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COMMENT SOMMES-NOUS ARRIVÉS ICI ? Avant de poser la question suivante : Comment sortir d’ici ?

Il faudra du temps, mais avec patience et persistance rien ne résiste à la conscience, archive immuable de l’humanité pour son unité.

Une question que presque tout le monde se pose de vive voix, en silence, en groupe, individuellement. Si on veut sortir avec des chances de s’en sortir vraiment et non pour mieux rester sur place, il faudrait disséquer tous les mots de la phrase.

Comment,
Nous,
Sommes arrivés,
Ici ?

On pourrait commencer par comment, mais peut-être, pour éviter les risques de confusion, faudrait-il commencer par essayer de savoir si « nous » c’est ce que tout le monde entend par « nous » ou s’agit-il là d’un abus de langage qui ne trompe pas les émetteurs, mais trop souvent trompe les receveurs/capteurs.

Qui sommes-nous ? Pouvons-nous encore parler pour nous-mêmes, soi-même en tant que soi-même à partir de là où nous parlons, de là où nous vivons, de là où nous travaillons, de là où nous défendons un nous qui n’est pas celui des politiciens, des premiers ministres, des opérateurs financiers, des professionnels de la religion. En long comme en large, il y a le nous qui est nous qui est aussi le soi. Mais il y a aussi le nous imposeur d’un nous imposteur, avec lequel le soi ne se sent pas à l’aise. Ce nous-là s’est imposé par la force, par la violence, par la séduction. Ce nous-là nous a floué tant de fois qu’il est difficile de savoir exactement quand cela a commencé.

Il arrive, en cas de danger, que ce nous imposteur apparaisse comme sauveur, mais cela sera l’instant du danger. Une fois celui-ci passé, le nous imposteur, caméléon, retournera à ses habitudes.

« Nous » fait-il partie de la fameuse communauté internationale qui paraît être le pilote automatique des politiciens cherchant à être inclusifs même quand ils savent très bien qu’ils s’adressent à un petit groupe qui se reconnaît dans cette CI, une espèce d’anti chambre d’une autre communauté aux initiales apparentées, la CPI. Arme juridique de pays qui se font passés pour pacifiques alors que leurs pratiques en a fait les pays les plus belliqueux, les plus armés, les plus va-t-en guerre d’une planète de plus en plus plongée dans la détresse.

Il est possible de tracer la descendance de ce nous-là. Un « nous » qui a ses racines dans un crime qui passait pour une nécessité, une question de vie ou de mort pour une fraction du « nous » écrasant tout sur son passage, y compris les gens qui les avaient chaleureusement accueillis sur leurs terres. Conquérants d’un vaste territoire, cette fraction du « nous » avait besoin de gens pour cultiver ces terres, pour les « mettre en valeur » (une expression qui deviendra courante dans l’Afrique post Traite négrière).

Cette fraction du nous s’est toujours donnée des règles de conduite, des lois, des codes. L’objectif principal de cette fraction était de rappeler aux esclaves qu’ils ne faisaient pas partie de l’humanité. Le Code Noir lancé par Louis XIV (1685) les considéraient comme des biens meubles, moins donc que le bétail, mais, comme le bétail, frappé au fer rouge pour rappelé aux acheteurs que ce bien meuble avait été la propriété de la monarchie régnante française dont l’emblème était la fleur de lys.

Bien qu’on y trouve un article interdisant la torture, ce Code (formellement en vigueur jusqu’en 1848), contrairement à ce que pensent encore certaines personnes, n’avait pas été mis en place pour défendre les droits des esclaves. Il fallait éliminer dans la tête des esclavagistes toute possibilité de penser en solidarité en voyant ces personnes enchaînées, car les regards de ces personnes disaient : « comment pouvez-vous faire ce genre de choses à nous qui sommes comme vous, des êtres humains ? » À travers le Code, les esclavagistes tenaient à s’assurer qu’il n’y aurait pas d’hésitation ou de vacillation dans les rangs des civilisateurs.

