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RDC, faut-il se taire quand sa conscience est révoltée ?

Toute personne moyennement informée sur la RDC, et le récent exercice électoral pour choisir un nouveau président, réagira avec les mots que cette conscience dira : « révoltant », « un crime contre l’humanité », « la continuation de l’assassinat de Lumumba ». « Reste de conscience » parce que l’histoire de la RDC, qui est aussi l’histoire de l’Afrique, et pour les derniers siècles, une histoire de torture permanente, lancée par l’esclavage, suivie de la colonisation, appuyée par l’apartheid et, récemment couronnée par la mondialisation de l’acceptation d’un objectif devenu de plus en plus clair : liquider l’humanité et tout segment de celle-ci qui cherche à se libérer de toute pratique qui révolte la conscience.

Durant les derniers siècles, l’humanité a été dirigée par un système fondé sur des principes qui visent la discrimination de l’humanité entre ceux qui comptent et ceux qui ne comptent pas. C’est à partir de cette discrimination que l’Europe s’est imposée comme « civilisatrice » de terres « découvertes » dans diverses parties de la planète. Cette discrimination entre les « découvreurs » et celles qui ne comptent pas est restée vrillée dans la mentalité.

En RDC, depuis l’esclavage suivi de la colonisation, en passant par l’Indépendance, c’est cette mentalité-là qui s’est toujours imposée, avec des hauts et des bas. Ainsi, par exemple, la manière dont l’abolition de l’esclavage a été conduite, elle visait à privilégier les gagnants de ce crime contre l’humanité, à leur garantir que les richesses accumulées durant ce crime ne soient pas restituées. En ce qui concerne Haïti, ils sont allés plus loin et ont exigé une compensation pour les pertes subies suite à la fin de l’esclavage. Une des raisons qui a conduit les grandes puissances (Etats-Unis, France, Canada) d’en finir avec le Président Aristide en 2004 tient, entre autres raisons, au fait que ce dernier exigeait la restitution de cette compensation (estimée à 20 milliards d’Euros) qui fut payée par l’État Haïtien entre 1825 et 1946. Il n’y a jamais eu dans les transitions de l’histoire africaine un processus respectant MÂÂT le principe millénaire de l’Égypte Ancienne fondé sur la volonté de fidélité à la justice et la vérité.

Dans son Discours sur le colonialisme, Aimé Césaire (Présence Africaine1955) avait déjà diagnostiqué le mal dont souffrait l’Europe :

Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente.
Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte.
Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde. (p. 7)

Après quelques autres mots, dans le même texte, Césaire, en italique dans le texte écrivait : L’Europe est indéfendable.(p.8)

Pour ce qui est en train de se passer en RDC, Césaire écrivait comme s’il était présent aujourd’hui entre nous. Il lui avait été demander de parler sur la colonisation et la civilisation. « La malédiction la plus commune en cette matière est d’être la dupe de bonne foi d’une hypocrisie collective, habile à mal poser les problèmes pour mieux légitimer les odieuses solutions qu’on leur apporte. » (p.8)

Aimé Césaire, comme beaucoup de Congolaises et Congolais qui protestent aujourd’hui contre la légitimation d’un processus électoral criminel, verbalisait ce que sa conscience révoltée lui dictait.

En cours de route de notre histoire, l’Europe et ses alliés de tous azimuts, politiques, financiers, religieux, Africains et non Africains, a forcé la soumission à la mentalité discriminatrice entre « ceux qui doivent compter » et « celles qui ne doivent pas compter ». Une mentalité dont les dévastations sont difficiles, voire impossibles de calculer car elle s’est attaquée à ce qui est de plus cher à toute personne vivante : la conscience.

Lorsqu’on lit, avec attention, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH) (votée en 1948 par l’Assemblée Générale des Nations Unies) il est difficile de ne pas conclure que les rédacteurs avaient fait de la conscience un des mots clés du texte. Et pour cause : le monde sortait de la 2ème Guerre Mondiale et il fallait, en conscience, trouver une parade appropriée à toute possibilité d’une guerre ou d’un événement comparable à l’Holocauste. Hélas, les processus génocidaires, comme le notait déjà Césaire, ont continué, avec la bénédiction des colonisateurs et, plus tard, de ceux qui ont fait de la décolonisation une mascarade.

