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Du Code Noir (1685-1848) au Code Innommable (1492-aujourd’hui)

La définition ou plutôt la pratique de ce code indéfinissable, innommable, a été construit au cours des cinq derniers siècles. Par des mots et par des actes produits et reproduits à travers des rapports entre des membres d’une seule humanité. Ces mots et ces actes venaient d’une conscience, et, à leur tour, ont eu des conséquences sur d’autres consciences de personnes qui subissaient la mise en pratique des mots et des actes. De ces mots et de ces actes sont nés un Code, même si celui-ci n’est pas formellement nommé comme le fut celui de Louis XIV (Le Code Noir 1685-1848). Ce Code a commencé par la conviction d’un segment de l’humanité de sa supériorité inhérente, indiscutable. Sa reproduction devait obligatoirement reproduire cette hiérarchie.

Pour les producteurs et reproducteurs de ce code, il a la particularité de ne pas avoir d’articles écrits. Cette particularité est aussi un avantage car il permet de changer au fur et à mesure des besoins des bénéficiaires. Les pratiquants de ce Code peuvent donc se référer à des grands noms des fondateurs, initiateurs de la liberté, de la démocratie tels que sous-produits de ce Code. En d’autres termes, ce Code peut être ajusté aux besoins les plus urgents du moment du maintien de la hiérarchie. Un crime contre l’humanité était en train de naître.

Au long de son application, ce Code sans articles est fondé et continue de se construire sur une vision d’un monde qui est sorti d’un processus de création de puissance qui ne peut accepter aucun concurrent. Toute possibilité de surgissement d’un concurrent est ressentie comme menace d’anéantissement. L’idée que cette puissance puisse coexister avec une autre vision du monde, une autre façon de penser et de vivre en rapport avec d’autres personnes est tout simplement irrecevable. Ainsi, petit à petit, on pourrait presque dire imperceptiblement, le maintien de la hiérarchie était devenu, pour les auteurs du crime contre l’humanité, une question de vie ou de mort de leur mode de vie.

La vérification de ces pratiques séculaires est visible dans le quotidien des affaires intérieures et extérieures des inventeurs du Code. Comme l’a fameusement proclamé le président Bush fils en réponse à la demande de ratification du protocole de Kyoto sur l’environnement, ce Code, qu’il a appelé, pour ces besoins-là, American Way of Life (AWOL en sigle) 1, n’est pas négociable.

En cours de fabrication, ce Code innommable s’est attelé à l’éradication des peuples Amérindiens, dans les Amériques. L’horreur fut telle, à un moment donné (1549), qu’un des travailleurs à la fabrication du Code, le Dominicain Domingo de Betanzos, abjura sur son lit de mort, face à un notaire, tout le mal qu’il avait dit sur les Indiens. Il ne fut pas le seul à se repentir et/ou à dire que les Indiens n’étaient pas des bêtes ou des barbares. Il y en eut plus qu’on ne le pense généralement, la coutume de ne pas trop salir la méthode de fabrication du Code n’a retenu qu’un des plus célèbres : Le Frère Dominicain Bartolomeu de Las Casas. 2

Ces protestations provoquèrent, parmi les Inventeurs du Code, un sursaut de culpabilité (on aimerait, mais on hésite, à dire, de conscience). L’empereur Charles-Quint et ses conseillers tenaient à ce que la Conquête soit conduite d’une manière honorable et chrétienne. Comment réconcilier les critiques du Code en construction et ses Inventeurs ? Face à Las Casas, les inventeurs invitèrent celui qu’ils avaient de meilleur dans leur arsenal idéologique : Juan Ginés de Sepúlveda, théologien, philosophe, Aristotélicien. Sa tâche était simple : rappeler à ces personnes tendres de cœur et de conscience les principes d’Aristote, à savoir que les Indiens méritaient effectivement le traitement qu’ils subissaient : bêtes de somme, esclaves. Ils avaient été créé pour accomplir cette fonction-là.

La tentative de Codifier par écrit le comportement des Conquérants dans les Amériques n’aboutit guère, un peu comme un avant-goût des questions contemporaines qui ne parviennent pas à trouver de solution. Pendant cinq siècles le massacre s’est poursuivit, de diverses manières. En 1573, une loi fut promulguée en Espagne bannissant le mot « conquête » et y substituant « pacification » pour toute activité décrivant le travail des Espagnols en Amérique.3

C’est ainsi que le Code innommable s’est forgé non seulement en Amérique, mais aussi partout où il y a eu des conquérants, en Afrique, en Asie, sur les océans, dans l’espace. Les catéchistes religieux et laïcs de la colonisation ont passé le bâton aux développeurs, et ceux-ci aux financiers de la globalisation, une terreur qui ne dit pas son nom. La terreur est une torture déguisée difficile de résister : qui va nourrir ma famille ? Si tout le monde le fait, pourquoi pas moi ? Face à la terreur, la peur est humaine : c’est pas mon boulot. C’est ainsi que le Code innommable prépara le terrain d’autres massacres non reconnus. Au long du parcours, les Inventeurs du Code Innommable se présentaient comme les meilleurs connaisseurs et protecteurs des Droits de l’Homme.

Par la peur et la terreur le Code innommable aimerait s’immortaliser, telle une réaction nucléaire incontrôlable. Comme au 16ème siècle, avant Valladolid, apparaissent des sursauts de culpabilité, et, parmi ceux-ci se multiplient, invisibles, des sursauts de conscience. Le Code innommable dans un imaginable cyclotron fuse à toute vitesse, tel un train en folie, vers le seul obstacle capable de l’arrêter : la conscience révoltée, seule représentante légitime de l’humanité. Nous sommes à ce point : de cette collision que sortira-t-il ?

