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En voie d’extinction – 6 août 2011

6 août 1945, dans la matinée la première bombe atomique est larguée sur Hiroshima. Il y a eu des survivants. Encore aujourd’hui, les survivants parlent. Mais est-ce possible de parler de Hiroshima de la manière dont ceux qui sont morts se sont sentis mourir à petit feu suite à un flash qu’ils ne pouvaient pas s’expliquer ? Certains, nous savons par les survivants, se sont demandés comment des humains pouvaient infliger de telles souffrances à d’autres humains. Un écho des humains kidnappés pour être ensuite vendus et traités comme des marchandises.

De retour à Hiroshima. Parmi les membres d’une équipe de sauvetage de l’armée japonaise arrivée à pied d’œuvre quelques heures après l’explosion, des témoins ont pu rapporter ce qu’ils ont vu et ressenti* :

Est-ce possible de se rappeler ces témoignages, tels qu’ils ont été ressentis ?

À voir l’histoire du monde depuis Hiroshima on est obligé, en conscience, de dire non, car, longtemps avant Hiroshima/Nagasaki s’était mis en route un processus de liquidation de l’espèce humaine. Cette liquidation s’est poursuivie, avec les atermoiements usuels, avec l’invention et le maintien d’un vocabulaire visant à promouvoir l’oubli d’une part et, l’acceptation, d’autre part, de ce qu’en conscience, était/est inacceptable. En reconstruisant l’histoire de l’humanité, il importe de voir cette histoire et cette humanité comme un tout. Les Amérindiens et les Africains « découverts », « civilisés » se considéraient membres à part entière de l’humanité. Vu sous cet angle, les points d’exclamation en forme de champignons atomiques au-dessus d’Hiroshima/Nagasaki terminent une phrase/phase/histoire dictée par une volonté d’un groupe de façonner le monde à son image.

À Hiroshima/Nagasaki, il y a eu des morts sans sépultures, vaporisés par la violence et la chaleur de l’explosion. Pour certaines victimes seules restaient l’ombre imprimée en contre-jour sur le mur à côté duquel elles se trouvaient au moment de l’explosion. Il y a eu ceux dont la peau tombait en lambeaux, demandant à boire, et tués sur le coup dès la première gorgée. Saura-t-on jamais ce qui fut ressenti, entre le soulagement de se voir donner à boire et la mort foudroyante, libératrice d’une souffrance indescriptible, indicible ?

À Hiroshima/Nagasaki, tout comme sur les rivages orientaux de l’Atlantique, quelques siècles auparavant, la même phrase a été dite par des représentants de l’espèce humaine : « comment des être humains peuvent-ils faire ceci à d’autres êtres humains ». Seul, « ceci » a changé : réduit à l’esclavage pré-atomique d’un côté et réduit à l’esclavage atomique de l’autre. Une autre forme de négationisme s’est établie cherchant à nous faire croire que l’esclavage atomique n’existe pas.

On parle beaucoup de la mémoire et, par extension, de l’obligation de ne pas oublier. Après la « découverte » d’Auschwitz, on a entendu : « Plus jamais ça ». Un slogan qui prit corps, en partie, suite au Tribunal de Nüremberg. Un tribunal qui fut officialisé le 8 août 1945. À la tête de ce tribunal, les Etats-Unis d’Amérique, qui, le 9 août 1945 larguèrent une autre bombe atomique sur Nagasaki. Il est difficile de ne pas se demander s’il s’agissait d’une façon d’effacer la mémoire avant même qu’elle ne prenne corps pour voir d’un même regard, d’une même conscience, les esclaves et les victimes de la modernisation de l’esclavage, aujourd’hui appelé capitalisme. Un système qui a engendré des sous-systèmes aux noms divers, fonctionnant comme les tentacules d’une pieuvre éternelle : colonisation, apartheid, clochardisation, chômage, compétitivité, ajustement structurel, globalisation. La croissance de la pieuvre n’est possible qu’avec l’extinction de l’humanité. La globalisation, nom innocent de cette pieuvre, verse des larmes de crocodile en entendant parler de l’extinction des pygmées. Ces larmes aussi humanitaires qu’elles puissent être ne changeront jamais la nature prédatrice d’un système fondé sur la liquidation des membres les plus vulnérables de l’humanité. Ne faudrait-il pas se poser des questions dérangeantes pour savoir si la globalisation n’est pas finalement le triomphe du rêve de gens comme Hitler ?

