Pétition de l’intelligentsia Kongo à la suite de la tuerie de février et mars 2008 des populations du Bas-Congo…

PETITION DE L’INTELLIGENTSIA KONGO A LA SUITE DE LA TUERIE DE FEVRIER ET MARS 2008 DES POPULATIONS DU BAS-CONGO PAR LES FORCES DE POLICE

I. Condoléances

Au nom de tous les intellectuels Kongo et de tous les esprits épris de paix, de justice et de respect de la personne humaine, nous présentons nos condoléances les plus émues aux familles éprouvées et à toute la Communauté Kongo§ Puissent les âmes de tous ceux de nos frères et sœurs, fauchés par la violence barbare et auxquels nous ne saurons jamais offrir des obsèques dignes, reposer en paix auprès de nos ancêtres glorieux et de tous ceux qui ont payé un prix fort pour notre liberté !

II. Objet

La volonté manifeste du pouvoir de travestir les faits et de manipuler l’opinion nationale et internationale ; la superficialité et la sensiblerie quasi générales de la presse dans le traitement de l’information ; le discours frileux des élus kongo (nationaux et provinciaux) ; l’humiliation, par le pouvoir, de notre peuple présenté désormais à la face du pays, de l’Afrique et du monde comme xénophobe ; la traque, en violation des lois de la République et des droits de l’homme, des membres d’une organisation dont la culpabilité et les chefs d’accusation ne sont nullement bien établis ; enfin, notre responsabilité en tant que conscience de notre peuple nous poussent à prendre, une fois de plus, la plume pour dénoncer et condamner cette nième tuerie des populations du Bas-Congo.

III. Rappel des faits

Face à quelques adeptes de Bundu dia Kongo (BDK) non armés, des forces de police équipés d’armes de guerre, déferlent régulièrement, depuis juillet 2002, à travers la province du Bas-Congo, sous le prétexte de rétablir l’autorité de l’Etat, causant la désolation partout où elles passent. Leur dernier passage dans les territoires de Luozi et de Nseke Mbanza, à Matadi, Kisantu etc. ressemble bien à une véritable expédition punitive dirigée contre, non seulement les adeptes de BDK – même ceux qui n’avaient rien fait de répréhensible-, mais aussi contre tous ceux qui avaient le malheur de se trouver sur leur chemin. A coup de roquettes et d’autres armes de guerre, les maisons ont été détruites et des villages entiers rasés. C’est ainsi que des villages comme Kinsemi (territoire de Luozi, secteur de Mbanza Mwembe), Mbandakani (à côté de la paroisse du même nom), Lufuku (territoire de Luozi, secteur de Kinkenge), ont été totalement détruits. Dans ce déchaînement des forces conditionnées par leurs commanditaires pour tuer, de nombreuses vies humaines ont été fauchées. Plusieurs corps ont été jetés dans le fleuve Congo et d’autres égarés dans la brousse et la forêt ne seront peut-être jamais retrouvés et identifiés. Depuis lors, une véritable chasse à l’homme a été instaurée et l’objectif est, au dire même du Vice-Gouverneur du Bas-Congo, Son Excellence Monsieur Deo Nkusu, d’éradiquer le BDK en occupant ses différents lieux de culte. A Matadi, Kisantu, Lufutoto… les forces de police ont investi ces lieux, semant, dans la foulée, la désolation au sein de la population et des pertes en vies humaines.

IV. Les raisons avancées par le gouvernement

La dernière expédition des forces de la police, particulièrement dans les territoires de Luozi et de Nseke Mbanza se justifie, pour les autorités provinciales et nationales, par la nécessité et l’urgence de restaurer l’autorité de l’Etat bafouée en ces lieux, par le BDK, du fait :

1° tantôt, de sa velléité de rébellion par la tenue des camps d’entraînement militaire et la détention d’armes de guerre ;
2° tantôt, de la mutilation d’une personne accusée de sorcellerie ;
3° tantôt, que les adeptes de ce mouvement politico-religieux chassent, de leurs postes, les agents publics et s’arrogent leurs prérogatives ;
4° tantôt, du non-respect par ses adeptes de l’hymne et du drapeau du pays ;
5° tantôt, de la xénophobie et de l’antichristianisme de ses adeptes ;
6° tantôt, de la déclaration de ne Muanda Nsemi, à RFI, sur la non pertinence des frontières héritées de la colonisation et de la nécessité pour l’Afrique centrale de se constituer en une confédération des Etats fondés sur l’homogénéité culturelle.

