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Dr Denis Mukwege’s Presentation to the United Nations 25/9/2012

Your Excellencies, Mr. Ambassadors,

I would have liked to begin my speech with the usual formulation, “I have the honour and privilege of taking the floor before you.”

Alas! The women victims of sexual violence in Eastern DRC are in dishonor. I constantly with my own eyes see the elder women, the young girls, the mothers and even the babies dishonored.

Still today, many are subjected to sexual slavery; others are used as a weapon of war. Their organs are exposed to the most abhorrent ill-treatment.Allegiant film download

And this has been going on for 16 years! 16 years of errancy; 16 years of torture; 16 years of mutiation; 16 years of the destruction of women, the only vital Congolese resources; 16 years of destruction of an entire society. Certainly your respective countries have done much during this time to address the consequences of this barbarity. We are very grateful for that.

I would have liked to say “I have the honour of taking part in the international community that you represent here”. But I cannot.

How can I say this to you, representing the international community, when the international community has shown its fear and lack of courage during these 16 years in the DRC.

I would have liked to say, “I have the honour of representing my country”, but I cannot.

In effect, how can one be proud of belonging to a nation without defence, fighting itself, completely pillaged and powerless in the face of 500,000 of its girls raped during 16 years; 6,000,000 of its sons and daughters killed during 16 years without any lasting solution in sight.

No, I do not have the honour, nor the privilege to be here today. My heart is heavy.

My honour, it is to be with these courageous women victims of violence, these women who resist, these women who despite all remain standing.

Today, thanks to the report of the UN experts, the Mapping Report of the High Commissioner for Human Rights of the United Nations, and many other credible reports, no one can continue to hide behind the argument of the complexity of the crisis. We know now the motivations behind this crisis and its different actors. What is missing is the political will.

But until when? Until when must we continue, helpless, to witness other massacres?

Excellencies, Mister Ambassadors ; it is with great humility that i tell you this.

We do not need more proof, we need action, urgent action to arrest those responsible for these crimes against humanity and to bring them to justice. Justice is not negotiable. We need your unanimous condemnation of the rebel groups who are responsible for these acts, we need concrete actions with regard to member states of the United Nations who support these barbarities from near or afar. We are facing a humanitarian emergency that no longer has room for tergiversation. All the ingredients are there to put an end to an unjust war that has used violence against women and rape as a strategy of war. Congolese women have a right to protection just as all the women on this planet.

Shelving all these credible reports wil harm the credibility of the various UN resolutions requiring the protection of women in times of conflict and will entirely discredit our dear institution, which is supposed to ensure the non repetition of genocide.

The great principles of our civilization decline; they decline through new barbarities, as in Syria or DRC; but also through the deafening silence and the lack of courage of the international community.

We cannot silence the truth as it is persistent. We should rather confront it to avoid betraying our ideals.

I have the honour to say that the courage of women victims of sexual violence in the Eastern Congo will in the end overcome this evil. Help them restore peace!

Thank you.

Denis Mukwege
Medical Director
Panzi Hospital
Bukavu-RDCongo

Tentative d’assassinat de Dr. Denis Mukwege à Bukavu, Joseph Kabila ne connait pas non plus le docteur des femmes violées?

Par Freddy Mulongo–Vendredi 26 octobre 2012. Un gouvernement responsable protège tous ses citoyens. Et il veuille à ce que l’élite du pays ne soit pas décapiter. Or que voyons-nous en République démocratique du Congo, on tue, on assassine, on zigpouille l’élite congolaise: activistes des droits de l’homme, journalistes, acteurs politiques de l’opposition. Et le gouvernement d’Augustin Matata Pognon, le Vuvuzélateur Lambert Mende et autres apparatchiks Joséphistes s’en pressent pour se disculper: Joseph Kabila ne connaissait pas Floribert Chebeya, il ne connait pas non le docteur des femmes violées Denis Mukwege revenant d’un séjour en Europe qui a été violemment agressé le jeudi 25 octobre dans la soirée à Bukavu ? Nous avons à faire au Congo à une bande mafieuse, des usurpateurs-imposteurs qui ont pris les institutions de la République en otage et ils nous soulent avec des discours mensongers, des balivernes à dormir debout. Après Floribert Chebeya, le soldat des droits de l’homme au Congo, originaire de Bukavu, assassiné par le régime dictatorial de Joseph Kabila en juin 2010, faut-il assassiner le Dr. Denis Mukwege à Bukavu ? Ses prises de position contre la guerre dans l‘est de la RDC et ses critiques répétées à l’encontre des groupes armés qui y font régner la terreur ont-elles failli coûter la vie au docteur Denis Mukwege, directeur de l’hôpital de Panzi ? Les agresseurs, qui ne portaient pas d’uniformes, se sont introduits dans la maison du docteur alors qu’il était absent, rapporte l’ONG.

Quand une heure et demie plus tard, celui-ci est arrivé chez lui, un des hommes armés a tenté de le forcer à sortir de son véhicule. Un agent de sécurité posté devant la demeure du docteur a alors tenté d’intervenir, mais le gardien a été abattu d’un coup de feu tiré à bout portant. Les assaillants ont ensuite visé Denis Mukwege, sans parvenir à l’atteindre. Le médecin ne devrait son salut qu’à la mobilisation des habitants du quartier qui se sont portés à son secours alors qu’il avait été brièvement ligoté par les assaillants.

Discours aux Nations Unies du 25 septembre 2012 par le Dr. Denis Mukwege

Excellences Messieurs les Ambassadeurs,

J’aurais voulu commencer mon discours par la formule habituelle : « j’ai l’honneur et le privilège de prendre la parole devant vous. »

Hélas ! les femmes victimes de VS de l’Est de la RDC sont dans le déshonneur. J’ai constamment sous mes yeux les regards des vieillardes, des filles , des mères et même des bébés déshonorés. Aujourd’hui encore, plusieurs sont soumises à l’esclavage sexuel ; d’autres sont utilisées comme arme de guerre. leurs organes sont exposés aux sévices le plus ignoble.

Et cela dure depuis 16 ans ! 16 ans d’errance ; 16 ans de torture ; 16ans de mutilation ; 16 ans de destruction de la femme, la seule ressource vitale congolaise ; 16 ans de déstructuration de toute une société. Certes, vos états respectifs ont fait beaucoup en terme de prise en charge des conséquences de ces barbaries. Nous en sommes très reconnaissant.

J’aurais voulu dire « j’ai l’honneur de faire partie de la communauté internationale que vous représenter ici » Mais je ne le puis.

Comment le dire à vous, représentant de la communauté internationale quand, la communauté internationale a fait preuve de peur et de manque de courage pendant ces 16 ans en RDC.

J’aurais voulu dire « j’ai l’honneur de représenter mon pays. », mais je ne peux pas non plus.

En effet, comment être fier d’appartenir à une nation sans défense ; livrée à elle-même ; pillée de toute part et impuissante devant 500.000 de ses filles violées pendant 16 ans ; 6000000 de morts de ses fils et filles pendant 16 ans sans qu’il y aucune perspective de solution durable.

Non, je n’ai ni l’honneur ; ni le privilège d’être là ce jour. Mon cœur est lourd.

Mon honneur, c’est d’accompagner ces femmes Victimes de Violence courageuses ; ces femmes qui résistent, ces femmes qui malgré tout restent débout.

Aujourd’hui grâce au rapport des experts des nations Unies , au Mapping report du haut commissaire aux droits humain des nations unies et beaucoup d’ autres rapports crédibles , plus personne ne peut se cacher derrière l’argument de la complexité de la crise. Nous savons donc désormais les motivations de cette crise et ces différents acteurs. Ce qui fait défaut c’est la volonté politique.

Mais jusques à quand ? Jusques à quand devons nous encore assister impuissants à d’autres massacres?

Excellences,Messieurs les Ambassadeurs ; c’est avec une grande humilité que je vous dis, vous savez !

On a pas besoin de plus de preuve, on a besoin d’une action, une action urgente pour arrêter les responsables de ces crimes contre l’humanité et les traduire devant la justice. La justice n’est pas négociable On a besoin de votre condamnation unanime des groupes rebelles qui sont responsables de ces actes, on a besoin des actions concrètes à l’encontre des états membres des nations unies qui soutiennent de près ou de loin ces barbaries.

Nous sommes devant une urgence humanitaire qui ne donne plus place à la tergiversation.

Tous les ingrédients sont réunis pour mettre fin à une guerre injuste qui a utilisé la violence et le viol de femmes comme une stratégie de guerre. Les femmes congolaises ont droit a une protection à l’instar de toutes les femmes de cette planète.

Vouloir mettre tous ces rapports crédibles dans le tiroir de l’oubliette sera porté une atteinte grave à la crédibilité de différentes résolutions des nations unies exigeant la protection des femmes en période des conflits et donc décrédibiliser toute notre chère institution qui pourtant est censée garantir la non répétition du génocide.

Les acquis de la civilisation reculent; ils reculent par les nouvelles barbaries comme en Syrie et en RDC; mais aussi par le silence assourdissant et le manque de courage de la communauté internationale.

Nous ne saurions pas taire la vérité car elle têtue, nous devrions plutôt l’affronter pour éviter de trahir nos idéaux.

J’ai l’honneur de dire que le courage des femmes VVS de l’Est de la RDC finira par vaincre le mal.

Aidez-le à retrouver la paix !

Je vous remercie.

Denis Mukwege, Médecin Directeur, Hôpital de Panzi, Bukavu-RDCongo

Vendredi 26 octobre 2012 à 13:07 :: radio :: #2984 :: rss
Transféré de Reveil-FM: http://reveil-fm.com/index.php/2012/10/26/2984-tentative-d-assassinat-de-dr-denis-mukwege-a-bukavu-joseph-kabila-ne-connait-pas-non-plus-le-docteur-de-femmes-violees

TO WHOM IT MAY CONCERN: ABOUT WHAT HAPPENED IN SOUTH AFRICA TO CONGOLESE WHO ARE PROTESTING A FRAUDULENT ELECTION

ABOUT BARBAROUS ACTS WHICH OUTRAGE THE CONSCIENCE OF CONGOLESE
COULD SOUTH AFRICA BECOME THE ISRAEL OF AFRICA?

There are times when something outrageous happens, such as the illegal arrest of 150-200 Congolese in Yeoville (Johannesburg january 21-22), that persons of conscience are not sure that they got the information correctly. In the land that invented apartheid, could it be that something more pernicious than apartheid is being born? This is being written with many questions in mind, but also fully conscious that, given the whole history of Africa, over the past 500 years, knowing what happened during that history requires something that challenges one’s conscience to rise to the level of the outrages that have been inflicted collectively, systematically, with greater and greater impunity to humanity on the continent of its birth. Enough is enough says this conscience.

In fidelity to humanity
Keeping it free from insanity
Rooted in solidarity
Never forgetting the fragility
Of conscience, Memory,
Herstory, history, humanity
Shall rise eternity
As its horizon
And for that reason, always remember the preamble and article 1 of te Universal Declaration of Human Rights passed by the UN General Assembly in 1948 :

From the preamble :
Whereas disregard and contempt for human rights have resulted in barbarous acts which have outraged the conscience of mankind, and the advent of a world in which human beings shall enjoy freedom of speech and belief and freedom from fear and want has been proclaimed as the highest aspiration of the common people,

From Article 1:
All human beings are born free and equal in dignity and rights.They are endowed with reason and conscience and should act towards one another in a spirit of brotherhood.

1. This is being addressed to all those who are concerned about the present state of humanity anywhere, but especially on the African Continent. It is also addressed with greater urgency to those who can do something toward healing the bodies and spirits of those who have been violated (and continue to be violated) in their bodies, their spirits. This continuing suffering directly and indirectly linked to the legacies that have dehumanized the African Continent must cease.

2. This is being addressed to those whose functions at any level, financial, economic, educational, juridical, cultural religious, political, medical, social, directly and/or indirectly impact the lives of those who continue to be dehumanized simply because they refuse to submit to dehumanization as practiced under the various misleading banners of “humanitarian interventionism” in their charitable and/or militarized forms.

3. This is being addressed especially to those who have wielded, for centuries, political power with impunity because the returns were too high to let go. This kind of political power has reproduced itself in various guises. This kind of power has been so overwhelming that morality, ethics disappeared and became just words. During these centuries, Africa saw slavery come and go. It was abolished, in a manner. It was followed by the partition of Africa into colonies. The physical and mental borders created by colonialism came to an end, in a manner, with independence. Now globalization has followed the continuation of colonization and apartheid on a planetary scale.

4. Did Africa as a whole ever built a collective memorial to those bodies and spirits that, against the odds, maintained the conscience of humanity? How come that when consciences, anywhere in Africa and beyond, follow what is called for in the Universal Declaration of Human Rights, by revolting against injustice, political and financial highway robbery, in short, how come such revolt of consciences get punished as if following the conscience of humanity has become a crime, especially when it happens in Africa?

5. Is this a sign that there is now humanity of the rich and humanity of the poor? The latter being put in place through humanitarian wars, through courts which are meant to bring peace in those places that are now being colonized by the new form of expanding the murderous legacies of slavery, colonial rule, apartheid?