Les gens qui spéculent à partir des places boursières ont introduit un langage qui, en apparence, humanise la prédation en parlant des marchés comme s’il s’agissait d’être humains, comme le montre la une des manchettes des journaux : « les marchés se sont calmés », « les marchés s’inquiètent », « les marchés s’effondrent ». Ainsi, comme il a déjà été dit, le capital, essence même de l’inconscience, commence à être habillée de mots faisant penser à la conscience, tout en étant porteuse de maux nous incitant à faire un culte à l’inconscience.

Les spéculateurs boursiers se sentent-ils comme membres à part entière de la même humanité que celle dont se réclament les pygmées, les Dalits, les Tsiganes, les chômeurs, les handicapés, les enfants de la rue, les habitants des bidonvilles, des favélas, les violées, les chercheurs d’emploi/de vie, les sursitaires de la désertification, les affamés dans un monde produisant des surplus agricoles, les malades mourant sans soins de santés parce que endettés jusqu’au cou.

Le monde respectable des spéculateurs n’a rien à voir, aux yeux de leurs employeurs, avec le monde des pygmées. Mais les pygmées ne sont-ils pas les meilleurs connaisseurs de ces forêts que les bien-pensant, élites bénéficiaires de la destruction de l’humanité, prétendent sauver ? Oui, mais à une condition : les forêts valent, dans leur monde, beaucoup plus que les pygmées. Ils ne le disent pas, mais n’en pensent pas moins : « sauvons les forêts et que les pygmées crèvent ».

Longtemps avant que les intégristes de la technologie über alles ne commencent à s’incliner devant le verdict de leurs instruments, les gens le plus en harmonie avec la nature, du pôle nord au pôle sud, dans les steppes, les forêts, les déserts avaient sonné l’alarme de l’extinction. Pour certains, l’extinction fut un génocide, difficilement admis par les croisés de la supériorité de la civilisation occidentale. Une supériorité fondée, construite, défendue sur base de principes qui disaient/disent, entre autres, que la force prime tout, quelle que soit l’origine de cette force. Les pygmées de partout, vivant des forêts, dans les forêts, avec les forêts sont en voie d’extinction, selon les media. De ces mêmes media, le spectateur aura un bref résumé de la dernière tranche de l’extinction où les voisins des pygmées à la recherche de terres cultivables seront présentés comme les coupables. Rien, ou si peu, n’est dit sur les responsabilités de ceux qui ont façonné comment il faut penser la question de l’extinction de la vie et de toutes les valeurs de solidarité exigées par la conscience d’appartenir à une seule humanité.

Dans un monde construit autour du respect du plus fort, qui défendra les pygmées comme s’il s’agissait de sœurs et frères ? Les lamentations venant des organisations humanitaires, malheureusement en rappellent d’autres en d’autres temps.

La liquidation de l’humanité, de son histoire, de ses membres les plus vulnérables, des plus pauvres s’est poursuivie comme on peut le constater en prêtant l’oreille aux histoires qui viennent de Fukushima, des forêts équatoriales d’Afrique, des habitants de Palestine, Haïti, Somali, Lybie, des bidonvilles des mégalopoles du Sud, des enfants de la rue, des enfants soldats, des émigrés. La solidarité avec les gens âgés est systématiquement découragée grâce à une mentalité productiviste fixée sur « les fondamentaux » (le bottom line en anglais) de la soumission à la violence contre le genre humain. Ce processus de soumission à l’inconscience n’est pas ressenti comme tel car la destruction de la conscience de l’humanité semble, par endroits, avoir dépassé le point de non retour.

