La parité homme/femme, en RDC, comme specificité de la 3ème République?

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LA PARITE HOMME/FEMME, EN RDC, COMME SPECIFICITE DE LA 3EME REPUBLIQUE ?

ERNEST WAMBA DIA WAMBA

  1. La Constitution de la Troisième République consacre la parité homme/femme. Voici ce qu’elle en dit, dans son préambule:« Réaffirmant notre adhésion et notre attachement à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des peuples, aux Conventions des Nations Unies sur les Droits de l’Enfant et sur les Droits de la Femme, particulièrement à l’objectif de la parité de représentation homme-femme au sein des institutions du pays ainsi qu’aux instruments internationaux relatifs à la protection et à la promotion des droits humains ; (p.11) » Et plus loin, à l’article 14, on peut lire : « Les pouvoirs publics veillent à l’élimination de toute forme de discrimination à l’égard de la femme et d’assurer la protection et la promotion de ses droits. –Ils prennent dans tous les domaines, notamment dans les domaines civil, politique, économique, social et culturel, toutes les mesures appropriées pour assurer le total épanouissement et la pleine participation de la femme au développement de la nation—La femme a droit à une représentation équitable au sein des institutions nationales, provinciales et locales—l’Etat garantit la mise en œuvre de la parité homme-femme dans les dites institutions.—La loi fixe les modalités d’application de ces droits. »<
    La compréhension/l’interprétation de cette position s’avère difficile ; son opérationnalisation, comme par exemple, dans la loi électorale s’est montrée peu démocratique. Elle donnerait naissance au recours aux listes zébrées bloquées. Beaucoup de gens la comprennent comme une égalité plus fondamentale que la seule égalité d’opportunité accordée à tous les citoyens. Il s’agirait de corriger l’idée commune que la nature humaine est vouée à l’inégalité et que celle entre l’homme et la femme n’est qu’un aspect. A l’égalité, l’idée commune oppose l’équité qui serait plus pertinente eu égard à ce qu’est la nature humaine. L’équité, en pratique, ne fonctionne pas comme une catégorie opératoire qui corrigerait l’inégalité, non plus. La parité ne serait donc pas la proposition de l’égalité comme programme : réaliser l’égalité foncière de la nature humaine dans ses deux pôles.
  2. Bref, on peut dire qu’il s’agit d’une maxime d’orientation surtout dans une situation où la condition de la femme est à la fois d’être victime et porteuse d’espoir. La parité est considérée comme principe égalitaire fonctionnant comme principe de l’action politique. La vraie difficulté pratique est que la politique, en RDC, est rarement orientée sur la base des principes. La parité se comprend donc comme un argument de réalité. Il faut traiter la femme comme on traite l’homme vaut comme principe d’action politique et non comme argument de réalité.
  3. La question peut se comprendre comme un principe d’orientation pour traiter les grandes différences dont celle entre l’homme et la femme. Les autres différences sont : entre la ville et la campagne rurale, entre le travail manuel et le travail intellectuel, entre l’industrie et l’agriculture et peut-être entre une culture et une autre. La liste n’est pas exhaustive. Il n’ y a aucune politique, à ce jour, qui traite de façon satisfaisante ces autres grandes différences.
  4. Il s’agit de s’orienter intellectuellement et politiquement, au sujet de la différence homme/femme, dans les conceptions culturelles (tout le poids culturel issu des matriarcat, patriarcat, mouvement révolutionnaire des femmes, etc.), dans le poids historique du retard imposé à la femme et dans les conditions de fonctionnement de la femme (tâches maternelles, domestiques, etc.,) qui l’empêchent de fonctionner dans les affaires publiques comme l’homme. Comment faire de sorte que la maxime de parité soit praticable dans les créations et les consommations culturelles ? Comment faire pour que le retard historique soit éradiqué. Comment faire pour que les tâches maternelles et domestiques cessent de garder la femme en situation d’inégalité par rapport à la participation dans les affaires publiques ? Les lois organiques prévues dans la Constitution doivent répondre à ces questions.
