est de cette mentalité que nous vinrent des expressions telles que :

« mentez, mentez il en restera toujours quelque chose »,
« un mensonge répété des milliers de fois finira par être pris pour une vérité »

Ainsi la puissance la plus guerrière, la plus va-t’en-guerre, peut se déclarer la plus pacifique bien que ses troupes soient basées dans des centaines de camps militaires en dehors de ses frontières.

Est-ce étonnant que cette mentalité soit à la base du maintien des « guerres de pacification » dans des pays comme la RDC, le Soudan, la Somalie. Dans les Amériques l’entretien de ces guerres était appelé « guerres de basse intensité ». Leur point commun étant la liquidation de l’humanité

Évidemment, les menteurs ne se considèrent jamais comme menteurs. Pour eux, mentir, se mentir, faire mentir est devenu une habitude tellement bien ancrée qu’elle est devenue une vertu.

Ils font un inventaire annuel des violeurs des droits de l’homme et ainsi se font passer pour les plus grands protecteurs des droits humanitaires,
Donc des plus solidaires
Du reste de l’humanité
Mais en réalité des prédateurs invétérés

Ils se sont tellement mentis qu’ils n’aiment pas entendre parler de l’histoire. Dans un des États, une loi a été passé pour bannir des livres d’histoire parlant des nous qui furent des conquis par le passé. Motif du bannissement : ces livres propagent la haine. En d’autres termes, un nous qui a grandi en liquidant une partie de l’humanité se présente comme sa seule protectrice et, en même temps fait tout pour liquider l’histoire des nous qui veulent conter une histoire de tous les nous ancrée dans Mâât, justice et vérité.

(À suivre)
23 février 2012

QUAND LE NEGATIONISME TUE À PETIT FEU

L’histoire du développement guerrier et pacifique du nucléaire, surtout depuis Hiroshima/Nagasaki, dérange les consciences. Cette histoire de cloisonnement ou de confinement n’est pas particulière au nucléaire. Tout comme pour l’histoire du capitalisme, le mot d’ordre semble être qu’il ne faut pas s’inquiéter et que tout ira bien pour le meilleur des mondes. Avec le 25ème anniversaire de Tchernobyl, et les informations accumulées depuis cette catastrophe, il est permis de questionner cette manière idyllique de conter l’histoire.

Le refus de partager une information vitale pour la survie d’un groupe (famille au sens restreint ou étendu) aura un effet cumulatif quant aux répercussions négatives. Mais le problème ne se présente pas seulement à Fukushima. A chaque fois que l’histoire avance (recule ou fait du surplace), les forces qui ont tout fait pour qu’il ne sorte qu’une seule narration s’activent pour formater la continuation de cette narration selon leur version. Quelle que soit la crise dont il s’agit, il émergera une version qui a ses racines dans un processus de façonner le monde et comment penser les changements, ce qui doit changer, etc. selon la mémoire/l’objectif des vainqueurs.

Est-ce possible de penser en même temps la Lybie et Fukushima ?

Dans les ceux cas, à Fukushima comme en Lybie, on peut observer l’humanité faisant face à une croisée des chemins. Dans les deux cas, les organes dominant d’information discutent de scénarios et des solutions qui écartent les voies qui pourraient contrarier leurs intérêts à court terme. Habitués à toujours avoir le dessus les pays qui ont toujours dominé la planète cherchent à maintenir le statu quo de leur domination. Au cas où il y aurait résistance, le recours à la solution militaire sera automatique. Dans les deux cas, les organes d’information s’organisent pour présenter l’histoire de la Lybie et celle du nucléaire sous une forme tronquée. Dans les deux cas, on parle de crise qui sera résolue par les forces compétentes en la matière. Même si les experts apparaissent comme ayant violé les règles les plus élémentaires de recours à la négociation (Lybie) à la prudence (Fukushima), aucune des instances en place, au niveau des relations internationales n’ont les possibilités et/ou les moyens de les rappeler à l’ordre. Sauf si des voix, se fondant sur la conscience de l’humanité, rappellent aux tout-puissants le fait, somme toute banal, que cette toute-puissance s’est construite sur le silence consenti et/ou forcé du reste de l’humanité.

