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Après le diamant, l’or, le coltan…La guerre du “nickel” en RDC

Le Potentiel, Kinshasa, 12-Oct-2009: La République démocratique du Congo n’est pas encore sortie du tunnel. Après la guerre économique sur fond du commerce illégal du diamant, de l’or, de la cassitérite, du bois… c’est maintenant le tour du pétrole et surtout du « nickel ». Dans la partie orientale de la RDC, précisément en Ituri, on vient de découvrir du « nickel » à l’état pur. Ce minerai fait déjà courir de nombreux acquéreurs de tous bords. Ce qui explique cette « résistance » à la paix, ces hésitations à ne pas maîtriser les criminels de la LRA, cette armée du Seigneur composée des rebelles ougandais.

« Ganga latina ». Les Congolais doivent désormais s’habituer à ces mots et à ce vocabulaire qui entreront sûrement dans le langage des conflits en RDC si jamais toutes les dispositions ne sont pas prises pour arrêter la boulimie des « faiseurs de guerre et de paix ». Selon le Père Sergio de la congrégation des « Missionnaires Comboniens », il s’agit d’une montagne dans la partie Est de la Province Orientale, précisément dans le périmètre qui regroupe les villes de Dungu, Faradje, Bunia. C’est dans cette montagne que l’on vient de découvrir du « nickel » à l’état pur.

« Une grande guerre est en gestation. N’oubliez pas le pétrole, n’oubliez pas le bois, n’oubliez pas la « ganga latina », cette montagne où l’on a récemment découvert du nickel, presqu’à l’état pur ». Ce sont les déclarations du Père Sergio reprises dans le reportage réalisé par Colette Braeckman du Journal Le Soir, paraissant en Belgique.

Avant toute chose, retenons que le « nickel », est un minerai. Mieux, un élément métallique qui entre dans la composition de nombreux alliages, notamment des aciers inoxydables. En d’autres termes, le nickel demeure un métal précieux qui intervient dans la fabrication des métaux devrant intervenir tant dans le domaine de la construction, des ponts et chaussées, le secteur automobile, ustentiles de ménage… bref, dans l’industrie lourde et légère. Un métal à l’image du « coltan » qui remplit des fonctions diverses dans le domaine spatial et de la téléphonie cellulaire. Or, le « nickel » se trouve justement dans cette montagne, « Ganga latina », à l’état pur. Traité, il donnera d’autres dérivés utiles.

A Faradje, Gungu, Bunia, on perçoit déjà la ruée des « chercheurs des pépites ». L’une des raisons qui explique que la neutralisation des éléments de la LRA tire en longueur Car, sous prétexte de combattre la LRA avec les opérations « Coup de tonnerre et Rudia », la prospection se poursuit, loin de tout contrôle. Il n’est pas exclu que l’exploitation clandestine de ce minerai ait déjà commencé. Le père combonien ne prêche surtout pas dans le désert. Il sait ce qu’il dit. Tant il est vrai que la zone reste encore hypermilitarisée avec plusieurs armées : celles de la RDC, de l’Ouganda et du Sud Soudan. La sous – région est également infestée par de nombreux groupes armés et milices : LRA, FPI, FPJC… et tant d’autres.

LE PETROLE DU LAC ALBERT

Mais avant le « nickel », le « pétrole du Lac Albert » suscite déjà de nombreuses polémiques et controverses, c’est selon, entre la RDC et l’Ouganda. Des incidents ont déjà eu lieu avec mort d’hommes, de part et d’autre de ces deux pays.

Cependant, le « pétrole » du Lac Albert est une question de vie ou de mort pour l’Ouganda. Raison pour laquelle les autorités ougandaises usent de tous les prétextes pour exercer une pression sur la RDC, allant jusqu’ à envoyer leurs troupes au Congo pour des raisons sécuritaires Aussi, tant qu’ il ne sera pas institué une « Zone d’intérêts communs » pour l’exploitation commune de cette ressource pétrolière, et que les frontières lacustres n’ auront pas été clairement confirmées conformément à la charte de l’ ONU et de l’ Union africaine, il faut s’armer pour gérer de nombreux incidents de tous genres. Et si cette situation perdure, une « guerre n’est pas du tout à exclure ». Il n y a qu’à se tourner vers le passé pour écarter toute attitude naïve. Le panel des experts de l’ONU sur le pillage des ressources congolaises est édifiant à ce sujet.