Cette fraction discriminatrice du nous s’est construite une histoire qui a très peu de choses à voir avec le nous que cette histoire a broyé sans états d’âmes puisqu’il ne s’agissait pas d’êtres humains.

Comment ce broyage, cette réduction en poussière s’est-elle faite ? Ce nous qui a été broyé devait disparaître, ainsi que son histoire, pour qu’il ne reste que l’histoire de la fraction du nous. C’est comme si, il y a quelques siècles, une partie du « nous imposteur» avait décidé de construire une machine invisible, mais efficace dans la fission de l’humanité. C’est comme si cette partie de « nous » s’était mise à l’œuvre pour faire éclater l’humanité afin de savoir sa constitution.

Est-ce possible de penser que les esclavagistes furent les proto inventeurs du cyclotron de Genève. L’esclavage a fonctionné comme le cyclotron. Les particules lancées dans ce cyclotron imaginaire étaient tous les habitants d’un Continent. Le Cyclotron avant le cyclotron n’avait pas de limite. Tout le continent Africain y est passé non pas pour découvrir d’autres humains, mais pour extraire de la fission de ces atomes de l’humanité tout ce qu’il était possible d’extraire et, en même temps faire disparaître non seulement les traces du crime, mais aussi l’existence de ces humains traités comme des sous humains.

Nous faisons partie de la matière. On peut tracer les origines du nous à partir du Bib Bang. Le nous comme l’univers que certains disent est plus qu’un, parallèles, multiples. Il ya convergence pour admettre que depuis le Big Bang il y a eu expansion. Le « Nous » est toujours en expansion, toujours en train de naître, toujours en train de se libérer de l’état antérieur.

Il y a un « Nous », il y a une humanité, mais il y a eu, en cours de route depuis le Big Bang des uns du « Nous » qui ont voulu se séparer des autres. Comment cela s’est-il passé ? Ce genre de question n’a vraiment jamais intéressé les spécialistes de la fission de la matière. Durant son expansion, le « Nous » réduit à la matière a gagné une autre dimension. Ou plutôt le « Nous » a commencé à acquérir une conscience. Les spécialistes intéressés ont découvert qu’il y avait plus que la conscience. Une espèce de boîte noire où sont enregistrés tous les faits, tous les silences, toutes les pensées, les accidents, bref tout ce par quoi l’individu qui fait parti du « Nous » est passé. Un espace entre le id, le ego, le super ego, entre le cortex et le néo cortex. Un endroit où, semble-t-il, personne n’aime visiter car on y trouverait des nous reconnus comme criminels, côtoyant des nous respectables. Ces derniers sont supposés ne rien avoir de criminel.

Comment ?

Les temps où nous sommes arrivés, c’est un temps, mais c’est aussi un espace, une croisée des chemins où tous les différents « nous » se retrouvent face à face, certains visibles, d’autres invisibles, des petits, des géants, des minables, des paumés. S’y retrouvent dans cette croisée des chemins des nous à particule, d’autres sans particule, des misérables, des scélérats, des exécrables, des vauriens, des va-nu-pieds, des millionnaires, des super millionnaires. S’y retrouvent des « nous » qui n’auraient jamais pensé se retrouver en telle compagnie.

Et chacun de nous de se demander sans arrêt : comment ?

En chemin vers la croisée des chemins chacun des « nous » était devenu une particule de l’humanité détachée de l’humanité, et ne se posait pas (ou presque pas) de questions. Voyant de loin l’attroupement, chacun des « nous » a commencé à se poser des questions. Une ne cessait de revenir : comment ?

Avec les questions, apparaissaient aussi des nouvelles forces, une nouvelle énergie comme si la rencontre d’autres « nous » longtemps inconnus, renvoyait une image d’un « nous » plus grand, plus fort, plus accueillant, plus solidaire. Ce courant, une onde, une pulsion solidaire filait invisible entre des millionnaires en argent et des millionnaires en souffrance. Un autre monde est en train d’être découvert sans conquérants, sans conquis.

