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En voie d’extinction – 6 août 2011

6 août 1945, dans la matinée la première bombe atomique est larguée sur Hiroshima. Il y a eu des survivants. Encore aujourd’hui, les survivants parlent. Mais est-ce possible de parler de Hiroshima de la manière dont ceux qui sont morts se sont sentis mourir à petit feu suite à un flash qu’ils ne pouvaient pas s’expliquer ? Certains, nous savons par les survivants, se sont demandés comment des humains pouvaient infliger de telles souffrances à d’autres humains. Un écho des humains kidnappés pour être ensuite vendus et traités comme des marchandises.

De retour à Hiroshima. Parmi les membres d’une équipe de sauvetage de l’armée japonaise arrivée à pied d’œuvre quelques heures après l’explosion, des témoins ont pu rapporter ce qu’ils ont vu et ressenti* :

Est-ce possible de se rappeler ces témoignages, tels qu’ils ont été ressentis ?

À voir l’histoire du monde depuis Hiroshima on est obligé, en conscience, de dire non, car, longtemps avant Hiroshima/Nagasaki s’était mis en route un processus de liquidation de l’espèce humaine. Cette liquidation s’est poursuivie, avec les atermoiements usuels, avec l’invention et le maintien d’un vocabulaire visant à promouvoir l’oubli d’une part et, l’acceptation, d’autre part, de ce qu’en conscience, était/est inacceptable. En reconstruisant l’histoire de l’humanité, il importe de voir cette histoire et cette humanité comme un tout. Les Amérindiens et les Africains « découverts », « civilisés » se considéraient membres à part entière de l’humanité. Vu sous cet angle, les points d’exclamation en forme de champignons atomiques au-dessus d’Hiroshima/Nagasaki terminent une phrase/phase/histoire dictée par une volonté d’un groupe de façonner le monde à son image.

À Hiroshima/Nagasaki, il y a eu des morts sans sépultures, vaporisés par la violence et la chaleur de l’explosion. Pour certaines victimes seules restaient l’ombre imprimée en contre-jour sur le mur à côté duquel elles se trouvaient au moment de l’explosion. Il y a eu ceux dont la peau tombait en lambeaux, demandant à boire, et tués sur le coup dès la première gorgée. Saura-t-on jamais ce qui fut ressenti, entre le soulagement de se voir donner à boire et la mort foudroyante, libératrice d’une souffrance indescriptible, indicible ?

À Hiroshima/Nagasaki, tout comme sur les rivages orientaux de l’Atlantique, quelques siècles auparavant, la même phrase a été dite par des représentants de l’espèce humaine : « comment des être humains peuvent-ils faire ceci à d’autres êtres humains ». Seul, « ceci » a changé : réduit à l’esclavage pré-atomique d’un côté et réduit à l’esclavage atomique de l’autre. Une autre forme de négationisme s’est établie cherchant à nous faire croire que l’esclavage atomique n’existe pas.

On parle beaucoup de la mémoire et, par extension, de l’obligation de ne pas oublier. Après la « découverte » d’Auschwitz, on a entendu : « Plus jamais ça ». Un slogan qui prit corps, en partie, suite au Tribunal de Nüremberg. Un tribunal qui fut officialisé le 8 août 1945. À la tête de ce tribunal, les Etats-Unis d’Amérique, qui, le 9 août 1945 larguèrent une autre bombe atomique sur Nagasaki. Il est difficile de ne pas se demander s’il s’agissait d’une façon d’effacer la mémoire avant même qu’elle ne prenne corps pour voir d’un même regard, d’une même conscience, les esclaves et les victimes de la modernisation de l’esclavage, aujourd’hui appelé capitalisme. Un système qui a engendré des sous-systèmes aux noms divers, fonctionnant comme les tentacules d’une pieuvre éternelle : colonisation, apartheid, clochardisation, chômage, compétitivité, ajustement structurel, globalisation. La croissance de la pieuvre n’est possible qu’avec l’extinction de l’humanité. La globalisation, nom innocent de cette pieuvre, verse des larmes de crocodile en entendant parler de l’extinction des pygmées. Ces larmes aussi humanitaires qu’elles puissent être ne changeront jamais la nature prédatrice d’un système fondé sur la liquidation des membres les plus vulnérables de l’humanité. Ne faudrait-il pas se poser des questions dérangeantes pour savoir si la globalisation n’est pas finalement le triomphe du rêve de gens comme Hitler ?

Les gens qui spéculent à partir des places boursières ont introduit un langage qui, en apparence, humanise la prédation en parlant des marchés comme s’il s’agissait d’être humains, comme le montre la une des manchettes des journaux : « les marchés se sont calmés », « les marchés s’inquiètent », « les marchés s’effondrent ». Ainsi, comme il a déjà été dit, le capital, essence même de l’inconscience, commence à être habillée de mots faisant penser à la conscience, tout en étant porteuse de maux nous incitant à faire un culte à l’inconscience.

Les spéculateurs boursiers se sentent-ils comme membres à part entière de la même humanité que celle dont se réclament les pygmées, les Dalits, les Tsiganes, les chômeurs, les handicapés, les enfants de la rue, les habitants des bidonvilles, des favélas, les violées, les chercheurs d’emploi/de vie, les sursitaires de la désertification, les affamés dans un monde produisant des surplus agricoles, les malades mourant sans soins de santés parce que endettés jusqu’au cou.

Le monde respectable des spéculateurs n’a rien à voir, aux yeux de leurs employeurs, avec le monde des pygmées. Mais les pygmées ne sont-ils pas les meilleurs connaisseurs de ces forêts que les bien-pensant, élites bénéficiaires de la destruction de l’humanité, prétendent sauver ? Oui, mais à une condition : les forêts valent, dans leur monde, beaucoup plus que les pygmées. Ils ne le disent pas, mais n’en pensent pas moins : « sauvons les forêts et que les pygmées crèvent ».

Longtemps avant que les intégristes de la technologie über alles ne commencent à s’incliner devant le verdict de leurs instruments, les gens le plus en harmonie avec la nature, du pôle nord au pôle sud, dans les steppes, les forêts, les déserts avaient sonné l’alarme de l’extinction. Pour certains, l’extinction fut un génocide, difficilement admis par les croisés de la supériorité de la civilisation occidentale. Une supériorité fondée, construite, défendue sur base de principes qui disaient/disent, entre autres, que la force prime tout, quelle que soit l’origine de cette force. Les pygmées de partout, vivant des forêts, dans les forêts, avec les forêts sont en voie d’extinction, selon les media. De ces mêmes media, le spectateur aura un bref résumé de la dernière tranche de l’extinction où les voisins des pygmées à la recherche de terres cultivables seront présentés comme les coupables. Rien, ou si peu, n’est dit sur les responsabilités de ceux qui ont façonné comment il faut penser la question de l’extinction de la vie et de toutes les valeurs de solidarité exigées par la conscience d’appartenir à une seule humanité.