La conscience et la mascarade électorale en RDC

Toute personne consciente de son humanité ayant suivi la fraude électorale qui s’est préparée pendant des mois en RDC et qui, dans les derniers jours, cherche à imposer la loi de « ceux qui doivent compter » devrait selon la DUDH se révolter. C’est du moins ce à quoi appelle un des « Considérant » du préambule :

Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l’homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l’humanité et que l’avènement d’un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l’homme.

Sur base de ce texte, comment une personne consciente de ce qui est en train de se passer en RDC pourrait « rester calme » et accepter, une fois de plus, une dose supplémentaire visant à liquider ce qui nous reste encore de conscience de notre humanité ? Serait-ce pour cette raison que l’on note un « blackout » généralisé des media ?

Chacun des articles de cette DUDH est un rappel à la fidélité aux pulsions de la conscience. Voici ce que dit l’article premier :Watch Full Movie Online Streaming Online and Download

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.
Silence on tue : mot d’ordre dont l’origine ne peut être identifié

Une personne a essayé de s’informer sur ce qui se passe en RDC aujourd’hui le 11 décembre. Google News n’avait rien de rien sur la RDC. Il y a eu des voix courageuses qui se sont élevées pour rompre ce silence. Obligé de procéder par déduction, on ne peut que conclure que la volonté de liquidation de l’humanité et de liquidation de son histoire, une fois de plus cherche à s’affermir. On constate ici la même logique qui opérait dans l’Afrique du Sud du temps de l’Apartheid où le sentiment prédominant des blancs était que eux seuls pouvaient défendre la civilisation et que si les noirs arrivaient au pouvoir il y aurait un bain de sang. La logique opérant ici est que seul le Président en place depuis 2006, quelque soit le niveau de la fraude électorale, est la meilleure personne pour les Congolaises et les Congolais.

Serait-il qu’en RDC seul un petit groupe, avec l’appui de « ceux qui comptent », soit le seul capable de répondre « comme il faut » aux Congolaises et aux Congolais qui n’en veulent plus ?

Sur ce point-ci aussi, il vaut la peine de lire, encore une fois un des articles de la DUDH (art. 21) :

1. Toute personne a le droit de prendre part à la direction des affaires publiques de son pays, soit directement, soit par l’intermédiaire de représentants librement choisis. ?
2. Toute personne a droit à accéder, dans des conditions d’égalité, aux fonctions publiques de son pays.?
3. La volonté du peuple est le fondement de l’autorité des pouvoirs publics ; cette volonté doit s’exprimer par des élections honnêtes qui doivent avoir lieu périodiquement, au suffrage universel égal et au vote secret ou suivant une procédure équivalente assurant la liberté du vote.
Nous voici au 12 décembre 2011.
Des voix s’élèvent pour dénoncer la fraude électorale, mais, en même temps appellent au calme tout en condamnant la violence. Et de conseiller, ces mêmes voix, aux opposants et à leur candidat, de recourir à la Cour Suprême ; tout en sachant que les décisions de cette Cour Suprême iront dans le même sens que la mascarade électorale. Dans l’état de délabrement des institutions en RDC, un des objectifs délibérés du pouvoir en place, il est permis de se demander si cette Cour Suprême aura le souci de s’inspirer de l’article 31 de la DUDH qui dit :
Aucune disposition de la présente Déclaration ne peut être interprétée comme impliquant pour un Etat, un groupement ou un individu un droit quelconque de se livrer à une activité ou d’accomplir un acte visant à la destruction des droits et libertés qui y sont énoncés.

D’autres voix, fortes, courageuses, sereines font penser à Patrice Lumumba, lui aussi victime de la logique prédatrice qui a toujours guidé les rapports entre l’Afrique et l’Occident. Mis à part sa lettre à son épouse Pauline, nous ne saurons jamais ce que Lumumba pensait durant les dernières semaines, jours, heures de sa vie. Mais sur base de cette lettre, de son discours du 30 juin 1960 et d’autres documents écrits, il est possible d’imaginer une pensée qui cheminait sur les traces d’autres ancêtres qui avaient rejeté toute infidélité à leur conscience.