Un autre monde est possible
sans prédation
Toujours plus distant
de la compétition
Un monde plus solidaire cherchant,
Errant, visant
Justice et vérité
aussi loin que possible
de la compétitivité
des marchés
chien de garde planétaire
tel un dieu glorifié
sans foi ni loi sinon celle du profit
du mensonge, de l’impunité
accumulateur de puissance
effaceur de cette particule
incommensurable quelque soit le cyclotron
invisible, indestructible, joyau et archive de l’humanité :
conscience la protectrice de tous les nous,
barrière incorruptible

Au fond cela a commencé simplement : qui mentait le plus gagnait le plus. Gagnait quoi ? Peu importe la réponse car la clé était toujours la même : mentir, se mentir, faire mentir. Dire, faire, déclarer, penser « nous » comme s’il s’agissait de tous, d’une seule humanité, mais agir seulement pour soi. Et appeler cela la liberté, l’égalité, la fraternité. Mentir, petit à petit, est devenu un comportement des plus forts, écrasant les faibles. Dans des coins de la planète, des traités furent signés entre les conquérants et les conquis, mais quand les conquérants ont eu besoin de plus d’espace, ils se sont comportés comme si ces traités n’existaient pas. Une leçon que les violeurs n’ont jamais oublié, vu les dividendes qui n’arrêtent pas d’accumuler le confort des plus forts.

Ils avaient alors déclaré : nous voulons vivre en paix avec vous. Le nous des conquérants écrase, broyé le nous des conquis, propage parmi les conquis la tentation de devenir prédateur. La compétition pour être le plus fort a lancé une guerre sans fin entre tous les membres de l’humanité. Les plus pacifiques ne savaient pas, ne pouvaient pas savoir d’où venait la guerre, car les pulsions prédatrices, essentielles pour survivre semblaient pour beaucoup de nous quelque chose d’un autre temps dépassé à jamais. La prédation ne semble appartenir à aucun temps. Sans corps, sans temps, toujours présent. Et donc non attribuable automatiquement à des nous « mauvais », car, on peut le voir, des nous qui se disent au-dessus de tout le monde, des donneurs de leçon en tout : la paix, la vérité, la démocratie sont les plus grands violeurs de ces trois principes de survie de l’humanité.

Aujourd’hui les mêmes conquérants d’alors n’ont pas changé de mentalité : le mensonge a toujours payé. Il n’est pas impossible que c’est de cette mentalité que nous vinrent des expressions telles que :

« mentez, mentez il en restera toujours quelque chose »,
« un mensonge répété des milliers de fois finira par être pris pour une vérité »

Ainsi la puissance la plus guerrière, la plus va-t’en-guerre, peut se déclarer la plus pacifique bien que ses troupes soient basées dans des centaines de camps militaires en dehors de ses frontières.

Est-ce étonnant que cette mentalité soit à la base du maintien des « guerres de pacification » dans des pays comme la RDC, le Soudan, la Somalie. Dans les Amériques l’entretien de ces guerres était appelé « guerres de basse intensité ». Leur point commun étant la liquidation de l’humanité

Évidemment, les menteurs ne se considèrent jamais comme menteurs. Pour eux, mentir, se mentir, faire mentir est devenu une habitude tellement bien ancrée qu’elle est devenue une vertu.

Ils font un inventaire annuel des violeurs des droits de l’homme et ainsi se font passer pour les plus grands protecteurs des droits humanitaires,
Donc des plus solidaires
Du reste de l’humanité
Mais en réalité des prédateurs invétérés

Ils se sont tellement mentis qu’ils n’aiment pas entendre parler de l’histoire. Dans un des États, une loi a été passé pour bannir des livres d’histoire parlant des nous qui furent des conquis par le passé. Motif du bannissement : ces livres propagent la haine. En d’autres termes, un nous qui a grandi en liquidant une partie de l’humanité se présente comme sa seule protectrice et, en même temps fait tout pour liquider l’histoire des nous qui veulent conter une histoire de tous les nous ancrée dans Mâât, justice et vérité.