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1 En langage militaire étasunien, AWOL veut aussi dire Away WithOut Leave c’est-à-dire en congé sans permission, donc pouvant être accusé et condamné pour désertion.
2 Pour les autres noms et, surtout pour mieux connaître ce que les Indiens pensaient des Chrétiens, la littérature est devenue de plus en plus vaste. Pour cette réflexion, nous nous sommes inspirés, entre autres, des travaux suivants : Lewis Hanke (1959), 1975. Aristotle and the American Indians. A Study in Race Prejudice in the Modern World. Bloomington, London : Indiana University Press ; Louis Sala-Molins. 1992. L’Afrique aux Amériques. Le Code noir espagnol. Paris : PUF ; David E. Stannard. 1992. American Holocaust. The Conquest of the New World. New York, Oxford :Oxford University Press ; Rosa Amelia Plumelle-Uribe.
2001. La férocité blanche. Des non-blancs aux non-aryens : génocides occultés de 1492 à nos jours. Paris : Albin Michel. À propos de Las Casas, il faut rappeler qu’il n’a jamais mis autant d’énergie à défendre les noirs qu’il n’en a mis pour défendre les Indiens. Voir Lewis Hanke, Ibid. p. 9.
3 Suite à la Conférence de Berlin (1884-5), les puissances colonisatrices organisèrent la conquête des territoires sous le vocable de « campagnes de pacifications ». La pratique de faire passer la réalité pour ce qu’elle n’est pas est aussi vieille que le monde.

La lutte à mort entre l’inconscience du capital et la conscience de l’humanité

Comment les humains sont-ils arrivés à cette situation où un système organisateur d’un mode de vie, d’un mode de penser, est en voie de liquider la seule force capable de faire front et, pourquoi pas, de renverser ce processus d’usurpation ? Comment l’inconscience du capital forgée pendant des siècles est-elle parvenue à contrôler et, finalement, soumettre la conscience de l’humanité à ses ordres ? Comment est-on arrivé à une forme de dictature plus forte que toute puissance militaire, nucléaire? Comment, finalement, un mode de penser, d’organiser les rapports économiques est parvenu à se présenter comme créateur de richesses, alors que dès le début de son existence, il a toujours été fondamentalement destructeur, prédateur ? Cet essai ne pourra pas répondre à toutes ces questions. L’objectif est d’attirer l’attention sur un processus de destruction qui, tout en détruisant, se présente systématiquement en son contraire. Et cela, en apparence du moins, avec l’acceptation parfois consciente, parfois inconsciente de l’humanité. Très longue et complexe histoire, les quelques paragraphes qui suivent ne peuvent qu’en effleurer la surface. Cependant, le pressentiment d’urgence oblige, au moins, d’en prendre la dimension, car il y va de la survie de l’espèce humaine.

L’histoire peut-elle encore poser les questions qui permettraient de comprendre où et comment l’errance de l’humanité a pris forme en mettant sur pied un système discriminatoire consciemment mis en place, mais dont les effets furent la naissance, la croissance de l’inconscience. Le capital ne peut pas être conscient ou inconscient, mais les capitalistes, à savoir, ceux qui ont organisé et maintenu son fonctionnement afin de toujours bénéficier de celui-ci, ne pouvaient que perdre la conscience de leur humanité au fur et à mesure qu’une partie de celle-ci était réduite à l’esclavage.

L’histoire elle-même, comment elle est enseignée écarte, presqu’automatiquement toute interférence qui pourrait poser des alternatives à la vision imposée par la naissance, la croissance d’une puissance de destruction dont la mesure est encore très loin d’avoir été prise. Les guerres coloniales, impériales du 20ème siècle ont renforcé la mentalité dictatoriale de l’Occident vis-à-vis des peuples conquis, colonisés. Dans la majorité des cas, l’histoire de ces peuples, malgré les résistances, malgré la conscience qu’ils avaient de leur humanité, des violences, des violations subies a été contée en recourant aux schémas mentaux imposés par l’Occident.

L’enseignement de cette histoire de la montée de l’inconscience du capital et de la nécessité de s’y soumettre est trop souvent reproduite par ceux-là mêmes qui sont les premiers à se présenter comme les grands résistants. Plusieurs mois avant sa destitution, Laurent Gbagbo se plaignait auprès de Colette Braeckman en décrivant les prescriptions de l’Occident : « Ils veulent que nous fassions un 1789 tout en étant surveillé par Amnesty International ». Il semble donc que, pour Laurent Gbagbo, seules comptent les dates phares de l’histoire de l’Occident. Ce qui s’est passé à Haïti entre 1791 et 1804, la victoire des Africains contre l’esclavage, l’universalité de cette victoire est moindre, dans la mémoire de Gbagbo, que 1789.

En cette période pré-électorale en RDC, on assiste à des pèlerinages vers les capitales occidentales des candidats à la présidence, pour se faire adouber, comme si nous étions encore au Moyen-âge, par les représentants des grandes puissances. Ces pèlerinages explicitent l’acceptation du statut de tutelle de la RDC. 51 ans après l’Indépendance, après que Patrice Emery Lumumba ait donné l’exemple de rompre l’asservissement, contrairement à sa vision testamentaire d’un Congo dont l’histoire ne se conterait plus à partir des capitales occidentales, on observe auprès des candidats à la présidence un comportement aligné sur la dictature de l’inconscience du capital.

Cette soumission n’est pas unique à la RDC. Elle se manifeste de diverses manières non seulement en Afrique, mais partout où le capital s’est installé et cherche systématiquement à renforcer les logiques qui découlent de cette histoire dictatoriale. Une de ces logiques dictatoriales est celle du marché. Les promoteurs de ces logiques ne se considèrent pas comme des inconscients. Tout au contraire, ces personnes ont consciemment adopté tous les comportements exigés par l’acceptation des logiques induites par le marché et tout ce qui, directement, indirectement, en découle : compétitivité, capitalisme, lois de la jungle.