Pour l’Europe et ses alliés, Africains et non Africains, l’Afrique de « celles qui ne doivent pas compter » doit être soumise, s’il le faut, par la force. Dans cette Europe et quelques alliés, il y a des exceptions, mais la discrimination entre « celles qui ne comptent pas » et « ceux qui comptent » a fait des dégâts qui sont difficilement mesurables car à la fois les uns et les autres n’y tiennent pas, pour des raisons différentes. De ces rapports entre l’Afrique et l’Occident, l’histoire a donné naissance à un système monstrueux, aujourd’hui globalisé, triomphant, même si le triomphalisme ambiant commence à se fissurer, face aux incertitudes dues à la crise dite financière. En fait, une crise de civilisation.

Cette crise ne pourra être résolue que quand les voix des laissé-pour-compte (les 99%) seront entendues comme elles sont, de là où elles sont, directement, sans intermédiaires, sans représentants, mais avec plus d’attention et de respect que les voix de ceux qui continuent d’être les fossoyeurs (1%) de l’humanité, de son histoire, de sa conscience.

Depuis le 30 juin 1960, le peuple Congolais a pris conscience de la nécessité urgente de s’émanciper des mentalités et des habitudes acquises au cours des rapports avec les producteurs d’un système sans conscience et dont le contrôle, visiblement, est en train d’échappé aux parrains. Le peuple Congolais, (comme d’ailleurs tous les peuples dont l’intégrité physique et psychique a été violé, et continue d’être violé), malgré des apparences trompeuses, n’a jamais oublié les messages de Lumumba. Ces derniers jours démontrent que sa prise en charge est aussi une prise de conscience de ses responsabilités vis-à-vis de soi-même, mais aussi vis-à-vis de l’Afrique et de l’humanité tout entière.

En ces jours qui entourent la commémoration des 50 ans depuis la mort de Frantz Fanon (6 décembre 1961), il est plus que pertinent de penser à lui, surtout pour le peuple Congolais car il avait déclaré durant l’automne de 1961: « J’ai deux morts sur ma conscience que je ne parviendrai jamais à me pardonner : Abane Ramdane et Patrice Lumumba ».*** Mais, en outre, dans sa conclusion des Damnés de la terre, il écrivit des phrases inoubliables, mais que l’Europe n’aime pas entendre parce qu’il encourageait l’Afrique à faire peau neuve sans chercher à imiter une Europe discréditée :

« [Mais] si nous voulons que l’humanité avance d’un cran, si nous voulons la porter à un niveau différent de celui où l’Europe l’a manifestée, alors il faut inventer, il faut découvrir ». (Paris : La Découverte, 2002, p. 305)
Ainsi tout observateur attentif de ce qui se passe en RDC pourrait dire :

À la terreur mise en route pour faire peur
La conscience s’est mise à l’heure
Et fera peur
Aux tueurs,
Dira non
Aux corrupteurs
Non aux pleurs
Oui infini à la conscience

Seule émancipatrice
« Quand le monde sera une tour de silence
Où nous serons la proie et le vautour »
(Aimé Césaire, « Batouque » in Les armes miraculeuses, Gallimard, 1970, p. 64)

***Belaïd Abane, « Frantz Fanon and Abane Ramdane : Brief Encounter in the Algerian Revolution » in Nigel C. Gibson (Ed), Living Fanon : Global Perspectives. Palgrave Macmillan, 2011, p.42.

En voie d’extinction – 6 août 2011

6 août 1945, dans la matinée la première bombe atomique est larguée sur Hiroshima. Il y a eu des survivants. Encore aujourd’hui, les survivants parlent. Mais est-ce possible de parler de Hiroshima de la manière dont ceux qui sont morts se sont sentis mourir à petit feu suite à un flash qu’ils ne pouvaient pas s’expliquer ? Certains, nous savons par les survivants, se sont demandés comment des humains pouvaient infliger de telles souffrances à d’autres humains. Un écho des humains kidnappés pour être ensuite vendus et traités comme des marchandises.

De retour à Hiroshima. Parmi les membres d’une équipe de sauvetage de l’armée japonaise arrivée à pied d’œuvre quelques heures après l’explosion, des témoins ont pu rapporter ce qu’ils ont vu et ressenti* :

Est-ce possible de se rappeler ces témoignages, tels qu’ils ont été ressentis ?