Dans un monde construit autour du respect du plus fort, qui défendra les pygmées comme s’il s’agissait de sœurs et frères ? Les lamentations venant des organisations humanitaires, malheureusement en rappellent d’autres en d’autres temps.

La liquidation de l’humanité, de son histoire, de ses membres les plus vulnérables, des plus pauvres s’est poursuivie comme on peut le constater en prêtant l’oreille aux histoires qui viennent de Fukushima, des forêts équatoriales d’Afrique, des habitants de Palestine, Haïti, Somali, Lybie, des bidonvilles des mégalopoles du Sud, des enfants de la rue, des enfants soldats, des émigrés. La solidarité avec les gens âgés est systématiquement découragée grâce à une mentalité productiviste fixée sur « les fondamentaux » (le bottom line en anglais) de la soumission à la violence contre le genre humain. Ce processus de soumission à l’inconscience n’est pas ressenti comme tel car la destruction de la conscience de l’humanité semble, par endroits, avoir dépassé le point de non retour.

Serait-il que l’injonction « Plus jamais ça » est restée inopérante par incapacité/refus de nommer tous les responsables des Crimes contre l’Humanité, aussi puissants soient-ils ?

Entre temps, les médias nous montrent une Afrique qui se meurt par les maux considérés comme usuels, acceptables, dès qu’il s’agit de l’Afrique : la faim, la pauvreté, les conflits, les viols, des maladies facilement curables en d’autres lieux. Ces maux ont une histoire que les médias contrôleurs des informations ne peuvent, en aucun cas, conter. Une telle histoire est prohibée car elle court le risque de montrer que l’histoire, l’humanité doivent aussi disparaître, et pas seulement, les quelques gens et groupes de gens qui sont montrés du doigt comme des ennemis.

Régulièrement, on entend parler de l’extinction d’espèces naturelles, de langues, de groupes humains dans un contexte dominé par la recherche persistante de croissance d’un système responsable de la liquidation de la vie sur la planète. Nous sommes informés de cette liquidation/extinction de l’espèce humaine dans un langage qui nous présente ce fait comme un des petits effets négatifs de l’amélioration des conditions de vie pour tout le monde.

Des langues s’éteignent, mais il y a aussi des voix qui ont toujours été audibles qui aujourd’hui s’éteignent d’épuisement.

Des voix éteintes
Semi-éteintes
En train de s’éteindre crient
Nous sommes là
Nous vivons,
Nous voyons
Nous sentons

Les adressés préfèrent le confort
De ne pas voir
Ne pas sentir
Ne pas vivre

Ils n’ont jamais entendu
Nos voix
Nous les biens meubles
Par la grâce du Code Noir,
Des philosophes, des banquiers, des prêtres, des avocats, des assureurs,
La liste est longue, le message court et facile à mémoriser :
Ne pas voir, sentir, parler, communiquer
Ils ne sont pas humains, sont nés pour nous servir

Sous le Siècle des Lumières
Un obscur siècle
S’il en fut, pour l’Afrique
Nuit sans fin, début sans fin
Lente extermination des codifiés, des codificateurs
Se déclarent surpris par la tournure des choses
S’exclament :
Oh, mais nous ne savions pas—Non, oui, bon, euh, enfin
–Bégaiements typiques de l’inconfort face à la conscience–
C’est vrai vous vous êtes plaints, peut-être.
C’est à peine si on pouvait vous entendre
Ou vous comprendre
Personne ne parlait votre langue, parmi nous…

Écoutons les ancêtres d’Ota Benga et de nous tous :
Vous nous aviez décrété « biens meubles »
DONC
Par définition incapables
De parler une langue
Seulement capables
De faire du bruit
Quand l’Afrique
Fut reconnue berceau
De l’humanité, instiguant
Les descendants des codificateurs
Du Code à s’acharner à faire de
L’Afrique la tombe de l’humanité
VRAIMENT
Vous nous prenez pour
Des imbéciles.
Un des descendants de ceux que vous aviez
Décrétés non humains avait été sélectionné, boursier,
Pour être formaté
Dans la science de la soumission
Mais
Cheikh Anta Diop était
De celles/ceux qui, depuis
Des millénaires continuaient de faire naître
La conscience de l’humanité
Depuis les temps les plus reculés
De la civilisation dans la vallée du Nil
KMT
Le pays des noirs
Aujourd’hui dit Égypte
Les négationnistes de l’humanité
S’organisèrent pour mettre Cheikh
Anta Diop en échec

Hélas,
Comme tout projet négationniste bien ficelé
Nombreux sont celles/ceux qui,
Nés et abreuvés aux sources
De la Civilisation, se sont laissés
Ficelés

Par ceux/celles qui sont passés
Maîtres dans la recherche de la création
Du paradis sur terre

Nombreuses sont les voix qui continuent de dire,
Comme les gens de la Sphère au temps
Du triomphe des gens de la Pyramide,
Que ce paradis de minorité
Devient de plus en plus infernal
Pour la croissante majorité
fidèle à l’humanité
solidarité résistante
à la compétitivité
humanitariste charitable excipient
d’un poison sans nom

distillé par des faussaires
cherchant
A liquider l’humanité

(À suivre -23 août 2011)

* Voir le film documentaire (15 :56) de Kathy Sloane. Witness to Hiroshima. www.witnesstohiroshima.com. On y voit comment un citoyen Japonais se fait l’écho en 12 images de ce qu’il a vu et senti à Hiroshima quelques heures après l’explosion de la bombe atomique.
Cette référence s’inspire directement du roman de Ayi Kwei Armah, KMT- In the House of Life –An Epistemic Novel, Perankh Publishers, Popenguine (Senegal) 2006.

QUAND LE NEGATIONISME TUE À PETIT FEU

L’histoire du développement guerrier et pacifique du nucléaire, surtout depuis Hiroshima/Nagasaki, dérange les consciences. Cette histoire de cloisonnement ou de confinement n’est pas particulière au nucléaire. Tout comme pour l’histoire du capitalisme, le mot d’ordre semble être qu’il ne faut pas s’inquiéter et que tout ira bien pour le meilleur des mondes. Avec le 25ème anniversaire de Tchernobyl, et les informations accumulées depuis cette catastrophe, il est permis de questionner cette manière idyllique de conter l’histoire.

Le refus de partager une information vitale pour la survie d’un groupe (famille au sens restreint ou étendu) aura un effet cumulatif quant aux répercussions négatives. Mais le problème ne se présente pas seulement à Fukushima. A chaque fois que l’histoire avance (recule ou fait du surplace), les forces qui ont tout fait pour qu’il ne sorte qu’une seule narration s’activent pour formater la continuation de cette narration selon leur version. Quelle que soit la crise dont il s’agit, il émergera une version qui a ses racines dans un processus de façonner le monde et comment penser les changements, ce qui doit changer, etc. selon la mémoire/l’objectif des vainqueurs.