6. Could all of this be happening precisely because those transitions from slavery, colonialism, apartheid were never dealt with properly, i.e. in the spirit of Mâât, in the spirit of always aiming for justice and truth. Could it be that on the continent where Mâât was invented, there are now forces being harnessed to liquidate all those who are trying to follow what their conscience tell them to do?

7. Could it be that the forces that managed to get away with impunity through those transitions that were not attended in the spirit of Mâât, have decided that they shall always achieve impunity regardless of the crimes they continue to commit in the name of things that mean one thing for the rich and another thing for the poor?

8. Is it not possible for South Africans in any position of political, cultural, legal, religious, social, educational, moral and/or ethical authority to remember that, years ago, under apartheid, there were Congolese and people all over the world who risked their lives, whose conscience revolted against the injustices and untruth, so that humanity could be healed. Is it not possible for these South Africans to rise in solidarity, not just for the Congolese, but also for all Africans who are now being bludgeoned to physical and psychic death so that globalization may triumph and, just like it happened under slavery, colonialism and apartheid, get away with impunity, once again?

9. Raising questions must lead one to stop, think and invent new possibilities, see other ways of achieving the maintenance of one humanity, through peace, justice, truth. Is it not time to stop the insanity that began with Atlantic and Oriental slavery; an insanity that has led, non-stop, to the creation of weapons that are obliterating, little by little, humanity in an instant; an insanity which through repeated impunity for crimes against humanity has continued unabated. Is it not time to encourage those who are outraged by injustice, barbarous acts against their own country to rise up to their conscience as they learned from the lessons of Patrice Emery Lumumba and the African heroines and heroes who gave their lives so that humanity can be healed forever, on the continent of its birth. Only thus shall civilization leads one away from the growing barbarism being witnessed today.

RDCongo : Que faire face à la corruption de la Justice et de la Vérité ?

17 janvier 1961-17 janvier 2012
51 ans dans l’esprit de Patrice Emery Lumumba
à l’école de la conscience
de l’histoire
de la guérison
de l’humanité
de la justice
de la vérité
51 ans
apprenant
à renouer avec MÂÂT
il y a 5000 ans

Pour qui veut écouter les voix de la conscience en RDC, venant de la RDC et d’autres pays, il est clair que ces voix de la conscience émanent d’une majorité de la population, révoltée par un processus électoral frauduleux et criminel Il serait erroné de voir dans cette révolte des consciences seulement le rôle de la hiérarchie de l’Église Catholique. Révolte n’est pas un mot trop fort pour décrire ce qui se passe en RDC. Les racines de cette révolte sont multiples, profondes, séculaires. Minimiser l’importance de cette révolte des consciences comme cherchent à le faire certains organes de presse démontre le degré d’inconscience des forces qui, de génération en génération se sont enrichies sur le dos des Congolaises et des Congolais.

On peut observer, même à distance, que les consciences révoltées s’organisent pour que, cette fois, le changement en RDC ne tombe pas dans les travers qui ont toujours marqué les transitions historiques en Afrique. Le bras de fer qui est maintenant engagé peut amener à une rupture d’avec les habitudes séculaires qui ont conduit l’humanité aujourd’hui au point où son obsolescence n’est plus le fait de spéculation philosophique, mais un fait qui interpelle toute personne de conscience, angoissée par la situation de l’humanité, obsédée par la recherche de gains matériels, par l’imposition de la loi du plus fort en tout et partout.

Que ce soit en RDC, en Europe, en Asie, dans les pays riches ou les pays pauvres, les consciences révoltées expriment le même message : que cesse la dictature de la corruption, que cesse la dictature de l’injustice, que cesse la dictature du mensonge, que cesse la dictature de la finance. Que cesse la recherche de liquidation des plus pauvres par les plus riches. Que cesse le recours à la charité, à l’humanitarisme pour liquider les consciences révoltées fidèles au maintien de la justice, au maintien de la vérité, au maintien de l’humanité.

Ces consciences révoltées disent qu’elles en ont assez des manipulations des mots qui disent une chose tout en pratiquant systématiquement son contraire. Que règnent justice et vérité, sans partage, sans négociation. Pour ces consciences révoltées, un objectif semble dominer : Une fidélité sans faille à la justice et à la vérité défendue patiemment, mettra fin à toutes les pratiques de corruption. Pourquoi penser que ces consciences révoltées congolaises peuvent être porteuses de quelque chose d’inédit ?

Les plans « A » et « B » autour de la RDCongo : un regard

Le plan A de la corruption des élections n’ayant pas fonctionné comme ils l’espéraient, les architectes de la dictature cherchent frénétiquement à mettre en place le plan B.Watch Full Movie Online Streaming Online and Download

Ce plan B doit, pour le dictateur, ses employeurs et ses employés obligatoirement reproduire ce que le plan A envisageait.

S’enrichir sur le dos des Congolaises et des Congolais ne date pas d’hier ou même d’avant-hier. Pour mieux résister aux futurs plans B, il est bon de se rappeler que l’histoire du Congo est à la fois spécifique et générique. Avant que les trafiquants négriers ne décident de faire de l’Afrique leur terrain de chasse privilégié à la recherche des esclaves, leur sollicitude prédatrice avait réduit la population indigène du Nouveau Monde à une fraction de ce qu’elle était avant leur arrivée en 1492. (voir Ch. Mann, 1491, David Stannard, The American Holocaust)

Les pratiques de corrompre la justice et la vérité ne datent pas d’il y a 51 ans quand les héritiers des enrichis se sont organisés pour liquider Patrice Emery Lumumba parce que celui-ci s’était engagé d’être fidèle à la justice et à la vérité en vue de défendre les intérêts des Congolaises et des Congolais. Il y a toujours eu une seule humanité. En liquidant Lumumba, les enrichis sur le dos des Congolaises et des Congolais liquidaient aussi un membre de l’humanité.

Pour la période qui nous intéresse, le dernier demi siècle, la dictature de l’injustice et du mensonge prenait ses racines dans l’esclavage. Cette dictature de l’injustice et du mensonge est plus puissante que les individus sortant de la fission liquidatrice de l’humanité qui a commencé avec l’industrialisation du trafic négrier à partir de l’Afrique. Les dictateurs partent, mais le système qui leur a donné naissance reste.

Sous l’esclavage, sous la colonisation, sous la néo colonisation, la dictature de l’injustice et du mensonge s’est trouvée face à face aux fidèles à la justice et à la vérité, connues et inconnus : Kimpa Vita, Kimbangu, Lumumba, Mulele, et des milliers d’autres. Ne devrait-on pas réfléchir sur les leçons de notre histoire : Kimpa Vita brûlée vive pour avoir dénoncer l’esclavage, un corps sans sépulture ; Patrice Emery Lumumba, son corps liquéfié dans un bain d’acide sulfurique, un corps sans sépulture. Du 2 juillet 1706 au 17 janvier 1961, liquidation de 2 personnes dénonçant la déshumanisation d’un système qui s’appelait esclavage et puis colonisation. Deux consciences révoltées par la situation qu’elles ont rencontrée sur leur parcours. Deux consciences affirmant leur humanité, mais liquidées pour ne pas s’être pliées aux exigences d’un système soutenu par toutes les instances politiques, économiques, religieuses venant de l’extérieur.

Dans toutes les transitions de notre histoire, sans exception, nous retrouvons une caractéristique principale, à savoir que ceux qui se sont enrichis sur le dos des Congolaises et des Congolais se sont toujours organisés pour que les transitions ne changent pas les rapports entre les enrichis et les appauvris. L’objectif était toujours de maintenir le mode de fonctionnement du plan A.

En cas de doute, renvoyons au livre de Louis Sala-Molins (Le Code Noir ou le calvaire de Canaan, p. 277) qui rappelle comment au moment de l’abolition de l’esclavage, les planteurs et les abolitionnistes étaient d’accord, comme le résumait si bien Tocqueville : « Si les nègres ont droit à devenir libres, il est incontestable que les colons ont droit à n’être pas ruinés par la liberté des nègres. » au cas où on pourrait penser qu’il s’agirait d’un lapsus, Sala-Molins cite encore le même Tocqueville : « La France, Messieurs, ne veut pas détruire l’esclavage pour avoir la douleur de voir les Blancs ruinés quitter le sol des colonies et les Noirs retomber dans la barbarie. » Et encore : « Peu s’en faut que nous ne les prenions [les nègres] pour un être intermédiaire entre la brute et l’homme. »

Pour les enrichis, tout changement est acceptable dès lors qu’il ne change pas leur statut, leurs privilèges, le rapport de force entre eux et celles/ceux que leur système appauvri/torture/détruit. Ces derniers ne doivent jamais concrétiser leur rêve d’une société plus juste, basée sur la vérité, sur la solidarité. Face à la fidélité à la justice à la vérité, à la solidarité, à l’humanité, les enrichis répondent par la charité, l’humanitarisme, soit le maintien de rapports de soumission des appauvris aux enrichis, selon les règles (écrites ou non) par eux. Les règles peuvent même changer, mais la règle immuable doit être celle qui reproduit la soumission des appauvris aux enrichis.

Pourquoi ce qui se passe en RDC est important pour le reste du monde ?

Dans la hiérarchisation de l’histoire, la coutume dominante est de reléguer l’histoire des pays comme la RDC à un rang de figurant. Les statistiques des Nations Unies sur les pays les plus corrompus n’expliquent pas les divers chemins par lesquels la corruption s’est étalée. Par où a commencé la corruption de l’humanité comme une et indivisible ? Par où a commencé la corruption de la justice et de la vérité d’une humanité une ?

Quand les plus riches comprendront qu’à l’origine de leur richesse se sont commis des crimes contre l’humanité ; quand les plus riches admettront qu’à l’origine de leur richesse il y a eu une corruption criminelle de la justice et de la vérité, de l’humanité ; quand commencera le dialogue juste et vrai entre riches et pauvres pour sortir de la hiérarchie dictée par les plus riches, ainsi pourra commencer le début de la guérison du crime contre l’humanité chaque fois reproduit quand les plus riches refusent de reconnaître comment leur justice, leur vérité, répandue au nom de la civilisation s’est transformée au cours des siècles en une barbarie qu’on appelle globalisation. Une barbarie qui reproduit, en changeant les mots, les discriminations venant de mentalités acquises durant l’esclavage, la colonisation, l’apartheid. Ces mentalités se sont enracinées car l’impunité des injustices, des mensonges des plus riches, mis à part de rares exceptions, était et reste la règle. Les consciences révoltées des Congolaises et des Congolais sont en train de dire que cette mentalité doit être déracinée.

À suivre 17 janvier 2012

Jean-Claude Willame: Éphémérides G.L. – Semaine du 1er au 9 décembre 2011

RESUME : La campagne électorale en RDC s’est malheureusement terminée avec des victimes. À Kinshasa, selon Human Rights Watch, la Garde présidentielle a tiré à balles réelles sur des manifestants et fait 18 morts entre les 26 et 28 novembre, veille des élections (RDC_20), le gouvernement ayant quand même décidé de saisir la justice sur ces incidents (RDC_32). Quant au jour de l’élection proprement dite, il a été émaillé de problèmes logistiques, d’irrégularités et d’incidents dont on trouvera dans cette livraison la cartographie (RDC_7). Dans certaines régions de la Province Orientale et de Equateur, les électeurs n’avaient toujours pas voté trois jours après la date fixée pour différentes raisons dont l’absence de matériel électoral (RDC_24) (RDC_25), tandis qu’à Lubumbashi, le bureau de la CENI locale faisait état de la disparition des résultats des 51 bureaux de vote (sur un peu plus de 1400 cependant), suite probable de troubles dans certaines communes le jour de l’élection (RDC_50). Une certaine confusion s’accrut avec l’arrivée dans la même ville, le lendemain du scrutin, de deux avions sud-africains chargés de 50 tonnes de matériel électoral (RDC_19). Watch Full Movie Online Streaming Online and Downloadlive streaming film Smurfs: The Lost Village 2017 online

Lire plus: Semaines 12.2011.doc http://sites.google.com/site/chronologiesafriquecentrale/home/annee-2011

Le Journaliste-Cinéaste belge Arnaud Zajtman parle de la grossière fraude électorale en RDC [De Beni-Lubero Online, 07/12/11]

Il est moins une à Kinshasa. Les mots manquent pour qualifier la gravité de la situation qui prévaut actuellement au Congo. La commission électorale congolaise s’apprête à annoncer la victoire du président sortant Joseph Kabila sur la base de résultats frauduleux rejetés par la majorité des Congolais, jetant ainsi les bases du conflit le plus meurtrier qui puisse advenir, celui qui oppose un appareil d’Etat à sa population. L’Occident, qui depuis dix ans dépense plus d’un million de dollars par jour pour la restauration de la paix et de l’Etat de droit au Congo, via la mission de maintien de la paix des Nations unies, s’apprête à valider ces résultats, signant ainsi l’échec de sa propre politique.