L’histoire de la Lybie ne commence pas en 1969 ou même avec la colonisation italienneWatch Full Movie Online Streaming Online and Download

En Lybie, la crise est présentée de telle manière qu’il faille recourir à une solution militaire pour sauver les opposants du colonel Kadhafi. L’argumentaire est celui des droits de l’Homme. Moralement il est sous-entendu que personne ne pourrait s’opposer à une telle entreprise. Cet argumentaire a des racines profondes dans l’histoire des rapports entre l’Occident et les peuples non Européens. Après l’esclavage et le fameux commerce triangulaire entre les Amériques, l’Europe et l’Afrique, l’Europe, par le biais de la Conférence de Berlin s’appropria l’Afrique, au nom de l’introduction de la Civilisation dans l’Afrique obscure. Les historiens à courte vue, aiment nous dire que le mode de fonctionnement du monde d’aujourd’hui a commencé durant la 2ème Guerre Mondiale. Ce n’est qu’en partie vrai. La Conférence de Berlin est le précurseur de la Conférence de San Francisco qui organise les Nations Unies et, dans la foulée, l’OTAN. Toutes ces organisations furent mis en place pour servir les intérêts de l’Occident

Pour occuper l’Afrique (avant et après la Conférence de Berlin), il a fallu des campagnes militaires. En RDC, ces campagnes étaient appelées campagnes de pacification ou « promenades militaires ». Elles ont continué jusque dans les années 30. Pour l’Occident dominateur, il ne doit exister qu’une histoire de ses rapports avec l’Afrique, il n’existe qu’une manière de narrer ses rapports avec Haïti. Cette histoire doit être dictée par l’Occident. Un Occident dont la mentalité est structurée par l’histoire d’Etats aux objectifs de colonisation. Un Occident d’où ont surgi les multinationales qui, aujourd’hui dictent les argumentaires avancés par les Etats. Il devient de plus en plus clair que les instances mises en place, par des États Nation, durant et à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, ne font/feront plus le poids face aux défis actuels et à venir. Le poids des multinationales est tel que la logique et le mode de fonctionnement des institutions étatiques obligent un recours à des accommodements qui renforcent la loi de la jungle alors qu’on est supposé vivre dans un monde civilisé, démocratisé. La défaillance des structures politiques pour régler les relations internationales sera toujours compensée par la mentalité qui a conditionné leur mise en place (à Berlin, Yalta, San Francisco, Bretton Woods).

Pour les puissances qui se sont enrichies en asservissant/colonisant l’Afrique, le sentiment de culpabilité les conduit à se présenter comme les défenseurs de celles/ceux qui souffrent les atrocités commises par Kadhafi. Cependant, la question de savoir quelles sont les forces qui ont façonné l’émergence d’un dirigeant sanguinaire n’est jamais posée ou rarement discutée. Quand il y a discussion de changement de régime, les parrains et partenaires des régimes en question ne sont pas appelés à rendre des comptes.

Dans l’histoire de l’humanitarisme et des droits humanitaires il y a un escamotage systématique des racines non humanitaires des propagateurs de cette religion selon laquelle l’expansion du capitalisme ne peut être vue que sous l’angle des bienfaits. Les effets négatifs sont considérés comme mineurs. Très rarement, pour ne pas dire jamais, assiste-t-on à un examen sans complaisance des effets destructeurs de ce qu’il y a de plus sacré entre les humains, à savoir, l’humanité commune, le respect du principe de vie. À partir du moment où l’éclatement (appelons-la la fission) de l’humanité s’est produite et que commencèrent à se mettre en place les mécanismes économiques, financiers, politiques, sociaux, culturels et religieux de ce qui en quelques années deviendra le capitalisme, il se développa aussi une narration de cette histoire dont l’objectif a toujours été de rehausser les bienfaits du système. L’histoire de celles/ceux qui furent déclarés (Voir, par exemple, Le Code Noir) non humains, jusqu’aujourd’hui n’a pas été contée telle qu’elle a été vécue par ces témoins incontournables. Face aux dépositaires/héritiers de ces témoins, les descendants des rédacteurs du Code Noir ont appris mécaniquement la règle de toujours les réduire au silence. En vue de parfaire cette réduction au silence, il faut surtout éviter les possibles rapprochements avec d’autres errements.