Serait-il que l’injonction « Plus jamais ça » est restée inopérante par incapacité/refus de nommer tous les responsables des Crimes contre l’Humanité, aussi puissants soient-ils ?

Entre temps, les médias nous montrent une Afrique qui se meurt par les maux considérés comme usuels, acceptables, dès qu’il s’agit de l’Afrique : la faim, la pauvreté, les conflits, les viols, des maladies facilement curables en d’autres lieux. Ces maux ont une histoire que les médias contrôleurs des informations ne peuvent, en aucun cas, conter. Une telle histoire est prohibée car elle court le risque de montrer que l’histoire, l’humanité doivent aussi disparaître, et pas seulement, les quelques gens et groupes de gens qui sont montrés du doigt comme des ennemis.

Régulièrement, on entend parler de l’extinction d’espèces naturelles, de langues, de groupes humains dans un contexte dominé par la recherche persistante de croissance d’un système responsable de la liquidation de la vie sur la planète. Nous sommes informés de cette liquidation/extinction de l’espèce humaine dans un langage qui nous présente ce fait comme un des petits effets négatifs de l’amélioration des conditions de vie pour tout le monde.

Des langues s’éteignent, mais il y a aussi des voix qui ont toujours été audibles qui aujourd’hui s’éteignent d’épuisement.

Des voix éteintes
Semi-éteintes
En train de s’éteindre crient
Nous sommes là
Nous vivons,
Nous voyons
Nous sentons

Les adressés préfèrent le confort
De ne pas voir
Ne pas sentir
Ne pas vivre

Ils n’ont jamais entendu
Nos voix
Nous les biens meubles
Par la grâce du Code Noir,
Des philosophes, des banquiers, des prêtres, des avocats, des assureurs,
La liste est longue, le message court et facile à mémoriser :
Ne pas voir, sentir, parler, communiquer
Ils ne sont pas humains, sont nés pour nous servir

Sous le Siècle des Lumières
Un obscur siècle
S’il en fut, pour l’Afrique
Nuit sans fin, début sans fin
Lente extermination des codifiés, des codificateurs
Se déclarent surpris par la tournure des choses
S’exclament :
Oh, mais nous ne savions pas—Non, oui, bon, euh, enfin
–Bégaiements typiques de l’inconfort face à la conscience–
C’est vrai vous vous êtes plaints, peut-être.
C’est à peine si on pouvait vous entendre
Ou vous comprendre
Personne ne parlait votre langue, parmi nous…

Écoutons les ancêtres d’Ota Benga et de nous tous :
Vous nous aviez décrété « biens meubles »
DONC
Par définition incapables
De parler une langue
Seulement capables
De faire du bruit
Quand l’Afrique
Fut reconnue berceau
De l’humanité, instiguant
Les descendants des codificateurs
Du Code à s’acharner à faire de
L’Afrique la tombe de l’humanité
VRAIMENT
Vous nous prenez pour
Des imbéciles.
Un des descendants de ceux que vous aviez
Décrétés non humains avait été sélectionné, boursier,
Pour être formaté
Dans la science de la soumission
Mais
Cheikh Anta Diop était
De celles/ceux qui, depuis
Des millénaires continuaient de faire naître
La conscience de l’humanité
Depuis les temps les plus reculés
De la civilisation dans la vallée du Nil
KMT
Le pays des noirs
Aujourd’hui dit Égypte
Les négationnistes de l’humanité
S’organisèrent pour mettre Cheikh
Anta Diop en échec

Hélas,
Comme tout projet négationniste bien ficelé
Nombreux sont celles/ceux qui,
Nés et abreuvés aux sources
De la Civilisation, se sont laissés
Ficelés