Beni-Lubero Online: http://www.benilubero.com/index.php?option=com_content&view=article&id=2957:le-journaliste-cineaste-belge-arnaud-zajtman-parle-de-la-grossiere-fraude-electorale-en-rdc&catid=16:vie-nationale&Itemid=99

Les tendances déjà publiées par la commission électorale qui donnent la victoire à Kabila ne résistent pas à l’analyse. Par exemple, au Katanga, censé être le fief traditionnel de Kabila, la CENI donne près de 90 % des voix à Kabila alors que le jour du scrutin, les chiffres qui parvenaient des bureaux de vote disséminés dans les grandes villes de cette province donnaient seulement une légère avance de Kabila sur son rival Etienne Tshisekedi. Au Kivu, les chiffres donnent une écrasante majorité à Kabila alors que le jour du scrutin, c’est l’opposant Kamerhe qui y était largement en tête. Dans les provinces de l’ouest et du centre qui ont voté massivement pour Tshisekedi, les chiffres sont incomplets ou peu crédibles. La fraude est grossière et tous les observateurs de la vie politique congolaise le constatent.

En réalité, les journalistes qui ont travaillé sérieusement sur ces élections et ont fait la tournée des bureaux de vote ont noté des tendances lourdes qui augurent de la victoire de Tshisekedi. La population congolaise non plus n’est pas dupe. Lors des élections de 2006, la capitale Kinshasa n’avait pas plebiscité Kabila. Cependant les Kinois avaient accepté les résultats, comprenant que Kabila avait remporté la majorité des suffrages ailleurs dans le pays. Ils exprimaient ainsi avec sagesse l’espoir que ces élections marquaient le début d’un développement économique au Congo. Aujourd’hui, les choses sont totalement différentes. Les électeurs congolais savent que Kabila n’a pas remporté l’élection.

De plus, les révolutions arabes et, plus au sud du Sahara, le conflit en Côte-d’Ivoire avec l’invalidation par la communauté internationale des résultats frauduleux prononcés par la Cour suprême ivoirienne ont renforcé la conviction des Congolais dans leur lutte pour un Etat de droit. Par ailleurs, Kabila, qui avait promis lors de son élection “la fin de la récréation”, a en réalité bradé les ressources minières du Congo, mettant les entreprises d’Etat, notamment la MIBA, qui possède les immenses mines de diamant au Kasai, et la Gécamines, qui possède les gisements du Katanga, à genoux, créant, selon le rapport très précis du député britannique Eric Joyce, chef de la commission parlementaire britannique consacrée à l’Afrique centrale, un trou dans la caisse de plus de cinq milliards de dollars en à peine cinq ans, soit autant que le pillage organisé par Mobutu en 32 ans de règne sans partage !watch full movie The Great Wall online

Enfin, les électeurs congolais voient en Tshisekedi un leader charismatique, dont l’intransigeance certes inquiète parfois hommes politiques et diplomates occidentaux habitués à plus de déférence de la part de leurs interlocuteurs congolais, mais qui porte à son crédit le fait d’avoir mené une longue lutte pacifique et sans compromis pour l’émergence d’un Etat de droit au Congo, ce dont aucun autre homme politique congolais ne peut se prévaloir. Face à cette situation explosive, la question de la position de l’Occident, et plus particulièrement de la Belgique, se pose avec acuité. Il est essentiel pour nos relations futures avec le Congo que la Belgique, elle aussi, réalise que l’époque a changé, et évite l’écueil dans lequel est tombée la France en Tunisie en ne voyant pas la révolution venir et en faisant perdurer un soutien à un régime autoritaire digne d’un autre âge. Rappelez-vous comment l’ambassade française en Tunisie avait ensuite été critiquée par Paris ! On assiste à une situation semblable au Congo, où les ambassadeurs occidentaux soutiennent Kabila face à un Tshisekedi qu’ils jugent imprévisible. Un jugement qui rappelle celui que l’Occident proférait envers le Premier ministre congolais Patrice Lumumba au moment de l’indépendance du Congo. C’est pourtant en notre nom que les ambassadeurs agissent. Ce sont nos taxes qui leur permettent de mener sous les tropiques un mode de vie dispendieux. Nous avons droit à des explications sur leurs actions.

Pourquoi apportent-ils un soutien tacite, sinon actif, au coup de force que prépare Kabila, comme on l’apprend de différentes sources à Kinshasa ? Au nom de quelles valeurs ? De quels intérêts ? Est-ce de nature à sécuriser les intérêts de la Belgique et la présence des ressortissants belges au Congo ? Je ne le crois pas. Au contraire ! Les temps ont changé et il est essentiel que la Belgique le comprenne sans tarder. Il faut aussi que la Belgique mobilise ses alliés traditionnels au Conseil de sécurité des Nations unies : la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, et imprime une politique commune sur le Congo, comme elle l’a fait avec succès lors du tortueux processus politique qui a mené aux élections de 2006 au Congo.

Il faut faire comprendre de toute urgence à Kabila que son coup de force et les massacres qui s’ensuivront immanquablement ne seront pas avalisés et qu’il est de son intérêt de sortir par la grande porte tant qu’il en est encore temps. Il a l’occasion d’entrer dans l’histoire comme le premier Président ayant permis l’alternance politique au Congo. Cela sera à son crédit et lui permettra peut-être de revenir aux affaires ultérieurement par la voie des urnes, comme on l’a déjà vu ailleurs en Afrique. Lorsque le Congo a traversé des moments difficiles, la Belgique a souvent été en pointe. Il est important qu’il en soit ainsi en ce moment crucial et que notre ministre des Affaires étrangères agisse. Il en va de l’avenir du Congo et de l’avenir de nos relations avec le pays africain le plus peuplé appelé, s’il est bien géré, à devenir un pôle de développement pour l’Afrique et d’expansion économique pour l’Europe.

Arnaud ZAJTMAN

Réalisateur de documentaires sur le Congo et ancien correspondant permanent au Congo pour la BBC et la RTBF (de 2000 à 2010)

Beni-Lubero Online: http://www.benilubero.com/index.php?option=com_content&view=article&id=2957:le-journaliste-cineaste-belge-arnaud-zajtman-parle-de-la-grossiere-fraude-electorale-en-rdc&catid=16:vie-nationale&Itemid=99

Nous Faisons Face a une Situation Nouvelle ?

1. Sur le plan mondial, la « mondialisation », c’est-à-dire l’articulation de l’économie du marché et la démocratie parlementaire, encore appelée « communauté internationale » ou « Civilisation » ou « Occident » reste dominante ; mais de moins en moins crédible (Alain Badiou, Séminaire de janvier 2011.) Elle se donnait pour être indépassable, « la fin de l’histoire » et un ordre naturel. Ce ne sont pas les poursuites des guerres punitives (Iraq, Afghanistan) qui la décrédibilisent. Mais, sa crise systémique qui perdure depuis 2 á 3 ans et ses conséquences sur l’organisation du pouvoir politique ainsi que la poursuite effrénée du pillage des ressources dans les pays dominés. Le secteur financier, de plus en plus contrôlé par une minorité dont le seul objectif est d’avoir de plus en plus d’argent par tous les moyens possibles, prédomine. Il soumet le pouvoir politique à cet objectif (« sauvez les banques ») qui force ce pouvoir à prendre des mesures dramatiques contre les secteurs importants pour la population (chemins de fer, postes, écoles, hôpitaux, etc.) L’imposition, par cette « mondialisation » des mesures dramatiques (néolibéralisme— la subordination de la société par le marché–, privatisations) et la démocratie par le sommet et le respect des droits humains font ressembler les appels à la nécessité de cette démocratie greffée (sur des états délabrés) et ce respect des droits humains au recours colonial à la mission civilisatrice pour couvrir le pillage des ressources et la répression coloniale. Les guerres civiles, dans les Etats délabrés d’Afrique, sont reliées á cette dynamique. La colonie était bien une variante de la dictature. L’Occident nous fait croire que c’était un apprentissage à la démocratie.

2. Nous sommes aussi dans une période d’événementialité historique active attestée par des émeutes par-ci, par-là (Grèce, Islande, Angleterre, Chine populaire, pays arabes, émeutes de la faim en Afrique, au Mozambique, par exemple). Depuis la révolution iranienne, en 1979 et celle anti-apartheid en 1989, la première émeute victorieuse qui a fait tomber un gouvernement c’est la Tunisienne. Nous sommes dans cette période intervallaire entre l’achèvement de la séquence politique pendant laquelle la logique révolutionnaire est clarifiée et où elle se présente une alternative et une nouvelle disposition alternative qui n’est pas encore construite(A.Badiou). La période intervallaire est marquée donc par le surgissement des émeutes. Les demandes formulées, par la tunisienne par exemple, portent sur le changement de gouvernement (les gens ne veulent pas voir les têtes qui ont travaillé avec l’ancien dictateur qui a fui) et l’organisation par le gouvernement de la transition des élections démocratiques. Une pression populaire est mise sur le gouvernement de se changer. Il ne semble pas y avoir une prescription venant du mouvement sur comment et par qui le gouvernement de transition devrait être formé, sauf qu’on ne veut pas y voir d’anciennes figures du gouvernement renversé. Quelle composition de gouvernement donnerait l’impression qu’on a un « Etat digne », ce n’est pas clair. On peut anticiper une radicalisation du mouvement visant à trouver des prescriptions sur comment arriver à un équilibre nouveau des forces pouvant déboucher à l’organisation des élections capables d’amener au pouvoir des gens pouvant servir ouvertement et fidèlement le peuple tunisien et non pas une nouvelle oligarchie servant plus fidèlement les intérêts des étrangers et les siens propres. On viserait ici à une démocratie propulsée de la base, pareille à celle que l’Occident refuse toujours en Haïti, par exemple. Les expériences de la Tunisie et surtout de l’Egypte, montrent clairement ce que la volonté populaire peut accomplir (Peter Hallward, « The Will of the People, »Radical Philosophy, 155, May/June, 2009.) Qu’est-ce qui doit venir avant ? Le renversement de l’ancien équilibre des forces favorisant la subordination de la société par le marché ou les élections démocratiques crédibles ?

3. En Afrique donc, les choses bougent de nouveau. Pendant un bout de temps, même les élections n’ont pas amené des améliorations significatives ; les oligarchies au pouvoir font tout pour contrôler les élections (prolongation arbitraire des mandats, fraudes organisées, arrestations arbitraires des opposants, manipulation du comptage des votes, etc.) ; les peuples sont laissés dans la misère même dans les pays potentiellement riches. Les mécontentements profonds existent. Les oligarchies internes et leurs alliées externes empêchent les peuples africains de se prendre en charge. Cela facilite l’enrichissement de celles-là. Ici, la question de la démocratie commençait à devenir sans importance. En RDC, une petite oligarchie appauvrit la majorité de la population et empêche l’argent d’être redistribué de haut en bas comme le faisait Mobutu. Est-ce une démocratie ? Par qui, où et comment les décisions sur les problèmes sociaux globaux se prennent-elles ? Sont-elles prises dans l’espace public avec l’engagement politique en faveur de la majorité de la population ? C’est une démocratie d’adaptation aux conditions de la misère dans lesquelles se trouve la majorité de la population. Qu’est-ce qu’une liberté de choix qui ne change pas le contexte dans lequel on est misérable ? C’est une liberté formelle de choix d’accommodation aux forces qui créent les contextes de la misère de la population. C’est cela qui semble se jouer en Côte d’Ivoire aussi. Même si l’on avait un gouvernement mondial, les institutions de l’autonomie locale relative ne seraient-elles pas respectées ?

4. Les éléments pour une idée nouvelle d’émancipation étaient peut-être éparpillés dans les masses révoltées, leur concentration pour donner naissance à une nouvelle forme d’organisation collective de pouvoir ne semblait pas émerger. On n’a pas vu émerger un organe ou agence d’organisation collective servant de leadership du peuple résistant ; peut-être apparaitra-t-il dans la résistance populaire contre la possibilité, de la part de l’armée, d’une tendance militariste désirant retarder la remise du pouvoir aux civils ou voulant la subordination des civils aux militaires. La confiance en l’Etat semble être maintenue parce que les armées ont agi comme armées nationales républicaines et non pas comme mercenaires des oligarchies ou des dictateurs. Cela a donné une impression de l’impartialité de l’Etat. Les jeunesses qui semblent avoir été l’échine dorsale de la révolution ne constituent pas une classe capable de diriger l’Etat ou la société. Le leadership possible de la classe ouvrière n’était pas visible. L’unité politique du peuple, surtout égyptien, contre la minorité défendant le dictateur était avérée ; les considérations idéologiques étaient mises au second plan. La pression du peuple révolté sur l’Etat a, pour ainsi dire, obligé celui-ci de modifier ses modalités de fonctionnement. Même ceux qui, jusque-là soutenaient les dictateurs, disent, en parole au moins, de soutenir le peuple. Les partis politiques (alliés ou opposés à la dictature) ne semblaient pas jouer un rôle visible.