Est-ce possible de penser en même temps la Lybie et Fukushima ?

Dans les ceux cas, à Fukushima comme en Lybie, on peut observer l’humanité faisant face à une croisée des chemins. Dans les deux cas, les organes dominant d’information discutent de scénarios et des solutions qui écartent les voies qui pourraient contrarier leurs intérêts à court terme. Habitués à toujours avoir le dessus les pays qui ont toujours dominé la planète cherchent à maintenir le statu quo de leur domination. Au cas où il y aurait résistance, le recours à la solution militaire sera automatique. Dans les deux cas, les organes d’information s’organisent pour présenter l’histoire de la Lybie et celle du nucléaire sous une forme tronquée. Dans les deux cas, on parle de crise qui sera résolue par les forces compétentes en la matière. Même si les experts apparaissent comme ayant violé les règles les plus élémentaires de recours à la négociation (Lybie) à la prudence (Fukushima), aucune des instances en place, au niveau des relations internationales n’ont les possibilités et/ou les moyens de les rappeler à l’ordre. Sauf si des voix, se fondant sur la conscience de l’humanité, rappellent aux tout-puissants le fait, somme toute banal, que cette toute-puissance s’est construite sur le silence consenti et/ou forcé du reste de l’humanité.

L’histoire de la Lybie ne commence pas en 1969 ou même avec la colonisation italienneWatch Full Movie Online Streaming Online and Download

En Lybie, la crise est présentée de telle manière qu’il faille recourir à une solution militaire pour sauver les opposants du colonel Kadhafi. L’argumentaire est celui des droits de l’Homme. Moralement il est sous-entendu que personne ne pourrait s’opposer à une telle entreprise. Cet argumentaire a des racines profondes dans l’histoire des rapports entre l’Occident et les peuples non Européens. Après l’esclavage et le fameux commerce triangulaire entre les Amériques, l’Europe et l’Afrique, l’Europe, par le biais de la Conférence de Berlin s’appropria l’Afrique, au nom de l’introduction de la Civilisation dans l’Afrique obscure. Les historiens à courte vue, aiment nous dire que le mode de fonctionnement du monde d’aujourd’hui a commencé durant la 2ème Guerre Mondiale. Ce n’est qu’en partie vrai. La Conférence de Berlin est le précurseur de la Conférence de San Francisco qui organise les Nations Unies et, dans la foulée, l’OTAN. Toutes ces organisations furent mis en place pour servir les intérêts de l’Occident

Pour occuper l’Afrique (avant et après la Conférence de Berlin), il a fallu des campagnes militaires. En RDC, ces campagnes étaient appelées campagnes de pacification ou « promenades militaires ». Elles ont continué jusque dans les années 30. Pour l’Occident dominateur, il ne doit exister qu’une histoire de ses rapports avec l’Afrique, il n’existe qu’une manière de narrer ses rapports avec Haïti. Cette histoire doit être dictée par l’Occident. Un Occident dont la mentalité est structurée par l’histoire d’Etats aux objectifs de colonisation. Un Occident d’où ont surgi les multinationales qui, aujourd’hui dictent les argumentaires avancés par les Etats. Il devient de plus en plus clair que les instances mises en place, par des États Nation, durant et à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, ne font/feront plus le poids face aux défis actuels et à venir. Le poids des multinationales est tel que la logique et le mode de fonctionnement des institutions étatiques obligent un recours à des accommodements qui renforcent la loi de la jungle alors qu’on est supposé vivre dans un monde civilisé, démocratisé. La défaillance des structures politiques pour régler les relations internationales sera toujours compensée par la mentalité qui a conditionné leur mise en place (à Berlin, Yalta, San Francisco, Bretton Woods).

Pour les puissances qui se sont enrichies en asservissant/colonisant l’Afrique, le sentiment de culpabilité les conduit à se présenter comme les défenseurs de celles/ceux qui souffrent les atrocités commises par Kadhafi. Cependant, la question de savoir quelles sont les forces qui ont façonné l’émergence d’un dirigeant sanguinaire n’est jamais posée ou rarement discutée. Quand il y a discussion de changement de régime, les parrains et partenaires des régimes en question ne sont pas appelés à rendre des comptes.

Dans l’histoire de l’humanitarisme et des droits humanitaires il y a un escamotage systématique des racines non humanitaires des propagateurs de cette religion selon laquelle l’expansion du capitalisme ne peut être vue que sous l’angle des bienfaits. Les effets négatifs sont considérés comme mineurs. Très rarement, pour ne pas dire jamais, assiste-t-on à un examen sans complaisance des effets destructeurs de ce qu’il y a de plus sacré entre les humains, à savoir, l’humanité commune, le respect du principe de vie. À partir du moment où l’éclatement (appelons-la la fission) de l’humanité s’est produite et que commencèrent à se mettre en place les mécanismes économiques, financiers, politiques, sociaux, culturels et religieux de ce qui en quelques années deviendra le capitalisme, il se développa aussi une narration de cette histoire dont l’objectif a toujours été de rehausser les bienfaits du système. L’histoire de celles/ceux qui furent déclarés (Voir, par exemple, Le Code Noir) non humains, jusqu’aujourd’hui n’a pas été contée telle qu’elle a été vécue par ces témoins incontournables. Face aux dépositaires/héritiers de ces témoins, les descendants des rédacteurs du Code Noir ont appris mécaniquement la règle de toujours les réduire au silence. En vue de parfaire cette réduction au silence, il faut surtout éviter les possibles rapprochements avec d’autres errements.

Les régimes conduits par Hitler, Mussolini sont présentés comme des aberrations. Le tribunal de Nüremberg où seront condamnés individuellement des responsables aura pour effet de blanchir la part qui revenait au système. Et cela malgré les voix qui se sont élevés et qui, aujourd’hui continuent de s’élever. Le Tribunal de Nüremberg eut aussi comme effet collatéral de contenir l’histoire des régimes instaurés par Hitler et Mussolini à l’intérieur d’un conteneur de confinement étanche, afin qu’ils ne soient vus que comme des aberrations. Il ne fallait pas voir dans l’histoire des puissances de l’Axe (Allemagne/Italie/Japon) la pulsion coloniale s’en prenant à une zone et à des populations considérées hors limite.

Par un article du NYT en date du 14 avril 2011(Nuclear Cleanup Plans Hinge on Unknowns par Hiroko Tabuchi
) nous apprenons que pour les travaux les plus dangereux, la compagnie qui opère les réacteurs de Fukushima (Tepco) recourt à des travailleurs saisonniers par le biais d’une société spécialisée dans ce genre de recrutement de travailleurs. En d’autres termes, et cela ne date pas d’hier, à chaque fois que l’humanité s’est lancée dans une phase qui risquait de ne pas plaire à tout le monde, il a fallu recourir au secret. Dans l’industrie nucléaire, il y a des boulots qui sont tellement dangereux que seuls les candidats inconscients et/ou non informés des risques pour leur santé, sont prêts à se présenter. Est-on tellement loin des pulsions dominatrices apprises à travers l’esclavage Atlantique et la colonisation ?

