Declaration

English translation coming soon.

DECLARATION

Un an après le centenaire en Octobre (1906-2006) rappelant l’exhibition d’Ota Benga au jardin Zoologique du Bronx à New York (dans la même cage que les singes), nous apprenons qu’un groupe de pygmées avait été « logé » dans une tente à l’intérieur du jardin Zoologique de Brazzaville, dans le cadre d’un festival pan-Africain de musique. A cent ans de distance, mais cette fois, en Afrique même, la déshumanisation de nos sœurs et frères pygmées continue, par des Africains.

Cet acte dit tant de choses qu’il est difficile de tout inventorier ici, mais essayons quand même de penser ce qu’il dit :
que les élites politiques africaines imiteront les élites politiques de la globalisation, jusque dans ses errements génocidaires et suicidaires de l’humanité ;
que les pygmées ne comptent pas, qu’ils ne comptent que quand ils peuvent faire valoir/ressortir la supériorité des Africains dits plus civilisés ;
que la leçon des séquences génocidaires qui ont conduit à l’holocauste de la deuxième Guerre Mondiale refuse d’être apprise, à savoir que cet holocauste-là n’a été possible que parce que des gens considérés comme dispensables (les Amérindiens, les esclaves, les colonisés, les primitifs, les femmes, les enfants, les handicapés, etc.), individuellement ou collectivement ont été massacrés avec une impunité qui se maintient;
les élites politiques du Continent Africain sont devenues esclaves d’un système qui les rend incapables de penser, de sentir, de voir les plus démunis, les plus vulnérables comme frères et sœurs.

Mais il y a pire : il est dit dans les milieux populaires qu’ un président français en exercice aurait goûter à la chair humaine lors d’une visite à un des dictateurs les plus sanguinaires. La rupture des tabous est un phénomène aussi vieux que les humains, mais avec l’idée que la nature pouvait être domptée, certains humains, se sont persuadés, au fil des derniers siècles, que la nature est inanimée et peut être violée à tort et à travers. Nous vivons dans une zone qui est devenue, par son histoire, le laboratoire virtuel le plus avancé d’une extermination, en douce, de l’humanité considérée comme la plus dispensable. De cette zone-là, les gens remarquent qu’un camion qui a tué un chien tuera, impunément, une personne.

Finalement, cet acte oblige de se demander si, par un processus de mimétisme poussé au paroxysme, nous ne sommes pas en train d’assister aux premières bribes d’une humanité génétiquement modifiée par un capitalisme incontrôlable. Une modification qui a eu lieu, petit à petit, à travers des actes porteurs de germes génocidaires, toujours effacés et non reconnus, nous amenant maintenant face à des actes dont la monstruosité dépasse la compréhension.

Ce grand crime contre l’humanité Africaine ne s’effacera pas par la charité des riches. La charité aggravera le crime car elle a besoin de la pauvreté pour se donner bonne conscience. Les élites politiques africaines ont horreur de la solidarité car celle-ci exige une autre manière de penser, de vivre. La solidarité est émancipatrice de toute l’humanité, elle n’exige pas, comme la pratique de la charité, soumission complète et totale à l’injustice et aux règles dictées par une mentalité qui s’est mise en place, petit à petit, au cours des derniers siècles.

Par solidarité, par fidélité à Ota Benga et à toutes celles et tous ceux qui ne sont pas comptés, considérés comme moins que rien, nous n’arrêterons pas de dire et tout faire pour que l’humanité se guérisse des habitudes et désirs acquis, voulus, imposés par un système qui prospère en laminant et en éliminant toutes celles et tous ceux qui ne répondent pas à son image de marque.

Que nos sœurs et frères pygmées acceptent nos voeux les plus sincères de prompte guérison de cette insulte infligée, nous dit-on, avec l’intention de bien faire. Léopold II, roi des Belges, propriétaire de l’Etat Indépendant du Congo, était lui aussi persuadé de bien faire. Son passage génocidaire est encore loin d’être oublié, même si les négationistes cherchent intensément à redorer cette histoire.

A nos frères et sœurs de Brazzaville qui pensaient bien faire nous demandons un geste-événement de demande de pardon, un geste déclencheur d’une avalanche de demandes de pardons aux descendants/survivants de séquences génocidaires connus et non connus. Un geste qui rappelle la liste de tant d’autres indignités, humiliations contre les petits, les déshérités, les délaissés, les réfugiés, dont le seul crime a été d’exister et de survivre et de dire non à un système qui déshumanise les victimes autant que les tueurs.

Un tel geste, un possible événement, ouvrant des multiples possibilités de faire éclater la prison virtuelle où se trouve l’humanité toute entière. Un geste dicté par la volonté de contribuer à sortir la Planète de l’impasse où nous ont conduit les bonnes intentions et le paternalisme d’un système génocidaire.

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