5. La visée des élections démocratiques qui soutient l’espoir populaire doit être mieux cernée pour qu’elle ne soit pas une simple inclusion occidentale ; elle exige une clarification politique pour la soustraire des mirages démocratiques que la « communauté internationale » entretient.

6. Les mécontentements fondamentaux à la base de ces levées de masses populaires sont en partage dans la plupart des pays africains : une clique au pouvoir, arrivée au pouvoir par des élections souvent frauduleuses, s’approprie l’essentiel de l’économie pour des fins essentiellement privées et soumet ce qui reste de l’Etat délabré principalement à la gestion de ces fins. Ceci fait basculer la majorité de la population dans la misère ; cette majorité est tenue à l’œil par la répression et des mensonges. Cette clique est soutenue par la « communauté internationale » qui la conseille de réduire l’Etat et laisser aux ONGs, contrôlées par l’extérieur de s’occuper de cette population. C’est une forme de recolonisation néolibérale, par la « mondialisation », des pays dominés : il faut être dans l’Empire comme seul salut possible. La division dans ces pays est encouragée par un pluralisme atomisé généralisé. Ceux qui sont plus riches que le budget de l’Etat (ce qui est présenté comme tel) et ceux qui ont les signatures au sommet des « institutions » privatisent ce qui reste de l’Etat dont l’impartialité disparait. En RDC, le sol et le sous-sol ont été ainsi expropriés du peuple. Ou bien vous êtes avec ces gens, ou bien vous sombrez dans la misère— à moins que vous sortiez du pays. Le dire politique, vide de pensée, est devenu une célébration de ces gens, et surtout du « leader. » On sait que les gens d’argent achètent les gens du pouvoir. A quelques exceptions près, les « représentants du peuple » vont là où se distribuent les enveloppes plutôt qu’à leurs électeurs.

7. Là où il y a une certaine « opposition », et si celle-ci n’est pas soudoyée, quand les élections se tiennent, elles se terminent pas une difficulté de « double comptage des votes. » Qui a gagné et qui a perdu, semble se décider ailleurs que par un comptage transparent. En l’absence de l’impartialité de l’Etat, le droit constitutionnel, l’arithmétique, l’observation, etc. sont soumis aux considérations partisanes : qui voulons-nous qui doive gagner pour que nos intérêts ne soient pas hypothéqués ?

8. En République Démocratique du Congo, nous sommes dans une nouvelle situation électorale. La tenue des élections, ici, souffre d’une instabilité aigue : les règles du jeu changent selon les attentes de ceux qui sont au pouvoir et leurs alliés. En 2006, les forces de sécurité étaient empêchées d’exercer leurs droits civiques : elles n’étaient plus composées des citoyens, c’était des mercenaires ; les Congolais résidant à l’étranger étaient privés de droit de vote. Alors que la Constitution et la loi électorale proposaient de commencer par les élections locales, urbaines, etc., les grands de ce monde, les alliés du pouvoir, avaient décidé qu’il y avait urgence d’avoir un « président élu », servant, non pas le peuple, mais de leur « interlocuteur. » Arrivés au pouvoir, les dirigeants avaient décrété que le peuple étant ignorant, ne pouvait pas se choisir ses dirigeants locaux, prétextant le manque d’argent, les dirigeants locaux étaient nommés par le sommet qui sache mieux que le peuple. Et depuis, on en parle plus. Et une deuxième séquence électorale va commencer et une fois encore par les présidentielles. Une autre urgence a été découverte : celle de gagner au premier tour et donc de n’avoir qu’un seul tour des élections présidentielles. On gagne deux choses avec un seul coup : être élu au premier tour avant que les opposants ne puissent s’entendre et puis éviter l’embarras des débats publics entre candidats au 2ème tour. La fois passée, le prétexte était « les raisons de sécurité » qui ne permettaient pas que les deux candidats au 2eme tour débattent sur leurs projets de société respectifs. Cela ne les avait pas empêchés d’avoir une confrontation militaire.

9. En RDC, nous souffrons de 4 carences fondamentales : l’absence de conscience historique, l’insuffisance, si pas la carence, de culture politique révolutionnaire, l’absence de la maturité spirituelle et l’insuffisance de culture scientifique. On nous apprend surtout l’histoire qui nous arrive, ce que les autres font de nous et à nous —et nous ne la connaissons pas bien non plus —et presque pas l’histoire faite par nos ancêtres et nous-mêmes. Même à commencer seulement à partir de la révolution haïtienne (1804) (on ignore qu’une grande partie de militants de cette révolution étaient des esclaves venant du Royaume Kongo) qui avait ouvert la séquence politique du mouvement de libération nationale tout en rendant l’esclavagisme insoutenable —elle inspira les Bolivar, les Nganga Zumbu (Brésil), les « maroons » (Jamaique), etc. Un nombre de ces militants étaient membres du mouvement de Lemba—une politique de reconstruction et guérison de la société Kongo dévastée par l’esclavage, dans une situation de l’Etat fragmenté, délabré et presqu’inexistant. Contrairement à Kâ Mana (« Penser une Révolution de Profondeur »), l’imagination est influencée par des événements émancipateurs ou révolutionnaires et pas simplement par la réflexion interne à l’imagination. Il faut identifier ces événements et partir des vérités qui émanent d’eux et pas des constats d’échec des « leaders ou militants.»

10. Dans les circonstances de fragmentation ou balkanisation du royaume Kongo, agressé par le colonialisme esclavagiste, à prédominance portugaise, une jeune femme (22 ans à peine) de la noblesse, Kimpa Vita, se détache de sa classe, qui, en connivence avec les portugais, se divise le royaume en petits sous-royaumes se donnant des roitelets ici et là et accepte une religion chrétienne colonialiste ; Kimpa Vita intervient sur un nombre de plans. Elle critique la déviation religieuse montrant que les sacrements ne signifient rien s’ils n’expriment pas la sincérité du cœur que Dieu considère (son Salva Antonniana). Elle est à ce titre peut-être la première protestante. Elle mobilise la population du royaume pour restaurer l’unité du royaume et la reconstruction de Mbanza Kongo, la capitale. Tous ses militants sont des Antoniens. Elle veut abolir l’esclavage. Les roitelets, leurs courts et les esclavagistes et d’autres « missionnaires » sont ébranlés. Ceux-ci font appel à une terreur exemplaire pour museler et démobiliser les révoltés. Sous l’ordre entre autres du roitelet Pedro IV, Kimpa Vita est brulée vive, elle et son enfant. (Mobutu pendra les « conjurés de la Pentecôte : Anany, Mahamba, Bamba et Kimba » pour asseoir par terreur son autorité.) Mais les Antoniens, malgré cette terreur, ne s’arrêtent pas ; ils vont surtout dans la province de Sundi où ils déclenchent le mouvement de Lemba, un grand mouvement politico-thérapeutique pour reconstruire et guérir la société dévastée à partir de la reconstruction de la famille (traiter et guérir les affections et refaire l’équilibre de la famille pour recréer le désir d’avoir des enfants). C’est pourquoi, on appellera Lemba, « mukisi wafunisina nsi » une pratique ou un remède pour repeupler le pays. Sur le plan proprement religieux, Kimpa Vita mettra en place une structure d’organisation d’un temple Ngunziste (Mfumu Mpu, 2008). Structure qui arrivera jusqu’à nos jours. Les militants faits esclaves amenèrent le Lemba au nouveau monde : au Brésil, en Haïti, en Jamaïque, à Cuba, aux Etats-Unis d’Amérique (en Floride, où on a jusqu’ici une Lemba Church), etc. Notre question, pour ne pas aller trop en détails, c’est de savoir pourquoi le suivi d’une telle grande expérience n’a pas eu lieu ? N’avons-nous pas besoin de désaliéner notre post-colonie ? Et comment nous pouvons nous en inspirer ? Lumumba ne fait-il pas écho de cela ? De France, un appel a été lancé et pratiqué, pour créer un groupe Kimpa Vita regroupant les femmes ngunzistes. Autour de Kimbangu Simon, il y avait de fortes femmes ngunzistes : Thérèse Mboga (enceinte, morte suite aux tortures), Mikali et Mwilu. Et la structure des groupes de « Kintwadi » s’inspirait de celle de Kimpa Vita. C’était un mouvement révolutionnaire, caractérisé non seulement par la conception révolutionnaire de l’articulation entre politique et Etat, mais l’existence d’une activité politique de masse, de ses mots d’ordre, de ses organisations nouvelles et de ses lieux propres.

11. Le mouvement radical des prophètes (1921-1951), dirigé par Kimbangu Simon, reprendra quelques éléments de la vérité des Antoniens et des Lembaistes : l’abolition de l’esclavage, l’abolition du colonialisme, du fétichisme et la création de la civilisation (contre l’idée coloniale que la civilisation ne peut être qu’européenne) des noirs par les noirs et la réhabilitation de ceux-ci (« la race la plus humiliée du monde ») et l’idée que les gens qui construiront le Congo viendront de l’extérieur ( les descendants des esclaves libérés ou les Congolais qui iront étudié en Europe ?). Les congolais de maturité spirituelle le seront comme résultat de l’affranchissement africain, c’est-à-dire de la réhabilitation de la race noire, la plus humiliée du monde. Ce mouvement émerge dans des circonstances de grande répression, surtout autour de la construction du chemin de fer. Il y a eu beaucoup de morts et les villages commençaient à se vider. Contre la mission civilisatrice coloniale, on réclame la civilisation du noir par le noir et contre la répression on proclame que le blanc partira. Malgré la déportation de près de 38.000 adeptes et dirigeants, l’influence des idées sera active jusque les années 1950s et au-delà. Elle sera le fil dynamique de l’orientation de l’ABAKO. Mais pourquoi, les églises colonialistes et colonisantes reprennent-elles en force ? N’est-ce pas là une indication de la reproduction de l’Etat colonial implanté ? A l’est du pays, l’esclavage n’est aboli qu’au 20ème siècle et surtout par les colonialistes. Et il n’y a pas eu de mouvement de Lemba. Ce fait n’a-t-il pas d’effets sur la société swahilophone ? Les échos de la révolution à Zanzibar(1964) et le passage du Che et ses collègues ne semblent pas avoir révolutionnarisé l’homme là-bas.

12. Un événement donne naissance à trois tendances : la fidélité à la vérité du mouvement, la réaction contre cette vérité et l’indifférence obscurantiste (rien n’est arrivé). Souvent, dans notre pays, les célébrations de « nos héros nationaux » escortent avec elles une culpabilité parce que ce n’est pas toujours du point de la fidélité à la vérité des événements dans lesquels nos héros étaient les militants, mais celui de la réaction ou de l’obscurantisme, qu’elles se font. Mobutu proclama P.E. Lumumba Héros National au moment où il cherchait à traquer pour le tuer Pierre Mulele qu’on peut dire avoir passablement représenté la fidélité à la vérité exprimée par Lumumba. Nos héros nationaux sont héros de quoi ? S’ils sont célébrés et commémorés par les traitres des pensées, paroles et actes de ces mêmes héros ? Pour garder son statut de réactionnaire au pouvoir, obligé de s’accommoder à la situation créée par la vérité de l’événement, le pouvoir réactionnaire adopte certains masques de cette vérité, tout en s’opposant a celle-ci. N’est-ce pas c’est cela qui bloque la pensée du suivi des actes de ces héros ? Si les militants présumés ne reconnaissent pas cette différence ? C’est cela qui fait que « nous pouvons être d’accord sur les faits, et aboutir à des jugements [politiques] parfaitement contraires. » Ce sont là quelques idées concernant la conscience historique. Aucune commission d’aucun Senat congolais n’a enquêté sur l’assassinat de P.E. Lumumba et ses collègues —cela ne montre-t-il pas que pour le pouvoir, contrairement aux apparences, l’événement que représente P. E. Lumumba, ne serait pas fondateur ?