Le 5 avril, 2011, on nous a annoncé l’entrée d’Aimé Césaire au Panthéon à Paris. Dans ce geste qui est vu par certains comme une consécration des luttes de Césaire contre la déshumanisation il faut aussi y voir un processus de négation de ce qu’il y avait de plus profond dans les luttes de Césaire. Dans cette négation il y a aussi une manœuvre de désamorçage des ce qu’il y avait de plus radical dans sa pensée. Cette entrée au Panthéon ne coûte rien au système. Tout le contraire, ce geste, dans le contexte actuel, renforcera dans le public français de France la notion que Napoléon, [restaurateur de l’esclavage], et Césaire peuvent se côtoyer sans problème. Ce geste renforcera l’idée de la magnanimité des figures napoléoniennes, peu importe les détails qui pourraient donner une image contraire à celle qui maintient l’ordre hiérarchique entre la révolution de 1789/France et celle de 1804/Haïti.

Le Panthéon pour Césaire, l’Académie Française pour Senghor, le Jura pour Toussaint l’Ouverture, le fond de l’océan Atlantique pour la chair à canon de l’esclavage qui refusa la mort à petit feu ? En d’autres termes, il y a, à travers cet acte, la nécessité de maintenir en place une structure automatique de hiérarchisation des consciences. Le Panthéon, c’est Napoléon d’abord. C’est ce dernier qui organisa avec la plus grande férocité possible la restauration de l’esclavage là où elle avait été abolie. À Haïti, cela n’a pas été possible. Et, plus de 200 ans après, Haïti continue de payer pour avoir réussi l’impossible impertinence, aux yeux de ceux qui ne pouvaient accepter alors et qui, aujourd’hui, continuent de ne pas accepter la proposition que les Africains puissent être en avance sur l’universalité de la liberté.

Y a-t-il encore une boussole dans un monde qui semble avoir perdu le nord ?

Depuis l’inauguration de la déshumanisation systématique des segments les plus pauvres de l’humanité qui ont ouvert la voie à ce qui apparaît de plus en plus comme l’extinction de l’humanité, la partie encore saine trouvera-t-elle les moyens d’arrêter un processus qui semble de plus en plus inéluctable ? Or, la partie que l’on pourrait prendre pour saine est précisément celle qui est constamment soumise à un processus de destruction car si elle venait à parler, elle risquerait de créer la prise de conscience de l’humanité.

Les preuves de l’inéluctabilité s’accumulent. La catastrophe de Fukushima illustre le parallèle entre le développement du nucléaire et le développement du capitalisme, et, dans la foulée, l’idée que la meilleure façon de régler les conflits est de recourir aux armes et la guerre. De part et d’autre on observe un cramponnage à ce qui a toujours fonctionné pour les tout-puissants alors que la voie de sortie ne sera possible que si les voix des plus faibles sont entendues sans intermédiaires quelle que soit la charité et/ou l’humanitarisme de ces derniers.

Le 5 mai 2011

OH GUANTANAMO (1)

Qui aurait pu penser
Que tu deviendrais une des anti-chambres
De la mort de l’humanité
Destination de gens
Enchaînés, déclarés
Biens meubles
Plate-forme de lancement
Projet Manhattan
Pour mettre fin à jamais
Au vagabondage de celles/ceux
Prenant abolition pour liberté

Non

Oui, liberté de soumission totale
Au régime suivant car pour
Biens meubles n’existe point
Changement de régime

Oui, les maîtres changent
Les propriétaires des biens meubles

O Guantanamo
Destination de l’inconnu où
Fut mise à nu l’horreur
Inaugurale d’humains
Tout-puissants

O Guantanamo
Substitut de tout ce qui
A amené l’humanité
à Hiroshima

Oh Guantanamo
Geôle dictée
Bastion de la défense de la liberté
Par un segment de l’humanité
Engraissé, noyé, asphyxié
Déboussolé

Oh Guantanamo
Serais-tu devenu
Le pôle nord nouveau
Des Tout-Puissants
Réduits à l’impuissance
Par excès, abus
De charité par refus
De solidarité ?

Oh Guantanamo
J’entends
Sans internet
L’écho
Ota Benga soufflant
Molimo
Sous la lune
écho au Po
Des Dogon

Oh Guantanamo
Qui aurait pu penser
Qu’il raviverait la mémoire
De tristes mémoires
De celles et de ceux
Qui eurent le pot
D’y atterrir il y a des siècles
Suite à une chasse similaire
Aux rôles différents
Quand fut inauguré
Une terreur bien plus féroce
Oh combien durable
Aux souffrances insondables
Incommensurables
Inavouables
Car pour ces crimes il serait impossible de trouver un endroit
Suffisamment sûr pour protéger les proies des vautours
Sans soif
Massacrant l’humanité
Sous le couvert d’humanitarisme charitable
Voulant en finir
Avec les solidaires de la solidarité

Salvador, Brésil
3 mai 2011

GUANTANAMO (2)

Pour que les fabricants
De Guantanamo
Apprennent
A défabriquer
Guantanamo

Toujours Guantanamo
Toujours maîtriser tout
Toujours maîtriser le futur
Maîtriser
l’espace, le temps, le passé, le présent,
la parole
en somme, ces liquidateurs de l’humanité
pourfendeurs déguisés
de la terreur
s’acharnent à

En finir avec l’histoire
Avec l’homme
Avec la femme
Avec les enfants
Avec les émigrés
Avec les chômeurs
Avec les travailleuses
Avec les handicapés
Avec les pygmées
Avec les violées
Avec les enfants soldats
Avec les enfants de la rue
Avec les sans domiciles fixes
Avec les sans papiers
Avec les réfugiées de l’humanité

Où qu’elle soit, agonisante, menacée d’extinction

Fukushima
Lybie
Tunisie
Egypte
Haïti
Gaza

Question :pourquoi en finir à jamais
Avec les naufragés

De la globalisation
De la crise financière
De la crise du climat
De la peur du futur, du passé, du présent,
De la peur du voisin, du frère, de la sœur

Oh les geôliers
De Guantanamo
Rappelez-vous Santo Domingo
Qui mit fin aux
Maux et aux mots
Infligés par les geôliers
d’une autre époque
à la solde de maître traitres
de l’humanité
bourrés de vanité
telle la grenouille
de la fable
se voyant toute-puissante
intouchable
liquidée par son obésité

Ainsi aussi finira
GUANTANAMO
Telle sa voisine Santo Domingo
Devenue Haïti
Gaza de l’Atlantique
Comme Gaza
Non maîtrisable
Par les fossoyeurs
De l’humanité

La toute-puissance des tout-puissants
Ne maîtrisera jamais
La liberté, mère des
Toussaint, Dessalines, infinissables
Faut-il la preuve ?
Apparaissant quand on les attend le moins
Pierre Antoine Lovinsky
Jean Bertrand Aristide
Fanmi Lavalass
Père Jean-Juste
Héritières connues et inconnues des Antonins
Et des Antoninnes
Bouazizi Mohamed

Messagères toutes et tous
De liberté insatiable de liberté
Indomptable, écrivant, ré-écrivant
Jamais lasses de faire comprendre aux fossoyeurs
Leurs erreurs, leurs errements
Pour que Guantanamo
Cesse de continuer l’histoire,
Sous l’ère nucléaire, de l’esclavage
Pour qu’advienne sans moratoire
une autre histoire
digne de l’humanité.