À voir l’histoire du monde depuis Hiroshima on est obligé, en conscience, de dire non, car, longtemps avant Hiroshima/Nagasaki s’était mis en route un processus de liquidation de l’espèce humaine. Cette liquidation s’est poursuivie, avec les atermoiements usuels, avec l’invention et le maintien d’un vocabulaire visant à promouvoir l’oubli d’une part et, l’acceptation, d’autre part, de ce qu’en conscience, était/est inacceptable. En reconstruisant l’histoire de l’humanité, il importe de voir cette histoire et cette humanité comme un tout. Les Amérindiens et les Africains « découverts », « civilisés » se considéraient membres à part entière de l’humanité. Vu sous cet angle, les points d’exclamation en forme de champignons atomiques au-dessus d’Hiroshima/Nagasaki terminent une phrase/phase/histoire dictée par une volonté d’un groupe de façonner le monde à son image.

À Hiroshima/Nagasaki, il y a eu des morts sans sépultures, vaporisés par la violence et la chaleur de l’explosion. Pour certaines victimes seules restaient l’ombre imprimée en contre-jour sur le mur à côté duquel elles se trouvaient au moment de l’explosion. Il y a eu ceux dont la peau tombait en lambeaux, demandant à boire, et tués sur le coup dès la première gorgée. Saura-t-on jamais ce qui fut ressenti, entre le soulagement de se voir donner à boire et la mort foudroyante, libératrice d’une souffrance indescriptible, indicible ?

À Hiroshima/Nagasaki, tout comme sur les rivages orientaux de l’Atlantique, quelques siècles auparavant, la même phrase a été dite par des représentants de l’espèce humaine : « comment des être humains peuvent-ils faire ceci à d’autres êtres humains ». Seul, « ceci » a changé : réduit à l’esclavage pré-atomique d’un côté et réduit à l’esclavage atomique de l’autre. Une autre forme de négationisme s’est établie cherchant à nous faire croire que l’esclavage atomique n’existe pas.

On parle beaucoup de la mémoire et, par extension, de l’obligation de ne pas oublier. Après la « découverte » d’Auschwitz, on a entendu : « Plus jamais ça ». Un slogan qui prit corps, en partie, suite au Tribunal de Nüremberg. Un tribunal qui fut officialisé le 8 août 1945. À la tête de ce tribunal, les Etats-Unis d’Amérique, qui, le 9 août 1945 larguèrent une autre bombe atomique sur Nagasaki. Il est difficile de ne pas se demander s’il s’agissait d’une façon d’effacer la mémoire avant même qu’elle ne prenne corps pour voir d’un même regard, d’une même conscience, les esclaves et les victimes de la modernisation de l’esclavage, aujourd’hui appelé capitalisme. Un système qui a engendré des sous-systèmes aux noms divers, fonctionnant comme les tentacules d’une pieuvre éternelle : colonisation, apartheid, clochardisation, chômage, compétitivité, ajustement structurel, globalisation. La croissance de la pieuvre n’est possible qu’avec l’extinction de l’humanité. La globalisation, nom innocent de cette pieuvre, verse des larmes de crocodile en entendant parler de l’extinction des pygmées. Ces larmes aussi humanitaires qu’elles puissent être ne changeront jamais la nature prédatrice d’un système fondé sur la liquidation des membres les plus vulnérables de l’humanité. Ne faudrait-il pas se poser des questions dérangeantes pour savoir si la globalisation n’est pas finalement le triomphe du rêve de gens comme Hitler ?

Les gens qui spéculent à partir des places boursières ont introduit un langage qui, en apparence, humanise la prédation en parlant des marchés comme s’il s’agissait d’être humains, comme le montre la une des manchettes des journaux : « les marchés se sont calmés », « les marchés s’inquiètent », « les marchés s’effondrent ». Ainsi, comme il a déjà été dit, le capital, essence même de l’inconscience, commence à être habillée de mots faisant penser à la conscience, tout en étant porteuse de maux nous incitant à faire un culte à l’inconscience.Beauty and the Beast streaming

Les spéculateurs boursiers se sentent-ils comme membres à part entière de la même humanité que celle dont se réclament les pygmées, les Dalits, les Tsiganes, les chômeurs, les handicapés, les enfants de la rue, les habitants des bidonvilles, des favélas, les violées, les chercheurs d’emploi/de vie, les sursitaires de la désertification, les affamés dans un monde produisant des surplus agricoles, les malades mourant sans soins de santés parce que endettés jusqu’au cou.