V. Notre appréciation de la situation

1. C’est depuis le gouvernorat de l’Honorable Jacques Mbadu Nsitu, qu’avec forte médiatisation, le BDK est accusé de tenir des camps d’entraînement militaire et de détenir des armes de guerre. Et pourtant aucun camp d’entraînement et aucune arme de guerre n’ont été jusqu’ici trouvés dans le Bas-Congo. Hélas, s’appuyant sur ces allégations, dont la preuve n’a jamais été fournie au peuple congolais, le pouvoir s’arroge le droit de tuer. En plus, il y a lieu de noter que le Bas-Congo est la plus petite province de la RDCongo et la plus militarisée aussi. Où est donc passée la vigilance de nos vaillants soldats, policiers et services de renseignement pour laisser ainsi s’installer, jusqu’à leur phase active, ces prétendus camps d’entraînement militaire de BDK. Et en lieu et place du démantèlement de ces camps et de cet armement, c’est au démantèlement des lieux de culte que s’acharnent les forces de police.
2. En ce qui concerne le corps mutilé, tout le monde s’accorde pour dire que ce n’est pas dans les habitudes des Bakongo de régler les conflits par la violence. Qu’à cela ne tienne ! Le pouvoir qui a sans doute arrêté les coupables les fera juger et on saura s’il y a des complices.
3. . La nature a horreur du vide, disait Francis Bacon.. Le rapport de la tournée effectuée dernièrement par les Honorables députés Mvuemba et Mpaka dans le Bas-Congo et publié dans le journal La Prospérité n° 1290, du samedi 1 mars 2008, établit clairement les conditions et les modalités dans lesquelles les adeptes de BDK s’arrogent le pouvoir des services publics. Il ressort de ce rapport en effet, que c’est plutôt les services de l’Etat, par leur incompétence, leur irresponsabilité et leur injustice, qui bafouent l’autorité de l’Etat. Et le redressement des excès notés par-ci par-là , dans le chef de la population, ne peut-il pas l’être par les voies administratives et policières ordinaires ?
4. Dans un amalgame, du reste mal orchestré, la haine dont est victime le Mukongo et sa culture, se mue en xénophobie dont les adeptes de BDK seraient les porte-étendards. Il paraît pourtant bizarre que ces gens dont on dit être hostiles aux populations allogènes, n’auraient molesté ou tué que des Bakongo. Il y a lieu de noter ici que JP Bemba et J Kabila ont obtenu plus de voix dans le Bas-Congo que tous les candidats kongo réunis, au premier tour des élections présidentielles, et que l’Assemblée provinciale du Bas-Congo compte, en son sein, deux députés non kongo. Si ceux-ci le sont, comme le prétendent certains compatriotes, par le vote des leurs installés au Bas-Congo, alors de quoi accuse-t-on les Bakongo qui, par ce fait même, auraient raison de se dire être victimes d’une colonisation intérieure et de s’en défendre.
5. Fustiger l’idée de la « Confédération de l’Afrique Centrale » comme l’expression d’une velléité de restauration du Royaume Kongo et de balkanisation de la RDCongo c’est faire preuve de sensiblerie, de misère intellectuelle et de manque de vision politique, surtout de la part de ceux-là même qui, dans le même temps, se font chantres de la CEAC, de la CPGL, de l’UA… et même des Etats-Unis d’Afrique. De quoi s’interroger si en faisant de la RDCongo membre de toutes ces organisations, les dirigeants congolais comprennent bien à quoi ils engagent notre pays.