13. Culture politique révolutionnaire : Où et quand les Congolais s’étaient-ils réunis, sans intermédiaires étrangers, pour s’entendre et élaborer une Charte congolaise de la liberté ou une Charte congolaise de l’émancipation ? La vérité de la levée de masse qu’était le 4 janvier 1959 était plus bénéfique a la réaction coloniale qui avait capitalisé sur son masque : prendre les Congolais de vitesse pour une décolonisation précipitée. L’ABAKO, un des lieux de la politique révolutionnaire de « l’indépendance immédiate » a arracher des colonialistes, était tombée en crise et disparaîtra comme lien crucial avec les masses indépendantistes. Et c’était P.E. Lumumba qui fit le bilan de la nature de l’indépendance proclamée, plus ou moins des masses indépendantistes organisées. Kasa-Vubu serait devenu un autre « Roi Christophe d’une ‘Saison au Congo’.» La Conférence Nationale Souveraine, une autre levée de masse, était écourtée quand les questions importantes devaient être discutées. La Réconciliation nationale avec vérité n’avait pas eu lieu. Le monument érigé à cette occasion représente un mensonge pour alléger la culpabilité. La peur de la mort (« Mobutu va provoquer un massacre. ») ou la peur de perdre la jouissance (« Qui n’a pas bénéficié de la largesse du Guide ? ») étaient plus importantes que la refondation de la Nation et surtout le « départ politique » de Mobutu et son Mobutisme. Il y a eu recul à tous les niveaux, on ne voulait pas aller jusqu’au bout. On privilégiait des manipulations, des menaces, la corruption, communautarisme libertaire (géopolitique), etc. plutôt que des consultations, des débats transparents, avec critique et autocritique, des vrais palabres, etc. La critique de masse de Mobutu et le Mobutisme avait débouche en la reprise du Mobutisme, bien affaibli. Aucune autocritique politique sincère faite devant les masses congolaises qui avaient été réprimées par le régime Mobutu n’a eu lieu. Le renversement de Mobutu par une rébellion armée qui ne mettait pas l’activité politique de masse au pouvoir, ne pouvait pas concrètement en finir avec le Mobutisme. Les pratiques de démobilisation politique du peuple passent aujourd’hui encore pour « la culture politique », d’où le fait de faire des « préoccupations de la sécurité » le noyau de la politique des dirigeants. Qu’est-ce qui empêchait l’organisation de larges consultations avec toutes les couches qui composent les 23 millions d’électeurs (monde scientifiques, monde spirituel, monde de fonctionnaires, monde rural, etc., envoyer « les représentants du peuple » aller se réunir avec leurs électeurs, etc.) avant de décider de procéder à l’amendement de la Constitution ? Pas de dialogue politique civilisé. Et depuis l’indépendance nominale, chaque régime a eu sa Constitution, si pas ses Constitutions. Pendant tout ce temps, le peuple ne s’est pas imprégné de l’importance d’une Constitution. On n’a jamais entendu parler du président Obama comme « garant » de la Constitution américaine. Et notre « garant » ne s’est pas montré être au-dessus de violations de la Constitution. Evidemment, si l’on suit aveuglement le « garant », on ne saura pas quand les violations de la Constitution se font. Les marches populaires sont permises par la Constitution, mais les conditions élastiques font qu’elles sont toujours réprimées, à moins qu’elles soient pour la célébration du parti au pouvoir. Nous avons plus de 400 partis politiques dont on ne sent l’existence que lorsqu’il y a des élections. On parle des « écoles de partis » dont on ne voit pas les effets, dans le peuple, en tant que culture politique ou simplement la littérature d’analyses politiques éclairant le peuple. Alors qu’ailleurs, on sait que la politique précède le droit, ici le juridisme précède la politique. Et pourtant, l’impunité règne en maîtresse. Sans pensée politique, sans un minimum d’impartialité étatique, que veut dire « reconstruction d’un Etat délabré d’implantation coloniale ? » Comme on suppose une « démocratie pure », au-dessus des luttes des classes et du contexte de domination sans la participation active et volontaire du peuple, on suppose un universalisme d’Etat pur. La simple chronologie des régimes, ou plutôt la succession des présidents, passe pour une histoire des luttes autour de la construction/reconstruction des formations étatiques congolaises. Les « décisions politiques » sont rarement informées par des analyses scientifiques sur la société. (Je crois sincèrement qu’à part les écrits des académiciens étrangers surtout, il y a une rareté de vraies études scientifiques dans l’esprit du matérialisme historique, de la société et la politique congolaises.) Nos « politiques » ne témoignent, bien souvent, que pour eux-mêmes et leurs alliés de la « communauté internationale » et jamais pour les paysans appauvris qui viennent s’entasser dans les bidonvilles, les déplacés de guerre rassemblés dans des camps, les femmes violées, les enseignants clochardisés, les jeunes diplômés sans emploi, les générations futures, les opprimes populations dites autochtones de Pygmées, etc., et surtout pas d’envisager l’articulation politique de ceux-ci d’où peut émerger une situation nouvelle, comme en Afrique du Nord.

14. La globalisation, c’est aussi la survie par le savoir et la sagesse humaniste —la science et les arts technico-artistiques en plus de la politique d’émancipation—. Avec le culte d’ignorance qui caractérise notre pays, pourrions-nous survivre au siècle prochain ? Nos dirigeants ne comprennent pas pourquoi certains pays donnent la priorité à l’éducation —jusque parfois 40% du budget. Dans la petite « éducation » qu’on organise ici (1% du budget) quelle part est accordée à la science, la technologie et les valeurs fondamentales ? Alors que la Chine populaire vise à former 600.000 ingénieurs par an (l’Inde forme 100.000 par an), on voulait fermer la Faculté Polytechnique de l’Université de Kinshasa (UNIKIN)en 2009. Et combien d’ingénieurs formons-nous par an ? Et combien des mathématiciens, ici où nous confondons le calcul avec les mathématiques ? Les écoles techniques laissées par les Belges n’existent presque plus. Les artisans qui s’efforcent par eux-mêmes, sans sponsors, et que les savants et ingénieurs ne consultent que si leurs voitures tombent en panne, sont relativement isolés. L’articulation entre artisans/ingénieurs/savants, responsable du décollage scientifique moderne, ne semble ici pas pour demain. Entretemps, le budget d’importation des pièces de rechange est énorme. Les vieilles pièces métalliques, utilisables dans une logique de combinaison des outils différents pour avoir des outils plus performants, sont exportées. On ignore absolument comment les pays qui ont décollé y sont arrivés. Et dans ce pays de croyances fantomales, magiques et sorcières, la science ne serait-elle pas une bonne hygiène intellectuelle ? On continue d’aborder la science sous la problématique de ‘l’outil du développement’ et non pas une vision critique du monde.

15. L’analphabétisme s’accroit : 26% à 30% des enfants qui doivent aller à l’école n’y sont pas. Les parents exhibent de moins en moins une compétence pour assister leurs enfants avec le travail scolaire. Il y a des familles qui soient dépourvues des matériels éducatifs, —à part peut-être la TV là où le courant arrive encore. Les forces et techniques d’industrie informatique et communicationnelle sont utilisées surtout pour l’abrutissement culturel et de marketing. (Que des filles congolaises s’abîment par le désir de blanchir ou de brunir !) Aucun effort d’identification des enfants surdoués n’est fait ; dans les conditions de délabrement intellectuel et matériel des écoles et de clochardisation des enseignants, ce sont ces enfants qui perdent l’envie d’étudier, les premiers. A l’école, l’accent est mis sur la mémorisation des faits—qui deviennent dépassés avant même la collation ! Les valeurs fondamentales (que veut dire ‘être honnête ?’ être juste ? ‘être responsable de la survie de tous ?’etc.) n’y sont pas enseignées. Quelle est la mesure d’un Congolais « éduqué ?» Même les monarques du passé, en Europe, prenaient en charge des savants, nos savants doivent ou bien devenir clochardisés ou émigrer à l’étranger. Dans quelles conditions survit le professeur Malu ? Nos régimes, qui sont sous la bourse des Institutions de Bretton Woods, ne voient pas plus loin que 5 ans, comme d’ailleurs pas plus loin qu’hier, dans le passé. Ne sont-ils pas des génocidaires des générations futures ?

16. Dans son dernier sermon à Mbanza Nsanda, le 10 septembre 1921, Kimbangu Simon affirme que sans maturité spirituelle, il n’y a pas de développement matériel. Par rapport à ses enseignements, on peut dire qu’on a régressé considérablement : le fétichisme, la sorcellerie, le maraboutisme, la magie, « les maisons ou sectes secrètes », les églises pour la poursuite du pouvoir pour le pouvoir et l’enrichissement personnel sans cause, etc., sont à l’ordre du jour. L’idolâtrie régnerait en maitresse ; même « la communauté internationale » est considérée comme une vraie déesse. Quelle est aujourd’hui la mission spirituelle du Congo ? Comprend-on la vraie signification de Kimpwanza (Ki-Mpu-Kia-Mampungu-Ga Nza) la capacité d’assumer sa liberté spirituelle et temporelle ? La repentance, la réconciliation avec vérité, l’affranchissement des africains, l’unité des chrétiens, la reprise de la parole de Kingunza, etc. sont devenus des slogans de propagande. Où est l’amour ? Où est la vraie poursuite du pardon ? Où sont les faiseurs de paix ? Quelles sont nos croyances fondamentales qui déterminent nos comportements ? Sur Dieu ? Sur la Vie ? Y-a-t-il, comme ailleurs par exemple, des mythes fondateurs qui déterminent notre idéal national ? Destin manifeste ou déclin manifeste ? On n’a pas entendu une forte prière contre l’idolâtrie au pouvoir depuis 1960 ; on n’a pas entendu un grand appel national pour la repentance concernant tous nos manquements depuis nos ancêtres jusqu’ici. On n’a pas entendu une grande prière demandant l’émergence des dirigeants spirituels du calibre de Kimbangu Simon, pour que le peuple reforme ses valeurs fondamentales qui déterminent ses comportements. Ne faut-il pas nous préparer pour recevoir la grande clameur qui s’est mise en route ? La colonie, comme machine d’aliénation culturelle, a presque détruit notre spiritualité : toutes les valeurs africaines étaient déclarées sauvages, primitives et dangereuses. Il fallait s’en débarrasser le plus vite possible. Mais, l’eurocentrisme ne nous a pas rendu murs ; on est toujours en apprentissage éternel : impossible de créer ou d’innover. D’où,
on est portés vers la consommation et l’utilisation de ce qui est déjà créé par les autres. L’esclavagisme spirituel ne favorise pas une pensée libérée.

17. La personne humaine est sacrée, dit notre Constitution (article 16). Il suffit d’être convoqué au bureau de la sécurité pour soit revenir diminué par des tortures, ne plus revenir du tout ou être trouvé mort ailleurs. La sécurisation de tout congolais est hors de question ; on sécurise le leader contre tous. Des enveloppes d’empoisonnement ont emporté un nombre de citoyens innocents. Notre pays est devenu « la capitale des viols des femmes » et ce sont les étrangers qui en sont beaucoup plus préoccupés que nous. Et nos femmes savent les coups qu’elles endurent de « l’amour ». Nos ancêtres avaient participé dans la vente et l’achat des esclaves ; qu’avons-nous fait pour cela ? Nos ancêtres ont trahi les prophètes et ceux-ci sont morts en prison ; qu’avons-nous fait pour cela ? Nous avons continue de trahir, sous des célébrations avec faste, les militants de la nation révolutionnaire : Lumumba et collègues étaient, en 1961, sciés et morcelés pour les disparaître dans l’acide ; Mulele et collègues, en 1968, étaient coupés et mis en sacs pour les jeter dans le fleuve ! Les mœurs changent-elles d’elles mêmes sans effort conscient ? Notre uranium a été utilisé pour détruire Hiroshima et Nagasaki ; qu’avons-nous fait pour cela ? Sans une vraie estime de soi, pouvons-nous aimer les autres ? Que faisons-nous du fait que les prophéties de Kimbangu (son dernier sermon, en 1921 ; ses conversations avec les prêtres qui l’ont rendu visite en prison, en 1922 ; ses conversations avec le feu Jean Kiansumba, en 1944), ne font que se vérifier ? Quels sont les signes annonciateurs de la Deuxième Indépendance qu’il annonça ? Nous sommes des êtres spirituels en plus d’être des machines biologiques ; nous devons obéir aux lois spirituelles comme à celles biologiques et physiques.

18. Dans ce sermon, Kimbangu prédit tout ce qui nous arrive en Afrique. Je cite : « Mais les décennies qui suivront la libération de l’Afrique seront terribles et atroces. Car tous les premiers gouvernants (« minyadi ») de l’Afrique libre travailleront au bénéfice des Blancs. Un grand désordre spirituel et matériel s’installera. Les gouvernants de l’Afrique entraineront, sur le conseil des blancs, leurs populations respectives dans des guerres meurtrières et s’entretueront. La misère s’installera. Beaucoup de jeunes quitteront l’Afrique dans l’espoir d’aller chercher le bien-être dans les pays des Blancs. Ils parleront toutes les langues des Blancs. Parmi eux, beaucoup seront séduits par la vie matérielle des Blancs…. Il faudra une longue période pour que l’homme noir acquière sa maturité spirituelle. Celle-ci lui permettra d’acquérir son indépendance matérielle. » (Mbongi a Nsi : « Le Dernier Sermon de Mfumu Kimbangu Simon » 2010. Pp.3-4.) Le langage de 1921, quand l’idéologie coloniale est dominée par le racisme, conçoit encore l’opposition entre Blancs et Noirs. En ces temps-là, évidemment, tout ce qui est noir est sauvage, primitif, mauvais, irrationnel et tout ce qui est blanc est bon, supérieur, civilisé et rationnel. Avec les temps, le colonisé dit évolué apprend à haïr tout ce qui pourrait être son héritage culturel, historique et civilisationnel ; il a honte d’être noir, d’être africain qui « n’a pas d’histoire », etc. Mais Kimbangu s’agite pour la libération de l’Afrique et perçoit aussi, avant Frantz Fanon, ce que les gouvernants issus des évolués vont faire de l’Afrique libre. Les désafricanisés (Kimbangu comprend les deux sens : mental et pour certains, physique) auxquels on a inculqué que seule la civilisation européenne compte ; et qui a perdu sa maturité spirituelle lui permettant de discerner les inculcations, ne peut dépendre que des conseils d’anciens colonialistes compris comme seuls rationnels. La réponse et même la solution se trouve dans l’appel de Fanon de « Quittons cette Europe… » (Les Damnés de la terre, dernier chapitre,) et dans l’autre appel d’Amilcar Cabral de « Retour aux sources.. » dénigrées par l’impérialisme (colonial, néocolonial et mondialisé) (A. Cabral, Return to the sources.) Pour le refus de l’histoire à l’Afrique, Cheikh Anta Diop a fait plus qu’un grand appel : il faut connaître toute l’histoire humaine mondiale, y compris de l’Ancienne Egypte, pour réfuter sans appel le mensonge selon lequel c’est le colonialisme qui fait entrer l’Afrique dans l’histoire.
Où était l’Europe quand nos ancêtres esclaves déportés au Nouveau Monde faisaient l’histoire à Santa Domingues et ailleurs ?