Par ceux/celles qui sont passés
Maîtres dans la recherche de la création
Du paradis sur terre

Nombreuses sont les voix qui continuent de dire,
Comme les gens de la Sphère au temps
Du triomphe des gens de la Pyramide,
Que ce paradis de minorité
Devient de plus en plus infernal
Pour la croissante majorité
fidèle à l’humanité
solidarité résistante
à la compétitivité
humanitariste charitable excipient
d’un poison sans nom

distillé par des faussaires
cherchant
A liquider l’humanité

(À suivre -23 août 2011)

* Voir le film documentaire (15 :56) de Kathy Sloane. Witness to Hiroshima. www.witnesstohiroshima.com. On y voit comment un citoyen Japonais se fait l’écho en 12 images de ce qu’il a vu et senti à Hiroshima quelques heures après l’explosion de la bombe atomique.
Cette référence s’inspire directement du roman de Ayi Kwei Armah, KMT- In the House of Life –An Epistemic Novel, Perankh Publishers, Popenguine (Senegal) 2006.

OH GUANTANAMO (1)

Qui aurait pu penser
Que tu deviendrais une des anti-chambres
De la mort de l’humanité
Destination de gens
Enchaînés, déclarés
Biens meubles
Plate-forme de lancement
Projet Manhattan
Pour mettre fin à jamais
Au vagabondage de celles/ceux
Prenant abolition pour liberté

Non

Oui, liberté de soumission totale
Au régime suivant car pour
Biens meubles n’existe point
Changement de régime

Oui, les maîtres changent
Les propriétaires des biens meubles

O Guantanamo
Destination de l’inconnu où
Fut mise à nu l’horreur
Inaugurale d’humains
Tout-puissants

O Guantanamo
Substitut de tout ce qui
A amené l’humanité
à Hiroshima

Oh Guantanamo
Geôle dictée
Bastion de la défense de la liberté
Par un segment de l’humanité
Engraissé, noyé, asphyxié
Déboussolé

Oh Guantanamo
Serais-tu devenu
Le pôle nord nouveau
Des Tout-Puissants
Réduits à l’impuissance
Par excès, abus
De charité par refus
De solidarité ?

Oh Guantanamo
J’entends
Sans internet
L’écho
Ota Benga soufflant
Molimo
Sous la lune
écho au Po
Des Dogon

Oh Guantanamo
Qui aurait pu penser
Qu’il raviverait la mémoire
De tristes mémoires
De celles et de ceux
Qui eurent le pot
D’y atterrir il y a des siècles
Suite à une chasse similaire
Aux rôles différents
Quand fut inauguré
Une terreur bien plus féroce
Oh combien durable
Aux souffrances insondables
Incommensurables
Inavouables
Car pour ces crimes il serait impossible de trouver un endroit
Suffisamment sûr pour protéger les proies des vautours
Sans soif
Massacrant l’humanité
Sous le couvert d’humanitarisme charitable
Voulant en finir
Avec les solidaires de la solidarité

Salvador, Brésil
3 mai 2011

Tchernobyl, Fukushima : Et si on tirait des leçons à partir de l’Afrique ?

Voir, à titre d’information, l’article suivant paru dans Le Monde du 25 avril 2011 sur les leçons non tirées de l’accident nucléaire de Tchernobyl du 26 avril 1986 : http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/04/25/les-lecons-de-tchernobyl-n-ont-pas-ete-tirees_1512523_3232.html

L’intervention du Secrétaire Général des Nations Unies, Ban Ki Moon, en rapport avec le 25ème anniversaire de l’accident nucléaire de Tchernobyl, résume assez bien la pensée dominante des puissances financières et nucléaires en ce début de 21ème siècle (1). Pour ces gens, les leçons de Tchernobyl et de Fukushima sont claires : il faut améliorer la sécurité car, ainsi va l’argumentaire, le nucléaire est la voie du futur de la Planète.