Acceptation consciente d’un système dont l’entendement est délibérément faussé par ceux qui, historiquement, en ont bénéficié le plus. Quelle que soit la direction du regard sur l’histoire de l’imposition dictatoriale du capital sur l’humanité, ce regard rencontrera des marques indéniables, ineffaçables de crimes contre l’humanité, à condition que ce regard ne soit pas faussé par les effets destructeurs de l’inconscience du capital. Il est possible ou probable que certains des bénéficiaires de ce parcours, aient pu ressentir une gêne en se rendant compte qu’ils bénéficiaient de crimes à répétition. En observant ce qui s’est passé au cours des siècles, on est obligé de conclure que la gêne a été de très courte durée car la conscience qui a triomphée martelait que le crime payait trop bien pour être dénoncé comme tel. Dans les transitions allant de l’esclavage à l’abolition, de la colonisation aux indépendances, il n’y a jamais eu d’équivalent d’un Tribunal de Nüremberg ou même, plus près de nous, d’une Commission de Vérité et Réconciliation comme il y a eu en Afrique du Sud. Il n’y a jamais eu de processus de reconnaissance de l’errance des puissances esclavagistes, coloniales, impériales des crimes commis pour assouvir leur convoitise. S’il n’y avait pas une tendance à avoir peur de dire les choses comme elles sont, serait-il exagéré de conclure qu’à force d’impunité, ces puissances se sont convaincues que la liquidation de l’humanité est une excellente affaire.

Au nom de la défense des biens mal acquis (ou de l’American Way of Life pour ne pas signer le protocole de Kyoto) concentrés au fil des années dans des institutions financières de plus en plus puissantes, ces puissances se sont imposées comme juges et parties pour décider qui doit être amené et traduit à la Cour Pénale Internationale. La plus grande puissance militaire de tous les temps a refusé de signer la convention mettant en place cette CPI. Ainsi continue d’être renforcé un Code Innommable descendant mentalement du Code Nègre faisant de l’Afrique et de son territoire un terrain d’approvisionnement de ressources fondamentales pour l’enrichissement des banquiers, des compagnies d’Assurances, bref de toutes les forces qui ne peuvent vivre que de la prédation directe et indirecte d’autres êtres humains.

Peut-on dire, sans hésitation, que ces puissances politico financières mondiales issues de cette prédation multiséculaire sont habitées par la conscience de l’humanité telle que comprise dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ? Ne devrait-on pas dire que l’impunité des crimes commis au cours des siècles a conduit ces puissances à ne plus savoir distinguer entre la conscience de l’humanité et l’inconscience du capital ?

Ne devrait-on pas dénoncer la puissance des Tout-Puissants qui ne parlent qu’au nom de la défense d’un système dominé par l’inconscience des crimes contre l’humanité commis pour défendre ce qui, en conscience, est indéfendable ?

Mais comment dénoncer dans un monde où les plus vaillant(e)s porteuses/porteurs de la conscience ont été liquidés ou sont en voie d’être liquidés ? Sous l’esclavage qui a mis à sac l’Afrique, des consciences n’ont cessé de faire appel à la conscience de leurs bourreaux, vainement. De même sous la colonisation. Faut-il s’étonner qu’en ce 21ème siècle, le champ de bataille entre la conscience de l’humanité et l’inconscience du capital soit totalement dominé par l’inconscience?

Dans un monde où tout s’évalue par les lois du marché (un monstre anonyme, sans foi ni loi si ce n’est la recherche de la puissance), quelle est la valeur de la conscience face à l’inconscience du capital ? Dans un contexte où ce dernier se présente, en toute conscience, par la voix de ses plus grands bénéficiaires, comme le bienfaiteur d’une humanité que ce capital éradique au fur et à mesure qu’il se forge des arguties expliquant pourquoi ces crimes contre l’humanité ne méritent pas d’être ainsi nommés.

Durant ces derniers temps, on entend dire que l’humanité a commencé à prendre conscience des signes de plus en plus manifestes de l’inconscience du capital. Il s’agit là d’une façon indirecte de nier l’humanité de celles et de ceux qui s’étaient révoltés contre le génocide, l’esclavage et d’autres formes d’asservissement. Les Amérindiens et tous les peuples ayant souffert la conquête ont exprimé de diverses manières, généralement non rencontrées dans les archives, leur humanité par des révoltes et d’autres moyens. Mais, les bénéficiaires spécifiques et génériques des Crimes contre l’Humanité continuent de penser que le « crime paie ». L’impression dominante semble même dire qu’au plus le crime est immense, plus juteuse sera la récompense. Il n’existe aucun domaine de l’existence de l’humanité, aucun espace de la planète, où l’impact de l’inconscience du capital ne soit pas visible. La force de pénétration de l’inconscience du capital est seulement comparable à la radioactivité nucléaire : elle est inodore, incolore, invisible. Son impact ne semble être perçu qu’au moment où ses effets destructeurs sont devenus irréversibles. Jusqu’à quand ?

Du Code Noir (1685-1848) au Code Innommable (1492-aujourd’hui)(I)

La définition ou plutôt la pratique de ce code indéfinissable a été construit au cours des cinq derniers siècles. Par des mots et par des actes produits et reproduits à travers des rapports entre des membres égaux de l’humanité. Ces mots et ces actes venaient d’une conscience, et, à leur tour, ont eu des conséquences sur d’autres consciences de personnes qui subissaient la mise en pratique des mots et des actes. De ces mots et de ces actes sont nés un Code, même si celui-ci n’est pas formellement nommé comme le fut celui de Louis XIV (Le Code Noir 1685-1848). Ce Code a commencé par la conviction d’un segment de l’humanité de sa supériorité inhérente, indiscutable. Sa reproduction devait obligatoirement reproduire cette hiérarchie.

Pour les producteurs et reproducteurs de ce code, il a la particularité de ne pas avoir d’articles écrits. Cette particularité est aussi un avantage car il permet de changer au fur et à mesure des besoins des bénéficiaires. Les pratiquants de ce Code peuvent donc se référer à des grands noms des fondateurs, initiateurs de la liberté, de la démocratie tels que sous-produits de ce Code. En d’autres termes, ce Code peut être ajusté aux besoins les plus urgents du moment du maintien de la hiérarchie. Un crime contre l’humanité était né.

Au long de son application, ce Code sans articles est fondé et continue de se construire sur une vision d’un monde qui est sorti d’un processus de création de puissance qui ne peut accepter aucun concurrent. Toute possibilité de surgissement d’un concurrent est ressentie comme menace d’anéantissement. L’idée que cette puissance puisse coexister avec une autre vision du monde, une autre façon de penser et de vivre en rapport avec d’autres personnes est tout simplement irrecevable. Le maintien de la hiérarchie était devenu, pour les auteurs du crime contre l’humanité, une question de vie ou de mort de leur mode de vie.