Salvador, Brésil
3 mai 2011

Tchernobyl, Fukushima : Et si on tirait des leçons à partir de l’Afrique ?

Voir, à titre d’information, l’article suivant paru dans Le Monde du 25 avril 2011 sur les leçons non tirées de l’accident nucléaire de Tchernobyl du 26 avril 1986 : http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/04/25/les-lecons-de-tchernobyl-n-ont-pas-ete-tirees_1512523_3232.html

L’intervention du Secrétaire Général des Nations Unies, Ban Ki Moon, en rapport avec le 25ème anniversaire de l’accident nucléaire de Tchernobyl, résume assez bien la pensée dominante des puissances financières et nucléaires en ce début de 21ème siècle (1). Pour ces gens, les leçons de Tchernobyl et de Fukushima sont claires : il faut améliorer la sécurité car, ainsi va l’argumentaire, le nucléaire est la voie du futur de la Planète.

Notre point de vue est simple : les leçons de Tchernobyl n’ont pas encore été tirées, celles de Fukushima ne le seront pas n’ont plus. Pour que des leçons crédibles puissent être tirées, il faudra faire appel aux voix qui sont systématiquement écartées des débats autour des problèmes fondamentaux qui assaillent les habitants de la Planète, et qui posent la question de la survie de l’humanité. Ces voix devront se manifester le plus vivement et le plus urgemment possible car, les puissants de ce monde ne sont pas prêts à les inviter. La fin de l’esclavage à Haïti (1804) n’a pas eu lieu parce que les Africains ont été invités par leurs maîtres à s’exprimer sur le problème de l’esclavage. De même avec toutes les luttes pour mettre fin à la colonisation et à l’apartheid.film Colossal 2017 streaming

La question du nucléaire n’intéresse pas seulement les puissances nucléaires et/ou les puissances sur le point d’acquérir la technologie leur permettant de produire des armes et de l’électricité. Mais pour comprendre pourquoi et comment l’humanité se retrouve aujourd’hui coincé entre des choix qui semblent impossibles.

Malgré l’effort d’aller jusqu’aux racines de la crise du nucléaire, il est évident qu’une fois de plus, on assiste à une présentation tronquée de l’histoire de cette crise. La problématisation est biaisée dès le départ en refusant de suivre les méandres de l’histoire de la technologie et de la science telle que perçue à partir de l’Europe, des Etats-Unis, du Japon, en somme à partir de la plate-forme des puissances mondiales.

Curieusement, rares sont les personnes qui rappellent les travaux et la pensée de Günther Anders sur la question du nucléaire. Et cela malgré le fait qu’il fut parmi les fondateurs du mouvement anti-nucléaire (2). Philosophiquement, la réflexion faite par GA vaut la peine d’être rappelée, compte tenu du contexte que nous vivons. Ce contexte n’est pas seulement dominé par la crise nucléaire de Fukushima, mais aussi par l’incapacité visible des grandes puissances mondiales de reproduire les modèles de gestion économique, politique et sociale qui les a toujours servi.

Ces modèles prennent leurs racines quand l’Europe « découvre » les Amériques, massacre ses populations et doit se tourner vers l’Afrique pour avoir accès à la matière première essentielle de ces temps-là : des Africaines et des Africains enchaînés. Il y a une histoire, une narration, une logique qui conduit de l’esclavage atlantique à l’esclavage nucléaire. Les protagonistes changent, certes, mais les structures des rapports entre les victimes et les bénéficiaires ne changent pas.

Dans cette longue histoire entre deux formes d’esclavage, la meilleure illustration du refus d’accepter l’évidence nous est apportée par l’histoire d’Haïti qui, en 1804, parvient à s’émanciper de l’esclavage, sans intervention humanitaire ou abolitionniste. En allant plus loin que la révolution française de1789, les Africaines et les Africains étaient allés beaucoup plus loin dans l’universalité de la liberté. De 1791 à 1804, les Africaines et les Africains avaient décidé de changer le régime en place à l’époque. À Haïti, ce fut la fin du Code Noir (mis en place par Louis XIV en 1685 et seulement aboli en 1848) qui affirmait que les Africaines et les Africains sous les chaînes n’étaient pas des êtres humains, mais si, des biens meubles.

Cette leçon d’humanité fut toujours refusée. Par la France conservatrice et ses alliés, depuis la prise de pouvoir de Napoléon, jusqu’à la mission des Nations Unies militarisée avec l’aide du Brésil. L’impact de ce refus a été répercuté de diverses manières, mais l’aspect le plus important, peut-être, de ce refus tient dans la leçon que GA tire de la fabrication de la bombe atomique et, surtout, de son utilisation à Hiroshima et Nagasaki les 6 et 9 août 1945. Il y a une double leçon : la première est que, depuis Hiroshima et Nagasaki, l’humain a démontré son incapacité de désapprendre ce qu’il a appris, car ce qu’il a appris est toujours présenté sous des aspects positifs, réconfortants ; la deuxième est que la toute-puissance acquise par la possession d’armes nucléaires, dès lors que d’autres y ont accès, finira par transformer la toute-puissance en impuissance.

Malheureusement, comme nos analyseurs des leçons de Tchernobyl, GA ne pousse pas son raisonnement jusque dans les derniers retranchements. À son crédit, il faut reconnaître qu’il avait tiré une leçon plus forte, à savoir que l’homme était, avec la fabrication de ces armes de destruction massive, parvenu à créer sa propre obsolescence.

Pour GA comme pour nos analyseurs, comme pour les rédacteurs du Code Noir, les Africaines et les Africains ne comptent pas comme des êtres humains. C’est en ne les comptant pas que s’est construite la notion de puissance invulnérable, intouchable. Sauf par ses propres excès.