D’autre part, il nous revient que le « métal jaune », entendez l’ or, s’annonce sous des perspectives heureuses. Les cours sont à la hausse et que la partie orientale, celle de l’Ituri, accuse une réserve évaluée à 22 milliards USD.

Devant ces perspectives heureuses, les sociétés aurifères, à savoir AngloGold Ashanti et Randgold ont décidé « de s’associer pour exploiter les mines d’or de l’ Ituri ». Elles n’ont pas tort.

John MacGloin, un analyste d’exploitation minière dans la société d’expertise londonienne Arhutnot Securitie Ltd, est formel : « Si vous souhaitez conserver votre position, vous vous devez d’aller chercher dans les lieux, comme le Congo, parce que c’est là que les gisements sont très riches ».

Ce potentiel explique cette situation d’insécurité en Ituri. Des groupes armés et milices servent d’écran à des investisseurs d’opérette, des criminels économiques sans foi ni loi qui profitent de la crise politique en RDC pour tirer les marrons du feu afin de s’enrichir. Entre-temps, des groupes armés, comme la LRA, se constituent une « véritable économie de guerre » qui leur permet de résister et de rejeter chaque fois des offres de la paix.

Mais en réalité, face à la « crise financière » qui sévit dans le monde, pour résister, de nombreux pays s’appuient maintenant sur l’ « économie réelle ». Ils vont à la conquête de nouveaux espaces économiques pour contrôler le « pétrole, le diamant, l’or, le coltan, le bois, l’eau… », bref les matières premières.

Pierre Conesa, dans son article prophétique intitulé « Y a-t-il un risque américain pour l’Europe ? » est précis : « Au-delà des menaces désormais classiques (prolifération et terrorisme), certains des principaux scénarios de guerre dans l’ avenir sont soit des actions militaires uni-latérales (comme celle qu’ont décidée les Etats-Unis en Irak) soit un (ou des ) conflit(s) pour le contrôle des ressources rares ».

C’est ce qui se passe exactement en République démocratique du Congo depuis plus d’une décennie, réflètant justement cette prédilection. Les autorités congolaises doivent savoir lire les signes des temps pour éviter que la génération future les accuse de « complices ».

VERITABLE CRI D’ALERTE

La déclaration du Père Sergio constitue un véritable cri d’alerte. Une sonnette d’alarme pour que les responsables congolais, à tous les niveaux, prennent leurs responsabilités. Une fois de plus, ce « calotin » ne prêche nullement dans le désert en parlant « d’une grande guerre en gestation ». Tant que celle-ci sera sous-tendue par des enjeux économiques, les « faiseurs de guerre » qui ne sont nullement des enfants de choeur, useront de tous les sortilèges pour déstabiliser le pays de manière à continuer à le piller, avec l’aide de leurs hommes de main.

La situation est tellement si préoccupante qu’elle a été portée à l’autel du Synode de paix à Rome. En effet, dans une déclaration lue à cet effet, Mgr François Xavier Maroy Rusengo, archevêque de Bukavu, a annoncé son départ de Rome pour regagner Bukavu devant la « grave situation au Sud-Kivu ». Auparavant, il a été rendu publique la déclaration des « Missionnaires Comboniens » de plusieurs continents qui viennent de manifester leur solidarité avec les populations du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de la Province Orientale de la RDC. Ils dénoncent la tragique situation dan laquelle vivent les populations congolaises et condamnent avec véhémence la « grande destruction » commise par la LRA et les FDLR. Ils se sont adressés à l’ONU et au Parlement européen pour leur demander d’assumer leurs responsabilités en allant au secours des populations congolaises en danger pour leur apporter assistance. « Il faut mettre toute la pression nécessaire sur les gouvernements occidentaux pour qu’ils agissent et arrêtent cette catastrophe qui est en train de dévaster le nord-est du Congo. Ce qui est déplorable, c’est que ces abus et cette tragédie sont en train de se réaliser sous les yeux de ceux qui devraient protéger la population civile », souligne cette déclaration qui vient de faire allusion à la présence inefficace de la MONUC.

Les Missionnaires comboniens ont vu juste. Car, les revenus de cette «guerre économique » profitent avant tout aux gouvernements occidentaux, et non au peuple congolais, lesquels gouvernements opèrent à travers leurs multinationales. Faut-il attendre que cette « nouvelle guerre en gestation » éclate pour continuer à compter les morts en RDC ? Cynique.

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