La vérification de ces pratiques séculaires est visible dans le quotidien des affaires intérieures et extérieures des inventeurs du Code. Comme l’a fameusement proclamé le président Bush fils en réponse à la demande de ratification du protocole de Kyoto sur l’environnement, ce Code, qu’il a appelé, pour ces besoins-là, American Way of Life (AWOL en sigle) , n’est pas négociable.

En cours de fabrication, ce Code innommable s’est attelé à l’éradication des peuples Amérindiens, dans les Amériques. L’horreur fut telle, à un moment donné (1549), qu’un des travailleurs à la fabrication du Code, le Dominicain Domingo de Betanzos, abjura sur son lit de mort, face à un notaire, tout le mal qu’il avait dit sur les Indiens. Il ne fut pas le seul à se repentir et/ou à dire que les Indiens n’étaient pas des bêtes ou des barbares. Il y en eut plus qu’on ne le pense généralement, la coutume de ne pas trop salir la méthode de fabrication du Code n’a retenu qu’un des plus célèbres : Le Frère Dominicain Bartolomeu de Las Casas .

Ces protestations provoquèrent, parmi les Inventeurs du Code, un sursaut de culpabilité (on aimerait, mais on hésite, à dire, de conscience). L’empereur Charles-Quint et ses conseillers tenaient à ce que la Conquête soit conduite d’une manière honorable et chrétienne. Comment réconcilier les critiques du Code en construction et ses Inventeurs ? Face à Las Casas, les inventeurs invitèrent celui qu’ils avaient de meilleur dans leur arsenal idéologique : Juan Ginés de Sepúlveda, théologien, philosophe, Aristotélicien. Sa tâche était simple : rappeler à ces personnes tendres de cœur et de conscience les principes d’Aristote, à savoir que les Indiens méritaient effectivement le traitement qu’ils subissaient : bêtes de somme, esclaves.

La tentative de Codifier par écrit le comportement des Conquérants dans les Amériques n’aboutit guère, un peu comme un avant-goût des questions contemporaines qui ne parviennent pas à trouver de solution. Pendant cinq siècles le massacre s’est poursuivit, de diverses manières. En 1573, une loi fut promulguée en Espagne bannissant le mot « conquête » et y substituant « pacification » pour toute activité décrivant le travail des Espagnols en Amérique.

C’est ainsi que le Code innommable s’est forgé non seulement en Amérique, mais aussi partout où il y a eu des conquérants, en Afrique, en Asie, sur les océans, dans l’espace. Les catéchistes religieux et laïcs de la colonisation ont passé le bâton aux développeurs, et ceux-ci aux financiers de la globalisation, une terreur qui ne dit pas son nom. La terreur est une torture déguisée difficile de résister : qui va nourrir ma famille ? Si tout le monde le fait, pourquoi pas moi ? Face à la terreur, la peur est humaine : c’est pas mon boulot. C’est ainsi que le Code innommable prépara le terrain d’autres massacres non reconnus. Au long du parcours, les Inventeurs du Code Innommable se présentaient comme les meilleurs connaisseurs et protecteurs des Droits de l’Homme.

Par la peur et la terreur le Code innommable aimerait s’immortaliser, telle une réaction nucléaire incontrôlable. Comme au 16ème siècle, avant Valladolid, apparaissent des sursauts de culpabilité, et, parmi ceux-ci se multiplient, invisibles, des sursauts de conscience. Le Code innommable dans un imaginable cyclotron fuse à toute vitesse, tel un train en folie, vers le seul obstacle capable de l’arrêter : la conscience révoltée, seule représentante légitime de l’humanité. Nous sommes à ce point : de cette collision que sortira-t-il ?

From the fission of humanity to?

Looking with fresh eyes at the state of the Planet, its short and long haul history, what would such a look report to those willing to listen with unencumbered ears, a mindset not clogged by the ashes and residues left by its slow and steady destruction?

The premises of this fresh look are that it must be completely and radically unhinged from the constructions of the history of humanity as recounted from the mindsets which have grown out of the destructive processes that can be traced from short and long haul histories. Humanity’s history has been much longer than, say, its last 30, 50, 66, 500 years.

Having the history of Humanity told and retold by one of its segments, especially if it has been triumphant, can only lead to distortions of that history. Yet, a look not so fresh seems to say that only one segment has abrogated to itself the intellectual property right to tell that history. In the process of assuming full authorial rights, it has grown into the very opposite of what it has always stated to be: the model of democracy.

That can be questioned without necessarily having to prove that there is a better model. Humanity’s history overall, and anything stemming from it, whether political, technical, technological, cultural, religious, moral, has been built up through trial and error. There is no such a thing as a model history of Humanity either, but for one segment of Humanity to present itself as the only and best defender of the most valued values of Humanity is to reproduce the ideological stories of domination which have been associated with conquests, colonization and, now, globalization.

A segment that has been associated with genocidal processes while being born has continued to claim a history cleansed from those warts. Having gotten away with those genocidal processes has generated on the one hand a sense of impunity and on the other, fear.

Fear, however, is no longer rooted on the side that has most suffered the consequences of power abusively exercised with impunity. This kind of change helps in bringing about a fresh look at the state and history of Humanity.

When fission of the atom was discovered, Einstein is alleged to have commented that it changed everything except the way we think. It would have been good if he had specified what he meant by “we”. “We” could be understood as the scientific community, the physicists, or, in a more general way, the human species. However, fission of the atom itself was not just the result of scientific endeavors, unless one looks at the “discovery” of the Americas as a scientific endeavor too. Fission of the atom, again from the stand of a fresh look, can be seen as the result of conquering processes whose consequences resulted in fission of humanity. The clash between conquerors and conquered was similar, in its consequences, to the splitting of the atom.

The impact of conquest on humanity by one of its segments has led to such a splitting of humanity that one has to ask if the splitting and its accumulated consequences are irreversible. From such a fresh look, a question arises: shall the specific and generic conquerors ever accept that what has been achieved through such a massive crime must be acknowledged, accounted for, and repaired (as in healed)?