Pour que les leçons de Tchernobyl, de Fukushima puissent être apprises, il faudra déclencher un processus de désapprentissage de ce qui a été appris depuis l’esclavage atlantique jusqu’à une forme d’esclavage d’où, semble-t-il il n’est pas possible de sortir. La sortie exige de reconnaître qu’il y a eu des crimes contre l’humanité qui restent non reconnus. Il ne suffit pas de reconnaître, il faudra qu’il y ait un processus de désapprentissage de ce qui a été appris grâce à la non reconnaissance de ces crimes.

Les leçons ne seront apprises que quand sera accepté l’idée que l’humanité est une et qu’elle n’est pas divisée entre celle qui doit être au service d’une autre. D’une façon ou d’une autre, de cette incapacité de comprendre pourquoi et comment l’humanité se retrouve aujourd’hui dans une impasse qui n’est pas seulement scientifique, technologique, mais aussi économique et politique, les penseurs de tous les pays peuvent s’unir pour faire naître un monde libre de la peur de son anéantissement probable, libre de la peur des tout-puissants et, ainsi transformer la toute-puissance en impuissance.

NOTES
1, Voir, entre autres, le site suivant : http://www.goodplanet.info/Contenu/Depeche/Ban-Ki-moon-appelle-a-Tchernobyl-a-un-debat-global-sur-le-nucleaire.

2. Parmi les travaux de Günther Anders, L’obsolescence de l’homme. Éd. De l’Encyclopédie des nuisances/Ivréa, 2002 ; Hiroshima est partout, Préfacé par Jean-Pierre Dupuy, Éditions du Seuil, 2008 ; La menace nucléaire. Considérations radicales sur l’âge atomique, Le Serpent à plumes, 2006.

(À Suivre- 26 avril 2011)

Witness to Hiroshima

The nuclear reactor crisis in Japan makes it more imperative than ever that we question the use of nuclear power as an alternative fuel source.

Witness to Hiroshima, a deeply moving and compassionate film, looks at the effects of radiation poisoning through the paintings of a Hiroshima Atom Bomb survivor. I urge you to order this 16 minute film to use in your classrooms, organizations, and places of worship. www.witnesstohiroshima.com

watch John Wick: Chapter 2 movie now

It’s All Interconnected, Why Pretend Otherwise?

The crises have erupted in our lives at different times, but, most of the times, the specialists although pretending to know, have clearly shown that their understanding was limited by their own training and reliance on data tainted by both the origin and the purpose for which they had been created. It should be possible to examine all of these recent crises (financial, food, land grabbing, climate, nuclear) by asking one single question: aren’t they all interconnected, and if so how?

Let us keep in mind one axiom: long before the splitting of the atom was carried out by scientists in the 20th century, the mindset that had been at the root of that process had inaugurated the splitting of humanity. That process of splitting humanity has been carried out, with impunity by one segment over another. At no time during this process was there ever made a call for something even remotely resembling the Truth and Reconciliation process put in place in South Africa at the end of Apartheid. No tribunal was ever thought of as a way of healing from the enslavement and colonizing processes that have bled Africa to torture and to a slow, programmed annihilation.

From the genocides perpetrated by the discoverers of the so-called New World to the slow destruction of a way of living, a way of thinking, a way of healing, to today, humanity has been slowly put to death. From those inaugural times of the currently dominant system, the motto has always been identical: “Those who must die are those who are perceived as obstacles to the full flowering of a system that has never hesitated to show its murderous intentions to the people it considered as barbarians, primitive, uncivilized”. All of these processes, enslavement, colonization, apartheid, forced labor, direct, indirect rule swept across the planet with a single minded intention in mind: make the world fit the goals and objectives of the managers of capitalism determined to imperialize everything into submission.

Nothing but competition for profit has been the banner waved by the destroyers of humanity. Over the centuries, and now, with every year, month, week one can see with much greater clearly than ever before that the single ruler is the market and its single enemy is anything that does not submit to its rules and regulations, i.e. the vast majority of humanity. A humanity that struggles without even knowing it has been condemned to slow extinction behind words like democracy, constitution, and justice. Face to face with the disappearance of justice it struggles to appeal to social justice as if the marketers might be moved by a word they have long learned to abhor because it reminds them of socialism, communism, imperialism, etc.

And now, 25 years after Chernobyl, the world faces yet another nuclear disaster, this time in a country that would not fit all of the pejorative prejudices used to describe the Soviet Union. Then, the response of many immersed in the Cold War ideology was “well of course, if a nuclear disaster had to happen, it was bound to happen in the Soviet Union, given how recklessly it has treated its population”. Following this crisis in Japan, the fallback position will be that man is incorrigible, forgetting the context in which the nuclear industry for war and peace was born.

From almost all corners come the same words and phrases about how clean the nuclear industry is, how inexpensive it is, etc. Indeed, how clean is the nuclear industry when one takes into account the entire process of getting the uranium from the ground and getting rid of the spent fuel? With regard to the latter, the disposing of nuclear waste in a manner that does not endanger life and living has yet to be resolved.

The costs of the uses and abuses of the atom have still not been fully calculated and comprehended. This has followed the pattern inherited from the uses and abuses of slavery and all of the ensuing political and economic processes, from colonization to today. The nuclear industry has followed the pattern of the banking and financial industry: they have become so big that, as the financiers and their accomplices in governments have declared: they are too big to fail.

Questions that are raised are either not answered or answered in a way that must only satisfy those with the most unchallengeable power.

Is it enough to denounce the injustices that are erupting with more frequency?
Is it enough to ask for a reform of the UN Security Council?
Can crises be resolved within the framework put in place by those who sewed the seeds of all these crises with the intention of massively gaining?
How long will it take for the privileged inhabitants of the richest countries to face the collective exasperation of humanity tired of being treated as if it did not exist? Given this pattern of eradication, is it too far fetched to ask what may appear as a horrifying question: Will failures of nuclear power stations be used to deliberately wipe out “unnecessary people”?

More and more people are becoming aware of the fact that the issue of nuclear power cannot be framed solely in terms of energy. The process through which it became the most powerful weapon (in the hands of a few) can be compared to a slow unfolding dictatorial coup against the inhabitants of the earth. Most of the dangers to the health of human beings have been systematically censored and/or minimized ever since the dropping of the atomic bombs on Hiroshima and Nagasaki. It is now being demonstrated that the Chernobyl disaster was much worse than the public was made aware.

In order to call for the abolition of nuclear weapons (of the military and civil kind), should one not look at other processes of abolition which, arguably and contrary to historical consensus, did pave the way to the current state of humanity trapped between a rock and a hard place by the criminal whims of a tiny few?

If we look at the abolition of slavery, or the end of colonial rule, it is clear that both, formally speaking, were brought to an end. But any serious examination of the last 50 years since Independence has been achieved in Africa, it is clear that colonization by other means has been successfully maintained and reinforced, with the connivance of African governments. The crimes against humanity committed during slavery and during colonial rule were never brought to a tribunal of any kind. The crimes were committed with impunity. And impunity of the most powerful, not just in Africa, but the world over, has become a way of life, almost taken for granted.