Notre point de vue est simple : les leçons de Tchernobyl n’ont pas encore été tirées, celles de Fukushima ne le seront pas n’ont plus. Pour que des leçons crédibles puissent être tirées, il faudra faire appel aux voix qui sont systématiquement écartées des débats autour des problèmes fondamentaux qui assaillent les habitants de la Planète, et qui posent la question de la survie de l’humanité. Ces voix devront se manifester le plus vivement et le plus urgemment possible car, les puissants de ce monde ne sont pas prêts à les inviter. La fin de l’esclavage à Haïti (1804) n’a pas eu lieu parce que les Africains ont été invités par leurs maîtres à s’exprimer sur le problème de l’esclavage. De même avec toutes les luttes pour mettre fin à la colonisation et à l’apartheid.

La question du nucléaire n’intéresse pas seulement les puissances nucléaires et/ou les puissances sur le point d’acquérir la technologie leur permettant de produire des armes et de l’électricité. Mais pour comprendre pourquoi et comment l’humanité se retrouve aujourd’hui coincé entre des choix qui semblent impossibles.

Malgré l’effort d’aller jusqu’aux racines de la crise du nucléaire, il est évident qu’une fois de plus, on assiste à une présentation tronquée de l’histoire de cette crise. La problématisation est biaisée dès le départ en refusant de suivre les méandres de l’histoire de la technologie et de la science telle que perçue à partir de l’Europe, des Etats-Unis, du Japon, en somme à partir de la plate-forme des puissances mondiales.

Curieusement, rares sont les personnes qui rappellent les travaux et la pensée de Günther Anders sur la question du nucléaire. Et cela malgré le fait qu’il fut parmi les fondateurs du mouvement anti-nucléaire (2). Philosophiquement, la réflexion faite par GA vaut la peine d’être rappelée, compte tenu du contexte que nous vivons. Ce contexte n’est pas seulement dominé par la crise nucléaire de Fukushima, mais aussi par l’incapacité visible des grandes puissances mondiales de reproduire les modèles de gestion économique, politique et sociale qui les a toujours servi.

Ces modèles prennent leurs racines quand l’Europe « découvre » les Amériques, massacre ses populations et doit se tourner vers l’Afrique pour avoir accès à la matière première essentielle de ces temps-là : des Africaines et des Africains enchaînés. Il y a une histoire, une narration, une logique qui conduit de l’esclavage atlantique à l’esclavage nucléaire. Les protagonistes changent, certes, mais les structures des rapports entre les victimes et les bénéficiaires ne changent pas.

Dans cette longue histoire entre deux formes d’esclavage, la meilleure illustration du refus d’accepter l’évidence nous est apportée par l’histoire d’Haïti qui, en 1804, parvient à s’émanciper de l’esclavage, sans intervention humanitaire ou abolitionniste. En allant plus loin que la révolution française de1789, les Africaines et les Africains étaient allés beaucoup plus loin dans l’universalité de la liberté. De 1791 à 1804, les Africaines et les Africains avaient décidé de changer le régime en place à l’époque. À Haïti, ce fut la fin du Code Noir (mis en place par Louis XIV en 1685 et seulement aboli en 1848) qui affirmait que les Africaines et les Africains sous les chaînes n’étaient pas des êtres humains, mais si, des biens meubles.

Cette leçon d’humanité fut toujours refusée. Par la France conservatrice et ses alliés, depuis la prise de pouvoir de Napoléon, jusqu’à la mission des Nations Unies militarisée avec l’aide du Brésil. L’impact de ce refus a été répercuté de diverses manières, mais l’aspect le plus important, peut-être, de ce refus tient dans la leçon que GA tire de la fabrication de la bombe atomique et, surtout, de son utilisation à Hiroshima et Nagasaki les 6 et 9 août 1945. Il y a une double leçon : la première est que, depuis Hiroshima et Nagasaki, l’humain a démontré son incapacité de désapprendre ce qu’il a appris, car ce qu’il a appris est toujours présenté sous des aspects positifs, réconfortants ; la deuxième est que la toute-puissance acquise par la possession d’armes nucléaires, dès lors que d’autres y ont accès, finira par transformer la toute-puissance en impuissance.