(À suivre)
23 février 2012

“Congo. Une histoire”, un succès belge

http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA2614p080-083.xml0/

21/02/2011 à 16h:08 Par Séverine Kodjo
?Jeune Afrique

Véritable best-seller, le livre de David Van Reybrouck s’est vendu à 200?000 exemplaires en Belgique et aux Pays-Bas. Fait exceptionnel pour un ouvrage écrit en néerlandais et qui retrace 90?000 ans de l’histoire congolaise.

Mêlant subtilement la grande et la petite histoire, celle des Mobutu et autres tout-puissants, mais aussi celle de ces monsieur et madame Tout-le-Monde qui luttent au quotidien pour leur survie, l’écrivain belge David Van Reybrouck n’a pas son pareil pour tenir en haleine son lecteur et « donner la parole aux voix congolaises ». Son ouvrage Congo. Een geschiedenis (« Congo. Une histoire », en néerlandais) est un véritable phénomène littéraire en Belgique et aux Pays-Bas, avec près de 200?000 exemplaires écoulés depuis sa parution, en mai dernier, à Amsterdam.

Cet historien de formation, journaliste à ses heures et écrivain touche-à-tout*, a mis six ans pour rédiger ce pavé de plus de 600 pages qui retrace 90?000 ans d’histoire congolaise, des premières traces archéologiques à 2010. Cette somme originale a été récompensée notamment par le prix Libris Histoire et le prix AKO (le Goncourt néerlandais). Le monde se passionne pour cet ovni littéraire qui entrecroise approches historiographique, littéraire et journalistique. Des traductions américaine, anglaise, française, espagnole, allemande, mais aussi norvégienne et suédoise seront disponibles courant 2012-2013.

Un succès et une reconnaissance que l’écrivain, qui avoue avoir « écrit le livre qu’il aurait aimé lire », a du mal à s’expliquer. Prévenant, c’est autour d’une tasse de thé noir éthiopien, agrémenté d’un miel aux mille saveurs fleuries et rapporté de l’un de ses multiples voyages en République démocratique du Congo (RDC), qu’il nous reçoit dans son appartement bruxellois. Entretien.

Jeune Afrique : Votre livre Congo. Een geschiedenis est un travail d’historien, mais aussi de journaliste et de romancier. Comment s’articule-t-il??

David Van Reybrouck : La structure principale est assez traditionnelle. C’est un récit chronologique qui retrace l’histoire du Congo [aujourd’hui République démocratique du Congo, NDLR], principalement du milieu du XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui. Mais chaque chapitre raconte entre cinq et vingt ans de l’histoire congolaise à travers le vécu de personnages qui ont réellement existé. L’approche littéraire m’a permis de montrer comment la grande Histoire est vécue par les « petites gens », et en même temps comment ces « petites gens » sont souvent extraordinaires.

Il s’agit donc d’un travail de vulgarisation de l’Histoire??

Oui, mais pas seulement. Même si j’ai utilisé une approche journalistique et littéraire, mon livre a une ambition historiographique et s’adresse aussi aux scientifiques. Dans Congo, j’ouvre quelques pistes intellectuelles pour de nouvelles recherches. J’ai, par exemple, donné beaucoup d’attention à l’importance des deux guerres mondiales au Congo. C’est un aspect très méconnu de l’histoire de la colonisation belge. J’ai retrouvé des anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale. Leurs témoignages sont inédits en Belgique. Alors qu’en France on connaît beaucoup mieux le sort des tirailleurs sénégalais.

Comment avez-vous travaillé pour écrire ce livre??