From the point of view of the conquerors and its inheritors, it is obvious that this kind of question and fresh look might be seen as too unsettling for comfort, and, therefore, challenged, resisted, disputed with the same ferocity that was resorted to in order to impose the conquerors’ rule. The conquerors, through the centuries and the last decades, have been in the habit of recruiting defenders of their rule. In the last few weeks, however, the conquerors have been forced to recognize that these allies were best jettisoned least they, the conquerors, be too closely identified with the ones being referred to as tyrants.

Identifying the tyrants is not as easy as identifying tyranny, yet aren’t tyrants begotten by tyranny? As Deep Throat used to say when the Watergate scandal was unfolding: “Follow the money”.

To be continued
March 7, 2011

Retour de Lumumba au pays natal: dans le monde des ancêtres

En écoutant MOHAMED BOUAZIZI accueilli par Lumumba et d’autres figures connues et inconnues de la fidélité à l’humanité

La scène :
Lumumba, avec une autre partageuse inconnue (qu’on voit de dos), aide Mohamed Bouazizi (MoBo) à se défaire des pansements qui enrobaient son corps.

Observent la scène, parmi les esprits reconnaissables : Franz Fanon, Nehanda, Anastacia, et une multitude de personnes de toutes les parties du monde, qui ont vécu les pires humiliations.

LUMUMBA (s’adressant à MoBo):

Bienvenu parmi les vainqueurs éternels. Votre geste prendra du temps pour pénétrer dans la Conscience de l’humanité, car celle-ci n’était plus habituée à tant de pureté radicale dans la rupture par actes et pensée.

Votre geste restera un moment événementiel dans la geste de l’humanité écrite dans une langue qui dépasse toutes les langues, libérée de la gangue inventée par les gangs habitués à s’imposer grâce à une expertise acquise là d’où jaillit, avec une impunité déconcertante, les pratiques qui n’en finissent pas de mettre fin à l’humanité, à l’histoire. Bienvenu et un grand merci pour l’exemplarité du geste.

MOHAMED BOUAZIZI

Merci beaucoup de ces aimables paroles. Mais, vraiment, je n’ai rien fait d’extraordinaire. Je n’ai fait que ce que je pensais qu’un être conscient de son humanité aurait fait, dans les mêmes circonstances.Watch Full Movie Online Streaming Online and Download

Ce qui est vrai dans ce que vous dites c’est que les gens ne pouvaient expliquer que ce qu’ils avaient vu, lu, entendu. Tout le monde, ou presque, connaît les circonstances qui m’ont amené dans ce monde des éternels vainqueurs.

Ce que les destructeurs de l’humanité ne veulent pas savoir, à tout prix, est la mesure des souffrances infligées par une puissance de destruction inégalée et, probablement, inégalable dans l’histoire de l’humanité. Ils ne veulent pas savoir car savoir, les mettrait face à face avec un miroir leur renvoyant une image qui les paralyserait de peur. Ils ne tiennent pas à savoir publiquement, car, dans le fond d’eux-mêmes, ils savent que leur comportement est criminel. Ils savent que si la justice fonctionnait vraiment comme elle devrait fonctionner, ils devraient se déclarer coupables de crimes contre l’humanité.

Les puissants ne semblent pas se rendre compte, jusqu’à ce jour, de l’origine, de la trajectoire de leur puissance. Cette puissance incommensurable va de pair avec une impunité extravagante. Au fond, psychologiquement, ce n’est pas sorcier : quand quelqu’un commet un crime et qu’il s’en sort sans être pris, il cherchera à faire pire, et ainsi de suite. D’horreur en horreur, ces criminels perdent complètement la notion de ce qu’ils font. Par ailleurs, ils sont (parfois) prêts à reconnaître les pires crimes (quand ils sont coincés par des révélations inattendues), car leur puissance et l’impunité leur permet, au moment opportun, de passer les crimes contre l’humanité par « Pertes et Profits ».

Par ce terme technique de la langue de bois du capital, ils nous font savoir que nous, les plus pauvres des plus pauvres vivront des pertes (comme, par exemple, on peut le voir aujourd’hui dans les grandes villes des pays dits « émergents », où les pauvres sont réduits à se nourrir à partir des poubelles. Dans les zones huppées, certaines poubelles sont cadenassées pour empêcher les plus pauvres des plus pauvres de s’alimenter). Quant aux plus riches des plus riches, ils se réserveront l’abondance des profits qui renforcera leur puissance de destruction construite pour éradiquer l’humanité. Ils veulent nous éliminer parce que nous sommes leur miroir. En nous éliminant savent-ils qu’ils s’éliminent aussi ?

J’avais cru, jusqu’au jour où la police a confisqué ma charrette et mes produits, qu’il suffisait de se battre et que, tôt ou tard, la récompense arriverait…et je pourrai peut-être jouir non pas des profits, mais au moins des petites miettes que les pertes nous amènent.

Après tout, je m’étais tellement saigné pour acheter cette charrette qu’elle avait presqu’acquise la force d’une personne aimée. J’avais même commencé à penser qu’un jour je lui donnerais un beau nom. J’avais commencé à la considérer comme la compagne des bons et mauvais jours. Dans les bons jours, je sifflais, je chantais et j’entendais les roues tambouriner un accompagnement bien cadencé qui me donnait des ailes. Pendant l’hiver, si nécessaire, je dormais sous elle, bien calé contre une des roues, avec des journaux et des cartons. Avec les produits bien couverts avec une bâche, j’étais protégé contre la pluie, et le froid.

J’explique tout ceci car les gens ne se rendent pas compte de l’intimité qui me liait à cette charrette. Elle faisait partie de moi-même, physiquement et psychiquement. Quand on est venu me l’arracher c’est comme si on avait attenté à ma vie et qu’un coup mortel m’avait été porté. En prenant une partie de moi-même, on me tuait.