Malheureusement, comme nos analyseurs des leçons de Tchernobyl, GA ne pousse pas son raisonnement jusque dans les derniers retranchements. À son crédit, il faut reconnaître qu’il avait tiré une leçon plus forte, à savoir que l’homme était, avec la fabrication de ces armes de destruction massive, parvenu à créer sa propre obsolescence.

Pour GA comme pour nos analyseurs, comme pour les rédacteurs du Code Noir, les Africaines et les Africains ne comptent pas comme des êtres humains. C’est en ne les comptant pas que s’est construite la notion de puissance invulnérable, intouchable. Sauf par ses propres excès.

Pour que les leçons de Tchernobyl, de Fukushima puissent être apprises, il faudra déclencher un processus de désapprentissage de ce qui a été appris depuis l’esclavage atlantique jusqu’à une forme d’esclavage d’où, semble-t-il il n’est pas possible de sortir. La sortie exige de reconnaître qu’il y a eu des crimes contre l’humanité qui restent non reconnus. Il ne suffit pas de reconnaître, il faudra qu’il y ait un processus de désapprentissage de ce qui a été appris grâce à la non reconnaissance de ces crimes.

Les leçons ne seront apprises que quand sera accepté l’idée que l’humanité est une et qu’elle n’est pas divisée entre celle qui doit être au service d’une autre. D’une façon ou d’une autre, de cette incapacité de comprendre pourquoi et comment l’humanité se retrouve aujourd’hui dans une impasse qui n’est pas seulement scientifique, technologique, mais aussi économique et politique, les penseurs de tous les pays peuvent s’unir pour faire naître un monde libre de la peur de son anéantissement probable, libre de la peur des tout-puissants et, ainsi transformer la toute-puissance en impuissance.

NOTES
1, Voir, entre autres, le site suivant : http://www.goodplanet.info/Contenu/Depeche/Ban-Ki-moon-appelle-a-Tchernobyl-a-un-debat-global-sur-le-nucleaire.

2. Parmi les travaux de Günther Anders, L’obsolescence de l’homme. Éd. De l’Encyclopédie des nuisances/Ivréa, 2002 ; Hiroshima est partout, Préfacé par Jean-Pierre Dupuy, Éditions du Seuil, 2008 ; La menace nucléaire. Considérations radicales sur l’âge atomique, Le Serpent à plumes, 2006.

(À Suivre- 26 avril 2011)

Witness to Hiroshima

The nuclear reactor crisis in Japan makes it more imperative than ever that we question the use of nuclear power as an alternative fuel source.

Witness to Hiroshima, a deeply moving and compassionate film, looks at the effects of radiation poisoning through the paintings of a Hiroshima Atom Bomb survivor. I urge you to order this 16 minute film to use in your classrooms, organizations, and places of worship. www.witnesstohiroshima.com

Contextualizing the failure at Copenhagen

5 Jan 2010
Ever since the beginning of the so-called “Financial” Crisis and, especially, because of how it was resolved, it was obvious that the Climate crisis was going to follow the same pattern, i.e. those most responsible for the climatic crisis would be absolved and they would end up dictating what they consider to be the solution.

There is a deep reluctance, especially among the countries which have most benefited from the history of capitalism, to come to terms with the fact that the system has come to its useful end, if it ever had one. Some of the reasons are obvious, others less so. From the perspective of African history ever since slavery, what happened and what did not happen in Copenhagen was predictable. From the abolition of slavery to the end of colonial rule, the scenario has been the same. Make a lot of noise around cosmetic changes and make sure that the structural relations are maintained, at every necessary transition.