6. Le BDK porte des revendications partagées par l’ensemble des Bakongo et mêmes par d’autres communautés de la RDCongo et qui se ramènent fondamentalement à l’exigence d’un Etat de droit et de justice pour tous. L’acharnement du pouvoir sur ce mouvement n’y fera rien. Il n’est un secret pour personne que les élections fondatrices de la IIIe République étaient entachées de beaucoup d’irrégularités et de corruption ; que la gestion du pouvoir d’Etat de notre pays de fait de façon discriminatoire comme le témoignent les statistiques de nomination des responsables dans l’armée, les entreprises publiques, le gouvernement, les services secrets et spéciaux… ; que la gestion du pouvoir d’Etat dans notre pays se fait en violation flagrante et récurrente de la constitution ; qu’en privant le Bas-Congo de ses ressources pétrolières et d’autres on le condamne à la stagnation. C’est ici le lieu de noter que l’existence, dans les autres provinces, des maux dénoncés au Bas-Congo ne peut en aucun cas vider ces revendications de leur légitimité.
7. Etant donné que ces revendications rencontrent l’assentiment de tous les Bakongo et même d’autres congolais, des voix se sont toujours élevées pour les soutenir. On peut citer à ce propos, le mémorandum des Enseignants Kongo des Universités et Instituts Supérieurs à Monsieur le Président de la République Démocratique du Congo le 9 septembre 2002, Mémorandum des professeurs Kongo des Universités et Instituts supérieurs de la République Démocratique du Congo à Monsieur Muanda Nsemi, Chef spirituel de Bundu dia Kongo du 3 novembre 2002, Mémo à la bienveillante attention de son Excellence Monsieur le Président de la République Démocratique du Congo : S.D.(document rédigé par le R.Père Matota s.j.), Note à l’intention de son Excellence Monsieur le Président de la République Démocratique du Congo par le Groupe des professeurs Kongo des Universités et instituts supérieurs : le 23 février 2003, Convention des communautés culturelles congolaises : le 17 novembre 2003 (document rédigé par quelques enseignants du supérieurs), Mémorandum des professeurs des universités et instituts supérieurs à la bienveillante attention de son Excellence Monsieur le Président de la République Démocratique du Congo : le 19 juillet 2004, Mémorandum des Enseignants Kongo des Universités et instituts supérieurs à la bienveillante attention de son Excellence Monsieur le Président de la République Démocratique du Congo : le 28 août 2004, Fédéralisme : forme d’Etat appropriée à la République Démocratique du Congo : déclaration des professeurs des universités et instituts supérieurs du Congo : le 7 avril 2005., Déclaration commune des Evêques du Bas-Congo et de l’honorable Ne Muanda Nsemi, sur la situation qui prévaut au Bas-Congo : le 26 février 2008. Après avoir pris connaissance de ces documents, aucune personne sensée ne peut condamner des revendications aussi légitimes. Ceux qui persistent, malgré tout, à se comporter en sophistes pour justifier les exactions du pouvoir sur des populations éplorées, doivent savoir que l’histoire les jugera. En poussant le pouvoir à sévir contre une partie de la population, ils diminuent les chances de la cohésion nationale et, partant, de la construction d’un Etat puissant et prospère.