  5. Aujourd’hui, on ne voit pas que la politique de l’Etat de la 3ème République s’inscrit dans une telle orientation. Sur 60 membres du gouvernement, il n’y a que 10 femmes et sur 608 membres du Parlement, il y a au moins 43 femmes. C’est surtout, dans les institutions où les membres sont nommés, où on devrait voir à l’oeuvre l’engagement du gouvernement. Le législateur avait rejeté l’idée d’un quota des femmes au Parlement, en plus de celles qui seraient élues normalement. On peut dire que ces inégalités reflètent encore le retard dont a été victime la femme congolaise depuis longtemps (dès la traite négrière, le colonialisme jusqu’aujourd’hui.)
  6. A supposer que cette maxime soit une prescription, quelles en seraient les conséquences ? Par fidélité à cette maxime comment réaliser ces conséquences ? Il faut un nombre égal d’hommes et des femmes dans toutes les institutions du pays. Il faudra séparer le rapport d’amour et celui de mariage qui est en fait une contrainte ; il faut réorganiser la famille dans le sens de celle communautaire et spécifier le caractère d’appartenance communautaire des enfants (éviter tout rapport d’oppression, parentale, par exemple), il faut trouver une forme communautaire de gestion des tâches maternelles et domestiques pour permettre que les positions de l’homme et de la femme soit de parité ; il faut repenser tout l’enseignement et le contenu de l’éducation. Certainement, l’égalité numérique, à tous les niveaux de l’enseignement, peut avoir un effet de rupture épistémologique et culturelle. On espère que la nouvelle famille sera à mesure d’éradiquer les préjudices en faveur des garçons contre les filles ou vice-versa. Le Code de famille, tel qu’il est aujourd’hui devra être revu. Il est difficile de dire que l’Etat, tel qu’il est, serait en mesure de prendre de telles mesures. L’Etat doit fixer un temps de discrimination positive en faveur de la femme pour que celle-ci extirpe son retard sur l’homme. Ces décisions pourraient violer certaines des dispositions constitutionnelles. Mais si cela protège la Nation future mieux que la poursuite légale du retard de la femme, il faudra le faire.
  7. Le système éducationnel fonctionne aujourd’hui comme structure d’aggravation de l’inégalité entre l’homme et la femme. Les points sexuellement transmis, dont on fait grand cas dans les universités, ne sont qu’un symptôme. La culture dominante, il suffit de voir le contenu des programmes de la TV, est nettement en faveur de l’infériorisation de la femme. Dans les conditions de misère, la femme porte le plus grand poids pour la survie de la famille. Ce n’est pas étonnant que l’on puisse penser que l’homme aurait un droit de taper sa femme. Des femmes croient que l’homme qui frappe sa femme l’aime beaucoup ; il est jaloux et la jalousie est un indice d’amour !
  8. L’appel lancé par l’UNICEF que toutes les filles, sans exception, aillent à l’école ne rencontre pas un soutien réel de l’Etat. La proportionnalité des filles, par rapport aux garçons, dans le groupe des enfants qui ne fréquentent pas l’école ( 30 à 40 % paraît-il) reste encore plus élevée, surtout en milieu rural. Notre Etat n’est pas encore une structure civilisationnel capable d’influer sur les cultures en les aidant à s’émanciper. Nos villes n’ont pas encore de vraie culture urbaine qui serait un creuset d’émancipation des cultures et les écoles, dans les mains des enseignants clochardisés, n’entretiennent aucune initiative respectable de changement des mentalités.
  9. Même si la parité homme-femme était réalisée, par une prise de pouvoir par les femmes, les survivances culturelles pèseront encore dans les mentalités des gens. Le consumérisme, dominé par l’American way of life, continuera d’orienter les désirs, les sentiments et les mentalités des gens. Ce modèle n’entretient pas encore la maxime de la parité femme-homme, comme telle.
  10. Peut-être que la maxime est un symptôme du spectre qui hanterait notre contexte actuel, celui qui est marqué, selon Alain Badiou (séminaire de juin 2007), par les trois idées suivantes : l’idée égalitaire comme maxime d’action ; l’idée qu’un Etat coercitif séparé n’est pas nécessaire ; et l’idée que l’organisation de la spécialisation des tâches n’est pas nécessaire puisqu’il y a une essentielle polymorphie du travail humain. En d’autres termes, c’est dans une société émancipée que la parité homme-femme sera praticable. La maxime est un aspect d’orientation de la lutte pour la société d’émancipation. Elle inaugure un type important des batailles pour l’émancipation. Elle doit être purgée du fétichisme étatique.

3ème Maboke
Ernest Wamba dia Wamba
Kinshasa, le 28 juillet 2007.