When it is not in the interest of the big powers (whether enslaving, colonizing or globalizing) to resolve any given issue, the tendency will be to either look away, or to offer solutions which do not lead to a critical examination of the responsibility of these big powers. One of the most recent cases was the Rwanda genocide. From 1990, it was known that a genocide was being prepared. Nothing was done and even when it began to unfold, the little which could have been done was not done. The calculations of the big powers at the Conference in Copenhagen were that doing the least (economically and financially) would also be the best political solution. In the process, the unfolding predictable failure has had at least one positive result, as Bolivian President Evo Morales pointed out. The rich countries failed to carry out what they had been accustomed to do over the centuries, i.e. let the least industrialized countries bear the burden of the necessary changes.

Economically and politically, the calculations were framed by an understanding of economics and politics belonging to the histories of imperial triumphs going back to Atlantic slavery. From that history and the various transitions (from slavery to colonial occupation, to colonialism, to neo-colonialism, to apartheid to post-apartheid, to globalization), the most economically advanced countries have learned to survive the transitions by organizing themselves so as to continue to be the beneficiaries of the political and economic system which must continue under their control. These countries have learned to be accountable only to themselves, with impunity.

In the few cases where people sought to do the transition on their terms, e.g. Santo Domingo/Haiti, the punishment was as severe as possible, with the intention of making sure that no one would be tempted to follow the same kind of road. For more than 200 years, Haitians have paid the price for that daring victory over the slave masters. Between the French revolution of 1789 and the Haitian one in 1791-1804, the most radical one was the latter. One might even think that such a revolution might be considered worth preserving as one of the things Humanity can be most be proud of. But the twin syndromes of discovery and abolition continue to dictate that the “discovered” (Africans, Native Americans, the poor, immigrants, unemployed) can never ever discover anything, let alone, freedom, equality, solidarity. For the Africans who had been enslaved, freeing themselves without any outside assistance and, on top of it, defeating the three biggest military powers of the time, constituted a punishable offence of the highest degree.

Looking at Copenhagen with the eyes of those who have been most predated upon, the lessons, at least since the end of WWII are explicit and clear. The context in which the world finds itself today is one of great danger of extinction of large segments of, if not all of, humanity. Concerning humanity, the ruling clique of the US reads its own history from the perspective of what it has managed to get away with. To this day, it has managed to do so with impunity. It is possible to look at the US refusal to sign international Agreements from its own history of signing, and then, not respecting such agreements, as it has done with its Indian populations. The lesson from that experience has been that it is better not to sign, rather than pedal back and be accused of perfidy (or be called “forked tongues” as the Native Americans did). It has refused to be part of the ICC. It has refused to ratify the Kyoto Protocol. The list is long. The US, especially since WWII, would like to see the price of its participation as one which puts it above any other power. It must only be accountable to itself.