VI. Notre interpellation

1. Aux adeptes de Bundu dia Kongo
Votre impatience à voir la démocratie s’instaurer réellement dans notre pays et spécialement dans le Bas-Congo vous pousse parfois à commettre des actes répréhensibles, ce qui donne l’occasion aux ennemis du peuple d’assouvir leur haine. Depuis 2002, on assiste à des massacres pour lesquels le pouvoir vous rend responsables à tort ou à raison. En fait, vous êtes tombés dans le piège des gens qui nourrissent des projets machiavéliques à l’égard du peuple. Désormais, essayez d’exprimer vos revendications dans le cadre légal et vous verrez que la vérité finira par éclater au grand jour. Vous devez cesser de servir de boucs émissaires. Vous avez affaire à un pouvoir incapable de restaurer l’autorité de l’Etat là où elle est réellement bafouée. Humilié, il pense redorer son blason en déversant ses forces sur des populations non armées et faire croire à l’efficacité de l’Etat. « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire », dit-on. Le peuple qui n’est pas dupe parle sous cape. Malheureusement, on n’a pas la culture des sondages en République Démocratique du Congo car l’opinion populaire édifierait sans doute le pouvoir congolais.

2. Aux responsables de l’Exécutif provincial.
Votre attitude pendant le massacre de la population que vous êtes censés protéger étonne tout le monde, sauf évidemment ceux à qui vous obéissez aveuglement comme des satrapes. Vous ne savez que faire de l’autonomie que vous accorde la constitution de la République Démocratique du Congo. Comment ne pouviez-vous pas régler le problème de Bundu dia Kongo par le dialogue. En livrant une population innocente en pâture à des soldats assoiffés de sang et prompts à piller et à détruire, vous avez privilégié vos intérêts personnels et ceux de vos amis politiques. Votre attitude nous pousse à douter de vous. Notre déception est d’autant plus grande que vous êtes vous-mêmes des intellectuels, c’est-à-dire des gens sur qui le peuple fonde son espoir pour sa sécurité et son développement. Qu’allez-vous faire maintenant que le peuple se sent trahi par vous ? Feriez-vous amande honorable en vous excusant publiquement ou persisteriez-vous dans l’erreur, dans la répression ? Vous vous êtes rendu indignes de votre peuple. Quoi que vous fassiez, quoi que vous disiez, vous portez le sang de vos frères et sœurs massacrés à Luozi, Nseke-Mbanza, Matadi, Kisantu etc. sur vos têtes.

3. Aux Bakongo
Il y a, parmi vous, des gens qui se complaisent dans la sale besogne de délateurs pour quelques prébendes. En oubliant l’idéal de liberté et d’attachement aux valeurs ancestrales, ils ne sont pas dignes de la mémoire de nos illustres ancêtres : Vita Nkanga, Kimpa Vita, Paul Panda, Simon Kimbangu, Simon Toko, André Matsoua, Edmond Nzeza Nlandu, Daniel Kanza, Joseph Kasa Vubu, Bikebi etc.. Ne vous laissez pas intimider par le discours comminatoire des laudateurs du pouvoir qui tentent de vous attribuer des sentiments qui n’ont jamais été les vôtres. Ils disent que vous êtes tribalistes, xénophobes, séparatistes alors qu’ils savent parfaitement que le Bas-Congo n’a jamais fait sécession et qu’il n’a jamais accepté une rébellion sur son sol. En outre, il n’y a pas de provinces qui accueillent autant des populations allogènes que le Bas-Congo. Nous savons que le pouvoir fait au Bas-Congo ce qu’il n’ose pas faire ailleurs. Toutes ses injustices sont connues et nous continuerons à les dénoncer comme nous l’avons toujours fait, c’est-à-dire par des pétitions et le peuple Kongo doit redoubler de vigilance pour savoir qui défend réellement ses intérêts. Ne vous enfermez pas dans le désespoir et l’amertume. Ne vous recroquevillez pas et sachez qu’il existe au sein et en dehors du Bas-Congo des gens qui ont compris la pertinence de votre combat pour la liberté et la justice. Que vous soyez du pouvoir ou de l’opposition, vous êtes avant tout Kongo. Et à ce titre, vous êtes tous embarqués sur un même bateau et votre sort est lié. Qu’on se rappelle de l’holocauste juif !

4. Aux compatriotes congolais.
Lés régimes dictatoriaux divisent les gens pour les dominer. La 2e République a opposé les frères et sœurs de même ethnie et surtout les gens d’ethnies différentes tout en clamant qu’elle travaillait pour l’unité nationale.
Aujourd’hui, l’histoire se répète. Le pouvoir tente de diviser les Bakongo en faisant croire qu’il existe, entre eux, un conflit de nature religieuse alors que l’esprit irénique a toujours régné au Bas-Congo. Il tente également d’isoler les Bakongo de leurs compatriotes d’autres provinces en les présentant comme des gens hostiles aux non-originaires. C’est ainsi que le pouvoir entend distraire les congolais pour qu’ils ferment les yeux sur les injustices et deviennent les complices d’une dictature en voie de consolidation.