Quand ils ont pris ma charrette, c’est comme si on m’avait écorché vif. D’un coup, comme un éclair, j’ai compris comment des gens (en Inde, en Corée du Sud, en Afrique en Amérique latine, par exemple) auxquels on avait arraché la terre avait ressenti cet arrachage. D’un coup, j’ai senti ce que ressentent celles qui sont violées. Ce genre de souffrance est indescriptible car l’humanité ne pourra jamais inventé un appareil de mesure à la hauteur d’une telle souffrance.

La prise de ma charrette, de quelque chose qui était plus qu’une chose, de quelque chose qui permettait d’adoucir le quotidien de ma famille a été comme un coup de massue sur ma tête. On peut dire, littéralement, que j’avais perdu la tête. Je ne voyais pas comment la vie vaudrait la peine d’être vécue avec des gens qui vous enferme tout le temps sans vous mettre en prison.

Je m’arrêterai ici pour le moment car il y encore beaucoup de choses à dire. Encore une fois, un grand merci pour l’accueil. Je n’aurais jamais cru qu’un tel monde des esprits des ancêtres existait.

LUMUMBA

Merci de ce partage. Nous en avons tous besoin. Mais tu as encore plus besoin de repos. Repose-toi et nous t’écouterons un pleu plus tard.

Quelques temps plus tard. La même scène, sauf qu’il y a plus de gens assis. On voit aussi des mamans avec des bébés dans les bras.

MOHAMED BOUAZIZI

Il faudra aussi écouter d’autres personnes dont les voix ont été maintenues dans le silence total. Ma deuxième mort a été présentée comme un spectacle, à la mode des médias qui s’alimentent de tout ce qui peut maintenir l’intérêt des gens.

Il y a eu beaucoup de commentaires, mais les plus visibles étaient souvent à côté de la plaque. On pouvait sentir, palper leur préoccupation de montrer qu’ils nous connaissaient, alors que quelques jours auparavant on ne parlait que du miracle Tunisien, de sa stabilité, de sa pais sociale.

« Qu’il crève » aurait dit le couard fuyard [Ben Ali] en apprenant mon geste. Une condamnation guère différente de celle qui sort sous d’autres formes des porte-paroles des grandes puissances de la planète. Ces grandes puissances, sans se rendre compte, sont devenues les plus grandes nuisances de l’humanité, de toutes celles qui ne cherchent qu’à vivre.

Leur mot d’ordre vis-à-vis des gens comme nous est bien résumé par ce souhait : « Qu’il crève ». Ce ne sont pas seulement les mots, mais l’organisation des industries, de la production des choses visant avant tout à nous balayer. Dans toute la Tunisie, des plus petites bourgades jusqu’aux grandes villes, l’air vibrait de ces mots. Ils étaient prononcés chaque jour, en français, en arabe, en ki-kapital (langue de ceux qui ne connaissent que le capital), en latin, en grec, en anglais.

Les souhaits de notre disparition nous étaient transmis par tous les moyens de communication. On devrait dire d’excommunication. Tout était fait pour que nous sentions, le plus fortement possible, que nous étions de trop. Ils sont convaincus que sans eux rien de bon, de durable ne sera fait. Leur arrogance est telle qu’elle leur bouche les yeux, les oreilles. En chassant ceux qui ne veulent pas de nous, à tout prix, nous leur démontrerons l’existence d’une puissance plus forte que leur nuisance, plus en harmonie, en fidélité avec l’humanité.

Si nous avons pu commencer un changement en Tunisie, ce changement peut être le commencement d’un changement pour arrêter le massacre programmé de l’humanité, de la terre, de tout ce qui vit.
(A suivre)

Encore. . .

Encore…

Le commentaire qui pourrait accompagner l’information devant de la RDC, plus particulièrement d’un viol de 30 femmes en région de Fizi. Information véhiculée par Médecins Sans Frontières.

Une fois de plus je me rappelle les deux vers de Césaire (Batouque) :
Nous entrerons dans une tour de silence
Où nous deviendrons proie et vautours
Une phrase qui capte très bien les temps où l’humanité se trouve.

L’humanité existe-t-elle encore ? Peut-on encore parler de conscience de l’humanité lorsque tout un pays ou du moins des zones entières sont connues pour permettre des actes inacceptables.

Comment l’humanité en est arrivée là ?

Violer c’est le paradigme des plus puissants vis-à-vis des plus vulnérables. Les plus puissants de la planète, grâce à une puissance sans comparaison sont parvenus à dominer le monde. L’histoire de la croissance de cette puissance est une réaction en chaine, déchainée depuis des siècles, sans impunité. Tout obstacle au déchainement était traité avec la plus grande brutalité possible et imaginable.

Petit à petit, les proies des vautours ont aussi appris à devenir des vautours. Il leur suffisait de se lancer dans des missions punitives afin de réduire au silence toute personne qui aimerait parler au non de l’humanité. Les vautours nés des proies ont appris que l’impunité s’impose.

Que faire ?

Nous sommes à l’âge de la communication électronique. Que les humanitaristes s’organisent pour montrer que l’humanitarisme a vécu que la charité pour les humains doit être remplacée par la solidarité avec l’humanité. Que l’humanité est violée dès que l’on laisse libre cours à l’impunité, au viol impuni.

A l’heure de la communication électronique, que chaque fille, chaque personne qui se sente vulnérable en zone de terreur contre l’humanité, en zone de viol, soit munie d’un chip électronique en communication permanente avec un autre chip attaché de façon inamovible, au poignet de personnes responsables de veiller sur la sécurité de l’humanité dans les zones où ses membres les plus faibles sont le plus menacés. Ces chips au poignet enregistreraient les battements de cœur de la personne porteuse ainsi que toute parole qui sortirait de la bouche du violeur ou de la personne violée. Le haut parleur du chip au poignet ne peut être contrôlé qu’à partir d’une centrale sous les ordres du Conseil de Sécurité. La modification de la réception n’est possible que par un vote unanime de tous les membres du Conseil de Sécurité.

Une autre modalité pourrait être envisagée : Installer des haut-parleurs tout autour du Bâtiment des Nations Unies à New York. Ces haut-parleurs seraient activés chaque fois qu’une des porteuses du chip seraient attaquer par les violeurs.