Metaphorically speaking, the behavior of the US ruling clique is no different from that of a criminal who manages to get away with murder. The retained lesson will be to engage in the same, or worse, practice since such behavior has yielded high returns. For example, there are at least two ways to read the manner in which WWII ended: the American way or Humanity’s way. From the former, America saved the world from evil. The political disappearance of the Soviet Union has facilitated the erasure of the fact that 22 million Soviets (today’s Russians) died in the process of fighting Germany, Japan and Italy. From Humanity’s standpoint, what happened in Hiroshima and Nagasaki (August 6 and 9 1945) cannot be erased and explained away as a “faster way of ending the war, and saving lives”. If Hiroshima and Nagasaki were not a Crime Against Humanity, they certainly were a War Crime. But, as is well known, history gets to be written by the victors. For the sake of maintaining the memory of the life principle alive and well, it is worth quoting from Jennifer Scarlott’s review of Kai Bird’s and Lawrence Lifschultz’s edited book (Hiroshima’s Shadow):
In a perspicacious article for the September 1945 issue of politics, a mere month following the bombings, Dwight Macdonald wrote, “… the Bomb produced two widespread and, from the standpoint of the Authorities, undesirable emotional reactions in this country: a feeling of guilt at ‘our’ having done this to ‘them’ and anxiety lest some future ‘they’ do this to ‘us’… The Authorities have therefore made valiant attempts to reduce the thing to a human context, where such concepts as Justice, Reason, Progress could be employed. Such moral defenses are offered as: the war was shortened and many lives, Japanese as well as American, saved, etc…. The flimsiness of these justifications is apparent: any atrocious action, absolutely any one, could be excused on such grounds.” (p. 264-5)
Another voice heard from is Mary McCarthy’s. In a withering critique of John Hersey’s famous 1946 New Yorker piece on the atom bomb, McCarthy declared, “…what it (the Hersey piece) did was to minimize the atom bomb by treating it as though it belonged to the familiar order of catastrophes — fires, flood, earthquakes — which we have always had with us… The interview with the survivors, is the classic technique for reporting such events — it serves well enough to give some sense, slightly absurd but nonetheless correct, of the continuity of life. But with Hiroshima, where the continuity of life was, for the first time, put into question, and by man, the existence of any survivors is an irrelevancy; and the interview with the survivors is an insipid falsification of the truth of atomic warfare. To have done the atom bomb justice, Mr. Hersey would have had to interview the dead.” (p. 303)

From the victor’s corners (which is part of humanity) there will arise voices which do justice to humanity. Coming back to Copenhagen, though, will the victors ask themselves which kind of victory are they looking for. What is the point of winning a race to dig humanity’s grave?

In order not to be part of the Kyoto Protocol, George Bush stated that the American Way of Life (AWoL) is non negotiable. But, again and for the record, how, from humanity’s sake should one assess the AWoL? The path of satisfying, first and above all, this AWoL, was initiated with a twin genocide, of Native Americans and Africans. Since there has been no accountability for this and since, especially from the end of WWII, the US has been able to present itself successfully as the unblemished defender of Western “values”, it becomes difficult if not impossible to bring the US to look at its AWoL as a road paved with good intentions, creating hells wherever it has been asserted militarily, and or, through pliant dictators.

The voices which have been raised “to save the Planet” are, generally, coming from the same corners (not all) which, in all the transitions from slavery to today, have been ignored. There is a conviction, from the previous transitions, that the same behavior will yield positive results. This time, however, there is a difference, even if members of the ruling clique refuse to acknowledge it. The progressive voices present in Copenhagen must have felt that the financial crisis and the manner in which it was “resolved” might temper those who brought about the financial crisis, in the first place.

But the so-called solution to the financial crisis had the exact opposite effect: it provided confirmation to those who caused the crisis and then profited from it, that the only way to organize the economy across the world was their way, and not by listening to “prophets of gloom and doom”. As some prominent members of the US delegation kept insisting, it was important to “look forward”, i.e. the AWoL.

To summarize. The AWoL has been achieved through a way of organizing the economy, its own and the world, as if the Planet is not finite. Spreading death does not matter as long as lives are saved within the US geographical borders. The parameters which were forged through the twin genocide of earlier periods of US history have continued to assert themselves, and have now become the gospel of the so-called health industry in the US. Some writers have pointed out that there is a close connection between the financial crisis and the health crisis, but, again, such “discoveries” must be kept out of order because the order of business is to make profit.

There is a way out, but it will have to come out through the firm and uncompromising assertion that life is sacred, whether it is the life of a poor, homeless person or that of the most powerful CEO. Will sanity prevail so Humanity may prevail and save itself from between the rock and the hard place so well captured by Aimé Césaire in the following two lines:

We have arrived in a tower of silence
Where we have become prey and vulture