Il faut savoir que l’instauration d’une dictature n’est pas l’affaire d’une seule personne. La responsabilité est partagée par chacun des citoyens d’un pays par sa passivité, sa lâcheté, son silence devant les injustices, les exactions commises par le pouvoir. La conférence que les Bakongo réclament ne concerne pas qu’eux. Leurs intérêts rencontrent mutatis mutandis ceux de tous les citoyens de ce pays. Posez-vous la question de savoir pourquoi notre pays est toujours en crise depuis 1960 alors que certains pays qui étaient moins développés que le nôtre sont aujourd’hui en train de sortir du sous-développement. Entre-temps plusieurs forums ont été organisés pour juguler la crise congolaise mais elle est toujours là. Cela veut dire que le diagnostic n’a jamais été bien posé ou alors on n’a pas appliqué le bon remède. Nous connaissons l’origine du mal congolais et nous croyons détenir la solution. C’est pourquoi nous tenons à cette conférence pour en parler. En refusant l’organisation de cette conférence, le pouvoir veut éviter un déballage qui l’éclabousserait en révélant son vrai visage à l’opinion nationale et internationale. Suivre le point de vue du pouvoir, c’est vouloir prolonger la crise congolaise.

5. A la communauté internationale
Nous n’avons cessé de dire que ce qui se passe dans le Bas-Congo, procède d’une haine et d’un mépris du Mukongo par le pouvoir. Un génocide rampant s’y déroule. Et la communauté internationale ne devrait pas s’en disculper demain si elle s’en tient aujourd’hui au discours officiel sur les tueries récurrentes qui endeuillent notre province depuis 2002. Le monde s’émeut aujourd’hui de l’holocauste juif, du génocide arménien, serbe… et plus récemment, tusti. Un autre s’accomplit au Bas-Congo et dont Bundu dia Kongo sert de prétexte et d’alibi.

CONCLUSION

Cette expédition punitive dans le Bas-Congo confirme une fois de plus, outre la dérive dictatoriale du régime en place que d’aucuns avaient prédite eu égard à la manière dont les élections avaient été organisées, sa soif de vengeance annoncée par quelques indiscrétions à la suite de résultats médiocres obtenus par Joseph Kabila dans le Bas-Congo. Ainsi, au lieu de créer un climat de paix et de concorde nationale favorisant la promotion de la démocratie, le pouvoir recourt à l’utilisation des méthodes répressives qu’on croyait enterrés avec la 2e République et a une gestion romantique du pays. On se demande alors en quoi le nouveau régime constitue-t-il une rupture par rapport au précédent.

La destruction des vies humaines et des biens matériels ne peut pas être expliquée par la bavure policière comme on a coutume de le dire dans de telles circonstances. Il s’agit bel et bien d’une action préméditée contre les Bakongo, Bundu dia Kongo, n’a fait que fournir l’occasion rêvée pour soumettre le Bas-Congo à l’arbitraire des affairistes au pouvoir. Car la motivation profonde, c’est de faire main basse sur les recettes de cette province qui est comme on le sait, la vache à lait de la République Démocratique du Congo ou plutôt des affairistes au pouvoir.