19. L’élite africaine qui fournit les gouvernants de l’Afrique, pour la plupart sont toujours culturellement, philosophiquement des évolués hostiles aux valeurs africaines comprises comme « anti-valeurs », sauvagerie, primitivité. Cette élite continue de singer les valeurs et les mauvaises pratiques des colonialistes et néocolonialistes. Elle considère les paysans, les moins affectés intellectuellement/spirituellement/culturellement par la civilisation coloniale comme l’ignorance en personne. On peut leur faire voter le projet de Constitution, au referendum, sans l’avoir vu ni sans leur permettre d’en avoir étudié le contenu, et bien sur, « au nom du peuple ». Nous préparons une critique de l’élite congolaise ; nous ne pouvons pas aller en détails ici. C’est dans ce contexte flairé ci-dessus qu’il faut envisager de pied ferme la possibilité d’une levée prochaine de masse. Aurait-on dépassé les prescriptions de F. Fanon sur le milieu rural, en faveur des pauvres des villes ? Qui incarnerait la nation révolutionnaire à venir ?

A SUIVRE
20. Pourquoi donc Simon Kimbangu et Patrice Emery Lumumba étaient condamnés à mort ? Pas pour des raisons avancées à grands cris=surtout par les dirigeants de l’Eglise catholique qui exigeaient leur pendaison=notamment : la haine du blanc, pour le premier, et le communisme pour le deuxième=. Mais, parce qu’ils avaient déployé une indépendance d’esprit, refusée aux noirs depuis 500 ans de leur domination et humiliation. L’estime de soi et la volonté de s’auto=émanciper proviennent de cette indépendance d’esprit. Le commandant De Rossi s’attendait, en Kimbangu, à voir un ‘esclave’ qui se mettrait à genoux pour implorer le pardon. Il vit qu’il était devant quelqu’un s’en tenant fermement à sa vérité, sans fléchir. Les grands du monde de ce temps=là bipolarisé, par la voix du roi des Belges, Baudouin, voulaient tromper les congolais dominés qu’ils leur octroyaient l’indépendance comme une faveur pour laquelle ceux=ci devaient manifester de la gratitude. Lumumba, non prévu par le protocole d’Etat ; prit la parole, tonna et proclama la vérité historique : ‘nous avons lutté pour avoir notre indépendance et nous allons faire de celle=ci suivant la volonté du peuple.’
Une des caractéristiques de l’élite politique d’aujourd’hui c’est l’absence d’indépendance d’esprit dans ses membres. Cette élite est essentiellement composée des serviteurs des forces extérieures=les maitres. C’est depuis 1960 que cette élite s’organise dans des structures faites pour servir les forces extérieures : le groupe de Binza fut une illustration. C’est cela qui fait qu’elle soit incapable d’etre fidèle à la pensée et l’action de S. Kimbangu et P.E. Lumumba et les transforme en leurs contraires. Les exceptions sont rares.
Le fait qu’il y ait plus de 400 partis politiques montre que cette élite n’a pas de sens d’unité politique et donc aussi de l’autonomie de l’Etat. Chaque membre cherche un maitre à servir et non pas à sortir de la servitude. Ceci traverse d’ailleurs tous les secteurs : économique ou structurel aussi bien que super=structurel. Le chef d’église s’adresse à l’église étrangère pour sa légitimité et sa survie. Les politiques conçoivent l’Etat comme une somme des postes à occuper moyennant l’appui des forces extérieures ou leurs proches. Souvent, ce sont les forces extérieures qui intiment à l’élite congolaise de s’unir. C’est pourquoi la vraie campagne électorale des candidats présidentiels se fait surtout à l’Occident. A l’intérieur, on corrompt les masses des électeurs par des ‘cadeaux’ et des fausses promesses. Puisque les partis sont essentiellement des fora ethniques, l’élite divise la population congolaise plutôt que de l’unir.
Les membres de cette élite qui soient informés de la situation contemporaine du monde sont rares, et non plus de l’histoire tant ancestrale que celle du pays. C’est pourquoi, les membres donnent l’impression d’etre incapables de penser ou de pensée nouvelle. L’appel de Montaigne leur concerne aussi : ‘qu’on cesse de nous criailler comme qui verserait dans un entonnoir, et notre devoir ce n’est que de redire ce qu’on nous a dit. Je voudrais qu’on corrigea cette partie=là !’ Ne se font=ils pas membres des maisons qui pensent pour eux ? Ils répètent ad nauseabond l’idéologie occidentale : il n’ y a pas des rapports sociaux déterminant l’action des hommes, l’individu est le créateur de son histoire —la société est une somme des individus–, le marché doit soumettre la société (le néolibéralisme—la source de la richesse congolaise est devenue le marché et l’argent d’emprunt, commissions pour la signature des contrats, l’argent de blanchiment plutôt que le travail congolais), la démocratie multipartiste, l’humanitarisme(défense des droits humains souvent sélectionnés) et la charité et non la solidarité avec les peuples, la loi ne concerne pas l’incarné du mal !

21. Revenons sur la question du ‘retour aux sources traditionnelles.’ Nous sommes toujours dans l’après achèvement de la séquence politique des luttes pour la libération nationale ouverte par la révolution citoyenne haitienne (1802-1804). La Nation africaine qui devait, par ses luttes, transformant les fragments d’empires et d’états esclavagistes dévastés ensuite par des états coloniaux implantés par conquetes, s’est échouée avec l’émergence d’état post-colonial graduellement devenu irresponsable, entrainant sur « les conseils des Blancs »’(S. Kimbangu)des peuples africains dans des guerres meurtrières et une instabilité d’où on ne sort toujours pas. La Nation africaine par des peuples en luttes victorieuses pour la libération nationale ne s’est pas formée ; l’indépendance largement octroyée ne pouvait pas donner naissance à cette nation. C’est l’insuffisance de la résolution de la question nationale africaine qui provoque l’appel aux retours aux sources traditionnelles. C’est le contenu universel et pan-africaniste qui permet de décider si le retour est révolutionnaire, localiste ou réactionnaire. Le premier concerne la reprise des enseignements culturels issus des luttes de libération nationale depuis la Révolution haitienne et peut-etre, au-delà- jusqu’à ceux issus des résistances populaires en Ancienne Egypte. Le deuxième concerne la reprise des fabrications culturelles des anthropologues, essentiellement colonialistes ; et le dernier concerne celle des idéologies dominantes (métaphysiques) des empires et états précoloniaux. Le premier exige la compréhension des luttes populaires dans toutes leurs histoires pour capter les idées émancipatrices qui y avaient émergées. Le deuxième reprend, analysés critiqués ou non, les écrits des anthropologues surtout. Le dernier utilise les données issues, comme dit le leader de BDK, des révélations (qui le rendent « grand maitre de la sagesse Kongo », par exemple) et l’Histoire ancienne. Tous ces retours visent à une notion différente de la nation : celle issue des luttes réelles de libération nationale, celle créée de toutes pièces par l’état post-colonial (« Authenticité ») et celle d’un royaume antécolonial qu’il faut restaurer. Ce sont les luttes qui peuvent exposer les recoupements possibles. Les aspirations à la modernisation confrontent ces trois retours- à moins qu’elles ne soient qu’un suivisme ou copisme intégraux des cultures étrangères incorrectement portées au niveau de l’universel. L’affirmation de S. Kimbangu suivant laquelle « les Blancs savent seulement un quart de la science et la « race noire la plus humiliée du monde devenue émancipée saura les trois quarts restants » est une aspiration à l’universel complet.

En RDC, tous ces retours ont eu lieu. Dans les mouvements révolutionnaires prophétiques, qui articulaient entre elles les luttes d’émancipation de la race humaine, dite noire la plus humiliée du monde, celles des descendants des esclaves tant domestiques que mondiaux, celles des colonisés africains et enfin celles des colonisés congolais, les tendances de retour aux sources traditionnelles (pensées des résistants comme Mafuta Furia, Kimpa Vita, Nzinga) sont de première nature. Le désir d’émancipation universelle (« Le Noir sera Blanc et le Blanc sera Noir », S Kimbangu) se fait toujours sentir. Le dernier sermon de S. Kimbangu, à Mbanza Nsanda le 10 septembre 1921, est une véritable déclaration de libération nationale et d’émancipation humaine. Les églises qui se réclament de S. Kimbangu, malheureusement, ne sont pas pour la plupart fidèles à cette déclaration parce qu’elles agissent comme si la libération est déjà acquise. L’exigence de l’indépendance arrachée et non celle colonialement préparée et octroyée, à l’ABAKO indépendantiste, était en ligne avec cette déclaration. Les interventions de Patrice Emery Lumumba, en 1960, sont également fidèles à la déclaration. Il y a eu certainement des grandes idées de résistance dans les mouvements de la ‘Deuxième Indépendance’ qui reprennent les cultures traditionnelles résistantes.
« L’Authenticité Mobutiste », à notre avis se réclamait d’un retour localiste ; cela ne pouvait conduire qu’à la création des institutions ‘répressives’ comme la « Prima Curia ». Les bonnes volontés qui se réclamaient de « l’Authenticité » pour continuer la lutte pour la libération nationale étaient marginalisées. L’organisation du pouvoir commençait à imiter ce que les anthropologues avaient écrit dans leurs études des traditions du pouvoir soi-disant africain. Ici aussi les « religions traditionnelles » qui s’inspiraient du courant, faisaient promouvoir une spiritualité répressive. Le culte des ancetres était beaucoup plus attentif aux détenteurs du pouvoir qu’aux pauvres, aux persécutés, aux orphelins, etc. La chefferie et tout son arsenal des fétiches et son cortège des sorciers et nganga avaient pris une grande ascendance. Les marabouts devenaient des vrais décideurs. Il est possible que les forces extérieures qui les dominaient étaient assimilées aux plus grands sorciers.
Au début, le BDK donnait l’impression d’un mouvement de lutte culturelle de libération nationale —ne fut-ce que pour se débarrasser de l’emprise de la culture Mobutiste et Ngala dominant la société Kongo. En refusant de s’appuyer sur le peuple Kongo résistant, le seul créateur de l’histoire Kongo, en se faisant la seule source des traditions auxquelles il faut retourner et reçues par lui, en tant que grand maitre de la sagesse Kongo, par révélations, le BDK revendiquait un retour aux traditions métaphysiques (l’essence du Mukongo) de l’idéologie dominante du Royaume Kongo ; il taisait les traditions de résistance Kongo de palabre, de Lembaisme et les traditions sorties des mouvements de résistance ngunziste ( y compris Buendeiste), munkukuiste, croix-komaiste,etc. L’aspect d’utilisation révolutionnaire du Christianisme dans les luttes de libération lui avait échappé. C’est pourquoi, comme au moyen-age, pour le BDK, la religion détermine la politique qui détermine la science. L’autonomie, plus tard, du BDM, parti politique deviendra impossible. Quand le leader de BDK eut le désir de faire la politique, d’abord comme candidat gouverneur du Bas-Congo, sa vision politique devenait celle de l’occupation ou l’entrée dans l’état postcolonial. Au lieu d’un mouvement de la révolution culturelle s’appuyant sur les masses populaires pour une vraie transformation politique et sociale, il devint celui d’entrer dans l’état postcolonial dont la culture était combattue. Les premières tentatives d’occupation du pouvoir à partir des secteurs, par la force, seront réprimées de façon excessive par l’état. Récemment, le leader de BDK se présente comme expert en arbitrage politique « en sa qualité de grand maitre de la sagesse Kongo. » Le peuple Kongo qui le soutenait a commencé à se poser des questions. A supposer qu’il soit élu président de la République, du dedans de l’état post-colonial compradore quelles transformations pourra-t-il etre capable d’apporter dans l’absence d’un grand mouvement des masses populaires ?