Le monde respectable des spéculateurs n’a rien à voir, aux yeux de leurs employeurs, avec le monde des pygmées. Mais les pygmées ne sont-ils pas les meilleurs connaisseurs de ces forêts que les bien-pensant, élites bénéficiaires de la destruction de l’humanité, prétendent sauver ? Oui, mais à une condition : les forêts valent, dans leur monde, beaucoup plus que les pygmées. Ils ne le disent pas, mais n’en pensent pas moins : « sauvons les forêts et que les pygmées crèvent ».

Longtemps avant que les intégristes de la technologie über alles ne commencent à s’incliner devant le verdict de leurs instruments, les gens le plus en harmonie avec la nature, du pôle nord au pôle sud, dans les steppes, les forêts, les déserts avaient sonné l’alarme de l’extinction. Pour certains, l’extinction fut un génocide, difficilement admis par les croisés de la supériorité de la civilisation occidentale. Une supériorité fondée, construite, défendue sur base de principes qui disaient/disent, entre autres, que la force prime tout, quelle que soit l’origine de cette force. Les pygmées de partout, vivant des forêts, dans les forêts, avec les forêts sont en voie d’extinction, selon les media. De ces mêmes media, le spectateur aura un bref résumé de la dernière tranche de l’extinction où les voisins des pygmées à la recherche de terres cultivables seront présentés comme les coupables. Rien, ou si peu, n’est dit sur les responsabilités de ceux qui ont façonné comment il faut penser la question de l’extinction de la vie et de toutes les valeurs de solidarité exigées par la conscience d’appartenir à une seule humanité.

Dans un monde construit autour du respect du plus fort, qui défendra les pygmées comme s’il s’agissait de sœurs et frères ? Les lamentations venant des organisations humanitaires, malheureusement en rappellent d’autres en d’autres temps.

La liquidation de l’humanité, de son histoire, de ses membres les plus vulnérables, des plus pauvres s’est poursuivie comme on peut le constater en prêtant l’oreille aux histoires qui viennent de Fukushima, des forêts équatoriales d’Afrique, des habitants de Palestine, Haïti, Somali, Lybie, des bidonvilles des mégalopoles du Sud, des enfants de la rue, des enfants soldats, des émigrés. La solidarité avec les gens âgés est systématiquement découragée grâce à une mentalité productiviste fixée sur « les fondamentaux » (le bottom line en anglais) de la soumission à la violence contre le genre humain. Ce processus de soumission à l’inconscience n’est pas ressenti comme tel car la destruction de la conscience de l’humanité semble, par endroits, avoir dépassé le point de non retour.

Serait-il que l’injonction « Plus jamais ça » est restée inopérante par incapacité/refus de nommer tous les responsables des Crimes contre l’Humanité, aussi puissants soient-ils ?

Entre temps, les médias nous montrent une Afrique qui se meurt par les maux considérés comme usuels, acceptables, dès qu’il s’agit de l’Afrique : la faim, la pauvreté, les conflits, les viols, des maladies facilement curables en d’autres lieux. Ces maux ont une histoire que les médias contrôleurs des informations ne peuvent, en aucun cas, conter. Une telle histoire est prohibée car elle court le risque de montrer que l’histoire, l’humanité doivent aussi disparaître, et pas seulement, les quelques gens et groupes de gens qui sont montrés du doigt comme des ennemis.

Régulièrement, on entend parler de l’extinction d’espèces naturelles, de langues, de groupes humains dans un contexte dominé par la recherche persistante de croissance d’un système responsable de la liquidation de la vie sur la planète. Nous sommes informés de cette liquidation/extinction de l’espèce humaine dans un langage qui nous présente ce fait comme un des petits effets négatifs de l’amélioration des conditions de vie pour tout le monde.

Des langues s’éteignent, mais il y a aussi des voix qui ont toujours été audibles qui aujourd’hui s’éteignent d’épuisement.