Les massacres des victimes innocentes notamment des enfants lâchement abattus sous le regard des parents laissent complètement indifférents les tenants du pouvoir et leurs thuriféraires qui parcourent les médias pour justifier ces crimes, quand bien même la communauté internationale les condamne. De plus, ils ne se départissent pas des propos comminatoires, ce qui veut dire qu’ils sont prêts à recommencer. Ils ont même poussé le cynisme jusqu’à organiser un conseil des Ministres au chef-lieu de la province meurtrie pour intimider les populations et non pour les sécuriser. On peut comprendre alors que la thèse d’un complot contre les Bakongo n’est pas une vue de l’esprit. Ces tueries à répétition ressemblent bien à un génocide rampant dont il faut vite identifier les vrais instigateurs avant qu’il ne soit trop tard. Il ne faut pas attendre l’holocauste pour se rendre à l’évidence. Les Bakongo sont prévenus, mais aussi les autres Congolais, car on ne sait pas qui seront les prochaines victimes de la violence barbare du pouvoir.

Devant tant des morts à répétition, le pouvoir n’a exprimé aucun regret. Au contraire il continue à criminaliser ses victimes sans pour autant prouver leur responsabilité dans les forfaits qui leur sont imputés. Il est illusoire de croire que l’arrestation de Ne Muanda Nsemi et l’interdiction de Bundu dia Kongo, devenus le lieu commun de la réflexion des états-majors de la majorité au pouvoir dans la résolution de la crise au Bas-Congo, mettraient un terme à celle-ci. Sans une réponse satisfaisante aux revendications qui ne sont pas seulement celles de Bundu dia Kongo mais de toute la province et même de la majorité du pays, les gens ne se sentiront jamais sécurisés. Car au-delà des écarts de langage ou de comportement que l’on peut observer chez tel ou tel adepte de BDK et même chez tel ou tel Mukongo, les Bakongo, par le BDK, posent une fois de plus des questions fondamentales qui requièrent des réponses fondamentales et non épidermiques du genre des carnages récurrents perpétrés dans la province. Les Bakongo posent en fait une question fondamentale, à savoir : peut-on bâtir l’unité nationale, la démocratie et le développement dans notre pays sur la corruption, l’injustice, le mensonge et la discrimination ? c’est dommage que, comme à l’indépendance, face à cette question de fond, les Bakongo ne peuvent bénéficier d’un véritable soutien des autres communautés nationales. Traités d’illuminés et de prétentieux, lorsqu’ils posèrent la question de l’indépendance, les Bakongo découvrent encore à leurs dépens, 49 ans après, qu’ils sont en avance par rapport à beaucoup de leurs compatriotes. Et pourtant ils ne réclament aujourd’hui que l’application stricte de la Constitution du pays.

Unis par le sort, les congolais doivent construire et consolider cette unité dans l’effort de bâtir la liberté et la justice pour tous. C’est cela notre combat, il n’ y a pas un autre.

Si le Bas-Congo doit faire sécession, il le fera, si et seulement l’injustice, la prédation de ses richesse, et la discrimination se consolident en mode de gestion du pays. Et par rapport à cela, le pouvoir actuel constitue un cheval de Troie vis-à-vis duquel les congolais doivent se départir du discours creux, pour le juger et le soutenir aux actes. L’ennemi de l’unité nationale, le liquidateur de l’Etat congolais, ce n’est sûrement pas le Bundu dia Kongo, ni les Bakongo, mais ces dirigeants affairistes qui bradent les intérêts nationaux et banalisent, sans état d’âme, la vie des Congolais à l’autel des intérêts personnels et partisans.

C’est pourquoi il est impérieux d’organiser une conférence dont l’objet portera sur l’ensemble des revendications. L’opinion nationale et internationale a le droit de savoir la vérité sur ce qui se passe au Bas-Congo avant de prendre position. En outre, nous exigeons une commission d’enquête internationale afin d’établir clairement les responsabilités et de juger, de manière équitable, tous les coupables de quelque bord qu’ils soient. Après la condamnation des coupables, les familles des victimes devraient être indemnisées. Ce que le pouvoir fait maintenant ressemble à une fuite en avant dont on ne peut prévoir les conséquences. Nous estimons qu’il est opportun que le Tribunal Pénal International diligente une enquête sur ces massacres récurrents. Car il n’est pas normal que la communauté internationale reste indifférente face à ces violations permanentes des droits de l’homme. Attend-elle un holocauste pour réagir ?