22. Nous sommes encore dans l’époque où « les états veulent l’indépendance, les nations veulent la libération et les peuples veulent la révolution.» Nos dirigeants (compradores) ne veulent pas l’indépendance et meme pas l’autonomie fonctionnelle de nos états. Ils sont devenus des complices et des alliés surs de la domination et l’exploitation de nos peuples. La question nationale ne peut pas se résoudre par un état anti libération nationale. Les actes fondamentaux de ces dirigeants (le refus de mettre le travail au centre de l’activité économique et sociale et la privatisation du sol—l’expulsion des paysans pauvres de l’accès à la terre) préparent les conditions objectives de la révolution. Que doivent faire les 80% de sans emploi pour vivre et la majorité paysanne que les enclosures forcent de s’installer misérablement dans les bidonvilles ? L’agriculture, l’éducation populaire, la santé de base, etc., qui intéressent la majorité de la population, sont négligées. Les institutions pouvant incarner le processus de prise de conscience de l’idéal national : l’armée nationale, l’éducation publique, la justice, les structures idéologiques pseudo-étatiques sont en crise profonde si pas détruites. Un licencié d’université devient de plus en plus incapable d’écrire une lettre grammaticalement correcte de demande d’emploi ! C’est dans le désert qu’on preche « le changement des mentalités et la tolérance zéro de la corruption. » Le nettoyage culturo-idéologique ne pourra venir que par un grand mouvement des masses révolutionnaires (« mvita velela » disent les Bangunza.) Il faut comprendre, dans ce contexte, les mirages et le bavardage sur la démocratie multipartiste et l’humanitaire. On ne peut pas parler de la démocratisation quand ce qu’on vise c’est de garder la majorité de la population en dehors des moyens de vie et dans des conditions qui l’empeche de participer activement. Le parlement a passé plus des lois qui sont nocives à la majorité de la population qu’en sa faveur. Ceci explique aussi pourquoi les élections locales prévues tardent à venir. La démocratisation ne viendra pas dans une famille constamment affamée. Ni dans les écoles publiques où les enseignants sont clochardisés parce que mal payés. Un parti politique où « les cadres » se disputent les faveurs auprès du propriétaire/ »fondateur » ne peut se démocratiser. Les manipulations, les achats de conscience, l’utilisation de la topologie ethnique ou régionale et les intrigues n’avancent pas la démocratisation. Les alliés extérieurs, on doit s’y attendre, prennent leurs propres intrigues, manipulations et achats de conscience comme aidant la démocratisation des autres !
En Afrique, seuls quelques pays ont obtenu leur indépendance culturelle, surtout linguistique. La crise de l’usage de la soi-disant « langue officielle », le fait que les « lettrés », une minorité a des difficultés de la maitriser et que le reste de la société ignore la langue des institutions officielles, montre que l’indépendance culturelle reste à faire. Dans un sens, ce fait retarde l’arrivée dans ces pays du « Printemps arabe ». Les intellectuels progressistes qui doivent vite apporter aux masses populaires, dans les langues de celles-ci, les expériences du « Printemps arabe » semblent faire défaut. La jeunesse avec diplôme et sans emploi ne semble pas développer une conscience politique à la hauteur de celle de la jeunesse arabe sans emploi. La centralité des palabres à l’internet font ici culturellement et économiquement défaut. Ceci explique aussi pourquoi la diaspora congolaise n’arrive pas à faire émerger une vraie palabre dans le peuple congolais. Le retour aux sources est souvent accompagné d’un retour à l’utilisation des langues populaires.

En voie d’extinction – 6 août 2011

6 août 1945, dans la matinée la première bombe atomique est larguée sur Hiroshima. Il y a eu des survivants. Encore aujourd’hui, les survivants parlent. Mais est-ce possible de parler de Hiroshima de la manière dont ceux qui sont morts se sont sentis mourir à petit feu suite à un flash qu’ils ne pouvaient pas s’expliquer ? Certains, nous savons par les survivants, se sont demandés comment des humains pouvaient infliger de telles souffrances à d’autres humains. Un écho des humains kidnappés pour être ensuite vendus et traités comme des marchandises.

De retour à Hiroshima. Parmi les membres d’une équipe de sauvetage de l’armée japonaise arrivée à pied d’œuvre quelques heures après l’explosion, des témoins ont pu rapporter ce qu’ils ont vu et ressenti* :

Est-ce possible de se rappeler ces témoignages, tels qu’ils ont été ressentis ?

À voir l’histoire du monde depuis Hiroshima on est obligé, en conscience, de dire non, car, longtemps avant Hiroshima/Nagasaki s’était mis en route un processus de liquidation de l’espèce humaine. Cette liquidation s’est poursuivie, avec les atermoiements usuels, avec l’invention et le maintien d’un vocabulaire visant à promouvoir l’oubli d’une part et, l’acceptation, d’autre part, de ce qu’en conscience, était/est inacceptable. En reconstruisant l’histoire de l’humanité, il importe de voir cette histoire et cette humanité comme un tout. Les Amérindiens et les Africains « découverts », « civilisés » se considéraient membres à part entière de l’humanité. Vu sous cet angle, les points d’exclamation en forme de champignons atomiques au-dessus d’Hiroshima/Nagasaki terminent une phrase/phase/histoire dictée par une volonté d’un groupe de façonner le monde à son image.

À Hiroshima/Nagasaki, il y a eu des morts sans sépultures, vaporisés par la violence et la chaleur de l’explosion. Pour certaines victimes seules restaient l’ombre imprimée en contre-jour sur le mur à côté duquel elles se trouvaient au moment de l’explosion. Il y a eu ceux dont la peau tombait en lambeaux, demandant à boire, et tués sur le coup dès la première gorgée. Saura-t-on jamais ce qui fut ressenti, entre le soulagement de se voir donner à boire et la mort foudroyante, libératrice d’une souffrance indescriptible, indicible ?

À Hiroshima/Nagasaki, tout comme sur les rivages orientaux de l’Atlantique, quelques siècles auparavant, la même phrase a été dite par des représentants de l’espèce humaine : « comment des être humains peuvent-ils faire ceci à d’autres êtres humains ». Seul, « ceci » a changé : réduit à l’esclavage pré-atomique d’un côté et réduit à l’esclavage atomique de l’autre. Une autre forme de négationisme s’est établie cherchant à nous faire croire que l’esclavage atomique n’existe pas.

On parle beaucoup de la mémoire et, par extension, de l’obligation de ne pas oublier. Après la « découverte » d’Auschwitz, on a entendu : « Plus jamais ça ». Un slogan qui prit corps, en partie, suite au Tribunal de Nüremberg. Un tribunal qui fut officialisé le 8 août 1945. À la tête de ce tribunal, les Etats-Unis d’Amérique, qui, le 9 août 1945 larguèrent une autre bombe atomique sur Nagasaki. Il est difficile de ne pas se demander s’il s’agissait d’une façon d’effacer la mémoire avant même qu’elle ne prenne corps pour voir d’un même regard, d’une même conscience, les esclaves et les victimes de la modernisation de l’esclavage, aujourd’hui appelé capitalisme. Un système qui a engendré des sous-systèmes aux noms divers, fonctionnant comme les tentacules d’une pieuvre éternelle : colonisation, apartheid, clochardisation, chômage, compétitivité, ajustement structurel, globalisation. La croissance de la pieuvre n’est possible qu’avec l’extinction de l’humanité. La globalisation, nom innocent de cette pieuvre, verse des larmes de crocodile en entendant parler de l’extinction des pygmées. Ces larmes aussi humanitaires qu’elles puissent être ne changeront jamais la nature prédatrice d’un système fondé sur la liquidation des membres les plus vulnérables de l’humanité. Ne faudrait-il pas se poser des questions dérangeantes pour savoir si la globalisation n’est pas finalement le triomphe du rêve de gens comme Hitler ?

Les gens qui spéculent à partir des places boursières ont introduit un langage qui, en apparence, humanise la prédation en parlant des marchés comme s’il s’agissait d’être humains, comme le montre la une des manchettes des journaux : « les marchés se sont calmés », « les marchés s’inquiètent », « les marchés s’effondrent ». Ainsi, comme il a déjà été dit, le capital, essence même de l’inconscience, commence à être habillée de mots faisant penser à la conscience, tout en étant porteuse de maux nous incitant à faire un culte à l’inconscience.Beauty and the Beast streaming

Les spéculateurs boursiers se sentent-ils comme membres à part entière de la même humanité que celle dont se réclament les pygmées, les Dalits, les Tsiganes, les chômeurs, les handicapés, les enfants de la rue, les habitants des bidonvilles, des favélas, les violées, les chercheurs d’emploi/de vie, les sursitaires de la désertification, les affamés dans un monde produisant des surplus agricoles, les malades mourant sans soins de santés parce que endettés jusqu’au cou.

Le monde respectable des spéculateurs n’a rien à voir, aux yeux de leurs employeurs, avec le monde des pygmées. Mais les pygmées ne sont-ils pas les meilleurs connaisseurs de ces forêts que les bien-pensant, élites bénéficiaires de la destruction de l’humanité, prétendent sauver ? Oui, mais à une condition : les forêts valent, dans leur monde, beaucoup plus que les pygmées. Ils ne le disent pas, mais n’en pensent pas moins : « sauvons les forêts et que les pygmées crèvent ».

Longtemps avant que les intégristes de la technologie über alles ne commencent à s’incliner devant le verdict de leurs instruments, les gens le plus en harmonie avec la nature, du pôle nord au pôle sud, dans les steppes, les forêts, les déserts avaient sonné l’alarme de l’extinction. Pour certains, l’extinction fut un génocide, difficilement admis par les croisés de la supériorité de la civilisation occidentale. Une supériorité fondée, construite, défendue sur base de principes qui disaient/disent, entre autres, que la force prime tout, quelle que soit l’origine de cette force. Les pygmées de partout, vivant des forêts, dans les forêts, avec les forêts sont en voie d’extinction, selon les media. De ces mêmes media, le spectateur aura un bref résumé de la dernière tranche de l’extinction où les voisins des pygmées à la recherche de terres cultivables seront présentés comme les coupables. Rien, ou si peu, n’est dit sur les responsabilités de ceux qui ont façonné comment il faut penser la question de l’extinction de la vie et de toutes les valeurs de solidarité exigées par la conscience d’appartenir à une seule humanité.

Dans un monde construit autour du respect du plus fort, qui défendra les pygmées comme s’il s’agissait de sœurs et frères ? Les lamentations venant des organisations humanitaires, malheureusement en rappellent d’autres en d’autres temps.

La liquidation de l’humanité, de son histoire, de ses membres les plus vulnérables, des plus pauvres s’est poursuivie comme on peut le constater en prêtant l’oreille aux histoires qui viennent de Fukushima, des forêts équatoriales d’Afrique, des habitants de Palestine, Haïti, Somali, Lybie, des bidonvilles des mégalopoles du Sud, des enfants de la rue, des enfants soldats, des émigrés. La solidarité avec les gens âgés est systématiquement découragée grâce à une mentalité productiviste fixée sur « les fondamentaux » (le bottom line en anglais) de la soumission à la violence contre le genre humain. Ce processus de soumission à l’inconscience n’est pas ressenti comme tel car la destruction de la conscience de l’humanité semble, par endroits, avoir dépassé le point de non retour.

Serait-il que l’injonction « Plus jamais ça » est restée inopérante par incapacité/refus de nommer tous les responsables des Crimes contre l’Humanité, aussi puissants soient-ils ?

Entre temps, les médias nous montrent une Afrique qui se meurt par les maux considérés comme usuels, acceptables, dès qu’il s’agit de l’Afrique : la faim, la pauvreté, les conflits, les viols, des maladies facilement curables en d’autres lieux. Ces maux ont une histoire que les médias contrôleurs des informations ne peuvent, en aucun cas, conter. Une telle histoire est prohibée car elle court le risque de montrer que l’histoire, l’humanité doivent aussi disparaître, et pas seulement, les quelques gens et groupes de gens qui sont montrés du doigt comme des ennemis.

Régulièrement, on entend parler de l’extinction d’espèces naturelles, de langues, de groupes humains dans un contexte dominé par la recherche persistante de croissance d’un système responsable de la liquidation de la vie sur la planète. Nous sommes informés de cette liquidation/extinction de l’espèce humaine dans un langage qui nous présente ce fait comme un des petits effets négatifs de l’amélioration des conditions de vie pour tout le monde.

Des langues s’éteignent, mais il y a aussi des voix qui ont toujours été audibles qui aujourd’hui s’éteignent d’épuisement.