It has been said that it is a-historical to speak of crimes against humanity when the notion was not even part of the juridical and political language, back then. Again, how can this be ascertained when those who suffered the crimes were not even heard before any institution? How do we know for sure that the people who were being dragged to the ships did not utter, in their minds, in their own language: “how can other human beings inflict this to other human beings?” One can already hear legal scholars say, with certainty that no one can say for sure that those words can be translated to mean “a crime against humanity”.

The mindset that has grown from the impunity that has accompanied so many crimes against humanity has kept humanity on a course of self-annihilation. As a result, other mantras have grown aimed at forgetting history, forgetting humanity and anything connected to keeping them –the commons of history, humanity—alive and well.

The tragedy that is unfolding in front of our eyes is not just about the excesses of one industry, be it financial, nuclear, oil, etc. It is about the continued and deliberate silencing/sidelining of the majority of humanity by a tiny dictatorial fraction that, for centuries and generations has always gotten away, literally with murder. What has struck me the most about all of the articles I have read about the nuclear/environmental crisis in Japan is how shallow and selective the history is. Invariably they all start with the atom, even though the mind set that has pushed through the informal, full of secrecy, nuclear code can easily be said to have been inspired by Le Code Noir decreed by Louis XIV in 1685 (in place till 1848) to make sure that the slave industry served its profiteers without any moral and/or ethical preoccupation [See Note 1].

This is not the space to dissect the Black Code. It is just a reminder that the mindset at work today, around all of the recent crises, was born during historical processes that current rulers do not like to refer to, at the risk of having to own up to a history of devastation of humanity whose responsibility was not nature but irresponsible, genocidal members of known governments, organizations. It is understandable that rulers should prefer to fudge the historical record; however, where it becomes alarming is when highly respected intellectuals from many parts of the world seem to have accepted the framing and formatting of history according to those who have become too powerful and too rich to be questioned.

The most distressing fact of all is the apparent complete and total absence of African voices articulating how the current mindset was set in motion. These voices should not just come from Africa they should be coming from any corner of the planet that has endured what the African continent and indigenous people the world over, have endured for centuries, to this day.

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Note1: My source, for this essay, was mostly the daily Le Monde from March 11, 2011 through March 27. Even when the word slavery is mentioned, as in the case of March Humbert’s opinion piece (Japon: alerte verte et rouge), the author is unable to see beyond the blinders of Western history, and see that his narrative of how humanity has become enslaved to tools it has invented, is not the by-product of recent developments, but has deep historical roots in the twin genocide of Indigenous people of the Americas and Africa. For fear of quoting him out of context, here is the quote: Une telle banque too big to fail [in English in the text] ne devrait pas exister, disait André Orléan, de telles entreprises géantes, de telles centrales parce que nucléaires et trop grandes et trop dangereuses pour faillir, ne devraient pas exister : alerte rouge.

Cette manière de voir est tout en fait en accord avec l’idée d’Illich (1973) que les outils devenus trop gros ne sont plus conviviaux : au lieu de nous servir ils nous rendent esclaves.[my emphasis, jd] Il s’agit de terrorisme, parce que nulle part, pas plus en France qu’au Japon, on a mis en débat le choix du nucléaire.
Le Monde, 23/03/2011. Accessed on March 27, 2011: http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/03/23/japon-alerte-verte-et-rouge_1497021_3232.html

March 18-27, 2011

From the fission of humanity to?

Looking with fresh eyes at the state of the Planet, its short and long haul history, what would such a look report to those willing to listen with unencumbered ears, a mindset not clogged by the ashes and residues left by its slow and steady destruction?

The premises of this fresh look are that it must be completely and radically unhinged from the constructions of the history of humanity as recounted from the mindsets which have grown out of the destructive processes that can be traced from short and long haul histories. Humanity’s history has been much longer than, say, its last 30, 50, 66, 500 years.

Having the history of Humanity told and retold by one of its segments, especially if it has been triumphant, can only lead to distortions of that history. Yet, a look not so fresh seems to say that only one segment has abrogated to itself the intellectual property right to tell that history. In the process of assuming full authorial rights, it has grown into the very opposite of what it has always stated to be: the model of democracy.

That can be questioned without necessarily having to prove that there is a better model. Humanity’s history overall, and anything stemming from it, whether political, technical, technological, cultural, religious, moral, has been built up through trial and error. There is no such a thing as a model history of Humanity either, but for one segment of Humanity to present itself as the only and best defender of the most valued values of Humanity is to reproduce the ideological stories of domination which have been associated with conquests, colonization and, now, globalization.

A segment that has been associated with genocidal processes while being born has continued to claim a history cleansed from those warts. Having gotten away with those genocidal processes has generated on the one hand a sense of impunity and on the other, fear.

Fear, however, is no longer rooted on the side that has most suffered the consequences of power abusively exercised with impunity. This kind of change helps in bringing about a fresh look at the state and history of Humanity.

When fission of the atom was discovered, Einstein is alleged to have commented that it changed everything except the way we think. It would have been good if he had specified what he meant by “we”. “We” could be understood as the scientific community, the physicists, or, in a more general way, the human species. However, fission of the atom itself was not just the result of scientific endeavors, unless one looks at the “discovery” of the Americas as a scientific endeavor too. Fission of the atom, again from the stand of a fresh look, can be seen as the result of conquering processes whose consequences resulted in fission of humanity. The clash between conquerors and conquered was similar, in its consequences, to the splitting of the atom.

The impact of conquest on humanity by one of its segments has led to such a splitting of humanity that one has to ask if the splitting and its accumulated consequences are irreversible. From such a fresh look, a question arises: shall the specific and generic conquerors ever accept that what has been achieved through such a massive crime must be acknowledged, accounted for, and repaired (as in healed)?

From the point of view of the conquerors and its inheritors, it is obvious that this kind of question and fresh look might be seen as too unsettling for comfort, and, therefore, challenged, resisted, disputed with the same ferocity that was resorted to in order to impose the conquerors’ rule. The conquerors, through the centuries and the last decades, have been in the habit of recruiting defenders of their rule. In the last few weeks, however, the conquerors have been forced to recognize that these allies were best jettisoned least they, the conquerors, be too closely identified with the ones being referred to as tyrants.Valentina 2017 film

Identifying the tyrants is not as easy as identifying tyranny, yet aren’t tyrants begotten by tyranny? As Deep Throat used to say when the Watergate scandal was unfolding: “Follow the money”.

To be continued
March 7, 2011

Mercenaries Circling Haiti

Wednesday 03 March 2010
by: Bill Quigley, t r u t h o u t | News Analysis
http://www.truthout.org/mercenaries-circling-haiti57337

On March 9 and 10, there will be a Haiti conference in Miami for private military and security companies to showcase their services to governments and nongovernmental organizations (NGOs) working in the earthquake-devastated country.