Des voix éteintes
Semi-éteintes
En train de s’éteindre crient
Nous sommes là
Nous vivons,
Nous voyons
Nous sentons

Les adressés préfèrent le confort
De ne pas voir
Ne pas sentir
Ne pas vivre

Ils n’ont jamais entendu
Nos voix
Nous les biens meubles
Par la grâce du Code Noir,
Des philosophes, des banquiers, des prêtres, des avocats, des assureurs,
La liste est longue, le message court et facile à mémoriser :
Ne pas voir, sentir, parler, communiquer
Ils ne sont pas humains, sont nés pour nous servir

Sous le Siècle des Lumières
Un obscur siècle
S’il en fut, pour l’Afrique
Nuit sans fin, début sans fin
Lente extermination des codifiés, des codificateurs
Se déclarent surpris par la tournure des choses
S’exclament :
Oh, mais nous ne savions pas—Non, oui, bon, euh, enfin
–Bégaiements typiques de l’inconfort face à la conscience–
C’est vrai vous vous êtes plaints, peut-être.
C’est à peine si on pouvait vous entendre
Ou vous comprendre
Personne ne parlait votre langue, parmi nous…

Écoutons les ancêtres d’Ota Benga et de nous tous :
Vous nous aviez décrété « biens meubles »
DONC
Par définition incapables
De parler une langue
Seulement capables
De faire du bruit
Quand l’Afrique
Fut reconnue berceau
De l’humanité, instiguant
Les descendants des codificateurs
Du Code à s’acharner à faire de
L’Afrique la tombe de l’humanité
VRAIMENT
Vous nous prenez pour
Des imbéciles.
Un des descendants de ceux que vous aviez
Décrétés non humains avait été sélectionné, boursier,
Pour être formaté
Dans la science de la soumission
Mais
Cheikh Anta Diop était
De celles/ceux qui, depuis
Des millénaires continuaient de faire naître
La conscience de l’humanité
Depuis les temps les plus reculés
De la civilisation dans la vallée du Nil
KMT
Le pays des noirs
Aujourd’hui dit Égypte
Les négationnistes de l’humanité
S’organisèrent pour mettre Cheikh
Anta Diop en échec

Hélas,
Comme tout projet négationniste bien ficelé
Nombreux sont celles/ceux qui,
Nés et abreuvés aux sources
De la Civilisation, se sont laissés
Ficelés

Par ceux/celles qui sont passés
Maîtres dans la recherche de la création
Du paradis sur terre

Nombreuses sont les voix qui continuent de dire,
Comme les gens de la Sphère au temps
Du triomphe des gens de la Pyramide,
Que ce paradis de minorité
Devient de plus en plus infernal
Pour la croissante majorité
fidèle à l’humanité
solidarité résistante
à la compétitivité
humanitariste charitable excipient
d’un poison sans nom

distillé par des faussaires
cherchant
A liquider l’humanité

(À suivre -23 août 2011)

* Voir le film documentaire (15 :56) de Kathy Sloane. Witness to Hiroshima. www.witnesstohiroshima.com. On y voit comment un citoyen Japonais se fait l’écho en 12 images de ce qu’il a vu et senti à Hiroshima quelques heures après l’explosion de la bombe atomique.
Cette référence s’inspire directement du roman de Ayi Kwei Armah, KMT- In the House of Life –An Epistemic Novel, Perankh Publishers, Popenguine (Senegal) 2006.

Is it not time to really change the world?

Before reading this, please go and see the above. Then you might want to search and read the most informed stories on the process that started with Mohamed Bouazizi in Tunisia that then spread to countries close to Tunisia, and beyond.

There is at least one common thread. For the longest of time, centuries, a predatory system has ruled the world, presenting itself as “civilization” when it was slaughtering, enslaving, colonizing. While colonizing (Africa, Asia, Caribbean) it claimed it was educating the natives. While stealing land and killing its first occupants (The Americas, Caribbean), it claimed to be doing away of barbarism. As Fanon summed it up in his conclusion to The Wretched of the Earth, it carried out its mission in the name of humanity while slaughtering it wherever it encountered it. Its tyrannical practices and rule over the last half century spawned tyrants, dictators in the name of democracy.

The system has been spreading its tentacles in all spheres of life. The idea was to leave no other choice for those confronted with it: to either join or be smashed in the process. The slaughtering has taken various forms, from the most brutal and violent to the sweetest and most seductive. The results can be seen all over the world. Fifty years after the formal end of colonial rule, a ruling clique of Africans has carried on the practices of the enslavers, colonizers and their allies. In some cases, they have “improved” on those methods.

