Comment Comprendre Notre Situation Actuelle, en RDC?

1. Nous sommes dans une situation d’après les élections nationales et provinciales avant les élections locales. Les premières ont eu lieu dans des conditions d’ignorance civique et des textes de base dans la grande population ainsi que de la grande misère des celle-ci. Le choix était affecté par les urgences d’exigences de la survie (tant alimentaire que sécuritaire) humaine.

2. Les électeurs ne savent toujours pas exiger de leurs élus de répondre á leurs obligations constitutionnelles devant la misère rampante de la grande population. Les élus, très attentifs aux exigences des forces extérieures, ne s’obligent que rarement devant la population qui continue d’être gardée dans l’ignorance. A part les vexations sécuritaires et fiscales, les gens ne ressentent pas l’existence d’une autorité qui gouverne.

3. Les institutions de formalisme démocratique semblent être bloquées par la majorité mécanique, construite comme AMP autour du Président de la République et le Premier Ministre ; une situation dans laquelle les décisions importantes se prennent surtout en dehors des débats qui se font dans les institutions et donc sans considération réelle des résultats de ceux-ci.

4. Les dossiers qui ne plaisent pas à cette majorité sont constamment mis en veilleuse : le dossier des massacres au Bas-congo, le dossier concernant les officiels avec double nationalité en violation des lois en vigueur, le dossier de Kahemba, les dossiers des contrats léonins—surtout dans le secteur minier, le rapport d’audit diligenté par le Premier Ministre, le dossier Sénateur Jean-Pierre Bemba, soutenu aux élections par 42% des électeurs congolais, le dossier de la Cour Suprême de Justice qui avait pris des décisions, concernant les résultats définitifs, entachées des irrégularités et de violation flagrante des lois—renforçant ainsi l’impunité, et j’en passe.

5. En subordonnant les institutions à l’esprit et les intérêts partisans de la majorité mécanique—allergique a l’opposition, même légalisée par une loi superflue, on est en plein Parti-Etat : la majorité, dirigée par le parti PPRD, se soumet l’Etat, comme à l’époque de Mobutu, il n’y a pas de vrais serviteurs de l’Etat. Ce qui renforce le caractère discriminatoire de l’Etat qui fait de celui-ci—pour ce qui en reste—un Etat non pas pour tous mais pour des factions clientélistes, ethniques, régionalistes, etc. On entend dire : « C’est notre tour ! »–de bouffer s’entend. C’est pour mieux asseoir cette majorité mécanique que celle-ci voulait amender la Constitution.

6. Les aspirations et les besoins de la grande population ne retiennent pas l’attention des occupants des institutions—sinon en parole et dans les actes de la propagande.

7. Les questions de grande urgence, pour la construction du projet de l’Etat digne—qui traîne depuis longtemps— : l’organisation d’une vraie armée républicaine nationale, des vrais services de sécurité, une vraie administration publique, l’autoconstruction de la nation et du peuple, une vraie politique de l’éducation, etc. traînent. A part les actes de propagande, aucune mobilisation réelle de toute la population autour de chacun des cinq chantiers ne se fait : il devrait s’agir d’une politique de grands travaux qu’il faut déclencher. Celle-ci exige une vraie vision couchée dans une forte idéologie capable d’imprégner les gens de la population entière. Les grèves (éducation, santé, etc.), décriées plutôt que d’être considérées comme des occasions pour débattre chacun des chantiers pour en fixer les priorités dans les tâches et de mobiliser les forces humaines et fixer clairement les étapes, n’ont attiré que l’attention négative des autorités. On compte non pas sur ses propres forces humaines congolaises, mais sur celles chinoises. C’est le peuple, et le peuple seul, qui est le créateur de son histoire–disent les camarades chinois ; on refuse cela au peuple congolais parce qu’on veut utiliser les résultats pour des fins de propagande pour se maintenir au pouvoir.

8. La tergiversation des autorités centrales sur la question de la rétention des 40% des ressources en provinces, viserait à empêcher les autorités provinciales de se rapprocher de leurs gouvernés, c’est, une fois encore, essayer de subordonner ces autorités aux intérêts partisans des factions clientélistes, ethniques, partidaires, maffieuses de ce qui en reste de l’Etat. La créativité provinciale est ainsi frustrée et pour certaines, bloquée. La décentralisation devient un simple formalisme.

9. La difficulté d’émergence d’une citoyenneté active, qui sache conquérir et défendre quotidiennement les droits des gens, est aggravée par les vexations sécuritaires et surtout le fait que l’opposition en dehors des institutions s’oriente vers une politique partidaire, c’est-à-dire une politique d’entrisme futur dans l’Etat. Cela la frappe d’attentisme et d’incapacité de produire, à partir des gens, des prescriptions capables de forcer l’Etat de modifier les modalités de son fonctionnement. Cet attentisme est favorable au régime en place.

10. La crise judiciaire se manifeste par le fait que, à cause de sa composition, la Cour Suprême de Justice a pris des décisions injustes entachées d’irrégularités et violant certaines lois du pays pour satisfaire les autorités cherchant à s’innocenter ou à caser (au Parlement, par exemple) leurs clients. Ces décisions feront malheureusement jurisprudence et servent donc des bases juridiques de la continuation de l’impunité.

11. L’insécurité dans la zone de production de nobium et de coltan, très recherchés par les grandes entreprises transnationales de technologie de pointe, expose au public le caractère de fonctionnement maffieux de ce qui reste de notre Etat—sans parler des autres Etats voisins. Nkunda est l’incarnation de quelle maffia étatique ?

12. Dans le court terme, le seul espoir c’est que les élections locales s’organisent de façon à corriger le caractère extraverti des précédentes élections. Il faut trouver, dans l’actuelle situation, les possibles de sortie. A bon entendeur salut !

Ernest Wamba dia Wamba Bazunini
Nkiutomba (Kinshasa), le 18 décembre 2007.