On their web site for the Haiti conference, the trade group IPOA (ironically called the International Peace Operations Association until recently) lists 11 companies advertising security services explicitly for Haiti. Even though guns are illegal to buy or sell in Haiti, many companies brag of their heavy-duty military experience.

Triple Canopy, a private military company with extensive security operations in Iraq and Israel, is advertising for business in Haiti. According to human rights activist and investigative reporter Jeremy Scahill, Triple Canopy took over the Xe/Blackwater security contract in Iraq in 2009. Scahill reported on a number of bloody incidents involving Triple Canopy including one where a team leader told his group, “I want to kill somebody today … because I am going on vacation tomorrow.”

Another company seeking work is EODT Technology, which promises in its ad that its personnel are licensed to carry weapons in Haiti. EODT has worked in Afghanistan since 2004 and provides security for the Canadian Embassy in South Africa. On their web site, they promise a wide range of security services, including force protection, guard services, port security, surveillance, and counter-IED response services.

A retired CIA special operations officer founded another company, Overseas Security & Strategic Information, also advertising with IPOA for security business in Haiti. The company web site says they have a “cadre of US personnel” who served in Special Forces, Delta Force and SEALS and they state many of their security personnel are former South African military and police.

Patrick Elie, the former minister of defence in Haiti, told Anthony Fenton of Inter Press Service, “these guys are like vultures coming to grab the loot over this disaster, and probably money that might have been injected into the Haitian economy is just going to be grabbed by these companies and I’m sure they are not the only these mercenary companies but also other companies like Haliburton or these other ones that always come on the heels of the troops.”

Naomi Klein, world renowned author of “The Shock Doctrine,” has criticized the militarization of the response to the earthquake and the presence of “disaster capitalists” swooping into Haiti. The high priority placed on security by the US and NGOs is wrong, she told Newsweek. “Aid should be prioritized over security. Any aid agency that’s afraid of Haitians should get out of Haiti.”

Security is a necessity for the development of human rights. But outsourcing security to private military contractors has not proven beneficial in the US or any other country. Recently, Rep. Jan Schakowsky (Illinois) and Sen. Bernie Sanders (Vermont) introduced bills titled “Stop Outsourcing Security” to phase out private military contractors in response to the many reports of waste, fraud and human rights abuse.

Human rights organizations have long challenged the growth in private security contractors in part because governments have failed to establish effective systems for requiring them to be transparent and for holding them accountable.

It is challenging enough to hold government accountable. The privatization of a public service like security gives government protection to private corporations, which are also difficult to hold accountable. The combination is doubly difficult to regulate

The US has prosecuted hardly any of the human rights abuses reported against private military contractors. Amnesty International has reviewed the code of conduct adopted by the IPOA and found it inadequate in that compliance with international human rights standards are not adequately addressed.

This is yet another example of what the world saw after Katrina. Private security forces, including Blackwater, also descended on the US gulf coast after Katrina grabbing millions of dollars in contracts.

Contractors like these soak up much needed money which could instead go for job creation or humanitarian and rebuilding assistance. Haiti certainly does not need this kind of US business.

In a final bit of irony, the IPOA, according to the Institute for Southern Studies, promises that all profits from the event will be donated to the Clinton-Bush Haiti relief fund.

Creative Commons License
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Movimento Negro brasileiro pede expulsão do Cônsul Geral do Haiti

PRESS RELEASE,
Monday, 18 January 2010, 19:10
The United Black Movement in Brazil is requesting that their government expel the Consul General of Haiti, George Samuel Antoine, from Brazil for his racist statements and attack against Voodoo. The statements of the Consul General were recorded by a journalist in São Paulo on 13-January 2010. The recording can be seen online by searching “Haiti Consul General Brasil”.

Para: midialivre@yahoo.com.br
Data: Segunda-feira, 18 de Janeiro de 2010, 19:32

Movimento Negro brasileiro pede expulsão do Cônsul Geral do Haiti

Organizações negras, líderes religiosos e intelectuais de todo o país estão manifestando-se em relação às declarações racistas do cônsul geral do Haiti em São Paulo, George Samuel Antoine e pedem sua expulsão imediata do Brasil.

Sem saber que estava sendo gravado pela equipe do SBT, Antonie diz que a culpa do terremoto que destruiu o Haiti foi do Vodu, religião da origem africana popular naquele país. “Acho que de, tanto mexer com macumba, não sei o que é aquilo… O africano em si tem uma maldição” e afirma que a catástrofe, que vitimou centena de milhares de haitianos, foi boa para o Consulado “A desgraça de lá está sendo uma boa pra gente aqui, fica conhecido”, afirmou o representante do país no Brasil. “Todo lugar que tem africano lá tá f…”, completa.

As afirmações exibidas no último dia (14), no jornal “SBT Brasil”, causaram indignação dos ativistas negros que as consideram como racista e despeitosa com todos os afrodescendentes no mundo. Para Silvio Humberto Cunha, diretor do Instituto Steve Biko “essa declaração demonstra como o racismo não tem fronteiras, as pessoas vêm os negros como sub-humanos”. Silvio Humberto pede que Itamaraty tome “medidas energéticas” em relação ao caso e conclama o movimento negro a se posicionar.

O vídeo, divulgando no site YouTube, já foi traduzido para inglês e espanhol e está causando uma série de manifestações internacionais, sobretudo por somar-se às declarações do pastor americano Pat Robertson dono do canal “Christian Broadcasting Network” quando afirmou que a causa do terremoto foi um “pacto com o diabo” realizado pelos haitianos para que o país se tornasse independente da França.

O Conselho Nacional de Negras e Negros Cristãos (CNNC), afirma em seu blog que “estes fatos nos trazem a reflexão do racismo e intolerância com o povo haitiano” e lembra o comentário feito pelo jornalista Arnaldo Jabor para quem uma das causas da falta de democracia no Haiti são as “raízes africanas tribais e bárbaras”.

A presidente do Conselho do Desenvolvimento da Comunidade Negra da Bahia (CDCN), Vilma Reis, afirma que o discurso do Antonie reflete o pensamento racista dominante “ele apenas verbalizou o que maioria dos racistas pensa sobre nós” e lembra que muitos diplomatas vivem da miséria do povo haitiano fazendo carreiras nos órgãos internacionais.

Na próxima quarta-feira, 20/01, às 19h, organizações do movimento negro baiano e membros de religiões de matriz africana convocarão a imprensa para uma manifestação conjunta em favor da expulsão do cônsul George Samuel Antoine. A reunião será realizada na sede do Instituto Steve Biko, Largo do Carmo, Pelourinho, em Salvador.

O vídeo com os comentários racistas encontra-se no site http://correionago.ning.com/video/terremoto-no-haiti-consul

* Por Paulo Rogério Nunes