Une autre modalité : doter les personnes susceptibles d’être violées d’une protection qui mette toute personne qui tente de violer en danger de perdre à jamais l’usage de la parole et/ou du sexe.

Nous sommes à l’ère de l’électronique, de la nano technologie. Le défi est lancé car, semble-t-il, entre la survie du système qui finance l’électronique et la nano technologie et celui qui finance la survie de l’humanité, le choix semble avoir été fait depuis plusieurs siècles : il faut les plus faibles périssent, disparaissent. Sinon, toutes les phases que nous avons connues, depuis l’esclavage, en passant par la colonisation, l’apartheid, la globalisation continueront de faire des ravages.

Il ya 49 Ans Mourrait/Naissait Lumumba

Il y a 49 ans
Un long calvaire se terminait
Quelque part au Katanga
Finissaient
Les souffrances
Okito
Mpolo
Lumumba
Un calvaire de quelques semaines
Annonciateur d’un calvaire sans fin
Quelque part en Afrique
La RDCongo punie sans fin
Pour avoir choisi
Patrice
Emery
Lumumba
Premier Ministre

Il y a plus de 200 ans
Un autre calvaire se terminait
Quelque part dans les Caraïbes
Finissait
Le Code Noir
Calvaire
De Canaan*
Annonciateur d’un calvaire sans fin
Quelque part dans les Caraïbes
Les africains punis sans fin
Pour avoir choisi
Liberté
Fraternité
Egalité

Il y a plus de 300 ans
Prenait fin
Quelque part au Brésil
Le Quilombo de Palmares
Epopée héroïque
Nganga
Zumbi
A la tête
Maintenant presque béatifié
Héros national
Pour avoir suivi
Sa conscience
Avec patience
Et persistance

Il y a plus de 150 ans
Prenait fin
Quelque part en Amérique du nord
La Longue Marche des Cherokees
The Trail where they Cried
La Marche où ils ont pleuré
Déplacés
Réfugiés
Parqués
Dans des parcs/réserves
Pour avoir osé dire
Leur humanité
Fidèles aux vérités
Egalité
Liberté
Fraternité

Il y a plus de 150 heures
Dans le pays de Toussaint
La conscience de l’humanité
A été secouée
Choisira-t-elle
la reconstruction dictée
par la loi du marché
ou la guérison distillée

il y a plus de 200 ans
chantée par l’humanité
libérée des chaines
refusant d’alimenter
un crime contre soi

Il y a 49 ans mourraient
Okito
Mpolo
Lumumba
Quelque part au Katanga
Il y a 49 ans naissaient
Des Lumumba
Lumumba
Di-Aping
Soudanais
Principal négociateur du G-77
A Copenhague
Patrice Emery fier
De Di-Aping qui a appelé
les propositions/le marché
des pays les plus riches
Un suicide pour l’Afrique
Il y a 49 ans mourrait
Patrice Emery Lumumba
Il ya 49 ans naissait
Lumumba Di-Aping

Il y a 5000 ans la civilisation
Naissait en Afrique
Pour que vive l’humanité

Salvador, le 17 janvier 2010

Two Hundred Years on and Still Fighting for Complete and Total Emancipation

Unfortunately, ever since the first slave revolt by Haitians in 1791, the country has been beset by abuses caused from within and without. It has never been able to fulfill its potential as a nation. Bill Clinton, What Haiti Needs in Time Magazine January 14, 2010

In the above quote, one gets a clear sense of how and where the troubles of Haiti began and how they were perpetuated. The problems of Haiti, typically, started when they sought to free themselves from slavery. President Bill Clinton (PBC) thinks of the 1791 uprising as “unfortunate”. In the very last paragraph (see the full quote below) of his piece on how to fix Haiti he calls for getting Haiti out of his past 200 years in chains.

If PBC were to make a little humble effort to read about the history of Haiti, and understand it within the parameters of what the Africans were confronted with, he would have to admit that there is more to Haitian history then his attempt at summarizing and silencing its most crucial parts.

For PBC, the model history is that of the US and how the US tackles disasters (e.g.Oklahoma City bombing 1995), it does not occur to PBC that to any history, especially one dealing with such disasters as confronting slavery, there are at least two sides: the one which wins and the one which loses. In the history of Humanity, the losing side may, one day, being the winning side. And vice-versa. As fables recount the world over, the side which reduces everything to how it sees things, will one day regret such shortsightedness.

From 1791 through 1804, the Africans who had turned Saint Domingue into the pearl of the French economic possessions had sworn at Bois Caiman (Televangelist Robertson calls this vow a pact with the devil) to end slavery. For an enslaved person to end slavery or any form of submission on his/her own timing is more than an affront to the enslaver (and his allies). Likewise with the colonized who seeks the end of his/her colonized status against the wishes of the colonizer. In the history of Africans, such thirst for freedom/liberty can only clash with the freedom/liberty of the owners of the physical and/or mental chains. This liberty is the liberty of capital. Ever since slavery, to this day, the liberty of capital has dictated the conditions under which it, and only it must prevail.

This is what PBC seeks to convey at the very end of his piece:

Before this disaster, Haiti had the best chance in my lifetime to fulfill its potential as a country, to basically escape the chains of the past 200 years. I still believe that if we rally around them now and support them in the right way, the Haitian people can reclaim their destiny.

“The chains of the past 200 years” were imposed because the Africans had removed the chains of slavery. And, clearly, the “right way” has to be in PBC’s mind the American way. The imperial language could not be clearer.

For the past 200 years, Africans of all stripes in Africa and beyond its borders, have been trying to unchain themselves from shackles of a predatory system which is against nature and against the principles of life. The responses from the system has been the same, over and over. PBC’s piece on what Haiti needs shows the formatting at work. Let Haiti be Haiti, let President Aristide go back to where he belongs. There is no better way of healing than allowing all Haitians, including President Aristide, and those who have been marginalized and/or rusticated for political reasons, to come together and recover.