From slavery through colonization, apartheid, globalization, humanity has been assaulted with unparalleled vindictiveness as if it is an obstacle to progress. Capitalism has been, to the majority of humanity, an unfolding disaster, but it has never been named so, because it has always advanced and publicized itself through the voices of those who have most benefited from it.

The latest WSF took place in Dakar, in a context that revealed the political obsolescence of those who have tried to present it as the answer to the problems faced by those who, in Tunisia and Egypt, demonstrated the power of emancipatory politics over the sedative power of NGOs molded as secular missionaries of globalization. All was not bad in Dakar, in part because, finally the protests coming from the Nairobi and Belem meetings have gelled into some changes that provided room for the voices that had been systematically kept away. Under axis 12, on February 9th, 2011, took place a round table to discuss “The Crisis of Civilization”, with a majority of indigenous voices.

The persistent and enraged assaults of Capitalism against the poorest of the poorest shows that the methods used during the previous phases have not been jettisoned. They have been refined. The poorest of the poorest in Africa, and beyond, have been spat upon, tread upon, mentally and physically tortured, raped, stripped of all dignity. The poorest of the poorest people have always said that they are not cannon fodder for the richest of the richest predatory mindsets. They have said it in many different ways, languages, songs. Those who became louder were victimized, and “given a lesson”, so as to instill paralyzing fear. To those who left fear behind, say, like Lumumba, the treatment was most severe and brutal in the extreme.

As events in Tunisia, Egypt and beyond have been showing, short cuts of the kind that ignore the voices of the voiceless, have a way of catching up with those responsible for silencing them. History always catches up, sooner or later, with those responsible for crimes against humanity, and yet seeking to prove the end of history, by eradicating history. Setting up tribunals (for judging crimes against humanity) that operate selectively will not erase the impunity that has accompanied enslavement, colonization and its multiple consequences, including the reinforcement of a system whose predatory nature is daily covered up.

When natural disasters hit, say, like a tsunami, a volcano eruption, an earth quake, solidarity spreads fast and with imagination….except in places that have been selected for total and complete annihilation, such as Haiti. There, as has been seen, the richest of the richest have been organizing in such a way as to recover from the humiliation of having been shown the road to freedom by the enslaved Africans, way, way back in 1804. In the minds of the slave and plantation owners, only they knew what freedom was. A slave was supposed to be a thing. From the master’s point of view, the slave was, by nature, not capable of thinking, feeling, suffering; and, therefore, according to the tyrants of the time, could not possibly know anything about freedom, let alone seeking and succeeding in getting it. Ever since the only freedom that has been canonized is the freedom of his lordship the Market. Ever since discovering how to avoid accountability for crimes against humanity, the market racketeers have also found ways of profiteering from those crimes and, with impunity, turn the system as an anonymous benefactor. The mantras from these profiteers never change: get rid of tyrants, but maintain the tyranny of capitalism.

Impunity has been the main characteristic of capitalism in all of its manifestations: political, economic, social. Impunity has bred authoritarianism of the worst kind in the minds of those who consider themselves in charge of the world through its dominant institutions, within and outside of the UN, within and outside of the financial world, within and outside of the religious world. Yet, courses on ethics have become popular in business and law schools, molded to frame the minds of those who shall preach competitiveness to death, while taking submission to the predatory nature of competition for granted.

How monstrous the system has become can only be seen, felt by those who have experienced its daily, destructive voracity. Denunciations of consumerism abound from the very corners that see nothing wrong at being consumed by accepting to be spectators to the sufferings of the majority of humanity. watch full film Baywatch online

Sitting on the monster and benefiting from an amazing view, the riders shall make sure that they do not appear as being in charge of the monster that has spewed disaster. It is more comfortable to sit on top of the monster than be trampled by it. Most of the time the monster seems to be completely anonymous, but now and then, it does appear with a name. In a quick flash, the victims can see the connection between the named monster/tyrant and the rider/tyranny.

Sooner or later, the riders and those who have sided with them will realize how precarious their position is. The sense of invincibility shall generate uncertainties, then fear. From Tunisia through the region, fear has been changing sides. That process is not new, as histories of resistance, from all corners of the planet, have illustrated…, provided they are read without blinders.

To be continued
Feb 24 2010