Les régimes conduits par Hitler, Mussolini sont présentés comme des aberrations. Le tribunal de Nüremberg où seront condamnés individuellement des responsables aura pour effet de blanchir la part qui revenait au système. Et cela malgré les voix qui se sont élevés et qui, aujourd’hui continuent de s’élever. Le Tribunal de Nüremberg eut aussi comme effet collatéral de contenir l’histoire des régimes instaurés par Hitler et Mussolini à l’intérieur d’un conteneur de confinement étanche, afin qu’ils ne soient vus que comme des aberrations. Il ne fallait pas voir dans l’histoire des puissances de l’Axe (Allemagne/Italie/Japon) la pulsion coloniale s’en prenant à une zone et à des populations considérées hors limite.

Par un article du NYT en date du 14 avril 2011(Nuclear Cleanup Plans Hinge on Unknowns par Hiroko Tabuchi
) nous apprenons que pour les travaux les plus dangereux, la compagnie qui opère les réacteurs de Fukushima (Tepco) recourt à des travailleurs saisonniers par le biais d’une société spécialisée dans ce genre de recrutement de travailleurs. En d’autres termes, et cela ne date pas d’hier, à chaque fois que l’humanité s’est lancée dans une phase qui risquait de ne pas plaire à tout le monde, il a fallu recourir au secret. Dans l’industrie nucléaire, il y a des boulots qui sont tellement dangereux que seuls les candidats inconscients et/ou non informés des risques pour leur santé, sont prêts à se présenter. Est-on tellement loin des pulsions dominatrices apprises à travers l’esclavage Atlantique et la colonisation ?

Le 5 avril, 2011, on nous a annoncé l’entrée d’Aimé Césaire au Panthéon à Paris. Dans ce geste qui est vu par certains comme une consécration des luttes de Césaire contre la déshumanisation il faut aussi y voir un processus de négation de ce qu’il y avait de plus profond dans les luttes de Césaire. Dans cette négation il y a aussi une manœuvre de désamorçage des ce qu’il y avait de plus radical dans sa pensée. Cette entrée au Panthéon ne coûte rien au système. Tout le contraire, ce geste, dans le contexte actuel, renforcera dans le public français de France la notion que Napoléon, [restaurateur de l’esclavage], et Césaire peuvent se côtoyer sans problème. Ce geste renforcera l’idée de la magnanimité des figures napoléoniennes, peu importe les détails qui pourraient donner une image contraire à celle qui maintient l’ordre hiérarchique entre la révolution de 1789/France et celle de 1804/Haïti.

Le Panthéon pour Césaire, l’Académie Française pour Senghor, le Jura pour Toussaint l’Ouverture, le fond de l’océan Atlantique pour la chair à canon de l’esclavage qui refusa la mort à petit feu ? En d’autres termes, il y a, à travers cet acte, la nécessité de maintenir en place une structure automatique de hiérarchisation des consciences. Le Panthéon, c’est Napoléon d’abord. C’est ce dernier qui organisa avec la plus grande férocité possible la restauration de l’esclavage là où elle avait été abolie. À Haïti, cela n’a pas été possible. Et, plus de 200 ans après, Haïti continue de payer pour avoir réussi l’impossible impertinence, aux yeux de ceux qui ne pouvaient accepter alors et qui, aujourd’hui, continuent de ne pas accepter la proposition que les Africains puissent être en avance sur l’universalité de la liberté.

Y a-t-il encore une boussole dans un monde qui semble avoir perdu le nord ?

Depuis l’inauguration de la déshumanisation systématique des segments les plus pauvres de l’humanité qui ont ouvert la voie à ce qui apparaît de plus en plus comme l’extinction de l’humanité, la partie encore saine trouvera-t-elle les moyens d’arrêter un processus qui semble de plus en plus inéluctable ? Or, la partie que l’on pourrait prendre pour saine est précisément celle qui est constamment soumise à un processus de destruction car si elle venait à parler, elle risquerait de créer la prise de conscience de l’humanité.

Les preuves de l’inéluctabilité s’accumulent. La catastrophe de Fukushima illustre le parallèle entre le développement du nucléaire et le développement du capitalisme, et, dans la foulée, l’idée que la meilleure façon de régler les conflits est de recourir aux armes et la guerre. De part et d’autre on observe un cramponnage à ce qui a toujours fonctionné pour les tout-puissants alors que la voie de sortie ne sera possible que si les voix des plus faibles sont entendues sans intermédiaires quelle que soit la charité et/ou l’humanitarisme de ces derniers.

Le 5 mai 2011