POUR QUE HAITI SOIT HAITI

13-Jan-2010

A toutes celles et à tous ceux qui ont perdu des être chers, nous envoyons nos plus sincères condoléances. Nos sympathies les plus senties à toute la population Haïtienne et en particulier à ceux qui, avant les souffrances du tremblement de terre souffraient trop, tout simplement parce qu’ils/elles continuaient un combat vieux de plus de deux siècles. A celles et à ceux qui sont partis, nous leur souhaitons une paix éternelle et un accueil chaleureux de la part du Créateur et des ancêtres. Watch Full Movie Online Streaming Online and Download

Solidarité pour Haïti un pays où, de 1791 à 1804, des Africains se sont déchainés par fidélité vis-à-vis de leur humanité. Les Africains, en avance sur leur temps, avaient donné une leçon aux donneurs de leçons, auto-proclamés révolutionnaires, une révolution préparée, nous dit-on, par les philosophes des Lumières. Comme l’a démontré Louis Sala-Molins dans Le Code Noir, aucun de ces philosophes ne dira un seul mot sur le Code Noir lancé en 1685 et terminé en 1848.

Les dégâts causés par la nature sont peu de choses comparés à ceux créés, infligés, calculés, distillés par les parrains d’un système devenu aujourd’hui tellement prédateur que les descendants, tel des automates, ne voient rien d’autre que la charité orchestrée par une conscience déformée et dominée par une mentalité aiguisée par la recherche de comment violer l’humanité, tout en donnant à celle-ci, l’impression de l’aimer.

En ces jours qui viennent, les souffrances des suites des dégâts causés par la nature vont ensevelir encore plus profondément ceux causés par les prédateurs et leurs encenseurs. Mais la fidélité à la vérité que tout le monde est monde sera toujours plus forte que l’oubli. Cette fidélité-là ne s’abreuve pas des larmes de crocodiles versées par les correspondants qui égrènent les statistiques humanitaires accumulées par les organismes chargés de couvrir les séquelles d’un crime contre l’humanité en s’apitoyant sur le sort du « pays le plus pauvre de la Planète ». Cette fidélité-là a résisté, résiste et résistera aux tortures les plus violentes et les plus douces, imaginés par ceux qui, au nom de la liberté du capital, programment la liquidation lente de l’humanité.

Les mêmes correspondants s’apitoient sur « l’instabilité politique » de Haïti sans entrer dans les causes lointaines, proches, directes et indirectes, car à vouloir creuser, ils seraient amener à reconnaître qu’à Haïti, malgré les revers, la fidélité aux valeurs de liberté, égalité, fraternité est d’une vivacité à toute épreuve.

Face à cette épreuve incommensurable il faut que Haïti soit unie, et que le Président Jean Bertrand Aristide puisse se retrouver parmi ses compatriotes en ce moment où la solidarité la plus sentie exige un dépassement des clivages et des divisions idéologiques. Haïti a trop souffert, elle mérite de revenir à soi, de la manière la plus généreuse qui soit. Que tous ses membres se retrouvent ensemble pour reconstruire leurs vies. Jusqu’à quel point faut-il encore saigner Haïti ?

Il est difficile, dans les jours et les semaines qui viennent , de ne pas demander à ces organismes qui se parent des vêtements de l’humanitarisme pour ne pas devoir être fidèle à l’humanité, de nous dire ce qu’il est advenu à Pierre-Antoine Lovinsky qui, il y a plus de eux ans a été kidnappé parce qu’il insistait, avec persistance et patience sur le retour de Jean-Bertrand Aristide à Haïti.

LET HAITI BE HAITI

13 Jan 2010

To all those who have lost loved ones, please accept our most sincere condolences. Our deepest sympathies to the entire Haitian population and in particular to those who, prior to the earthquake were already suffering too much, simply because they were continuing a struggle started more than two centuries ago. To those who departed, we wish them eternal peace and the most warm welcome by the Creator and the ancestors.

We would like to express our solidarity for Haiti a country where, from 1791 to 1804, Africans unchained themselves in the name of fidelity to humanity. Africans, ahead of their time, had then given a lesson to those who usually assigned themselves that role, self-proclaimed revolutionaries of a revolution, we are told, prepared by the philosophers of the Enlightenment. But as Louis Sala-Molins amply demonstrated in Le Code Noir, not a single philosopher ever uttered a word on the Black Code, launched in 1685 and terminated in 1848.

The destructions caused by nature are little compared by those created, inflicted, calculated, distilled by the godfathers of a system which has become today so predatory that the biological and ideological descendants (of the enslavers), as if on automatic pilot, can do no better than react through charitable gestures orchestrated by a deformed conscience dominated by a mindset sharpened by the constant search of ways to rape humanity, while giving it the impression of loving it.

In the coming days, the suffering from the consequences of the destruction caused by nature will bury even deeper those caused by the predators and their admirers. But the fidelity to the truth that tout le monde est monde shall always be stronger than forgetfulness. That kind of fidelity does not satiate its thirst from the crocodile tears poured by media correspondents who rehash statistical tables accumulated by humanitarian organizations whose task is to cover up the outcomes of a crime against humanity by empathizing on the fate of “the poorest country of the planet”. That fidelity has resisted, is resisting and shall resist against the most brutal and softest forms of torture, imagined by those who in the name of capital’s liberty, are programming the slow liquidation of humanity.

The same press correspondents, with tears in their eyes, point out Haiti’s “political instability” while refusing to get into the root causes, direct and indirect, for if they were to dig further into such causes, they would have to recognize that, in Haiti, despite the reverses, fidelity to the values of liberty, equality, fraternity continues as vibrant as ever.

In the face of such immeasurable tragedy, Haiti can best heal by being whole again. President Jean-Bertrand Aristide must be allowed to go back among his compatriots. For it is in the face of such a tragedy that one must call for solidarity to rise above political and ideological divisions and cleavages. Haiti has suffered more than its share. It deserves to be whole again and it deserves the most generous gestures of solidarity as a Nation. Let all of its members get back together to rebuild their lives. How far shall one let Haiti bleed?

It is difficult, in the forthcoming days and weeks, not to ask those organizations which wrap themselves in humanitarian clothes in order to avoid fidelity to humanity, to let us know of the fate of Pierre-Antoine Lovinsky who had been kidnapped for calling with persistence for the return of President Jean-Bertrand Aristide.