J’ai enquêté et recueilli près de 500 témoignages, qui constituent ma source principale. L’apport de la tradition orale est souvent très sous-estimé. Mais j’ai réalisé aussi beaucoup de recherches dans les archives. J’ai consulté près de 5?000 sources. Le livre commence vers la moitié du XIXe siècle, mais il y a une longue introduction sur ce qui précède l’arrivée de Stanley. Car je ne voulais pas ouvrir le livre avec l’arrivée des Blancs, comme s’il n’y avait pas eu d’histoire avant leur venue. Je parcours, à grande vitesse, 90?000 ans de l’histoire congolaise, des toutes premières traces archéologiques jusqu’en 1850, pour montrer qu’il y a toujours eu un grand dynamisme sociopolitique. L’une des toutes premières occurrences écrites concernant un Congolais remonte à 3?000 ans avant J.-C. Il est mentionné dans les textes hiéroglyphiques du sud de l’Égypte. Il y avait déjà des échanges entre les Congolais et le pays des Pharaons.

Comment expliquez-vous le succès de ce livre??

En Belgique, il est sorti au bon moment, en pleine commémoration du cinquantenaire de l’indépendance du Congo. 2010 a été une année importante pour les Belges. Ils ont trouvé une façon plus adulte de regarder leur passé colonial, sans verser ni dans le triomphalisme colonial ni dans l’autoflagellation postcoloniale. Cela étant, ça n’explique pas le succès du livre aux Pays-Bas. Je ne comprends pas. Peut-être est-ce dû à sa qualité?! [Rires.] Aux Pays-Bas, comme dans ce que j’appelle les pays postprotestants, qui sont les plus grands défenseurs des droits de l’homme et de la femme, il y a un attrait pour ce qui se passe en Afrique centrale. La situation du Kivu, c’est le cauchemar de l’humanisme mondial. Mais Congo interpelle aussi les Néerlandais par rapport à leur propre passé colonial, qu’ils connaissent très mal. De nombreux lecteurs voudraient que le même travail soit réalisé sur l’Indonésie et le Suriname.

Dans votre livre, vous évoquez la présence chinoise en Afrique. D’aucuns la diabolisent tandis que d’autres la considèrent comme une échappatoire aux relations Europe-Afrique. Qu’en pensez-vous??

Trop longtemps, les Européens ont considéré la présence chinoise uniquement d’un mauvais œil. Cette attitude trahit plutôt notre frustration de perdre notre place dans le système global. Mais ça ne veut pas dire que tout engagement chinois en Afrique soit louable. C’est une forme d’économie d’échange qui a ses avantages et ses faiblesses. La Chine a commencé un engagement à long terme avec l’Afrique, simplement parce que tout ce que la Chine fait est à long terme. La pénétration chinoise est compliquée, elle suscite de plus en plus de tensions. Mais la Chine n’a aucun intérêt à saboter ses chances économiques et politiques avec l’Afrique.

Le contrat qu’elle a signé avec le Congo est une espèce de troc intercontinental. Elle peut se ressourcer dans les mines du Congo?; en contrepartie, elle doit fournir des services de construction?: routes, hôpitaux, aéroports, etc. Étant donné la corruption endémique qui sévit, ce mode de fonctionnement est intéressant, car il est toujours plus difficile de faire glisser un hôpital dans les poches d’un ministre qu’une enveloppe. Le fait que la Chine paie ses ressources naturelles avec des biens concrets peut faciliter la lutte contre la corruption. En même temps, il est clair que la Chine ne se montre pas très intéressée pour promouvoir la démocratie ou les droits de l’homme. Elle favorise les contacts avec les personnalités politiques qui servent le mieux ses intérêts.

En 2001, quand Joseph Kabila a accédé au pouvoir, la communauté internationale a cru à un possible réveil congolais. Dix ans plus tard, le pays semble au bord du précipice. Que pensez-vous de son évolution??