Des voix éteintes
Semi-éteintes
En train de s’éteindre crient
Nous sommes là
Nous vivons,
Nous voyons
Nous sentons

Les adressés préfèrent le confort
De ne pas voir
Ne pas sentir
Ne pas vivre

Ils n’ont jamais entendu
Nos voix
Nous les biens meubles
Par la grâce du Code Noir,
Des philosophes, des banquiers, des prêtres, des avocats, des assureurs,
La liste est longue, le message court et facile à mémoriser :
Ne pas voir, sentir, parler, communiquer
Ils ne sont pas humains, sont nés pour nous servir

Sous le Siècle des Lumières
Un obscur siècle
S’il en fut, pour l’Afrique
Nuit sans fin, début sans fin
Lente extermination des codifiés, des codificateurs
Se déclarent surpris par la tournure des choses
S’exclament :
Oh, mais nous ne savions pas—Non, oui, bon, euh, enfin
–Bégaiements typiques de l’inconfort face à la conscience–
C’est vrai vous vous êtes plaints, peut-être.
C’est à peine si on pouvait vous entendre
Ou vous comprendre
Personne ne parlait votre langue, parmi nous…

Écoutons les ancêtres d’Ota Benga et de nous tous :
Vous nous aviez décrété « biens meubles »
DONC
Par définition incapables
De parler une langue
Seulement capables
De faire du bruit
Quand l’Afrique
Fut reconnue berceau
De l’humanité, instiguant
Les descendants des codificateurs
Du Code à s’acharner à faire de
L’Afrique la tombe de l’humanité
VRAIMENT
Vous nous prenez pour
Des imbéciles.
Un des descendants de ceux que vous aviez
Décrétés non humains avait été sélectionné, boursier,
Pour être formaté
Dans la science de la soumission
Mais
Cheikh Anta Diop était
De celles/ceux qui, depuis
Des millénaires continuaient de faire naître
La conscience de l’humanité
Depuis les temps les plus reculés
De la civilisation dans la vallée du Nil
KMT
Le pays des noirs
Aujourd’hui dit Égypte
Les négationnistes de l’humanité
S’organisèrent pour mettre Cheikh
Anta Diop en échec

Hélas,
Comme tout projet négationniste bien ficelé
Nombreux sont celles/ceux qui,
Nés et abreuvés aux sources
De la Civilisation, se sont laissés
Ficelés

Par ceux/celles qui sont passés
Maîtres dans la recherche de la création
Du paradis sur terre

Nombreuses sont les voix qui continuent de dire,
Comme les gens de la Sphère au temps
Du triomphe des gens de la Pyramide,
Que ce paradis de minorité
Devient de plus en plus infernal
Pour la croissante majorité
fidèle à l’humanité
solidarité résistante
à la compétitivité
humanitariste charitable excipient
d’un poison sans nom

distillé par des faussaires
cherchant
A liquider l’humanité

(À suivre -23 août 2011)

* Voir le film documentaire (15 :56) de Kathy Sloane. Witness to Hiroshima. www.witnesstohiroshima.com. On y voit comment un citoyen Japonais se fait l’écho en 12 images de ce qu’il a vu et senti à Hiroshima quelques heures après l’explosion de la bombe atomique.
Cette référence s’inspire directement du roman de Ayi Kwei Armah, KMT- In the House of Life –An Epistemic Novel, Perankh Publishers, Popenguine (Senegal) 2006.

DRC: Ragi Ngenderezi Abulengu, “We are like birds: today we are here, but tomorrow we will move again”

MUGUNGA, 15 June 2011 (IRIN) – In Mugunga, about 12km from Goma in eastern Democratic Republic of Congo (DRC), communities of Bambuti have been eking out a living at the edge of the city. The Bambuti are believed to be among Central Africa’s oldest inhabitants, surviving from hunting and gathering. Among those living in Mugunga, some fled the war in eastern DRC in 2005 and others were evicted from their ancestral homes in Virunga National Park, home to DRC’s mountain gorillas.

http://www.irinnews.org/report.aspx?ReportID=92990

Neglected by humanitarian organizations, the Bambuti are among the most marginalized communities in the country, without access to even the most basic of resources like shelter and potable water. They frequently face discrimination from other communities. One of their greatest challenges is access to land; despite being DRC’s original inhabitants, they have no title deeds. download film T2 Trainspotting 2017

“Where we were before, in Ngungu, there was a war between the DRC National Army (FARDC) and the National Congress for the Defence of the People (CNDP) several years ago. A lot of people died. When they saw children, the militias simply mutilated them. Now, we’ve been away for more than five years, but we have been unable to go back. We don’t even have our own land there. And here in Mugunga, the proprietor can tell us that we have to move after 2-3 days, so we will be on the move again.

“Recently the city’s water department cut off the water supply so we don’t have any access to water. And even eating every day is difficult. We live by depending on other people who were living here before. We work for them and they give us a small amount to eat. Like slaves.

“As Bambuti, we have no right to own land, so how can we even go back to where we came from? We need the government to bring about stability in land ownership. We are like birds: today we are here, but tomorrow we will move again. Even when someone dies, we have trouble finding a place to bury him.

“When some of our people were moved from Virunga National Park, we were supposed to get 40 percent of the profits from the park, but we got nothing. We can’t even change our lifestyle to fishing because of a lack of materials.

“When we try to go to the park, we are beaten by the security guards. They tell us we are dirty; some use their weapons against us. The last time one of us went there, his shirt was torn by the guards. How can we find our own medicines if the park is closed to us? In the health centres, we are refused treatment because we don’t have money. They tell us: `You are a pygmy – get out’.

“The whole of Congo has forgotten the Bambuti, but please tell me something, who does the Congo belong to? Who are the true people of Congo? If we raise our heads, the people of this country push us down again. If we had access to education, we could study – we really have a great deal of potential, but we have no access.”

zm/am/cb
Theme (s): Conflict, Human Rights, Refugees/IDPs,

[This report does not necessarily reflect the views of the United Nations]

Pygmées – Bantous : un amour impossible? Les préjugés ont la vie dure

http://www.afrik.com/article22401.html
Des mariages entre Bantous et Pygmées ? Cela était impensable, il y a encore quelques années. Mais aujourd’hui, si les tabous demeurent prégnants, les mentalités évoluent. Reportage à Impfondo, au Congo-Brazzaville, où se déroulait du 16 au 19 mars le Forum international des peuples autochtones d’Afrique centrale (FIPAC).

« Ca ne changera jamais de mon vivant. Les Bantous ne nous accepteront jamais. C’est un rêve irréalisable », soutient Benjamin Moubangwé. Chasseur, agriculteur, producteur de graines de palme et de miel de forêt, mari de deux femmes et père de huit enfants, M. Moubangwé ne se plaint pas de la vie qu’il mène et est plutôt fier de ce qu’il est. Mais lorsqu’on lui demande si, au Congo-Brazzaville, un Pygmée comme lui peut fonder une famille avec une Bantoue, sa réponse est sans appel. « Les hommes bantous ne nous acceptent pas, ils nous traitent comme des idiots. Si une femme bantoue se rapprochait d’un pygmée, les hommes bantous lui demanderaient des comptes : comment peux-tu être avec un inférieur ? Ils lui mettraient une barrière qui empêcherait tout rapport sexuel », estime-t-il. Pour Nicole Mbeki, 31 ans, serveuse dans un hôtel-restaurant d’Impfondo, le chef lieu du département de la Likouala où vit également M. Moubangwé, l’union entre un autochtone et une Bantoue est aussi du domaine de l’impensable. « C’est impossible ! C’est l’homme qui drague la femme », s’exclame la jeune femme, lorsque nous lui demandons si elle pourrait se marier avec un autochtone. « Un Pygmée ne peut pas approcher une bantoue, il se sent inférieur donc il n’y arrive pas », explique-t-elle. Et si un Pygmée avait le courage de lui déclarer sa flamme, céderait-elle à ses avances ? « Oui, peut-être, mais ce serait très difficile », lâche-t-elle du bout des lèvres.

Pourtant, Benjamin Moubangwé a déjà été témoin d’un rapprochement entre un Pygmée et une Bantoue. « Le fils de l’un de mes amis couchait avec une Bantoue. Mais il s’est fait enfermer » à cause de la famille de la femme, raconte-t-il. Et libérer le jeune homme de prison n’a pas été une mince affaire. S’il reste très mal vu qu’un Pygmée noue des relations amoureuses avec une Bantoue, le tabou semble beaucoup plus lâche pour les hommes bantous sensibles aux charmes des autochtones. M. Moubangwé a lui-même une fille, Martine, qui a un enfant avec un Bantou. Et Nicole Mbeki confie connaître quelques couples mixtes dans le département de la Likouala. De même pour Jean-Denis Toutou Ngamiye, enseignant à la retraite vivant dans le village de Dwakami, dans le département de la Lékoumou, et président bantou de l’association pour la promotion socioculturelle des Pygmées du Congo (APSPC). Son oncle, affirme-t-il, est marié à une autochtone, et tous leurs fils ont épousé des Bantoues. M. Toutou Ngamiye se rappelle qu’autrefois la plupart des Bantous cachaient leurs relations avec des femmes pygmées, tandis qu’aujourd’hui ils en ont moins honte. Il estime donc que les mentalités peuvent aussi évoluer du côté des femmes bantoues. « Il y a déjà quelques cas, mais les femmes restent réticentes », constate-t-il.

Pour Hortense Bouanga Silas, présidente de l’association Action communautaire pour un développement durable (ACDD) basée à Indo Sibiti, dans le département de la Lékoumou, « c’est d’abord une question économique. La femme bantoue ne peut aller vers l’homme autochtone alors que l’inverse est vrai ». Le mode de vie nomade des Pygmées ne conviendrait pas aux femmes bantoues, qui n’y trouveraient pas le confort matériel et financier auquel elles aspirent. « Il y a aussi le problème de la propreté. Ils ne maîtrisent pas toutes les notions d’hygiène. Ils vivent dans un habitat vraiment dérisoire. Souvent, dans leurs campements, les hommes vivent ensemble de leur côté, les femmes de l’autre. Et quand ils se désirent, ils font leurs affaires en forêt. » Une manière d’être difficilement supportable pour un Bantou.

L’éducation et l’échange, les meilleures armes contre les préjugéswatch full John Wick: Chapter 2 film

De plus en plus de Pygmées se sédentarisent et intègrent l’économie marchande. Mais, travaillant en général pour des Bantous, ils sont exploités par ces derniers qui profitent de leur piètre connaissance de la valeur monétaire du travail. Une situation que dénonce Benjamin Ngola, Pygmée d’origine centrafricaine, enseignant depuis trois ans dans une école primaire du village d’Enyele, dans la Likouala. Pour lui, les deux ethnies ne pourront pas cohabiter harmonieusement et encore moins se métisser tant que l’une méprisera l’autre. « Se marier avec un Bantou ? Non, ça ne peut pas aller », déclare-t-il. « Souvent les filles autochtones approchent les Bantous, mais jusqu’à maintenant les Bantous prennent les Pygmées pour leurs esclaves. Aux champs, on les voit faire les Pygmées travailler dur, porter des fagots, pour juste un bâton de cigarette », dénonce le jeune homme.

Les rapports Maître/esclave, Adrien Kombe-Mabojawa en sait quelque chose. Cet administrateur de services financiers et de santé, président de la Fondation Kombe pour le développement rural, se définit lui-même comme un « descendant de maître d’autochtones ». Son père était autrefois chef du village d’Enyele et sa famille avait de nombreux Pygmées sous sa coupe. Depuis 2003, exorcisant ce passé, M. Kombe-Mabojawa œuvre à l’amélioration de la qualité de vie de la minorité pygmée et à son insertion dans la vie économique du Congo. « La main qui reçoit est toujours faible devant celle qui donne », analyse-t-il, estimant qu’il faut « amener [les autochtones] à créer des activités génératrices de revenus pour les rendre autonomes » et, ainsi, mieux considérés. Une démarche qui passe par une plus grande scolarisation des Pygmées. Pour lui, il faut ouvrir plus d’écoles sur les lieux où ils demeurent afin de les faire progresser sans les dénaturer ; une démarche différente des politiques gouvernementales des années 1960-1970 qui en avaient drainé un grand nombre « vers la ville, pour les scolariser, leur permettre de cohabiter avec les Bantous, mais sans mesure d’accompagnement ».

Pour Jean-Denis Toutou Ngamiye, les progrès amenés par la scolarisation sont déjà visibles. Même si le mode de vie nomade pénalise les enfants pygmées qui doivent suivre leurs parents en forêt plusieurs fois par an, ceux qui accèdent au système scolaire, et par conséquent fréquentent des Bantous dès l’enfance, sont de plus en plus nombreux. « Autrefois, ils craignaient l’influence des enfants bantous sur les leurs, la possibilité qu’ils soient discriminés. Mais ça a évolué, aujourd’hui ils jouent ensemble, ils vont à l’école ensemble », explique M. Toutou Ngamiye. Pour Yvonne Salemba, originaire du pays voisin, l’éducation est aussi l’une des clés de l’évolution des mentalités et de la condition des pygmées. « Ici, au Congo-Brazzaville, les autochtones sont plus discriminés qu’en RDC. Au Kivu, ils ont accès au lycée, à l’université », constate-t-elle. Pygmée titulaire d’un diplôme de second cycle, infirmière dans la ville de Bukavu, mariée depuis 15 ans à un Bantou et mère de trois enfants, Mme Salemba continue sa lutte pour l’émancipation et l’égalité des autochtones au sein du PIDP (Programme d’intégration et de développement du peuple pygmée au Kivu). Mais, partant de son expérience personnelle, elle est optimiste quant à l’avenir des relations entre les deux groupes humains. D’ailleurs, nous confie-t-elle, quelque soit l’origine des conjoints, le secret d’une union réussie reste le même : « La femme doit être soumise à son mari ! »