Chaque fois, on pense que la situation ne peut pas être pire, et elle s’aggrave encore plus. Le pays a terriblement régressé au niveau des acquis démocratiques. Kabila avait dit qu’il ne changerait jamais la Constitution. Il vient pourtant de le faire?! Je sais bien qu’il n’est pas toujours facile de démocratiser un pays. Nous, les Occidentaux, nous sommes d’ailleurs parfois un peu des fondamentalistes de la démocratie et de l’humanitaire. Nous voulons que tout soit prêt du jour au lendemain. Il était un peu naïf de penser qu’après les élections de 2006 le Congo allait devenir un autre Canada?! Un État de droit démocratique ne se construit pas si facilement. Mais aujourd’hui l’opposition est bâillonnée et le régime devient de plus en plus présidentiel. Cependant, le pays a progressé sur le plan macro économique, le budget national est plus important qu’auparavant. Quelques infrastructures se développent petit à petit grâce entre autres aux Chinois… Mais, ailleurs, le pays stagne. Il y a très peu de changement du côté de la santé, de l’éducation, de l’agriculture, de la sécurité, de la réforme de l’armée…

Qui est responsable de cette situation??

Il y a certes l’héritage Mobutu et celui de la décolonisation, qui n’a pas du tout été préparée. Le Congo était très peu outillé pour l’indépendance. Il n’avait, par exemple, que 16 diplômés universitaires pour tout le pays. En Belgique, on a tendance à penser que les problèmes du Congo seraient résolus avec un autre chef d’État ou une autre classe politique. Or, les défis du Congo dépassent la psychologie d’un seul individu, ils sont énormes. Quand on parle de bonne gouvernance, la Belgique n’a pas de leçons à donner. Nous ne sommes pas capables de former un gouvernement depuis quatre ans?! La France ou la Belgique ne doivent plus êtres des modèles à suivre. Les politiciens congolais l’ont bien compris. Ils sont de plus en plus nombreux, comme Vital Kamerhe [candidat de l’opposition à l’élection présidentielle de novembre 2011, NDLR], à regarder ce qui se passe du côté du Brésil. C’est intéressant. Dans les deux cas, on a deux espaces gigantesques, avec d’importants pays limitrophes, une forêt et un fleuve énormes, un héritage compliqué, un sol avec des ressources extractives importantes…

Et, en même temps, la RD Congo doit faire face à des revendications séparatistes. Y a-t-il un risque de voir voler en éclats l’unité du pays, comme au Soudan par exemple??

Depuis l’époque coloniale, il y a des tendances séparatistes dans deux provinces, le Bas-Congo et le Katanga. C’est l’un des grands enjeux de la politique congolaise. Il existe certes une frustration au niveau de la rétrocession provinciale?: le Katanga, par exemple, trouve qu’il paie trop à Kinshasa. Mais c’est ainsi également en Allemagne ou en Italie?; les provinces les plus riches trouvent toujours qu’elles paient trop. Mais, tant que Katumbi est dans le camp de Kabila, le lien entre Lubumbashi et Kinshasa est maintenu. De tout ce que Mobutu a accompli, il y a très peu de réalisations qui fonctionnent encore, mais une chose est restée intacte?: l’identité nationale. C’est étonnant, parce qu’on ne peut pas dire que le sentiment national ait été nourri ces dernières années. Malgré les conflits qui ont divisé le pays, il y a toujours un grand nationalisme. Pour la plupart des Congolais, leur pays n’est pas une construction artificielle. Il y a une grande fierté d’appartenir à cette nation, mais aussi une certaine honte de l’état de l’État.

Envisagez-vous d’aller présenter votre livre en RD Congo??

Oui, avec les prix que j’ai eus, je voudrais produire un tirage de plusieurs milliers d’exemplaires pour les Congolais. J’ai envie que le livre soit disponible à Kinshasa et ailleurs. Je vais donner une grande partie de l’argent de ces prix à des projets qui viennent en aide à la société civile et aux écrivains congolais. Mais aussi à Human Rights Watch, car ce que cette ONG a réalisé au Congo est important. C’est normal que ce livre qui parle du Congo rende quelque chose à ce pays.

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Propos recueillis par Séverine Kodjo-Grandvaux, à Bruxelles.

* David Van Reybrouck est l’auteur d’un roman (Le Fléau) et de deux pièces de théâtre (Mission et L’Âme des termites), disponibles chez Actes Sud.